Gallimard

  • Georges Dumézil et les peuples de l'Antiquité, dont les histoires et les croyances sont parvenues jusqu'à nous grâce aux textes, comme dans une migration des âmes qui aurait laissé des traces ; Pierre Clastres et les Indiens Guayakis à peine sortis de la forêt, qui mangent leurs morts et connaissent donc le vrai goût de l'homme ; Marcel Griaule qui croit rencontrer Homère en Afrique, et cueillir le récit des origines sur les lèvres d'un vieillard aveugle ; ces trois expériences (et la lecture en est une, aussi intense que des voyages plus risqués), sont l'occasion de revisiter le musée de l'homme ; non pas celui du Trocadéro où les différentes expéditions ont entassé leurs reliques et leurs trésors, mais celui dont chacun d'entre nous est le fondateur et le gardien, mêlant ses souvenirs personnels à ceux des voyageurs et des peuples disparus, à la merci d'une mémoire qui refait sans cesse l'inventaire... Un musée où les morts se mettent à parler, où les vivants échangent leurs rôles et leurs masques, redisent les anciennes légendes en les interprétant, relancent l'imaginaire en s'inventant des origines, comme de vieux enfants parfois trop crédules.
    Ce qui permet de vérifier encore une fois ce que la littérature essaie de nous apprendre depuis toujours : qu'il existe une autre communauté que celle du sol ou du sens, - la communauté des hommes qui se souviennent des mêmes récits.

    Prix Roger-Caillois 2002

  • "Sous l'un de ses portraits, Nerval a écrit de sa main: 'Je suis l'autre'. Cette formule, qui n'est pas moins troublante que celle de Rimbaud, 'Je est un autre', est sans doute plus dangereuse pour son auteur, dont l'identité vacillante est un trait constant de son génie poétique, mais l'entraîne dans la folie. Cette façon de se confondre avec un autre, jamais le même en apparence, est d'ailleurs à l'origine d'El Desdichado, l'un des plus beaux poèmes de la langue française, dont la musique est celle d'un chant funèbre en même temps qu'une paradoxale affirmation de soi. Des Illuminés à Aurélia, en passant par Les Filles du feu, les poésies allemandes et Les Chimères, j'ai interrogé à mon tour un portrait de Nerval, le portrait changeant qu'il a laissé dans son uvre, et je l'ai complété par le témoignage d'un contemporain, si vraisemblable qu'il a le charme d'un propos saisi sur le vif, si peu connu qu'il a l'intérêt d'un inédit." Gérard Macé.

  • S'inscrivant dans la suite de La réfutation majeure (2004) mais sur le mode de l'essai, Environs et mesures propose de comparer géographie réelle et géographie imaginaire. Les tentatives menées, d'un bout à l'autre de l'histoire, pour fixer sur une carte des lieux imaginaires font naître, sous la plume de Pierre Senges, un étonnant catalogue, écrit à la manière de Sir Thomas Browne ou de Robert Burton. Regroupant des catégories hétérogènes qui auraient ravi Borges (" paradis ", " enfer ", " lieux de l'Odyssée ", etc.), le texte s'attarde aussi sur quelques figures étonnantes : l'historien Victor Bérard qui passa vingt ans de sa vie, au tout début du siècle dernier, à chercher l'île de la nymphe Calypso, ou la dizaine de chercheurs qui tentèrent de localiser, sur une carte de l'Espagne, la " bourgade dont je ne veux pas me rappeler le nom ", évoquée par Cervantès au tout début de Don Quichotte. Au-delà du plaisir encyclopédique à énumérer noms de lieux exotiques et figures de géographes sérieusement cocasses, ce bref essai tente d'expliquer les raisons qui ont poussé tant de savants à assigner en un endroit précis des territoires de pure fiction; il montre comment l'imaginaire et le réel, le flou et la précision se prolongent l'un l'autre, nourrissant notre curiosité et notre émerveillement. Et ces explications ne sont pas là pour servir de leçon, mais au contraire pour inviter le lecteur à découvrir une autre forme de gai savoir, par le voyage ou par la lecture.

