Le lézard amoureux

  • Jeanne forever met en lumière différents visages de la féminité, en utilisant comme matière première les personnages cinématographiques incarnés au fil du temps par l'actrice Jeanne Moreau. Empreintes de l'aura particulière de celle-ci, de sa présence, de sa vulnérabilité, ces femmes, qui se distinguent par leur nature tantôt forte, tantôt fragile, par leur âge et la place qu'elles occupent dans le monde, se déploient à travers les poèmes de Stéphanie Filion et de Valérie Forgues. Cet ensemble de textes forme une traversée du monde intérieur ainsi qu'un questionnement identitaire sur la condition féminine. Il suggère une belle exploration du lien entre poésie et cinéma, entre réalité et représentation, et du côté éphémère de toute chose, à commencer par la vie.

  • Cet ouvrage tire son origine de l'admiration et de la fascination que le poète voue à l'art performance. Scandés, propulsés, les poèmes se déploient sur la page en suivant des tonalités diverses, mais toujours liées à un profond désir de comprendre la nature de l'attachement qui lie l'homme à l'autre, à travers la passion amoureuse comme dans la haine et la violence qui les habitent. Un recueil vif, tendre et impitoyable à la fois.

  • Tout explose

    Charles Quimper

    Dans Tout explose, Charles Quimper livre un premier recueil de poésie sous forme de détonateur, élaborant une poétique de l'implosion, mais aussi une méthode bien personnelle selon laquelle chaque poème devient un lieu de récolte, qu'il s'agisse de colliger débris, souvenirs, engrammes, traumas, catastrophes historiques ou imaginées. Tour à tour ancrés dans le désir d'aimer et la crainte de perdre, les textes de ce recueil se déploient entre réminiscence et projection, définis par les traces du passé, de la mémoire et de l'imaginaire.
    Cet ouvrage poétique de Charles Quimper nous plonge au coeur de poèmes forts, concrets, d'une justesse troublante.

  • divisible par zéro est la chronique d'une rupture annoncée qui fait porter sur le langage son handicap. Tour à tour enragés en silence, scandaleusement zen ou empêchés, ces poèmes tentent de saisir un assemblage d'angles et de lignes, une configuration destinée à la dislocation, pour en extraire quelque neuve tangente improbable. La lecture se fait glissante. Elle se meut, exigeante, étonnante, rythmée par une ponctuation par endroits choquante, portée par une voix qui se démantèle et s'invente.

  • Tadmor

    Reinhardt Marc-Alexa

    Ce recueil gravite autour de la ville réelle et fantasmée de Palmyre (Tadmor). L'écriture du livre a commencé en 2015, lorsque cette
    ville et son fameux site archéologique sont devenus le théâtre d'affrontements entre Daesh et les armées alliées du régime syrien.
    Les poèmes mettent en scène différentes voix qui habitent la réalité factuelle et fictive de la ville de Palmyre : le site archéologique classé patrimoine mondial, mais également ses quartiers résidentiels, sa prison, son désert, c'est-à-dire des lieux qui n'ont pas la même « aura ».
    C'est une architecture de voix à travers le temps : fragiles et intransigeantes, parfois impersonnelles, intimes, psalmodiques,
    impératives; celle de l'archéologue, du djihadiste, du touriste... Ces écrits font l'épreuve de la troublante actualité de Palmyre, s'y acharnent, sans but précis. Un acharnement qui tente simplement, malgré tout, d'en conjurer la violence.

  • Avec Ne plus planter de ciseaux dans ton cri, Isabelle Forest pose un regard cru sur l'état du monde et la fragilité de nos existences. Les poèmes, empreints de colère, de honte et de tendresse, sont tendus comme une toile, entre espoir et constat d'échec. La poète voyage entre un je incarné et multiple, et un nous intime, en constante mutation. À travers la nature, l'amour et la vie qui agonisent, Isabelle Forest questionne le trop-plein devenue partie intégrante de notre réalité, le juxtapose à un certain désarroi. Sous nos yeux se déploie une poésie qui prend racine dans un quotidien apocalyptique d'où émerge, contre toute attente, une forme de paix.

  • Premier recueil de Amélie Hébert, Les grandes surfaces explorent, en résonnance avec la poésie de Geneviève Desrosiers et de Marie Uguay, le rapport de la poète avec la ville, qu'elle tente de circonscrire dans de courts textes, pulsés par ses propres interrogations à l'endroit de ses origines mais aussi de son avenir. Les thèmes de la solitude, de l'amour, de la réciprocité mais aussi une certaine dérision sont abordés par l'entremise d'une parole simple, presque prosaïque, parfois ironique et pourtant non dénuée d'un lyrisme sûr, très assumé.

    Dans son livre, c'est non seulement sa vision de Montréal que propose Hébert, mais aussi une lumière nouvelle qu'elle jette sur cette dernière, nous incitant à circuler et à revisiter ses grandes artères comme ses banlieues, et à les envisager sous un angle et avec un regard inédits.

