Les Editions du Sonneur

  • • Une ode à la souveraineté de la nature
    • Une compassion pour nous autres, humains, qui devons sans cesse lutter pour notre survie.

    Une famille a trouvé refuge en pleine montagne où elle tue les oiseaux et les brûle au lance-flammes : ceux-ci seraient à l'origine d'un mal ayant conduit l'humanité à son extinction. Tandis que la mère pleure et chante son existence passée, le père seul s'aventure aux confins de leur " sanctuaire ", d'où il rapporte tout ce qu'il trouve pour assurer la survie des siens. Mais le monde est-il vraiment devenu ce qu'il en dit ? Est-il jonché de cadavres qui pourrissent le long des chemins ? Comment être certain des motifs qui le conduisent à cloîtrer sa famille, à dispenser à ses filles un entraînement quasi militaire et à se montrer chaque jour plus imprévisible et brutal ?

    Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du " sanctuaire " – et avec elles, la loi de ce père qu'elle admire plus que tout. Ce sera pour tomber entre d'autres griffes: celles d'un vieil homme sauvage, menaçant et lubrique qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l'enfant...

    Écrit en 2019, bien avant qu'une pandémie de coronavirus conduise au confinement de près de la moitié de l'humanité, Le Sanctuaire déploie et sublime ce qui faisait déjà la puissance d'Une immense sensation de calme : une ode à la souveraineté de la nature et une compassion pour nous autres, humains, qui devons sans cesse lutter pour notre survie. À mi-chemin entre David Vann et Antoine Volodine, le deuxième roman de Laurine Roux confirme la singularité et l'universalité de sa voix.

    Une immense sensation de calme, premier roman de Laurine Roux : coup de cœur des libraires ; Prix SGDL Révélation 2018.

  • Seattle, début 1946. Ichiro Yamada, jeune Américain d'origine japonaise rentre enfin chez lui. Après avoir passé deux ans dans l'un des camps créés à la suite de l'attaque de Pearl Harbor pour interner les 100 000 membres de la communauté japonaise-américaine, il a écopé de deux ans de prison pour avoir refusé d'être incorporé dans l'armée américaine.

    Seattle, début 1946. Ichiro Yamada, jeune Américain d'origine japonaise (un nisei, " deuxième génération " en japonais) rentre enfin chez lui. Après avoir passé deux ans dans l'un des camps créés à la suite de l'attaque de Pearl Harbor pour interner les 100 000 membres de la communauté japonaise-américaine, il a écopé de deux ans de prison pour avoir refusé d'être incorporé dans l'armée américaine.

    Dans les semaines qui suivent son retour, et malgré l'accueil chaleureux de ses parents (notamment de sa mère qui, dérivant lentement vers la folie, s'imagine que le Japon a gagné la guerre), Ichiro prend la mesure de son statut spécifique. Il tente de redéfinir son identité et de retrouver sa place dans un pays qui, pense-t-il, l'a trahi – et qu'il a trahi.

    Méprisé par ses camarades nisei et par son frère cadet qui ont fait le choix de s'enrôler dans l'armée, il est pourtant son plus féroce contempteur. Au cours d'une longue errance entre Seattle et Portland et au fil de diverses rencontres, il tente de faire la paix avec lui-même et avec le choix qui l'a mené en prison.

    Alternance de monologues intérieurs incantatoires et rageurs et de dialogues laconiques dignes d'un film noir, évocation lucide d'une Amérique d'après-guerre où les tensions raciales ne s'apaisent jamais,
    No no boy met en lumière un aspect historique encore méconnu : le difficile retour à la liberté des citoyens américains d'origine japonaise après la guerre.

    À propos du titre : le double " non " fait référence au questionnaire que le ministère de la Guerre fit remplir en 1942-1943 aux jeunes Japonais-Américains de deuxième génération internés. Les questions n° 27 et 28 étaient destinées à tester leur loyauté envers les États-Unis.

    N°27 : Êtes-vous prêt à rejoindre les forces armées des États-Unis et à participer aux combats lorsque cela vous sera demandé ?

    N°28 : Êtes-vous disposé à prêter allégeance aux États-Unis d'Amérique et à les défendre en toute loyauté contre toute attaque par des forces étrangères ou nationales, et à renoncer à toute autre forme de soumission ou d'obéissance à l'empereur du Japon ou à d'autres gouvernements, puissances ou organisations étrangères ?

