Les Éditions L'Interligne

  • Nous connaissons déjà l'issue du combat de Mohamed Ali contre George Foreman au Zaïre en 1974. Cependant, nous ignorons en totalité les dessous du « combat du siècle », qui sous-tendent cette improbable saga en terre africaine. Le roman de Blaise Ndala nous fait pénétrer avec une grande perspicacité, quarante ans plus tard, dans les dimensions sociopolitiques d'un univers aussi cauchemardesque que fantasmagorique. Musique, magouilles et magie traversent la vie de Modéro, héros malgré lui, depuis son village natal de Banza jusqu'à New York, en passant par Kinshasa.

    J'irai danser sur la tombe de Senghor est un texte puissant qui vogue entre pittoresque et gravité. Le passé d'une Afrique postcoloniale en pleine tourmente dans un monde en mutation y est interrogé avec acuité. Toutefois, il est permis de penser que les « vieux démons » qui parcourent ce récit n'ont pas fini de hanter un continent qui oscille entre leurres et lueurs, d'où l'actualité et la force de l'oeuvre.

  • Christin Lucas n'est pas né sous une bonne étoile. On le surnomme « Minuit moins cinq », parce que sa tête penche du côté gauche en permanence. La nuit venue, le jeune homme grimpe au clocher de l'église de Cap Maillant et rêve de s'envoler.

  • Un soir où vous n'aurez pas envie de devenir un dormeur parmi tant d'autres, ouvrez le dernier roman de Michèle Matteau. Plongez dans Avant que ne tombe la nuit, suite de Du Chaos pour une étoile, et retrouvez parmi les personnages sortis de l'imaginaire

  • À 53 ans, Florence Santerre dresse un piètre bilan de son existence?: une carrière dans les médias qui ne la satisfait plus, des deuils cruels, des amitiés qui s'étiolent, des amours mal cicatrisées. Une année sabbatique s'impose, qu'elle passera à Villery Station, petit village perdu dans les concessions de l'Est ontarien. En reprenant, un peu malgré elle, la direction du Café récemment fermé, elle ne se doute pas du rendez-vous qu'elle prend avec elle-même... Dans une écriture tour à tour poétique et terre à terre, où percent la tendresse et la dérision, l'auteure nous propose une exploration subtile des relations humaines. Michèle Matteau nous raconte avec lucidité et justesse le parcours de personnages hauts en couleur qui, à la croisée des chemins, cherchent, chacun à sa façon, un sens à la vie.

  • Comme un métronome aux battements réguliers qui serait posé sur la ligne blanche d'une grande route, chacune des histoires que l'on retrouve dans Dérapages de Paul Savoie, suit tranquillement son petit bonhomme de chemin. Les personnages sont assis confortablement, un peu plus et ils passent inaperçus. En approchant l'oreille du livre, on entend encore le ronron de l'ordinateur lorsque l'auteur tapait son texte, mais c'est un leurre. Au moment où l'on croit avoir atteint son point d'équilibre dans une vie calme sans électrocardiogramme en folie, on dérape, on ne contrôle plus rien, le vide s'ouvre devant nous et nous devons choisir. Pourtant, on ne voulait rien bousculer, ne pas dévier dans l'imaginaire, suivre sans cesse la ligne droite, mais là il y a un noeud et on ne peut pas faire comme s'il n'était pas là. Toute notre existence s'en voit chamboulée, un grain plus gros que les autres bloque le conduit du sablier, la peur s'installe et l'on sait d'instinct que l'on ne sortira pas intact de cette vie.

  • L'aiguille de la balance oscille au-delà du cent kilos, c'est-à-dire dans la zone dangereuse de l'embonpoint, situation qui évoque immédiatement une réalité affligeante, dérangeante, celle de l'obésité. Est-ce vraiment à cela que pensait Tony Miller lorsqu'il eut cette idée géniale pour mousser la publicité de la compagnie aérienne SurfAir de Toronto qui bat de l'aile ?



    Pour Tony la promotion de SurfAir se jouera sur la fibre humanitaire : organiser des voyages d'amaigrissement pour obèses au Bénin, au cours desquels les participants travailleront bénévolement pour un organisme de coopération internationale à construire des maisons pour des gens démunis. L'aventure passe au feu vert. Qui veut s'inscrire ?



    Ils sont huit. Officiellement, ils sont motivés par l'appât de la minceur, d'une meilleure santé, du don de soi à l'échelle planétaire. Cependant, officieusement, ils habitent un monde de rêves et de chaos qu'ils trimballent en même temps que leur surpoids. Plusieurs semaines s'écouleront sur le continent africain pour Tony et les participants qui iront à la rencontre de l'inconnu, de l'autre, mais aussi de soi dans une quête de connaissance et de respect des différences. Et nous, lecteurs, qui ne sommes qu'à un livre et quelques grammes de la réalité de Contrepoids oserons-nous faire le voyage en leur compagnie ?

