Les Editions du Sonneur

  • En 1936, tandis que la Seconde Guerre mondiale menace, l'écrivain tchèque Karel Capek (1890-1938) entreprend un voyage dans le Nord de l'Europe. Forêts à perte de vue, fjords échancrés, vaches noir et blanc, fermes rouges,myriade d'îles ponctuent sa traversée du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Au fil du récit, derrière une naïveté feinte et un lyrisme tempéré, où affleurent une tendre ironie et un humour mordant, se profile le portrait troublant, éblouissant de nature et de lumière, d'un continent en sursis. Car, en route vers le cap Nord, Capek pressent la fin d'une époque et dessine une Europe qui, bientôt, sombrera dans le chaos. Avec 170 dessins de Karel Capek.

  • " Il est temps de relire Capek pour le rire insouciant qu'il crée dans ses contes, rire derrière lequel pointe souvent l'angoisse. C'est une joie de lire l'œuvre de cet incroyable conteur, auteur de récits stupéfiants et inoubliables. " (Arthur Miller)
    Des empreintes qui s'arrêtent soudainement dans la neige, un homme qui a pour seul tort de paraître suspect, un voleur de cactus qui disparaît à l'autre bout du monde, un poète qui se transforme en détective, Dieu qui apparaît comme témoin de la justice humaine, une cellule de prison dont les occupants se repentissent, un cadavre retrouvé dans une valise déposée à la consigne d'une gare... Dans ces quarante-huit nouvelles, dont plus de la moitié était inédite en français jusqu'à présent, Karel Capek mêle comme à son habitude l'ordinaire et l'extraordinaire, l'humour à la satire.

    Crimes, disparitions, énigmes, mystères, enquêtes, ces récits, qui relèvent du genre policier avant l'heure, dissèquent la vérité et jouent avec notre capacité à juger. Ces textes en forme de paraboles, qui continuent de nous hanter longtemps après leur lecture, prouvent encore une fois l'importance de Capek dans l'histoire littéraire.

  • "Un document d'une importance inconttestable" (Colum McCann) L'envie de Maïakovski de se rendre en Amérique tient à l'attrait profond que ce pays exerce sur lui - pays qu'il considère comme celui du futur et de la technologie, un véritable modèle pour le développement de la jeune Russie soviétique -, et ce malgré le fait que les États-Unis soient à ses yeux la terre du capitalisme. Sa séparation, en 1924, d'avec sa maîtresse Lily Brik, lui donne l'occasion de ce voyage. Profondément bouleversé par cette rupture, Maïakovski envisage pour commencer un tour du monde. Contraint par des raisons financières (il se fait voler son argent à Paris où il fait escale pour rejoindre le port de Saint-Nazaire), il se contente d'un séjour sur le continent américain. Après une traversée qui le mène à La Havane, il entre aux États-Unis par le Mexique, en se faisant passer pour peintre - sa position de poète officiel donnant souvent à ses voyages un caractère de propagande, son visa lui est plusieurs fois refusé. New York, Cleveland, Detroit, Chicago, Philadelphie, Pittsburgh?: durant son séjour, il donne de nombreuses conférences, lors desquelles il déclame ses poèmes, évoque l'Union soviétique et parle de ses impressions sur les États-Unis. Et ce devant un auditoire nombreux et enthousiaste. Ma découverte de l'Amérique est le récit de ce voyage sur le continent américain. Maïakovski y déploie un large spec-tre stylistique, qui va de la gouaille à la solennité, pour louer cette Amérique industrialisée des années 1920, sa modernité et sa créativité, chères au futurisme. Il n'en décrie pas moins les injustices sociales engendrées par un capitalisme insensible. Le lecteur découvrira ici le talent de prosateur de l'un des plus grands poètes russes du xxe siècle. Publié en 1926 en Russie, ce texte n'avait jamais été édité dans son intégralité en français.

