Grasset

  • L'art de jouir

    Michel Onfray

    Les philosophes, c'est bien connu, n'aiment pas trop penser leur corps. On dirait que cela les gêne, perturbe leur réflexion. Mieux : dans le corps, le nez et le phallus semblent être les deux appendices auxquels la tradition philosophique réserve la plus mauvaise part. Pourquoi ? Tel est l'objet de ce livre érudit, merveilleux d'humour et de sagesse. Michel Onfray montre en effet comment le nez et le phallus sont, pour les philosophes - de Socrate à Kierkegaard - les symptômes d'une animalité haïssable et indigne. Taine, Sartre, Marc Aurèle, Kant et bien d'autres sont alors convoqués devant un tribunal affectueux. Chaque fois, leur frayeur est analysée du point de vue de l'anecdote ou de la biographie. Dans le même temps, Michel Onfray montre qu'il existe une autre tradition philosophique - celle qui va des hédonistes grecs à Sade, des cyrénaïques à Fourier - qui, elle, assume et glorifie le corps. C'est à cette tradition que Michel Onfray rend ici hommage.

  • " L'amour, nous en parlons toujours, nous l'expérimentons souvent, mais nous n'y comprenons rien, ou presque. La preuve : nous ne pouvons plus en fixer un sens unique et le déchirons entre des contraires - eros et agapè, jouissance brute et charité abstraite, pornographie et sentimentalisme. Il en devient absurde ou insignifiant. Explication : la philosophie nous a persuadés de l'interpréter à partir de la conscience de soi (du cogito), comme une simple variante, dérivée et irrationnelle, de la claire pensée - il se rabaisse donc au rang de la " passion ", maladive, irrationnelle, toujours douteuse. On conteste ici ce verdict. L'amour nous atteint infiniment plus sérieusement, plus originairement, il ne dérive pas de l'ego, mais le précède et le donne à lui-même. Bien avant la question des philosophes, " être ou ne pas être ", ou la question des savants, " connaître certainement ou ignorer ", une autre question m'obsède : " m'aime-t-on ? y-a-t-il quelqu'un pour m'aimer ? " Sans réponse à cette question, tout être et toute certitude tombent sous le coup de la vanité, qui leur demande " à quoi bon ? " Je me découvre alors en état de réduction érotique. On doit tenter de décrire les figures de la conscience, dans cette situation originaire : la nécessité absolue qu'on m'aime, et mon incapacité radicale à ne pas me haïr moi-même ;
    Mon avancée unilatérale dans le rôle de l'amant ; le serment entre les amants qui fait surgir le phénomène érotique, unique et pourtant commun ; l'échange où chacun donne à l'autre la chair érotisée, que lui-même n'a pas, mais reçoit en retour ; l'acte sans fin, et pourtant toujours fini, de s'avancer chacun dans l'autre sans résistance ; la contradiction objective entre le temps court de jouir et le temps long de promettre, qui rend estimable la jalousie et raisonnable la perversion ; enfin, l'attente jusqu'à la fin des temps d'un tiers témoin, qui part et qui s'anticipe. L'amour, dans toutes ces figures, ne se dit et ne se fait qu'en un seul sens. Le même pour tous, Dieu compris. Car l'amour se déploie aussi logiquement que le plus rigoureux des concepts. Il précède tout et tout dépend de lui - les raisons des philosophes, les connaissances des savants et les choses du monde. Sans lui, tout est, mais tout est vain. Avec lui, tout devient possible, même et surtout l'impossible. " J.L.M.

  • Jean-Claude Milner y poursuit la réflexion sur le judaïsme engagée dans les Penchants criminels de l'Europe démocratique ainsi que dans les Leçons données, ces dernières années, dans le cadre de l'Institut d'Etudes lévinassiennes de Jérusalem. Le livre oppose ces deux figures apparemment voisines et, en réalité, parfaitement antinomiques que sont la figure du « Juif de l'Etude » et la figure, plus moderne, fruit et coeur de ce que l'on a appelé le processus de l'assimilation, du Juif de Savoir. Comment Judaïsme et Savoir se sont-ils noués demande Milner ? Comment, au terme de quel processus, la figure traditionnelle du Sage, voué à la lecture et au commentaire des « lettres de feu » du Talmud, a-t-elle cédé la place à cet autre type d'humain qu'incarnent, pour aller vite, Leo Strauss, Gershom Scholem, Sigmund Freud ou Walter Benjamin ? D'où vient que cette histoire se soit jouée, pour l'essentiel, sur la scène de la culture et de la langue allemande ? Et d'où vient qu'elle se soit dénouée, enfin, dans la forme de la tragédie ? A travers ce livre - dont les protagonistes sont, aussi, Hannah Arendt, Michel Foucault, Martin Heidegger - c'est toute l'aventure de l'Europe qui se profile : passée et, surtout, à venir.