    Répondre non à ces deux questions était synonyme d'incarcération.

  • L'illustre correspondante de guerre américaine Martha Gellhorn (1908-1998) est l'auteur de nombreux récits, nouvelles, novellas et romans. Dans Mes saisons en enfer, elle nous raconte, avec une grande liberté de ton, ses périples les plus éprouvants : la Chine de Tchang Kaï-chek - en compagnie de son mari d'alors, Ernest Hemingway, qu'elle surnomme le Compagnon réticent -, la mer des Caraïbes où elle se lance à la poursuite des U-Boots nazis, le continent africain qu'elle traverse d'ouest en est, la Russie soviétique où elle rend visite à la veuve du poète Ossip Mandelstam, et enfin Israël, qui lui inspire une réflexion pleine d'humour sur l'ennui comme moteur au voyage. Sans concession pour elle-même, avec une curiosité qui jamais ne s'émousse, Martha Gellhorn déploie, dans chacun de ces récits, une joyeuse fureur et une élégante ironie. Le lecteur se réjouit de la suivre dans ses tribulations, tout en se félicitant - souvent - de ne pas être de l'aventure.

  • En 1936, tandis que la Seconde Guerre mondiale menace, l'écrivain tchèque Karel Capek (1890-1938) entreprend un voyage dans le Nord de l'Europe. Forêts à perte de vue, fjords échancrés, vaches noir et blanc, fermes rouges,myriade d'îles ponctuent sa traversée du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Au fil du récit, derrière une naïveté feinte et un lyrisme tempéré, où affleurent une tendre ironie et un humour mordant, se profile le portrait troublant, éblouissant de nature et de lumière, d'un continent en sursis. Car, en route vers le cap Nord, Capek pressent la fin d'une époque et dessine une Europe qui, bientôt, sombrera dans le chaos. Avec 170 dessins de Karel Capek.

  • " Il est temps de relire Capek pour le rire insouciant qu'il crée dans ses contes, rire derrière lequel pointe souvent l'angoisse. C'est une joie de lire l'œuvre de cet incroyable conteur, auteur de récits stupéfiants et inoubliables. " (Arthur Miller)
    Des empreintes qui s'arrêtent soudainement dans la neige, un homme qui a pour seul tort de paraître suspect, un voleur de cactus qui disparaît à l'autre bout du monde, un poète qui se transforme en détective, Dieu qui apparaît comme témoin de la justice humaine, une cellule de prison dont les occupants se repentissent, un cadavre retrouvé dans une valise déposée à la consigne d'une gare... Dans ces quarante-huit nouvelles, dont plus de la moitié était inédite en français jusqu'à présent, Karel Capek mêle comme à son habitude l'ordinaire et l'extraordinaire, l'humour à la satire.

    Crimes, disparitions, énigmes, mystères, enquêtes, ces récits, qui relèvent du genre policier avant l'heure, dissèquent la vérité et jouent avec notre capacité à juger. Ces textes en forme de paraboles, qui continuent de nous hanter longtemps après leur lecture, prouvent encore une fois l'importance de Capek dans l'histoire littéraire.

  • Pionnier du hard-boiled, Jim Tully fut le premier à donner une voix aux immigrés irlandais, loin des stéréotypes et des caricatures de l'époque. Témoignage émouvant sur une minorité opprimée, Les Assoiffés dessine aussi – en filigrane – le portrait d'un conteur déchiré entre son héritage et son désir de reconnaissance.

    Les Assoiffés (Shanty Irish), publié en 1928, est le cinquième livre de Jim Tully qui s'était fait connaître par le récit de sa jeunesse de hobo dans
    Vagabonds de la vie, Autobiographie d'un hobo en 1924. Son grand projet était de constituer une sorte de " comédie humaine des bas-fonds " dont chaque épisode aurait eu pour cadre un milieu qu'il avait vu de près. Il commença avec les " vagabonds du rail " et enchaîna avec " les ouvriers du cirque " dans
    Circus Parade avant de revenir à sa famille et ses origines irlandaises dans Les Assoiffés.

    Les Assoiffés est composé de tranches de vie des membres de sa famille dont la personnalité ou le destin firent écho au sien : son grand-père, grand conteur de bistrot ; son père terrassier, taillé comme un gorille et qui passait des heures à lire malgré sa myopie ; sa mère au grand cœur et à la foi imprégnée de folklore celtique ; son oncle John Lawler, gibier de potence au magnétisme animal...