  • « En Schumann, la musique avait trouvé l'une de ces proies de choix qui, promptes à céder aux sirènes esthétiques, leur aliènent bientôt toute leur existence, quitte à nuire à leurs proches et à les emporter avec elles dans leur chute. Tel fut le lot des enfants Schumann. » Nicolas Cavaillès retrace dans cet ouvrage le destin du compositeur et de la pianiste Robert et Clara Schumann, et de leurs huit enfants, tous frappés - de près ou de loin - par l'impératif absolu de l'art. Il sonde ainsi les notions d'héritage et de transmission familiale, et offre une réflexion subtile sur l'enfance, l'individualité et l'infinie solitude de l'homme.

  • Février 1931 : Charlie Chaplin (1889-1977) rejoint son Angleterre natale pour y présenter son dernier film, Les Lumières de la ville. Abattu par des problèmes personnels, déstabilisé par l'avènement du cinéma parlant, il ressent le besoin de s'éloigner de son travail, de ses affaires et des États-Unis, son pays d'adoption. Une fois à Londres, il décide d'entreprendre un tour du monde qui le mènera, au gré de ses rencontres, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en France, en Algérie, en Espagne, en Suisse, au Sri Lanka, à Singapour, en Indonésie, au Japon. Au faîte de sa gloire, il est accueilli à chacune de ses étapes comme une véritable star et est reçu par les personnalités - politiques, artistiques et scientifiques - de l'époque : Winston Churchill, Marlène Dietrich, Albert Einstein, H. G. Wells, Aristide Briand, Gandhi, Albert Ier de Belgique... S'il est grisé par sa notoriété, Charlie Chaplin reste des plus attentifs à la crise qui secoue alors le monde. Il observe, écoute, analyse, s'engage. Ce voyage de près d'un an et demi confirmera le cinéaste dans ses préoccupations : à son retour aux États-Unis, il réalisera Les Temps modernes en 1936 et Le Dictateur en 1940, illustrations éminemment économique et politique des constats que Chaplin aura faits lors de son tour du monde.

  • Ce court ouvrage, qui tient autant de l'essai cétologique que de la fantaisie littéraire, s'attaque à l'un des mystères les plus coriaces et les plus fascinants du règne animal : les bonds prodigieux qu'effectuent parfois les grands cétacés hors de l'eau. Beaucoup d'hypothèses ont été formulées à ce sujet par les biologistes du comportement, aucune n'a convaincu. L'auteur explore une piste personnelle et théorise sur ce que les baleines se tordant au-dessus de l'océan doivent à l'ennui et à l'absurde ; il invite à considé­rer leur saut comme une victoire sur l'insupportable et comme une manifestation exemplaire de la plus haute des libertés. « Nous ignorons pourquoi les baleines et autres cétacés effectuent parfois ces sauts stupéfiants au-dessus des mers et des océans, mais les hypothèses ne manquent pas, elles se renforcent même du seul fait que la question n'a pas été tranchée. On dit qu'elles bondissent dans les airs pour déglutir, se débarrasser de leurs parasites, communiquer, séduire en vue d'un accouplement, pécher en gobant, chasser en catapultant, fuir des prédateurs sous-marins comme l'espadon ou le requin, s'étirer, s'amuser, en imposer, ou encore ponctuer un message, une attitude. Aucune de ces explications ne convainc : fâcheusement partielles ou intolérablement saugrenues, toutes ont été contestées. Comme c'est le cas face aux grandes interrogations métaphysiques, elles semblent toutes buter contre l'étroitesse du cerveau et de l'imagination qui les échafaudent. La question serait-elle insoluble ? [...] Ivresse, libération, secousse non moins absurdes, en dernier lieu, futiles, qui n'apaisent qu'un moment, qu'il faut toujours recommencer, et dont la baleine doit savoir en son for intérieur, dans ce magma d'instincts, de mémoire et d'analyse, la grande vanité. Mais en un monde qui n'est que poussière d'étoile remuée dans un trou noir, la créature, même bardée de ses instincts, gènes et neurones, même flattée par l'héritage multi-millénaire de la sélection naturelle, peut goûter un acte aussi gratuit que la totalité dans laquelle elle baigne. Ainsi la baleine sauterait-elle quia absurdum, parce que c'est absurde ? »