  • « Connaître signifie connaître avec certitudes des objets, donc suivant les sciences : il n'y aurait de certitude qu'affirmative et scientifique. Le reste, ce qui se dit ailleurs, en philosophie ou littérature, n'apporterait aucune certitude. Voilà ce que nous tenons tous, spontanément, pour allant de soi.
    Ce livre veut la mettre en question. Car précisément une question, à condition qu'elle ait un sens, peut aboutir à une certitude, pourvu que nous comprenions pourquoi et comment elle doit rester sans réponse. Les questions sans réponses donnent aussi des certitudes, mais des certitudes négatives. Ainsi ne doit-il pas y avoir de réponse à la question sur la définition de l'homme - car définir l'homme aboutit toujours à en finir avec certains hommes. Ainsi la question de Dieu survit-elle à tout argument sur l'impossibilité de l'expérience de Dieu, précisément, parce que Dieu, par hypothèse, concerne ce qui nous reste impossible. Ainsi le don, et ce qui le confirme par redondance, le pardon et le sacrifice, n'admet-il aucune condition de possibilité, précisément parce qu'il transcende l'économie des échanges. Ainsi l'événement advient sans aucune prévision et contre toute attente, parce qu'il ne pourra jamais devenir l'objet d'une compréhension exhaustive, comme un objet ou un spectacle. Il se pourrait que ces certitudes négatives, qu'aucune théorie ou expérience à venir ne viendront corriger ou invalider, nous offrent infiniment plus de certitude que toute autre. »

  • Voilà l'un des premiers livres sur l'opéra qui nous révèle l'importance de l'intrigue, les paroles échangées, "dans" et "à travers" la musique. Et ce livre, c'est une femme qui l'a écrit.
    Car, si l'on prête attention aux drames qui se jouent dans le trompe-l'oeil de la mise en scène et d'une musique sublime, on y voit de longs cortèges de femmes bafouées dont une société d'hommes va admirer les malheurs, avant le souper. Femmes tuées, abandonnées, méprisées et magnifiées, détestées et adorées : voix chantantes des mamans et des putains dans les bourgeoisies régnantes. Certes, au tomber du rideau, la cantatrice morte se relève, noyée sous des bouquets d'adorateurs : mais l'image de la jeune fille tuée par les familles des pères reste au coin des sourires. Un livre qui fascinera aussi bien les amateurs d'opéra que tous ceux qui n'ont jamais été à l'opéra. Tous seront touchés par les accents d'une femme qui n'en finit pas de découvrir que notre culture s'est jouée des femmes en faisant mine de les adorer.

  • >J.A. Miller est, pour les médias, le « gendre » de Jacques Lacan. Il est l'éditeur des fameux Séminaires et occupe, en tant qu'analyste, une place centrale dans le champ freudien. J.C. Milner est philosophe. Ses ouvrages (sur la langue, l'école, la Shoah...) créent, depuis plus de vingt ans, l'événement intellectuel et alimentent de nombreuses polémiques. Ce livre reprend l'essentiel des deux débats organisés en décembre 2003, dans le cadre du séminaire de Jacques-Alain Miller. Au point de départ, un amendement déposé par le député J.M. Accoyer, lors de la première lecture, à l'Assemblée Nationale, de la loi concernant la santé publique. Cet amendement vise à encadrer les professions dites « psy », en soumettant leurs praticiens à une évaluation, largement dominée par les psychiatres. Les deux intervenants, J.C. Milner et J.A. Miller, partagent une certitude : derrière cet amendement, d'apparence médiocre, une grande affaire est engagée... Avec un enjeu majeur : Comment la société contemporaine traitera-t-elle le « malaise » qu'elle provoque elle-même ? Elle peut aménager des espaces où les pouvoirs acceptent de mettre en suspens leur volonté de contrôle. Elle peut au contraire resserrer les contrôles, jusqu'à ce qu'en fin de compte, le pouvoir des pouvoirs -ce que l'on appelle l'Etat- demeure seul maître du champs. D'après Miller et Milner, on serait aujourd'hui à la croisée des chemins... Chacun des deux débats se présente sur le même modèle : le dialogue. L'un des interlocuteurs présente les positions qu'il estime importantes, l'autre questionnant, objectant, confirmant au passage. Dans la première séance, l'exposant principal est Jean-Claude Milner ; dans la seconde, l'exposant principal est Jacques-Alain Miller... Au fil de la discussion, on aperçoit de plus en plus clairement qu'il ne s'agit pas seulement de l'évaluation et du domaine psy, mais que la conception générale de ce que peut et doit être une société moderne est engagée. Miller et Milner sont ainsi amenés à rouvrir la question de la technique, la question du contrat et de la loi, de la limite entre public et privé, de la relations de la politique et de la société, et bien d'autres questions encore. La forme dialoguée allège le sérieux des thèmes et des références ; mais du même coup, le sérieux - voire l'urgence - de la situation est rendu perceptible.