    Pionnier du hard-boiled, Jim Tully fut le premier à donner une voix aux immigrés irlandais, loin des stéréotypes et des caricatures de l'époque. Témoignage émouvant sur une minorité opprimée,
    Les Assoiffés dessine aussi – en filigrane – le portrait d'un conteur déchiré entre son héritage et son désir de reconnaissance.

    Comme les deux précédents, le livre rencontra beaucoup de succès en Amérique et au Royaume-Uni, et s'attira les louanges de H. L. Mencken, critique redouté : " Tout comme Gorki, Jim Tully a le pouvoir de faire vivre les misères des pauvres et des désespérés, mais il a en plus un sens de l'humour qu'on n'imaginerait pas chez un Russe. Dans
    Les Assoiffés, j'ai l'impression qu'il est allé encore plus loin que d'habitude. Ce récit n'est pas seulement remarquablement réaliste, il a aussi une belle qualité poétique. "

  • "Un document d'une importance inconttestable" (Colum McCann) L'envie de Maïakovski de se rendre en Amérique tient à l'attrait profond que ce pays exerce sur lui - pays qu'il considère comme celui du futur et de la technologie, un véritable modèle pour le développement de la jeune Russie soviétique -, et ce malgré le fait que les États-Unis soient à ses yeux la terre du capitalisme. Sa séparation, en 1924, d'avec sa maîtresse Lily Brik, lui donne l'occasion de ce voyage. Profondément bouleversé par cette rupture, Maïakovski envisage pour commencer un tour du monde. Contraint par des raisons financières (il se fait voler son argent à Paris où il fait escale pour rejoindre le port de Saint-Nazaire), il se contente d'un séjour sur le continent américain. Après une traversée qui le mène à La Havane, il entre aux États-Unis par le Mexique, en se faisant passer pour peintre - sa position de poète officiel donnant souvent à ses voyages un caractère de propagande, son visa lui est plusieurs fois refusé. New York, Cleveland, Detroit, Chicago, Philadelphie, Pittsburgh?: durant son séjour, il donne de nombreuses conférences, lors desquelles il déclame ses poèmes, évoque l'Union soviétique et parle de ses impressions sur les États-Unis. Et ce devant un auditoire nombreux et enthousiaste. Ma découverte de l'Amérique est le récit de ce voyage sur le continent américain. Maïakovski y déploie un large spec-tre stylistique, qui va de la gouaille à la solennité, pour louer cette Amérique industrialisée des années 1920, sa modernité et sa créativité, chères au futurisme. Il n'en décrie pas moins les injustices sociales engendrées par un capitalisme insensible. Le lecteur découvrira ici le talent de prosateur de l'un des plus grands poètes russes du xxe siècle. Publié en 1926 en Russie, ce texte n'avait jamais été édité dans son intégralité en français.

  • L'Amérique de 1934 est plongée dans la Grande Dépression. Souhaitant réunir un autre type d'informations que celles récoltées par les fonctionnaires de l'administration, le directeur de la FERA (Federal Emergency Relief Administration) constitue une équipe de seize " enquêteurs ", composée pour l'essentiel d'écrivains et de journalistes. Martha Gellhorn, la plus jeune du groupe, est envoyée en Caroline du Nord, dans les villes ruinées par la fermeture des usines textiles.

    L'Amérique de 1934 est plongée dans la Grande Dépression. Souhaitant réunir un autre type d'informations que celles récoltées par les fonctionnaires de l'administration, Harry Hopkins, proche de Roosevelt et directeur de la FERA (Federal Emergency Relief Administration) constitue une équipe de seize " enquêteurs ", composée pour l'essentiel d'écrivains et de journalistes, et confie à chacun d'entre eux une région du pays particulièrement touchée par la crise. Martha Gellhorn, la plus jeune du groupe, est envoyée en Caroline du Nord, dans les villes ruinées par la fermeture des usines textiles. Des semai nes durant, confrontée à la misère et au désespoir de la population, elle accumule des dizaines d'interviews, visite villes et bidonvilles, enregistre tout ce qu'elle voit et tout ce qu'on lui raconte.