  • À la fin du mois d'août 1937, le reporter de guerre Robert Capa débarque à New York par le paquebot. Il a 23 ans, il est déjà veuf : un mois plus tôt, sa compagne photographe Gerda Taro a été tuée lors de la guerre d'Espagne à Brunete, près de Madrid, alors qu'il se trouvait à Paris.

    À la fin du mois d'août 1937, le reporter de guerre Robert Capa débarque à New York par le paquebot. Il a 23 ans, il est déjà veuf : un mois plus tôt, sa compagne photographe Gerda Taro a été tuée lors de la guerre d'Espagne à Brunete, près de Madrid, alors qu'il se trouvait à Paris.

    Ce séjour new-yorkais est l'occasion pour Robert Capa de s'extraire de son désespoir. Il retrouve sa famille – mère et frère notamment, qui ont fui Budapest –, ainsi que ses amis, dont le photographe hongrois André Kertész qui avait été son mentor à Paris, il tente de se faire engager par le nouvel hebdomadaire Life Magazine.

    Mais c'est surtout l'occasion pour lui de mener à bien un projet de livre. Un album à la mémoire de Gerda, intitulé
    Death in the making, conçu avec André Kertész, pour évoquer en images les douze derniers mois que Capa a passés en Espagne à couvrir la Guerre civile avec Gerda. Sous l'hommage du combat des Républicains espagnols, cet ouvrage raconte aussi – implicitement – leur amour agité, ainsi que leur collaboration où la cause révolutionnaire devint une cause intime.

    Après Gerda, livre sur la naissance d'un livre, roman où se mêle histoire et fiction, recrée le tourbillon de ces six semaines à New York, une ville en paix, dans laquelle remontent les souvenirs de cette année 1936-1937, ses violences, ses déchirements qui bouleversèrent aussi bien le couple Taro-Capa que l'Europe entière.

  • L'Accusé, publié pour la première fois en khmer en 1973, est un cri lancé contre la guerre civile qui fait rage autour de Phnom Penh. Un cri lancé contre la condition humaine. Avec, en filigrane, la vision fugitive d'un bonheur possible, fait de paix, de frugalité studieuse, de rêveries, d'amour (avec la belle Sophary) et de liberté.

    Le Cambodge, repères historiques :
    colonisation française (1863-1953), indépendance et arrivée au pouvoir de Sihanouk (1953-1970), coup d'État et république khmère dirigée par Lon Nol (1970-1975), chute de Phnom Penh et régime khmer rouge (1975-1979).

    L'Accusé, publié pour la première fois en khmer en 1973, tient à la fois de la littérature carcérale, de la confession (rousseauiste), du " pêle-mêle " spéculatif et introspectif (à la Montaigne), et des stances bouddhiques sur la mort. On pourrait aussi parler d'une structure " en guirlande ", typi-

    que des stratégies argumentatives cambodgiennes.

    C'est un cri lancé contre la guerre civile qui fait rage autour de Phnom Penh. Un cri lancé contre la condition humaine. Avec, en filigrane, la vision fugitive d'un bonheur possible, fait de paix, de frugalité studieuse, de rêveries, d'amour (avec la belle Sophary) et de liberté.

    Le narrateur, sur la sellette, doit prouver son innocence (mais les rouages de la justice sont peu clairs) ; accusation politique qui fait écho à la détention de l'auteur dans les locaux de la police secrète de Lon Nol (1971), une " garde à vue " interminable (plus de sept mois) que lui valent ses convictions progressistes et son refus de collaborer avec le nouveau régime. Il s'analyse donc et analyse le monde qui l'entoure. L'ouvrage est composé de quatre parties qui se répondent, et mêle à la fois autobiographie et fiction.