  • 'Tout est affaire de lieu : une cuisine, un couloir, une cage d'escalier, un bureau, ne portent pas la même charge érotique, ne font pas naître les mêmes histoires. Sept pièces font sept atmosphères. Mais ces tons divers, ces formes littéraires diverses (dialogues, portraits, nouvelles, inventaires, lettres, récit dans le récit) sont moins des décors dissemblables pour une scène unique et toujours revécue qu'un point de vue renouvelé sur un rapport humain toujours changeant. Ils ont en commun d'opposer clairement le très sophistiqué et le très hard, et sont des objets littéraires d'autant plus obscènes dans la position que précieux dans le drapé.
    La visite de ces lieux est rythmée par des gravures érotiques de la Renaissance italienne (Augustin Carrache, 1524), qui ont pour avantage, parce qu'elles réconcilient aussi le pornographique et l'académique, de tirer définitivement le texte du côté littéraire, d'effacer le moindre doute sur sa nature raffinée, mais sans rien lui ôter de son caractère troublant.'
    Jacques Drillon.

  • «Dans les reculées provinces persistait, il y a peu, le néolithique, qui est un bref et tardif épisode de l´âge de pierre. Il n´était pas dit que le temps des grandes chasses était révolu. Les bêtes agissaient comme si le jeu continuait. Comment ne pas s´y prêter? Voici quelques scènes prises sur le vif.» Pierre Bergounioux.

  • La pantomime, le cinéma muet, le cirque : ces trois spectacles sans paroles (mais pas toujours silencieux) sont loin d'être privés de sens, même si le visage, les gestes, le corps tout entier s'expriment en se passant de tout discours, ce qui dans le monde d'aujourd'hui est presque une forme de résistance. Ces trois arts si proches de l'enfance à proprement parler, puisqu'ils sont muets, proposent d'autre part un traité du style et de la composition, car l'impeccable enchaînement de leurs figures est un savant dosage d'audace et de rigueur, de mémoire et d'improvisation. Ce ne sont pas pour autant des refuges à l'abri des violences de l'histoire : sur la scène, l'écran ou la piste, la réalité fait parfois irruption comme un courant d'air déséquilibrant les funambules que nous sommes ou comme une bête fauve dévorant les dompteurs que nous prétendons être.

  • "La lecture de Segalen à la fin de l'adolescence, l'apprentissage rudimentaire et vite abandonné de la langue chinoise, puis trois voyages au Japon ont fini par me donner, autant qu'une connaissance de l'Orient, un autre regard sur ce qui m'était le plus proche. C'est pourquoi prennent place dans un même volume, à la suite de Leçon de chinois et Choses rapportées du Japon, les tercets des Petites coutumes, inspirés par le village d'Île-de-France où j'ai été enfant. Hölderlin l'avait déjà formulé, avec d'autres mots : l'une de nos tâches les plus ardues, mais les plus nécessaires, consiste à s'approprier ce qui nous est le plus familier. Chacun à sa façon, avec des détours qui lui sont propres." Gérard Macé.
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  • Dante qui recopie le "livre de la mémoire" dans la Vita nuova ; Leopardi écrivant à son père, avant d'être invité à dîner par Umberto Saba ; Sergio Solmi qui médite sur le scorpion ; Cristina Campo devant une place de Rome où elle évoque Borges, qu'on retrouve à Palerme en compagnie d'un photographe, Ferdinando Scianna ; enfin, Mario Praz ironisant à l'avance sur les erreurs de la postérité : les auteurs italiens qu'on lira dans ce volume, traduits et présentés par Gérard Macé, semblent parfois se parler entre eux (mais en français) pour repousser les frontières de l'espace et du temps.