    La matière de ses rapports pour la FERA nourrit quatre novellas réunies sous le titre anglais de
    The Trouble I've Seen, emprunté au célèbre negro-spiritual éponyme. Martha y suit le destin de cinq personnages, à l'existence brisée par la crise : Mme Maddison, admiratrice du président Roosevelt, prend part à un programme de réhabilitation rurale contre l'avis de ses enfants ; Joe et Pete, ouvriers et syndicalistes, perdent leur emploi après avoir participé à une grève visant à améliorer les conditions de travail ; Jim, jeune homme ayant fini par trouver un poste, en vient à voler son employeur afin que la femme qu'il aime et lui puissent être convenablement vêtus lors de leur mariage ; Ruby, une petite fille de onze ans, rejoint un groupe de jeunes prostituées dans le seul but de s'acheter des bonbons et des patins à roulettes.

    Le livre appartient au rayon de la fiction, mais son contenu, tout ce qui en fait la chair, relève du reportage. Il parut en 1936 aux États-Unis et en Angleterre, et fut salué par une critique élogieuse. " Je tiens Martha Gellhorn pour un écrivain véritablement remarquable ", écrit H. G. Wells dans la préface.

  • Une galerie de portraits de personnages hauts en couleur que Tully côtoya pour le meilleur parfois, et souvent pour le pire.

    Dans le premier volume de ses " souvenirs des enfers ",
    Vagabonds de la vie, paru en 1924, Jim Tully évoquait ses mésaventures de hobo à bord de trains de marchandises. Trois ans plus tard, dans
    Circus Parade, il aborde un nouveau chapitre de son adolescence tumultueuse, celui de son passage dans un cirque nommé Cameron's World Greatest Com bined Shows. Le livre se présente comme une galerie de portraits de personnages hauts en couleur que Tully côtoya pour le meilleur parfois, et souvent pour le pire. Le cirque de Cameron et ses dix wagons étaient peuplés d'acrobates, de dompteurs, de monstres de foire, de rabatteurs, d'aboyeurs, d'embobineurs et de manoeu vres dont l'existence nomade était rythmée par les représentations de ville en ville.

    Circus Parade rencontra un succès immédiat, aussi bien auprès du public – il fut réimprimé à plusieurs milliers d'exemplaires quelques semaines après sa parution – que de la critique. Le jeune romancier James Agee y alla de son commentaire : "
    Circus Parade se distingue par son style dépouillé et sa description d'une brutalité effroyable dont je n'aurais jamais imaginé qu'elle puisse exister. " Bref, tout aurait été pour le mieux si Jim Tully n'avait pas essuyé les tirs croisés des censeurs et des défenseurs du cirque, notamment la Circus Fans' Association, qui réussirent à faire échouer le projet d'adaptation cinématographique en 1929. Tout au long de sa carrière littéraire, Jim Tully souleva ainsi l'indignation des ligues de vertus et des gardiens de la morale. Or son oeuvre nous offre un éclairage précieux sur le monde des nomades et des va-nupieds de l'Amérique du début du XXe siècle et permet de mieux comprendre les origines du roman noir américain.

  • Un roman alliant enthousiasme et connaissances, de manière ludique et documentée.

    Le roman biographique d'Arne Ulbricht offre une perspective originale sur la vie et l'oeuvre de Maupassant (1850-1893). En une vingtaine de chapitres, il dépeint les moments clés de la jeunesse de Maupassant sous la forme de saynètes très vivantes : l'enfance à Étretat, l'internat religieux à Yvetot, les premières amours, les premiers poèmes, le lycée à Rouen, les mentors Gustave Flaubert et Louis Bouilhet, la guerre de 1870, les parties de canotage sur la Seine, les prostituées, la déprimante vie de bureau du jeune fonctionnaire au ministère de la Marine, la représentation privée dans un atelier d'artiste de la farce pornographique
    À la feuille de rose, les premiers symptômes de la syphilis, jusqu'au premier succès littéraire que lui vaut la nouvelle " Boule de suif ", parue en 1880.

    Le roman d'Ulbricht présente de manière pittoresque le monde littéraire parisien de ces années-là, en particulier le cercle naturaliste regroupé autour de Zola (Céard, Hennique, Huysmans, Alexis), mais aussi Tourgueniev, Edmond de Goncourt, Catulle Mendès ou encore Alphonse Daudet, sans oublier l'omniprésente figure tutélaire de Gustave Flaubert. Il dresse aussi le portrait d'un Maupassant plein de vitalité, amoureux de la nature et des femmes (son insatiable appétit sexuel donne lieu à des épisodes savoureux), ami fidèle et boute-en-train infatigable.