  • Signes d'exode

    Elie Wiesel

    "Akavia fils de Mahallel conseillait à l'homme de constamment méditer sur trois choses : d'où il vient, où il va et devant qui il va devoir rendre des comptes. Pour un écrivain qui se veut témoin, ce conseil est particulièrement précieux. Jetant un regard sur l'itinéraire parcouru, il doit parfois dresser un bilan. Bien sûr, on retrouvera ici quelques-uns de mes thèmes et obsessions. Quarante ans après l'Evénement, j'éprouve toujours l'angoisse de ne pouvoir dire l'indicible, l'obligation d'essayer, et la sensation d'avoir échoué. Comment décrire la distance qui sépare les morts des vivants, les Juifs de leurs ennemis. Auschwitz d'Hiroshima ?

    Certains textes de ce volume - dont le choix pourrait paraître arbitraire - reflètent l'actualité changeante. Le scandale de la torture officialisée, la tragédie des Indiens Miskitos, les tueries au Liban : impossible de ne pas prendre position. Et puis, la menace nucléaire : impossible de lui tourner le dos...

    Nous serons tous jugés un jour. Par les morts." E.W.

  • La littérature française est connue, et critiquée, dans le monde entier, pour être une littérature du Moi.
    Que l'on mette en cause le narcissisme de ses écrivains ou que l'on loue la finesse de leurs analyses psychologiques, on n'échappe pas, dans l'examen de la création, à ce constat et à cette question.
    Or, à la légitimation de cette littérature conçue comme écriture de soi, un modèle a été donné : Marcel Proust. Et un moment fondateur a été assigné : le Contre Sainte-Beuve, ce recueil de textes publiés plus de trente ans après la mort de l'auteur d'A la recherche du temps perdu.
    Donatien Grau revient, ici, sur ce moment décisif et qui se révèle, à l'examen, plus trouble, paradoxal, mystérieux, que ne l'ont dit des générations de commentateurs. En rouvrant ce dossier que Proust avait gardé secret, en déployant toute son énigmatique complexité, il ouvre la voie à un renouvellement d'ensemble de notre pensée sur la littérature.

  • L'auteur montre pourquoi la notion de "mort de Dieu" pose plus de difficultés qu'elle n'en résout. Comment le Dieu dont on proclame la mort est un Dieu conceptuel, abstrait, désincarné, à la lettre une idole. Et comment la question de Dieu s'ouvre d'autant plus que cette idole ne cesse, sous nos yeux, de mourir... Dieu est mort donc, le Dieu des philosophes, le Dieu de la raison rationnelle : vive Dieu par conséquent, le Dieu de la distance, le Dieu mystérieux et insondable du credo quia absurdum.

    L'originalité de cette étude, à la fois rigoureuse et brillante, tient à ce que, pour la première fois, un philosophe chrétien reprend et se nourrit de problématiques aussi "hérétiques" que celles de Heidegger, Hölderlin ou Jacques Derrida.