  • Il y a des livres qui savent mieux que d'autres enflammer l'imagination du lecteur ; Moments troubles est de ceux-là, de la catégorie des enchantements qui perturbent tellement le malin plaisir qu'ils véhiculent. Il glisse comme un serpent sur la peau, s'insinue dans les veines comme une rumeur de plaisir coupable. Mais d'autre part, il faut donner une seconde, voire une dernière chance au personnage qui court après l'espoir. Il est comme une lanterne sourde de marin qui veille ; il y a bien des vents en colère qui giflent tout le paysage, toujours il demeure majuscule dans sa métamorphose, quelque part entre cauchemar et magnificence.



    À l'épicentre des 21 nouvelles qui composent le recueil de Michel T. Héroux, il y a un moment d'éternité, un noeud qui sert la gorge et le ventre, un déclic qui se fait au niveau des sens et les protagonistes deviennent soit de la pure lumière soit de pures ténèbres. C'est un moment en eau trouble qui chavire le lecteur, le bouscule, alimente ses fantasmes, le déstabilise, le dessoude de sa réalité pour le projeter dans un univers violent et fragile : souvent le mal d'amour. Ses personnages : parfois un homme aux tempes grises, une jeune femme marginale qui se débattent à coups de rencontres épidermiques. Le charnel entre eux est à couper au couteau, ils sont à bout de souffle et nous, voyeurs impénitents, nous assistons à leurs beaux déchirements et à leur manque de lendemains qui chantent.

  • « Au moment où la vie me rappelle à l'ordre, je ne sais plus qui je suis, car s'il est sans doute vrai que je suis un être unique, je suis aussi un être mutable, résultat de l'alchimie et des influences de ceux et celles qui ont traversé mon existence. »

  • Gilles Dubois narrait son enfance malheureuse dans le premier volume de L'enfant qui ne pleurait jamais, récompensé par le prix Christine-Dumitriu-van-Saanen 2012. Ce second tome nous montre le héros, Antoine Petibonjean, rendu à l'âge adulte.

    Désireux de quitter l'enfer familial, Antoine part en stage à Montréal, où il veillera à la sécurité du pavillon de la France, dans le cadre de l'Expo 67. Il subira un feu roulant de mésaventures cocasses.

    Enfin éloigné de ses parents indignes, Antoine multiplie les frasques et les déconvenues, en sol canadien comme en terre d'Israël. Touche-à-tout, il goûte même à la triste vie d'itinérant. Il se fera exploiter par une famille israélienne, échappant de justesse au recrutement de l'armée.

  • Chauffeur de bus au Mexique, professeur d'un lycée français en Afrique, technicien de la toile mondiale, artiste multidisciplinaire interpellé aux quatre coins de la planète, simple fonctionnaire ou encore cueilleur de fruits : autant de personnages et de professions qui mènent le lecteur à l'aventure. Et puis, ce métier vieux comme le monde qu'on exerce sans s'en rendre compte : saboteur d'avenir, et que tous les personnages de ce spicilège pratiquent malgré eux.

    L'écrivain Jonathan Goyette, grâce à un imaginaire débridé, offre un spicilège où la fable de Crapaud et une lettre à l'éditeur côtoient une dizaine de contes et nouvelles mettant en scène des protagonistes pittoresques disséminés dans divers pays. Certains de ces personnages vivaient paisiblement, sans heurt ni histoire, jusqu'à ce qu'une maladie exotique frappe ou qu'un souhait devienne réalité.

    Dans ce spicilège, les aléas du destin, et parfois les désirs d'un personnage, font d'un simple inconnu un héros ; parlez-en à Jean Debout, qui refusa de s'asseoir pendant des années et qui, soudainement forcé de partager sa maison avec un colocataire et sa famille, voit son quotidien et ses convictions bouleversés.

  • Plusieurs associeront le o majuscule de la page couverture à l'ovulation. Il s'agit en réalité de l'oeil de l'auteur qui se pose, scrute et dévisage en voyeur des personnages qui attendaient ses mots pour prendre forme. Le lecteur devient témoin de ces sortilèges dont le mot-piège par excellence est « rouge », qu'il s'agisse de la tuque du père Noël, des premières menstruations ou de la froidure sur la peau nue d'un enfant qui a besogné toute la nuit.