    Voici donc, en bref, un roman instructif et distrayant, rendu très vivant par ses nombreux dialogues, souvent inspirés de citations (tirées de diverses correspondances, notamment avec Flaubert, du
    Journal d'Edmond de Goncourt, etc.).

  • Un voyage époustouflant dans les traditions balinaises du début du siècle, teinté de permanence.

    Fascinée par des photographies de Bali, Vicky Baum y séjourna en 1935. Elle y fit la connaissance du docteur Fabius, qui lui légua à sa mort un coffret contenant des notes, son journal et un imposant manuscrit retraçant un épisode sanglant de la colonisation de Bali par les Hollandais : le Poupoutan (littéralement " la fin"). Grâce à tous ces documents, Vicki Baum écrivit en 1937 Sang et volupté à Bali, une saga historique située au cœur du quotidien des Balinais et de l'occupation néerlandaise du début du XXe siècle. Cherchant à étendre leur contrôle, les Hollandais décidèrent à l'époque de lancer une opération militaire, qui mena les habitants de l'île à un suicide collectif.

  • Février 1931 : Charlie Chaplin (1889-1977) rejoint son Angleterre natale pour y présenter son dernier film, Les Lumières de la ville. Abattu par des problèmes personnels, déstabilisé par l'avènement du cinéma parlant, il ressent le besoin de s'éloigner de son travail, de ses affaires et des États-Unis, son pays d'adoption. Une fois à Londres, il décide d'entreprendre un tour du monde qui le mènera, au gré de ses rencontres, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en France, en Algérie, en Espagne, en Suisse, au Sri Lanka, à Singapour, en Indonésie, au Japon. Au faîte de sa gloire, il est accueilli à chacune de ses étapes comme une véritable star et est reçu par les personnalités - politiques, artistiques et scientifiques - de l'époque : Winston Churchill, Marlène Dietrich, Albert Einstein, H. G. Wells, Aristide Briand, Gandhi, Albert Ier de Belgique... S'il est grisé par sa notoriété, Charlie Chaplin reste des plus attentifs à la crise qui secoue alors le monde. Il observe, écoute, analyse, s'engage. Ce voyage de près d'un an et demi confirmera le cinéaste dans ses préoccupations : à son retour aux États-Unis, il réalisera Les Temps modernes en 1936 et Le Dictateur en 1940, illustrations éminemment économique et politique des constats que Chaplin aura faits lors de son tour du monde.

  • Ce court ouvrage, qui tient autant de l'essai cétologique que de la fantaisie littéraire, s'attaque à l'un des mystères les plus coriaces et les plus fascinants du règne animal : les bonds prodigieux qu'effectuent parfois les grands cétacés hors de l'eau. Beaucoup d'hypothèses ont été formulées à ce sujet par les biologistes du comportement, aucune n'a convaincu. L'auteur explore une piste personnelle et théorise sur ce que les baleines se tordant au-dessus de l'océan doivent à l'ennui et à l'absurde ; il invite à considé­rer leur saut comme une victoire sur l'insupportable et comme une manifestation exemplaire de la plus haute des libertés. « Nous ignorons pourquoi les baleines et autres cétacés effectuent parfois ces sauts stupéfiants au-dessus des mers et des océans, mais les hypothèses ne manquent pas, elles se renforcent même du seul fait que la question n'a pas été tranchée. On dit qu'elles bondissent dans les airs pour déglutir, se débarrasser de leurs parasites, communiquer, séduire en vue d'un accouplement, pécher en gobant, chasser en catapultant, fuir des prédateurs sous-marins comme l'espadon ou le requin, s'étirer, s'amuser, en imposer, ou encore ponctuer un message, une attitude. Aucune de ces explications ne convainc : fâcheusement partielles ou intolérablement saugrenues, toutes ont été contestées. Comme c'est le cas face aux grandes interrogations métaphysiques, elles semblent toutes buter contre l'étroitesse du cerveau et de l'imagination qui les échafaudent. La question serait-elle insoluble ? [...] Ivresse, libération, secousse non moins absurdes, en dernier lieu, futiles, qui n'apaisent qu'un moment, qu'il faut toujours recommencer, et dont la baleine doit savoir en son for intérieur, dans ce magma d'instincts, de mémoire et d'analyse, la grande vanité. Mais en un monde qui n'est que poussière d'étoile remuée dans un trou noir, la créature, même bardée de ses instincts, gènes et neurones, même flattée par l'héritage multi-millénaire de la sélection naturelle, peut goûter un acte aussi gratuit que la totalité dans laquelle elle baigne. Ainsi la baleine sauterait-elle quia absurdum, parce que c'est absurde ? »