  • Le Yi king, un des plus anciens livres de sagesse (le millénaire chinois avant notre ère), repose sur le principe des hexagrammes, série de six traits superposés dont les multiples combinaisons ont un sensSon succès, phénoménal en Occident, provient d'une déviation d'interprétation : on prend des baguettes imitant les traits des hexagrammes, on les lance, et la figure qu'elles dessinent en retombant devient divinatoire. Mais en employant cette technique, le texte fondateur est détourné de sa finalité première : la sagesse.C'est pourquoi François Jullien nous propose ici une tout autre lecture, premier texte du genre, s'appuyant sur les textes chinois et ne pouvant qu'être philosophique.

  • "Aujourd'hui que toute radicalité critique est devenue inutile, que toute négativité s'est résolue dans un monde qui fait semblant de se réaliser, que l'esprit critique lui-même a trouvé dans le socialisme sa résidence secondaire et que l'effet de désir, enfin, est largement passé, que reste-t-il sinon de remettre les choses à leur point zéro énigmatique ? Or l'énigme s'est inversée : jadis c'était la Sphinge qui posait à l'homme la question de l'homme, qu'Oedipe a cru résoudre et que nous avons tous cru résoudre à sa suite - aujourd'hui c'est l'homme qui pose à la Sphinge, à l'inhumain, la question de l'inhumain, du fatal, de la désinvolture du monde envers nos entreprises, de la désinvolture du monde aux lois objectives. L'objet (la Sphinge), plus subtil, ne répond guère. Mais il faut bien qu'en désobéissant aux lois, en déjouant le désir, il réponde en secret à quelque énigme. Que reste-t-il que d'aller du côté de cette énigme, et d'opposer aux stratégies banales les stratégies fatales ?" J. B.

  • Les précédents ouvrages de Michel Onfray s'attachaient à définir une esthétique et une morale - qui, l'une comme l'autre, s'autorisaient de la philosophie hédoniste de l'auteur. Avec ce nouveau livre, Onfray s'attaque à la Politique. Ce sera donc, à n'en pas douter, son ouvrage le plus violent et le plus provocateur. Qu'est-ce donc qu'une politique hédoniste? Comment la relation maître-esclave peut-elle ménager une place au principe de plaisir? Telles sont, ici, les grandes questions...

    Précisons que l'auteur, dès la splendide "ouverture" de son livre, revendique clairement sa généalogie: il est, viscéralement, anarchiste. Et cet anarchisme, il ne l'a pas rencontré d'abord dans le monde des idées, mais à travers l 'expérience de son propre corps lorsque, adolescent, il a été employé dans une laiterie normande. Ensuite, seulement, sont venus les livres de Stirner, de Sorel, de Proudhon. Voici donc, au sens le plus strict, une théorie de l'insoumission et de la résistance. Un livre "de gauche", bien sûr, et même d'une gauche très radicale.

  • Armando Verdiglione est psychanalyste, philosophe et sémioticien. En 1985, en vertu d'une loi scélérate, il a été accusé de "délit d'influence" sur la personne de certains de ses patients. Il a été condamné. Emprisonné. Traîné dans la boue. Conspué. Il a été traité comme aucun intellectuel, dans l'Europe démocratique, le fut probablement jamais. Et nous sommes quelques-uns, en Italie et hors d'Italie, à flairer la machination. Ou, au moins, l'erreur judiciaire...

    B.H.L

  • L'artifice

    Guy Scarpetta

    Je poursuis ici l'enquête sur la création contemporaine commencée dans l'Impureté. Il me semble apercevoir ceci : notre époque pourrait bien être celle de la résurrection d'un grand style baroque. Autrement dit : quelque chose qui était né au XVIIe siècle (avec Rubens, le Bernin), qui avait connu son point d'effervescence au XVIIIe siècle, et qui avait ensuite été déprécié (par le naturalisme et le romantisme), resurgit dans notre siècle. C'est même pourquoi ce livre prend le parti de mêler les genres et les époques : confrontant dans la même réflexion la peinture de Tiepolo et celle de Picasso, la musique de Monteverdi et celle de Berio, telle page de Baudelaire et telle image de Warhol, les poètes du XVIIe siècle et les grands romanciers néo-baroques d'aujourd'hui, de Danilo Kis à Carlos Fuentes. Le Baroque contemporain ? Une façon, de nouveau, de combattre l'illusion par les moyens mêmes de l'illusion. D'afficher et de revendiquer partout l'artifice, comme pour suggérer que l'art n'est jamais "naturel". Rien à voir, cependant, avec le cynisme "postmoderne" car le paradoxe, ici, est que l'artifice, exaspéré, peut parfois nous conduire à la vérité et à un véritable érotisme esthétique. G.S.