  • Le colporteur d'autrefois transportait des livres et des colifichets, mais aussi des images, qui favorisaient les représentations de l'imaginaire aussi bien que la connaissance du monde réel. Dans le même esprit en voici quelques-unes (en espérant que les mots les donnent à voir), choisies sans autre motif que la fascination qu'elles ont exercée sur l'auteur. À cause de leur charme le plus souvent, de leur redoutable ambiguïté quelquefois. Comme elles sont empruntées à la peinture, à la photographie, au cinéma, et qu'elles réveillent à chaque fois la mémoire, Henri Cartier-Bresson peut voisiner avec Hitchcock, le Douanier Rousseau avec Raphaël, des prisonniers de guerre avec des chasseresses ; et la mauvaise foi du communisme avec l'idéal siennois du bon gouvernement.

  • Cet essai, sous forme de journal, où la réflexion s'ajoute au tableau, parfois en simple croquis, à la note la plus brève, se situe d'une manière singulière dans l'abondante littérature qu'a inspirée depuis des siècles l'une des villes les plus belles et les plus célèbres du monde : Venise. Dans ces pages de carnet, dont l'auteur est une Vénitienne de naissance, s'exprimant en français, on trouvera une Venise intime, inconnue des touristes, une Venise bourgeoise et artisanale, repliée sur elle-même - une Venise de petites gens, celle des gondoliers et des pêcheurs de la lagune, des habitants des îles -, une Venise provinciale et difficile. Toutefois, Venise n'est, pour l'auteur, qu'un prétexte. On ne devra pas s'attendre ici à une recherche du pittoresque pour lui-même. L'ambition de Liliana Magrini ne se limite pas à peindre. « Il en est, écrit-elle, des lieux comme des êtres : certains, on les aime avec mauvaise conscience. C'est parfois le cas pour Venise. Ce n'est pas qu'on ne puisse donner des raisons à cet amour, et même elles abondent : mais il se trouve qu'elles ne sont pas toujours bonnes pour un esprit et un coeur exigeants. » Il s'agit, comme on le voit, d'une méditation poursuivie à travers un charmant décor qui n'est peut-être qu'un mensonge.

  • Cet essai, sous forme de journal, où la réflexion s'ajoute au tableau, parfois en simple croquis, à la note la plus brève, se situe d'une manière singulière dans l'abondante littérature qu'a inspirée depuis des siècles l'une des villes les plus belles et les plus célèbres du monde : Venise. Dans ces pages de carnet, dont l'auteur est une Vénitienne de naissance, s'exprimant en français, on trouvera une Venise intime, inconnue des touristes, une Venise bourgeoise et artisanale, repliée sur elle-même - une Venise de petites gens, celle des gondoliers et des pêcheurs de la lagune, des habitants des îles -, une Venise provinciale et difficile. Toutefois, Venise n'est, pour l'auteur, qu'un prétexte. On ne devra pas s'attendre ici à une recherche du pittoresque pour lui-même. L'ambition de Liliana Magrini ne se limite pas à peindre. « Il en est, écrit-elle, des lieux comme des êtres : certains, on les aime avec mauvaise conscience. C'est parfois le cas pour Venise. Ce n'est pas qu'on ne puisse donner des raisons à cet amour, et même elles abondent : mais il se trouve qu'elles ne sont pas toujours bonnes pour un esprit et un coeur exigeants. » Il s'agit, comme on le voit, d'une méditation poursuivie à travers un charmant décor qui n'est peut-être qu'un mensonge.

  • Des rues d'Istanbul à un théâtre au bord de la mer, et de la pantoufle de verre à un signe de ponctuation peut-être inventé par Jean Paulhan, ce volume réunit des essais brefs inspirés par vingt ans de lectures, mais aussi par des rencontres et des amitiés. Les écrivains célèbres y côtoient des auteurs méconnus. On y voyage avec Segalen, mais la Chine est celle de Bartoli, qui fit de l'empire du Milieu une contrée imaginaire et plutôt baroque ; on s'interroge sur le rêve avec Mandiargues, sur la poésie avec Bounoure, sur les mirages à propos de Fata Morgana ; on y rencontre des morts qu'on a connus vivants, des vivants à qui l'on souhaite d'écrire encore, Lewis Carroll en barque sur l'Isis et même un bibliophile dont l'existence est incertaine.

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