  • Écrit par Kelly Norah Drukker, poète de la scène émergente anglophone de Montréal, ce très beau recueil témoigne des pérégrinations de l'auteure à travers des territoires éloignés, que la poète parcourt à travers le texte tout en y relayant une expérience très sensible du monde, et son propre rapport aux lieux confidentiels. Que ce soit en déambulant à travers Inis Mor, une petite île de langue irlandaise sise sur la côte ouest galloise, ou par les paysages de la campagne française - dont Drukker nous fait découvrir la beauté un peu paradoxale des Pyréneées - l'auteure y déploie une voix à la fois tendre et acérée, donnant à entendre les gens simples comme les marginaux, se fondant en ces contrées, qu'elle épouse de manière à se marier presque à leurs confins, à sentir battre leur pouls.

    Un recueil magnifiquement traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, qui, après avoir traduit 100 romans, se sont attaqués pour la première fois à la poésie, nous offrant ici une version française admirable, en tout point fidèle au recueil original, à sa beauté aride, et à son rayonnement infini.

  • Lignes d'effondrement a pris racine lors d'un voyage au Chili que François a effectué à l'hiver 2016. Ce recueil s'intéresse à la notion de territoire et du temps de l'humanité. François s'est penché sur ce que les grands espaces qu'il a visités ont ouvert comme territoire intérieur dans son esprit et dans son coeur. Un espace nouveau s'est aménagé en lui, cette région du monde l'a renvoyé à sa condition d'être humain, humble et minuscule devant le spectacle que la nature livre chaque jour. Il a exploité en quatre volets l'idée qu'il peut y avoir plusieurs fins du monde et que celles-ci se déploient de manière différente dans les régions parcourues.

  • Ce recueil se divise en trois parties, chacune d'entre elles évoquant un lieu différent : la ville, la maison et le lieu de vacances. Les poèmes, écrits dans une forme près de l'oralité, explorent les dynamiques d'un duo - un je et un tu interchangeables, presque désidentifiés, évincés d'eux-mêmes - qui vit sa fin par la désertion des lieux. Le motif de l'éviction, récurrent, illustre la précarité des liens dans un monde effréné. L'imagerie surréaliste convoquée par la poète témoigne de son refus d'accorder aux choses un sens définitif : elle cherche ainsi à désaxer les lieux, à les mettre en crise. Chaque poème est un

  • Les guerres lentes est à la fois le récit d'une perte et la quête de guérison qui y est liée, ainsi qu'un portrait de la guerre contemporaine. Il s'inscrit dans la tradition de « Dulce et Decorum Est », de Wilfred Owen (1917), et de « Letter Composed During a Lull in the Fighting », de Kevin Powers (2014). Un siècle après la Première Guerre mondiale, Hertwig aborde la guerre en Afghanistan en adoptant aussi bien le regard du soldat, inébranlable, que la vive attention du poète. Dans ce récit des conséquences dramatiques de la guerre, le personnel devient politique. Ces poèmes adoptent des formes traditionnelles comme expérimentales, tandis que les ruptures avec la langue nous font plonger dans la violence et nous confrontent à un avenir incertain, où histoire et traumatismes sont indissociables. Hertwig nous rappelle que se souvenir de la guerre est un acte politique, et qu'écrire sur la guerre est une façon de se souvenir.

  • Infantia

    Alex Thibodeau

    Dans Infantia, récit poétique dur, troublant et émouvant, l'autrice revisite son enfance pour creuser les dessous d'une amitié profondément marquante. Sous la forme d'adresses à celle dont les monstres qui transpercent/les fenêtres ont tous/[le] visage, les poèmes dissèquent cette relation, en extraient le jus, le parfum d'araignée et celui de la mort, pour en révéler la cruauté et la puissance.
    Grâce à une écriture aussi sulfureuse que brave, et empruntant à l'imaginaire du conte de fées, Alex Thibodeau montre sans pudeur la honte, la souffrance, mais aussi l'amour vécus. Avec ce premier recueil troublant et émouvant, elle explore avec finesse le thème des jeux et abus sexuels entre enfants, la frontière floue qui les délimite.

  • Quelque chose continue d'être planté là est un poème agglutinatif. Dans une prose qui allie candeur et précision, il retrace le parcours de la poète, ses allers-retours le long d'une côte asphaltée où les sites panoramiques et les villages se succèdent.
    « Quelque chose continue d'être planté là » est la traduction en français du mot innu etapikapau, qui évoque la durée de vie d'un message écrit à même le territoire et qui, trouvé, permet de s'orienter, et non trouvé, continue d'être là, muet jusqu'à ce que quelqu'un le « lise ». Ce livre-poème tâche de retracer ces messages inscrits dans les lieux en s'ouvrant à l'héritage parlé et écrit dans la neige de ceux qui, depuis des siècles, ont parcouru le territoire québécois.

  • Particules mélancoliques est un recueil de fragments d'identité déclinés en
    poèmes. Écrits à la main et illustrés tantôt de façon abstraite, tantôt
    avec un symbolisme hérité de l'enfance, ces poèmes sont tour à tour
    introspectifs, joueurs, surréalistes et mélancoliques. Ils abordent les
    questions de l'identité de genre, d'un dédoublement qui rappelle
    Accompagnement, de Saint-Denys Garneau, de la sortie de l'enfance, de
    l'amour et du désir.
    On y découvre un je fragile et déterminé, subtil et drôle, qui, s'il
    s'appuie sur des références culturelles contemporaines variées (allant
    de Xavier Dolan à Nelly Arcan en passant par Vickie Gendreau),
    déploie, un trait à la fois, sa propre voix.

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