  • Michel Onfray reste fidèle à la morale "hédoniste" dont il avait déjà esquissé les principes. En effet, pour ce jeune philosophe, l'Occident est fondé sur des valeurs et des vertus caduques. Il leur oppose, avec une grande allégresse de pensée et de style d'autres valeurs tournées vers le plaisir, la jouissance. Il voudrait donc ressusciter la "virtù" de la Renaissance contre les "vertus" judéo-chrétiennes. Il a imaginé ce livre qui est une promenade autour de la Méditerranée, principalement en Italie, à la recherche de tous les vestiges de cette virtù.

    Il rencontre ainsi la statue équestre d'un condottiere qui lui semble résumer ce dont sa pensée conserve la nostalgie : courage, théâtre, sens du jeu et de l'audace, passion de l'amitié, de la beauté et de la politesse, qualités qui toutes pourraient permettre à l'individu moderne de se "sculpter".

  • Guy Scarpetta a eu envie de soutenir, pour contester un préjugé courant, que le véritable « âge d'or du roman » n'était pas derrière nous, mais à notre époque. Ou, du moins, qu'il existait dans la création romanesque contemporaine des oeuvres qui n'avaient rien à envier aux plus prestigieuses du passé. D'où cette suite de douze essais critiques, portant sur des romans publiés depuis moins de quinze ans, et dont les auteurs se nomment Salman Rushdie, Philippe Roth, Milan Kundera, Mario Vargas Llosa, Claude Simon, Juan Goytisolo, Danilos Kis, Kenzaburô Oé, Alain Robbe-Grillet, Thomas Bernhard, Carlos Fuentes. En pariant sur leur statut de chefs-d'oeuvre de notre temps, c'est-à-dire sur leur capacité de produire, sur le monde qui nous entoure et sur l'expérience humaine, des effets de vérité inédits, dérangeants pour les conformismes ambiants. « Le roman est un genre plus vivant que jamais. »

  • « Croyances et idéologies semblent aujourd'hui s'effondrer. Notre époque est de désillusions. » Ce texte a été écrit en réaction aux tragédies actuelles dont nous subissons les conséquences sur les plans social, politique et finalement individuel. La clé de cette évolution qui est l'existence chez l'être humain d'une tendance à la destruction se trouve dans l'oeuvre de Freud qui a avancé l'hypothèse d'un instinct de mort. Il s'est donc agi pour Marc Nacht de réévaluer la portée considérable de ce concept. En recherchant la signification du but fondamental de cette pulsion, Marc Nacht a été amené à donner plusieurs exemples qui permettent de repérer des lieux où s'exerce l'activité de cette tendance. Mais cet essai demeure avant tout psychanalytique, il porte essentiellement sur les mécanismes psychiques les plus refoulés, les plus déroutants. C'est en cela que réside l'originalité de ce texte qui pose la question d'une actualité brûlante : existe-t-il encore une place qui permette à la volonté consciente de faire échec à la face sombre du destin ?

  • " N'avons-nous réellement le choix qu'entre le nationalisme jacobin et l'archaïsme des cultures " enracinées " chères à la nouvelle droite ? Qu'entre ce morne chauvinisme pour qui la culture n'est qu'un patrimoine, et la nostalgie régressive, rurale ou territoriale, des " minorités culturelles " ?
    Et si l'Art Moderne, de la littérature à la peinture, de James Joyce à Barnett Newman, dégageait un tout autre parcours ? Un affranchissement des pesanteurs nationales, des liens du sang et du sol ? Un geste à la fois singulier et universel ? Un effectif cosmopolitisme ?" Ce sont quelques-unes des questions que pose ce livre. A travers un sondage historique des mythologies d'enracinement et le repérage dans la modernité culturelle de cet axe cosmopolite qui peut être perçu comme l'amorce de cette éthique anti-fasciste dont l'urgence n'est, hélas, plus à démontrer. Ce qui entraîne tout un voyage, où il sera question de Dante et de Kafka, de la Diaspora et du théâtre américain contemporain, de l'Exil et de la Dissidence - et aussi de Manhattan et de Venise, les villes suspendues entre le Ciel et l'Eau, les villes sans " racines ".G.S.

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