    Khun Srun et son œuvre sont le symbole du drame cambodgien. Le symbole d'un immense gâchis. Comment un jeune écrivain prometteur, humaniste, pacifiste, lecteur de Heinrich Böll et d'Alexandre Soljenitsyne, a-t-il pu rejoindre les rangs d'un mouvement politique qui est à l'origine d'un des plus effrayants univers concentrationnaires (tout un pays transformé en prison à ciel ouvert) que le monde ait connu ? Début de réponse dans
    L'Accusé, premier de ses textes à être traduit en français.

  • S'inspirant d'un conte du xixe siècle, Nicolas Cavaillès invoque dans ce récit l'idée paradoxale que la civilisation, dans son effort pour rendre le monde toujours plus " vivable ", fait œuvre de destruction, de mort souvent – le comble, étant le touriste, qui détruit ce qu'il veut " visiter ".

    Au travers de l'épopée nocturne d'un animal des moins exotiques, Nicolas Cavaillès dresse, dans
    Le Mort sur l'âne, un portrait atypique de l'île Maurice et en raconte l'histoire. Au rythme de la toponymie si particulière des lieux – Curepipe, Trou-d'Eau-Douce, cap Malheureux, Bois aux Amourettes, Montée-Bois-Puant... –, depuis les hauteurs de l'île jusqu'au littoral – sans plages ni touristes –, ce voyage dans l'intérieur des terres est aussi un voyage dans le temps.

    S'inspirant d'un conte du xixe siècle, Nicolas Cavaillès invoque dans ce récit l'idée paradoxale que la civilisation, dans son effort pour rendre le monde toujours plus " vivable ", fait œuvre de destruction, de mort souvent – le comble, étant le touriste, qui détruit ce qu'il veut " visiter ". Heureusement, quelques exceptions se distinguent : le poète Baudelaire, qui séjourna à Maurice en 1841, et Kaya, figure musicale locale mort en 1999. Tout deux sont les symboles du refus d'un monde policé et du respect d'un monde " sauvage ". L'incarnation de la revanche du chaos sur le langage, cette suprême usurpation du monde – le langage n'ayant rien à nous apprendre puisque l'essentiel se trouve hors de celui-ci.

  • France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse. Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.

  • 1919. Elsa Triolet a 23 ans quand elle séjourne avec André, son mari, à Tahiti. Dépaysement à la fois inquiétant et merveilleux, entre témoignage et fiction, À Tahiti, écrit en russe et traduit par l'auteur elle-même, puise sa force dans la capacité d'observation et d'étonnement d'Elsa Triolet. L'auteur s'intéresse, dans cette île aux antipodes de sa Russie natale, tout autant aux différences qu'aux proximités d'une même humanité.

  • Le 15 décembre 1891, le navire Niuroahiti disparaît en Polynésie. Quelques mois plus tard, à plusieurs milliers de kilomètres de son port de départ, il accoste sous un faux nom dans une île du Pacifique où il est arraisonné par les autorités locales. Seuls membres de l'équipage d'origine : deux frères, Joseph et Alexandre Rorique, et le maître-queux du bâtiment. Sur accusation de ce dernier, les Rorique sont arrêtés. Soupçonnés de meurtres et d'actes de piraterie, ils ne cesseront, lors de leur procès retentissant, de clamer leur innocence. Dans ce roman polyphonique, Jean-Marie Dallet revient sur une célèbre affaire qui a défrayé la chronique à la fin du dix-neuvième siècle et a inspiré à Jules Verne la trame de son roman Les Frères Kip. Des lagons de Tahiti au bagne de Cayenne, en compagnie de Paul Gauguin et de Joseph Conrad, l'auteur mêle fiction et réalité pour raconter le mystère qui continue d'entourer le destin des frères Rorique. « Mettez fin à ce scandale judiciaire. Les souffrances de ces deux malheureux n'ont que trop duré... » écrivait Séverine, la co-fondatrice de la Ligue des Droits de l'Homme, à leur sujet.