    Pour son premier recueil de nouvelles, José Claer laisse des empreintes dans la neige qui se remplissent rapidement de sang, dénonçant ainsi un imaginaire de conteur à l'écriture dense, foisonnante de moments magiques in extremis. Toujours, il nous surprend et nous déstabilise par le dernier mot du texte, qui fait une pirouette et nous laisse bouche bée et amusé.

  • Est-il possible qu'une simple lettre change toute une vie?? Confinée avec sa famille dans un bidonville du Sud, Gabriella Vellera se tourne vers son amie Normande Viau, marraine humanitaire de son fils Jo'no, pour le sauver de la délinquance. La Canadienne accepte spontanément d'accueillir l'adolescent dominico-haïtien à Kapuskasing, dans le Nord de l'Ontario. D'abord ébloui par les grands espaces, l'abondance de nourriture, le confort et les richesses infinies du Canada, Jo'no en découvre bientôt le versant plus sombre. Lié d'amitié avec Billy, un jeune autochtone, il comprendra la misère des réserves, qui lui rappelle avec désarroi les injustices et les préjugés qui règnent dans les bateyes dominicains où il a grandi et souffert. Le séjour du filleul à Kapuskasing ne se vivra pas en toute tranquillité. L'adolescent sera témoin du mensonge et de la violence qui s'immiscent peu à peu entre Normande et son mari, des deuils vécus par son ami Billy, des difficultés que vivent sa famille et leur protecteur, le père Mark. Les personnages d'Hélène Koscielniak se métamorphosent au gré des rencontres et des bouleversements?: ils se retrouvent au carrefour des grandes décisions et entament une existence nouvelle... Mais cette existence sera-t-elle plus heureuse??

  • Trois petits coups se font entendre, peut-être trois points de suspension qui trépignent d'impatience, et le rideau s'ouvre, le Théâtre au bout des sens de Daniel Paradis devient visible et lisible pour tous les amateurs de folie douce. La première constatation d'un des personnages de l'auteur, dans la nouvelle Treize, c'est que «?l'intellect demeure à la fois effrayé et attiré par le mystère?». Dans ce livre, le lecteur demeure agréablement assis sur le bout de sa chaise devant les multiples visages du style et les facettes de la beauté, ces mots qui lèvent le voile sur les sentiments humains et où gronde parfois le souffle de l'Univers. La bonne humeur et la poésie ne sont jamais très loin derrière. Divisé en trois actes, ce recueil de nouvelles et autres histoires fait penser au regard d'un tonton original et mal rasé, mais plein d'affection. Sous la patine de l'humour, une grande sagesse imprègne le livre et vise le coeur. Après avoir bien ri ou s'être étonné de l'une ou l'autre situation, on ressent une grande chaleur tapie sous les phrases.

  • Un voyage en Thaïlande, pays qu'il a souvent visité, lui offre l'occasion d'ouvrir des portes depuis longtemps scellées. Le paysage magnifique déclenche des nuées de souvenirs et conduit à une vive introspection. Trois temples, second volet de L'autre bout du monde, récit paru en 2009, présente la mutation du voyageur errant en un penseur profond et réfléchi. Une métamorphose transcendante, soulignée par les allusions à l'écrivain Franz Kafka et l'interaction virtuelle du voyageur avec des personnages de Kafka sur le rivage (Haruki Murakami). Peu à peu, l'auteur en vient à questionner ses choix, son passé, sa façon de vivre. À mesure qu'il se laisse glisser dans un paysage idyllique, il se retrouve devant un miroir multidimensionnel qui le projette à tous vents et entraîne un tangage. Il sonde son tréfonds, dans sa quête du sens de la vie. Il finit par traverser le miroir pour arriver à quelques vérités simples?; il sortira à jamais transformé de ce voyage plein de révélations. Suivez-le avec sa guide, Rai.

  • Douze nouvelles tragi-comiques. Chacune jette un oeil indiscret, quoique sympathique, sur l'intimité des gens dans leur foyer. Une galerie de personnages surpris dans leur quotidien par des événements bouleversants. Des dilemmes très actuels qui nous ramènent à notre propre existence, car on y reconnaît nos habitudes, nos valeurs et nos préjugés. Des récits particuliers et originaux qui font sourire ou grincer des dents : une grand-mère croit avoir perdu le serpent bien-aimé de son petit-fils ; un père de famille tente de protéger les siens contre des ours prédateurs avec un véhicule aérien sans pilote.

    Les thèmes abordés sont nombreux : le traitement des animaux de compagnie, les « hochey moms », les arnaques ciblant les personnes âgées, la santé mentale, l'implication des grands-parents dans la vie de leurs petits-enfants, les conséquences de la pauvreté, etc.