  • « En Schumann, la musique avait trouvé l'une de ces proies de choix qui, promptes à céder aux sirènes esthétiques, leur aliènent bientôt toute leur existence, quitte à nuire à leurs proches et à les emporter avec elles dans leur chute. Tel fut le lot des enfants Schumann. » Nicolas Cavaillès retrace dans cet ouvrage le destin du compositeur et de la pianiste Robert et Clara Schumann, et de leurs huit enfants, tous frappés - de près ou de loin - par l'impératif absolu de l'art. Il sonde ainsi les notions d'héritage et de transmission familiale, et offre une réflexion subtile sur l'enfance, l'individualité et l'infinie solitude de l'homme.

  • À la fin du mois d'août 1937, le reporter de guerre Robert Capa débarque à New York par le paquebot. Il a 23 ans, il est déjà veuf : un mois plus tôt, sa compagne photographe Gerda Taro a été tuée lors de la guerre d'Espagne à Brunete, près de Madrid, alors qu'il se trouvait à Paris.

    À la fin du mois d'août 1937, le reporter de guerre Robert Capa débarque à New York par le paquebot. Il a 23 ans, il est déjà veuf : un mois plus tôt, sa compagne photographe Gerda Taro a été tuée lors de la guerre d'Espagne à Brunete, près de Madrid, alors qu'il se trouvait à Paris.

    Ce séjour new-yorkais est l'occasion pour Robert Capa de s'extraire de son désespoir. Il retrouve sa famille – mère et frère notamment, qui ont fui Budapest –, ainsi que ses amis, dont le photographe hongrois André Kertész qui avait été son mentor à Paris, il tente de se faire engager par le nouvel hebdomadaire Life Magazine.

    Mais c'est surtout l'occasion pour lui de mener à bien un projet de livre. Un album à la mémoire de Gerda, intitulé
    Death in the making, conçu avec André Kertész, pour évoquer en images les douze derniers mois que Capa a passés en Espagne à couvrir la Guerre civile avec Gerda. Sous l'hommage du combat des Républicains espagnols, cet ouvrage raconte aussi – implicitement – leur amour agité, ainsi que leur collaboration où la cause révolutionnaire devint une cause intime.

    Après Gerda, livre sur la naissance d'un livre, roman où se mêle histoire et fiction, recrée le tourbillon de ces six semaines à New York, une ville en paix, dans laquelle remontent les souvenirs de cette année 1936-1937, ses violences, ses déchirements qui bouleversèrent aussi bien le couple Taro-Capa que l'Europe entière.

  • France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse. Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.

  • S'inspirant d'un conte du xixe siècle, Nicolas Cavaillès invoque dans ce récit l'idée paradoxale que la civilisation, dans son effort pour rendre le monde toujours plus " vivable ", fait œuvre de destruction, de mort souvent – le comble, étant le touriste, qui détruit ce qu'il veut " visiter ".

    Au travers de l'épopée nocturne d'un animal des moins exotiques, Nicolas Cavaillès dresse, dans
    Le Mort sur l'âne, un portrait atypique de l'île Maurice et en raconte l'histoire. Au rythme de la toponymie si particulière des lieux – Curepipe, Trou-d'Eau-Douce, cap Malheureux, Bois aux Amourettes, Montée-Bois-Puant... –, depuis les hauteurs de l'île jusqu'au littoral – sans plages ni touristes –, ce voyage dans l'intérieur des terres est aussi un voyage dans le temps.

    S'inspirant d'un conte du xixe siècle, Nicolas Cavaillès invoque dans ce récit l'idée paradoxale que la civilisation, dans son effort pour rendre le monde toujours plus " vivable ", fait œuvre de destruction, de mort souvent – le comble, étant le touriste, qui détruit ce qu'il veut " visiter ". Heureusement, quelques exceptions se distinguent : le poète Baudelaire, qui séjourna à Maurice en 1841, et Kaya, figure musicale locale mort en 1999. Tout deux sont les symboles du refus d'un monde policé et du respect d'un monde " sauvage ". L'incarnation de la revanche du chaos sur le langage, cette suprême usurpation du monde – le langage n'ayant rien à nous apprendre puisque l'essentiel se trouve hors de celui-ci.