  • Les cinq vieillards d'Au plus loin du tropique - Ma Pouta la mère maquerelle, Ah You le marchand chinois, Corentin le curé, Trinité le matelot unijambiste, Pétino le commandant - n'en finissent pas d'expier leurs crimes sur Parataito, un atoll perdu dont le nom signifie « paradis » en tahitien. Ils y vivotent, entre rêves et souvenirs, quand un cyclone jette à leur rivage un naufragé, Kerlan. Ces vieux accrochés à leur passé vont redonner vie au marin qui aspire à fuir le sien. Jusqu'au passage de la goélette de ravitaillement apportant les nouvelles de Papeete... Une fable sur la civilisation corruptrice et le désir de sauvagerie.

  • Comme son frère Camillo, auteur de Senso, Arrigo Boito écrivit des nouvelles, sous l'influence d'Hoffmann et d'Edgar Poe. Des nombreux récits projetés, seuls quatre ont été retrouvés dans des revues diverses. Le Fou noir se présente comme une variation métaphorique sur le bien et le mal, à travers la description d'une fatale partie d'échecs entre un dandy blanc et un révolté noir. Le Poing fermé est une méditation sur le pouvoir de l'argent dans une Pologne à demi fantasmée. Iberia et Le Trapèze sont quant à elles inédites en français. La première se déroule dans une Espagne intemporelle, cadre de la destinée de deux enfants royaux. La seconde raconte les mémoires d'un vieux sage chinois : vendu comme esclave, le philosophe dévoile à son disciple son exil forcé au Pérou, où il eut à passer dix années de sa vie dans un cirque comme acrobate.

  • Édité sous pseudonyme en 1969 en Angleterre, puis en 1970 en France, Mémoires d'un libraire pornographe s'est vite imposé, pour reprendre les mots d'Emmanuel Pierrat, préfacier de cette nouvelle édition, « comme l'une de ces savoureuses bizarreries littéraires, où se mêlent portraits de personnages fantasques, histoire de l'édition et de la censure, description des réseaux clandestins de diffusion des livres sulfureux... » Armand Coppens, qui réunit ici son expérience de libraire du « second rayon », passe de la bibliothèque à l'alcôve et du livre au lit avec l'aisance d'un érudit du Siècle des lumières.

  • Grand-père rendu aveugle par la Première Guerre mondiale, père tué par les Allemands pendant la Seconde : un homme cherche à déjouer le destin que lui impose l'histoire de son siècle par le voyage, l'alcool, les femmes et l'écriture.

  • À la Libération, Gaston Criel s'intalle à Paris et fréquente les milieux littéraires par l'intermédiaire de Jean Paulhan, qui le présente à Sartre (la légende raconte que le pape de l'existentialisme avait fixé à un paquet de Gauloises par mois le loyer qu'il demandait au poète désargenté pour la chambre qu'il lui louait rue Bonaparte). Pendant deux ans, à partir de 1945, il est le secrétaire de Gide.

    Peu avant l'Armistice de 1940, Robert Raynaud, le narrateur, est mobilisé. Il n'atteindra jamais le front car il est fait prisonnier et envoyé dans un camp de travail en Allemagne. En dépit de l'amertume de la situation, il y expérimente la camaraderie, les veillées pleines d'alcool. Puis arrive la Libération, ce temps suspendu, onirique, où Paris, que Raynaud regagne, est soudain transfiguré par la liesse et la fête. Errant des grands boulevards à Saint-Germain-des-Prés, dans un Paris tour à tour joyeux et mélancolique, il s'essaie pour survivre à tous les petits boulots – vendeur, assistant d'édition, etc. Jusqu'au moment où la paternité vient le conforter dans son nihilisme.