    Ecrit dans un style simple, parsemé de dialogues francs et directs, l'auteure met en scène avec grand art ses observations et ses réflexions sur la société contemporaines. Ses 12 chroniques sont un juste reflet des réalités propres au vécu de gens ordinaires.

  • Comment décrire Noëlle, héroïne des nouvelles du recueil Grève des anges ? Sachez qu'elle entretient des relations étroites, mais conflictuelles, avec les pommes de laitue en plus de redouter que sa baignoire achève de la rendre agoraphobe.

  • En nous racontant son histoire, Christophe, un adolescent d'origine haïtienne, nous fait pénétrer dans le monde de l'exil et de ses tourments. Un roman empreint d'amour et d'amitié, qui évoque aussi les cruautés de la vie.

  • Léandre Mazure quitte la France et émigre au Québec en quête d'une nouvelle vie. Engagé comme professeur dans un cégep, l'aspirant comédien donnera le cours de poésie. Déçu de ne pas être titulaire des classes de théâtre, Léandre décide de se glisser dans la peau des poètes : tour à tour, il devient Hugo, Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé. À force de « jouer » à être un autre, il y a danger de se perdre. Est-il un professeur ou un imposteur ?

  • Artificier dans l'Armée canadienne pendant plus de 35 ans, Jean-François Lemoyne livre ses captivantes Chroniques hu-militaires. Royaume-Uni, ex-Yougoslavie et Irak : nous sommes transportés sur la ligne de front de grands conflits du 20e siècle dans ces trois récits au ton personnel, où la guerre est dépeinte avec un réalisme foudroyant.

  • Souvent confrontés au malentendu, voire à l'opacité d'une société vouée à la rentabilité immédiate, les personnages de Tango prennent le chemin de l'exil. Un exil qui peut tout autant se faire par-delà les frontières géographiques qu'en traversant des limites intérieures.

  • Près d'un an s'est écoulé depuis la « fin » du monde. Vie misérable, chaos et désolation sont le lot des survivants. Jack quitte Mont-
    réal pour rejoindre Main Duck Island où sa famille se serait réfugiée, mais la route lui réserve bien des surprises.

  • Des nouvelles de Cap Maillant propose onze histoires fascinantes. Il s'en passe des choses dans un village ! Histoires d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieux, d'animaux, élégamment écrites et bien ficelées par Claudine Ducasse. L'auteure raconte la réalité en utilisant la fiction et le fantastique, qui ouvrent les portes toutes grandes sur un monde insoupçonné. Il ne faut surtout pas se fier à l'image de carte postale qu'un village semble donner.
    Les courts textes de Claudine Ducasse permettent de croiser des espaces parfois menaçants, souvent pleins de sourires. Chose certaine, on y va de surprise en surprise.
    Des nouvelles de Cap Maillant est un beau recueil où se déploie l'humanité avec ses travers et ses qualités. Certes une lecture captivante pour toute personne avide de beauté et de petits bonheurs.

  • V. est une femme trentenaire fort énigmatique. Sa vie se déroule à partir de jeux auxquels elle se prête volontiers. Tout transpire l'aventure, celle qu'elle a imaginée, celle qu'elle a écrite. La réalité n'a plus d'emprise sur elle, puisque les situations dans lesquelles V. se trouve reflètent des projections aux possibilités infinies. Existe-t-il une frontière entre la réalité et la fiction?

    Le roman de Stéphanie Corriveau explore sans compromis et avec finesse l'art de prendre congé de soi et de ses responsabilités. Elle traque la psychose là où le commun des mortels ne saurait la dénicher, tellement habitué aux jeux de rôles qui l'animent.

    Ce roman est une puissance métaphore mettant en scène l'anomalie, la maladie chronique de notre société dont les répercussions sont délétères pour ceux qui y vivent.

  • Le premier roman de Louenas Hassani est une véritable lumière dans le contexte du retour des religions dans l'espace public et plus précisément d'un Islam politique mondialisé qui infiltre les sociétés laïques et séculières, et remet en cause jusqu'à la plus simple des expressions humaines. Louenas Hassani possède une éblouissante écriture à mi-chemin entre la poésie et le roman.
    Ce roman s'adresse à un public large qui souhaite comprendre le monde actuel devant des tragédies qui se déroulent sous nos yeux. Cette oeuvre redéfinit les frontières pour mieux les abolir?; elle rappelle la fragilité de la condition humaine?; elle célèbre l'altérité et le bonheur. Vous lirez un ouvrage qui prend ses distances par rapport aux clichés orientalistes.
    La coureuse des vents est un roman d'une grande beauté et d'une grande sensibilité. Un livre essentiel qui rappelle que vivre ensemble, dans la paix, est une valeur fondamentale à rechercher. Il nous ramène aussi à l'origine du hidjab.

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