Le Cherche-Midi

  • " Le monde entier célébrait la destruction du mur de Berlin, moi aussi ; mais j'ai entraperçu aussi ce qui en résultait, un changement de pouvoir, une désintégration de l'ordre qui entraînerait des meurtres, et des meurtres à grande échelle. " Leonard Cohen n'est pas seulement un immense artiste, il est aussi une conscience universelle. Lucide et désabusé, angoissé mais généreux, il prône en dépit de tout " la fraternité humaine " et appelle chacun à apprendre à " vivre avec le coeur brisé ".
    Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal, qui ont souvent rencontré Leonard Cohen, y sont allés voir de plus près : explorant son oeuvre entière - ses chansons, ses poèmes, ses romans - et relevant ses propos publics, ils mettent en lumière une personnalité complexe, faite de manques et de désirs, de pertes irrémédiables et d'élans lumineux, de replis sur soi et de déclarations d'amour.
    De l'enfant blessé par la mort de son père au " vieux sage " empathique, toutes les facettes de l'auteur de Suzanne et de The Future se succèdent : le poète, le chanteur, le musicien, le juif, le voyageur, l'amant, le père, le moine, le prophète, etc. Et, à chaque étape, c'est Cohen lui-même qui précise son autoportrait.
    C'est sa voix qu'on entend tout au long de l'ouvrage. Une voix, comme il le chante dans First We Take Manhattan, " guidée par un signal dans les cieux ".

  • Si le chanteur est prolifique, l´homme est plutôt discret et taiseux par nature. Francis Cabrel est tout sauf un exhibitionniste. Excepté sur une scène, il n´aime guère être en pleine lumière.

    Cabrel par Cabrel constitue un document rare : l´auteur-compositeur-interprète de Je l´aime à mourir, de Saïd et Mohamed, de La Dame de Haute-Savoie et de dizaines d´autres succès, s´y livre sans se dissimuler.

    Il parle de tout, à coeur ouvert : de son enfance, de sa vie de famille, des sports qu´il prise, des artistes qui l´ont influencé, de ses goûts musicaux et littéraires, de la façon dont il écrit et compose, de son rapport à la politique et à l´argent, de ses enthousiasmes, de ses colères... Et même de sa vie « après la chanson » !

    Sous les confidences perce toute l´humanité de Francis Cabrel : sa sincérité et son humour. Et sous la simplicité du ton se révèle toute la richesse d´un artiste métissé et universel : « Je suis, dit-il, un immigré italien vivant en Occitanie, chantant en français des chansons américaines. »

  • « J´ai parfois le sentiment qu´on nous fait vivre dans une fiction ; et cette fiction, ou ce mensonge, m´est insupportable. » Pour survivre, et aussi pour rétablir la réalité, Didier Daeninckx a choisi la littérature. La littérature « noire » pour être précis. De chacun de ses romans, de chacune de ses nouvelles il a fait un acte de résistance. Il s´est ainsi affirmé comme un « écrivain de combat » à la manière d´Émile Zola ou de Jack London. Voulant en savoir plus, Thierry Maricourt s´est mis à l´écoute de cet auteur atypique et populaire à la fois. Les propos de Daeninckx font feu de tout bois. Quand il raconte Aubervilliers et Paris, ses racines et son enfance, sa famille et ses amis, ses différents métiers et ses secrets d´écriture, ses révoltes et ses rêves de justice, les morts du métro Charonne et ceux du 17 octobre 1961, les héros oubliés et les salauds ordinaires, les Roms et les Kanak, Conan Doyle et Jean-Patrick Manchette, l´inspecteur Cadin et Georges Simenon, les négationnistes et Maurice Papon, il n´a rien d´un m´as-tu-vu ou d´un donneur de leçon. Il se contente de se souvenir, de témoigner et de réfléchir.
    Parole modeste mais généreuse : cet autoportrait sonne comme un appel à la vigilance et à la lucidité, fort utile par les temps qui courent...

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