    Dans
    L'Os quotidien, Gaston Criel passe du désespoir au rire avec une insolence narquoise et nous transporte au cœur des illusions et des désillusions de l'après-guerre, sans concession aucune. Il dépeint des existences chaotiques et met crûment à nu les êtres. Premier écrivain français à avoir écrit sur le jazz, il en fait sonner le rythme et les variations : du jazzman il a le souffle puissant, du poète, le verbe acerbe et l'ironie mordante. Il pousse dans L'Os quotidien un cri vibrant, empli de rage et de sarcasme, qui laisse éclore une tendresse délicate pour les êtres et une ardeur à la jouissance des choses. Afin de restituer l'humanité dans toutes ses contradictions.

  • Au dix-neuvième siècle en Italie, Fosca, une femme maladive et d'une terrible laideur, voue au bel officier Giorgio Bacchetti un amour ardent, obsessionnel et possessif, qui finira par envoûter ce dernier. Publié en 1869, peu après la mort de son auteur, Fosca est un récit passionné à propos duquel Umberto Eco écrivait il y a peu : « Il faudrait rééditer Fosca en français, l'histoire d'un homme qui tombe amoureux d'une femme laide, non par masochisme, mais malgré sa laideur, que pourtant il ne peut supporter. » Fosca a été adapté au cinéma en 1981 par Ettore Scola sous le titre de Passion d'amour.

  • Un vieil entrepôt crapoteux en banlieue nord de Paris, que le narrateur découvre à l'invite de son meilleur ami, Moïse Chant-d'Amour. À la faveur d'un très gros héritage à venir, celui-ci lui annonce qu'il compte transformer ce lieu insalubre en parc d'attraction voué à l'opéra et à la musique classique. L'affaire paraît insensée. Et pourtant, dans ce dépotoir où rien n'arrive jamais, tout semble vouloir être possible, y compris qu'un squat de clandestins et de sans logis cosmopolites y élise domicile, qu'une chorale y chante du Wagner et du Schubert, qu'un jeune Africain y découvre ses talents d'équilibriste, qu'un SDF y fasse pousser le potager de ses rêves, qu'un crime vieux de trente ans y soit élucidé, qu'un anarchiste forcené y trouve la foi, qu'un jeune immigré considéré comme l'idiot du village se révèle le plus grand contreténor de son temps... Au gré de toutes ces situations insolites, Yves Gourvil livre un récit trépidant, tout au long duquel burlesque et tragique se mêlent, portés par une palette de personnages hauts en couleur.

  • Margarine est la confession d'une baronne parisienne d'origine tchèque, devenue écrivaine. Sur son lit de mort, elle narre, d'une plume tant lucide que désabusée, son passé et dévoile son terrible secret, une jeunesse tragique qui la ronge : violée par son oncle, prostituée par la force d'un destin tragique pendant la Seconde Guerre mondiale, cette vieille femme désormais respectée de tous revient sur ses aveuglements, sur son ignorance, sur cet instinct de soumission qui l'empêcha de se révolter. Tirée de faits réels, son histoire nous entraîne de Neveklov, un camp d'entraînement pour volontaires français engagés dans la Waffen SS, jusqu'aux ruines du Berlin des derniers jours du Troisième Reich. Dans Margarine, Guillaume Lemiale crie l'absolue nécessité pour l'être humain de lutter contre la manipulation et d'accéder à la connaissance - unique voie vers la liberté.

  • Tout au long de son Journal, qu'il tint de 1887 à 1910, Jules Renard n'a cessé de s'interroger sur les mots, le rythme, la phrase... Leçons d'écriture et de lecture rassemble toutes ses considérations et ses préoccupations sur le style - le sien, bien sûr, tout comme celui des écrivains de son époque, de Victor Hugo à Verlaine, en passant par Huysmans, Maupassant, Claudel... Jules Renard dresse ainsi son portrait d'écrivain mû par le doute, celui de ses contemporains, de son siècle, de la littérature de son époque.