  • Ce roman donne à comprendre les rouages de la radicalisation, du recrutement et du basculement dans l'extrémisme dans une langue simple, imagée, pleine d'esprit et d'humour – aussi surprenant que cela puisse paraître étant donné la gravité du sujet. Il permet également – chose rare – d'aborder le mal-être des musulmans pratiquants en Europe, face à une société sécularisée.

    Deux adolescentes, dans une banlieue du nord de l'Angleterre. L'une, Ameena, est délurée, fume des cigarettes et sort avec des garçons, tandis que l'autre, Jamilla, est une fille réservée, musulmane pratiquante, portant le hijab et obéissant à l'autorité paternelle.

    Une rupture amoureuse laisse Ameena totalement désemparée. Elle se rapproche alors de Jamilla et commence à s'intéresser aux enseignements de la religion. Elles passent toutes deux de plus en plus de temps à la mosquée ; enfermées chez elles, elles regardent des vidéos de prêche sur Youtube et discutent via Internet avec des femmes prônant le djihad. L'une d'elles, Heijye, femme charismatique se disant à la tête d'un orphelinat syrien réservé aux enfants des combattants de Daesh, les convainc de partir pour la rejoindre.

    À leur arrivée en Syrie, via Istanbul, elles rejoignent l'institution dirigée par Heijye, une vaste bâtisse située à quelques kilomètres d'une ville tenue par Daesh. Bientôt, Ameena est mariée à un djihadiste qu'elle suit dans ses divers déplacements, tandis que Jamilla reste à l'orphelinat où elle mesure peu à peu l'impasse terrible dans laquelle elle se trouve, privée de liberté et confrontée à un monde terriblement plus cruel et hypocrite que celui qu'elle a quitté. Se met alors en place un huis-clos éprouvant, glaçant. Jusqu'au terrible dénouement.

    Dans ce livre, Tabish Khair déploie avec virtuosité une véritable intensité dramatique, dans une construction originale – la confession de Jamilla à un écrivain qu'elle rencontre à Bali –, laissant à intervalles réguliers le lecteur entrevoir l'issue tragique.

    Ce roman donne à comprendre les rouages de la radicalisation, du recrutement et du basculement dans l'extrémisme (notamment via les réseaux sociaux) dans une langue simple, imagée, pleine d'esprit et d'humour – aussi surprenant que cela puisse paraître étant donné la gravité du sujet. Il permet également – chose rare – d'aborder le mal-être des musulmans pratiquants en Europe, face à une société sécularisée.

  • L'Accusé, publié pour la première fois en khmer en 1973, est un cri lancé contre la guerre civile qui fait rage autour de Phnom Penh. Un cri lancé contre la condition humaine. Avec, en filigrane, la vision fugitive d'un bonheur possible, fait de paix, de frugalité studieuse, de rêveries, d'amour (avec la belle Sophary) et de liberté.

    Le Cambodge, repères historiques :
    colonisation française (1863-1953), indépendance et arrivée au pouvoir de Sihanouk (1953-1970), coup d'État et république khmère dirigée par Lon Nol (1970-1975), chute de Phnom Penh et régime khmer rouge (1975-1979).

    L'Accusé, publié pour la première fois en khmer en 1973, tient à la fois de la littérature carcérale, de la confession (rousseauiste), du " pêle-mêle " spéculatif et introspectif (à la Montaigne), et des stances bouddhiques sur la mort. On pourrait aussi parler d'une structure " en guirlande ", typi-

    que des stratégies argumentatives cambodgiennes.

    C'est un cri lancé contre la guerre civile qui fait rage autour de Phnom Penh. Un cri lancé contre la condition humaine. Avec, en filigrane, la vision fugitive d'un bonheur possible, fait de paix, de frugalité studieuse, de rêveries, d'amour (avec la belle Sophary) et de liberté.

    Le narrateur, sur la sellette, doit prouver son innocence (mais les rouages de la justice sont peu clairs) ; accusation politique qui fait écho à la détention de l'auteur dans les locaux de la police secrète de Lon Nol (1971), une " garde à vue " interminable (plus de sept mois) que lui valent ses convictions progressistes et son refus de collaborer avec le nouveau régime. Il s'analyse donc et analyse le monde qui l'entoure. L'ouvrage est composé de quatre parties qui se répondent, et mêle à la fois autobiographie et fiction.