  • Accompagné de la jeune et blonde Palombine, dont on ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'elle le trouve tendrement ringard, le narrateur, poète obscur et misanthrope, effectue en voiture un voyage nostalgique à travers la France. Chemin faisant, tous deux discutent littérature, géographie, gastronomie, s'amusent avec les mots, testent des hôtels, avant de regagner la région parisienne, où le narrateur doit prendre part à un événement culturel, ultime étape de ce road trip qui s'achèvera au beau milieu d'un trottoir. Icare au labyrinthe commence par un éloge de la lentille verte, se poursuit par une violente scène d'orage, une visite chez un étrange imprimeur, une dégustation de vins et des hallucinations dans un musée, pour se terminer par une improbable soirée mondaine. C'est sur ce fond narratif sensible, mélancolique parfois mais toujours empreint d'ironie, que Lionel-Édouard Martin développe sa prose, enrichie d'une satire de la vie contemporaine, particulièrement des milieux artistiques et littéraires.

  • Avec des accents qui ne sont pas sans rappeler William Faulkner, Mangés par la terre dit la cruauté d'un monde taraudé par la mesquinerie et les rapports de domination, d'un monde travaillé par le mirage d'une autre vie. Est-il encore possible de rêver dans une telle misère ?

    On s'ennuie tellement dans ce bourg. Alors, Patrick et Robert, aidés par un faible d'esprit qui surveille les alentours, s'amusent à tendre des fils d'acier sur la route en espérant provoquer un accident. Leur frère Paul, qui fut un temps capable de se planter des clous dans les mains afin d'éprouver sa douleur, fuit le monde en lisant de la poésie. Jeanne, quant à elle, dessine des plans de villes imaginaires et rêve de rejoindre les États-Unis avec Éric, un jeune marchand ambulant installé dans une camionnette pavoisée aux couleurs de l'Amérique. Et puis il y a Caroline, haïe, abandonnée par sa mère, internée dans l'asile du coin, où elle tombe entre les griffes de Patrick et Robert. Sans oublier maître Puiseux, le notaire, qui lit Chateaubriand, rêve de la France éternelle et joue la nuit à Bubble Shooter sur Internet ou pense à son amante, la femme du médecin, pour se consoler de la décadence du monde.

    Éric sauvera-t-il Jeanne de son désert affectif ? Réalisera-il ses rêves de départ ? Caroline échappera-t-elle aux assauts de Patrick et Robert ? Sa mère ira-t-elle au bout de sa haine ? Maître Puiseux est-il condamné à l'hostilité des habitants ? Voué à sa petite vie morne de notable de province ?

    Avec des accents qui ne sont pas sans rappeler William Faulkner, Mangés par la terre dit la cruauté d'un monde taraudé par la mesquinerie et les rapports de domination, d'un monde travaillé par le mirage d'une autre vie. Est-il encore possible de rêver dans une telle misère ?

  • Selon le principe de l'unité de lieu, d'action et de temps, ce roman raconte, en mêlant histoire et fiction, l'entêtement d'une véritable héroïne de tragédie, femme des plus modernes néanmoins.

    Athènes. Socrate vient d'être condamné à boire la ciguë après un singulier procès. L'aube se lève sur sa dernière journée. Ses amis affluent de tous les coins de l'Attique pour faire leur adieu au penseur. Seule la voix pleine de colère de Xanthippe – sa femme au mauvais caractère légendaire – s'élève : " Les Athéniens comprendront, les Athéniens se réveilleront ! Mais ce n'est pas demain qu'il faut les réveiller, c'est aujourd'hui. " Pour tenter de réhabiliter et de sauver son mari de quarante ans son aîné, père par ailleurs de ses trois enfants, elle se lance donc dans une course effrénée dans les rues d'Athènes – et dans ses souvenirs.

    Selon le principe de l'unité de lieu, d'action et de temps, ce roman raconte, en mêlant histoire et fiction, l'entêtement d'une véritable héroïne de tragédie, femme des plus moder-

    nes néanmoins.

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