    Khun Srun et son œuvre sont le symbole du drame cambodgien. Le symbole d'un immense gâchis. Comment un jeune écrivain prometteur, humaniste, pacifiste, lecteur de Heinrich Böll et d'Alexandre Soljenitsyne, a-t-il pu rejoindre les rangs d'un mouvement politique qui est à l'origine d'un des plus effrayants univers concentrationnaires (tout un pays transformé en prison à ciel ouvert) que le monde ait connu ? Début de réponse dans
    L'Accusé, premier de ses textes à être traduit en français.

  • Publié en 1924 aux États-Unis, Vagabonds de la vie compte parmi les classiques de la littérature consacrée aux hobos, ces saisonniers américains qui voyageaient clandestinement sur les trains de marchandises. Jim Tully se frotta pendant plus de six ans aux trimardeurs les plus divers - et parfois les plus infréquentables. Il voyagea dans des trains postaux et des convois de marchandises, bivouaqua dans les «

  • 1919. Elsa Triolet a 23 ans quand elle séjourne avec André, son mari, à Tahiti. Dépaysement à la fois inquiétant et merveilleux, entre témoignage et fiction, À Tahiti, écrit en russe et traduit par l'auteur elle-même, puise sa force dans la capacité d'observation et d'étonnement d'Elsa Triolet. L'auteur s'intéresse, dans cette île aux antipodes de sa Russie natale, tout autant aux différences qu'aux proximités d'une même humanité.

  • "Quel plaisir que ce voyage auprès d'un écrivain des lumières et homme du vingtième siècle !" (Marie-Thérèse Eychart, Les Lettres françaises)
    Roger Vailland, éternel voyageur, se rend à la Réunion en 1958. Comme lors de son séjour en Indonésie en 1950, l'écrivain se fait une nouvelle fois grand reporter. L'histoire de l'île, sa population métissée, son organisation sociale, sa faune et sa flore, ses paysages... rien ne lui échappe, pour donner naissance à ce " récit d'un voyage détendu ", comme il le définira lui-même.

  • En 1950, de Java à Bali en passant par Sumatra, l'écrivain voyageur brosse le portrait saisissant d'une jeune nation et de ses habitants à travers leur passé et leur avenir.

    Romancier, Roger Vailland était également grand reporter, tirant de ses voyages des récits pleins d'éclat, d'intelligence et de clarté de vue. En 1950, il part pour l'Indonésie, un an après la reconnaissance par les Pays-Bas de l'indépendance de leur ancienne colonie. De Java à Bali en passant par Sumatra, l'écrivain voyageur brosse le portrait saisissant d'une jeune nation et de ses habitants à travers leur passé et leur avenir.

    " La fraîcheur de vue, la chaleur de cœur, la vivacité de l'intelligence – qu'on y ajoute ce grain de sage folie et d'enfance préservée qui est le sel de l'esprit, voilà le léger bagage du voyageur Vailland. Que faut-il d'autre pour prendre la route et se laisser séduire à la suivre ? ", écrivait Claude Roy à propos de cet ouvrage.

  • Mangal Singh, écrivain raté, chauffeur d'autocar sur la ligne Gaya-Phansa, deux villes de l'État indien du Bihar, ressasse son amertume et observe les passagers embarqués ce jour-là. Parmi eux, Fadarah l'eunuque, qui aspire à une nouvelle existence, un homme d'affaires angoissé, une matriarche hindoue convaincue de sa supériorité sociale, un jeune garçon qui rentre dans son village après avoir commis le pire... Des individus loin de leur chez-soi, issus de cultures et de milieux très différents, dont les itinéraires enchevêtrés le temps d'un voyage n'échappent pas non plus à l'attention de Shankar, le contrôleur, qui veille sur eux à sa manière. Sur un chemin parallèle, un autre homme se remémore l'enfance et l'adolescence, évoquant son désir pour la servante Zeenat, ses souvenirs du cuisinier Wazir Mian ainsi que les espaces réels et imaginaires qui l'ont modelé. Le long de routes poussiéreuses, les pensées de chacun défilent, le flux de la conscience se délite parfois, et nul n'imagine encore l'événement qui obligera l'autocar à s'arrêter en chemin, un peu plus longtemps que prévu...

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