Sciences humaines & sociales

  • L'histoire de la pharmacie en Nouvelle-France s'ouvre sur la rencontre avec le Nouveau Monde, ses ressources médicinales et les savoirs qu'en ont ses premiers habitants. Marqué par une double tradition, à la fois française et britannique, le développement de la pharmacie au Québec s'accélère aux XIXe et XXe siècles alors que le domaine du médicament subit d'importantes transformations. Révolution thérapeutique, essor de l'industrie pharmaceutique, transformations économiques et réformes gouvernementales finissent par plonger la pharmacie dans une crise identitaire dont elle ressortira passablement transformée à l'aube du XXIe siècle.

    Malgré son riche passé, qui puise ses sources dans l'Antiquité, la pharmacie est souvent laissée pour compte dans l'histoire de la médecine et de la santé. Cette lacune est brillamment corrigée dans cet ouvrage qui rend compte de l'évolution des conceptions scientifiques et populaires de la santé, allant de pair avec l'évolution des médicaments et de la profession de pharmacien. Celle-ci, qui a vu son rôle et son identité s'altérer puis se recomposer, est racontée ici avec un grand souci du détail qui montre tout l'intérêt qu'il y a à porter un regard historique, et souvent sociologique, sur des phénomènes contemporains.

  • Après-guerre, des miliciens compromis en France sous l'Occupation se sont réfugiés au Québec pour fuir l'épuration. Moins que leur nombre, c'est l'écho de leur présence dans la société québécoise qui surprend. En effet, l'ampleur de la mobilisation politique et sociale à leur sujet fut telle que l'on a pu parler, à juste titre, d'une «affaire Bernonville», du nom du plus connu d'entre eux. Dès lors, centré sur cette « affaire des réfugiés politiques français » qui fit grand bruit au Canada entre 1948 et 1951, le livre propose tout à la fois un retour sur l'événement, sa mémoire et l'écriture de son histoire. Il offre ainsi une histoire connectée entre la France et le Canada français. À travers les itinéraires singuliers d'une poignée d'exilés, l'ouvrage contribue à revisiter l'histoire de Vichy et de sa postérité. On y découvre également la façon dont s'organisait le soutien «hors les murs» de ces ex-miliciens, via au Québec la présence d'une minorité d'activistes de droite appartenant à la mouvance clérico-nationaliste, qui constituait le noyau dur de «l'accueil collabo». À une autre échelle, ce livre s'inscrit dans l'histoire des politiques suivies par le Canada à l'égard des collaborateurs européens ou présumés criminels de guerre de 1945 à nos jours.

  • Dans un style élégant doublé d'un grand souci de vulgarisation, ce livre consigne les réflexions d'un historien de la vie intellectuelle sur sa pratique et sur les façons d'écrire l'histoire. Il montre que la distanciation nécessaire à son métier n'est pas seulement affaire d'éloignement dans le temps, mais que la médiation qui s'opère avec l'objet de sa recherche fait intervenir chaque fois des considérations formelles, sentimentales et idéologiques. Tout en rendant compte de façons nouvelles de pratiquer l'histoire à trois époques différentes - autour de 1500, de la chronique médiévale à Machiavel et Guichardin; autour de 1800m des Lumières à l'historicisme du XIXe siècle; et autour de 1968, avec l'intégration des affects et des sentiments - , et sans prétendre constituer une histoire de l'historiographie, mais en en livrant les principales balises, l'auteur se penche notamment sur les usages de l'histoire en littérature, en peinture, et en muséologie.

    Parce qu'il soulève plusieurs questions d'intérêt général, cet essai intéressera non seulement les historiens, professeurs et étudiants, mais également le grand public féru de culture.

  • L'auteur s'inscrit dans une longue tradition sociologique au Québec - de Léon Gérin en passant par Jean-Charles Falardeau, Fernand Dumont, Gilles Houle, Nicole Laurin et Nicole Gagnon - et permet sa redécouverte. Il nous montre le cheminement de Léon Gérin, « le premier sociologue cana­dien », en même temps que celui d'une certaine société, comme une trame évolutive de l'individu et de la collectivité dans laquelle il s'active.

    Le recours à la correspondance nourrie de Gérin, ainsi qu'à de riches fonds d'archives, nous fait entrer dans le privé, aborder des aspects difficiles à déceler dans d'autres types de sources et reconstituer les réseaux de relations du sociologue. Les connaissances qui en découlent apportent un éclairage qui nous fait mieux comprendre la société québécoise de cette époque, mais aussi d'aujourd'hui.

  • Autobiographique autant qu'historique, cet ouvrage pousse la réflexion bien au-delà de la simple anecdote sur le parcours somme toute unique de son auteur. Celui-ci fut recteur d'une des plus grandes universités de recherche du Canada pendant sept années et professeur de sciences économiques pendant 35 ans. Il témoigne de plusieurs questions primordiales sur la place de l'université dans notre société, outre celles de l'éducation, de la recherche ou du leadership. Ce faisant, il passe au crible le fonctionnement de cette organisation complexe en analysant ses liens nécessaires avec les partenaires externes et les fonctions souvent méconnues de chacun de ses acteurs. Il explore au détour les notions de philanthropie dans un contexte francophone, de syndicalisme ou d'engagement envers l'excellence.

    /> Écrits sur un ton personnel, mais gardant une saine distance envers son sujet, ses souvenirs et ses réflexions viennent enrichir le patrimoine historique québécois en offrant un regard inédit sur l'une de ses institutions les plus fondamentales.

  • Que signifie connaître ou savoir? Cette redoutable question née avec la philosophie elle-même reste toujours cruciale aujourd'hui. Et, comme le montre la longue histoire de la théorie de la connaissance, de Platon et Aristote aux théoriciens cognitivistes contemporains, on y a répondu diversement. À chaque époque, des penseurs ont contribué magistralement à développer cette discipline, que ce soit par des analyses poussées et souvent techniques ou par les débats suscités par leurs arguments. Chacun des dix-neuf chapitres de cet ouvrage expose en détail une pensée qui a fait date et la situe dans le contexte qui l'a vue naître. Robert Nadeau a fait carrière au Département de philosophie de l'Université du Québec à Montréal, où il a fondé et dirigé pendant vingt-cinq ans le Groupe de recherche en épistémologie comparée. Avec les textes de Richard Bodéüs, Yves Bouchard, Josiane Boulad-Ayoub, Sébastien Charles, François Duchesneau, Yves Gingras, Sandra Lapointe, Georges Leroux, Iain Macdonald, Mathieu Marion, Martin Montminy, Robert Nadeau, Claude Panaccio, Dario Perinetti, Claude Piché, David Piché, Pierre Poirier, Serge Robert et Alain Voizard.

  • Les années 1920 ont été le théâtre de la montée en puissance de l'Union soviétique et de l'alignement des pays occidentaux contre le « péril rouge ». Cette histoire, qui pourrait s'intituler « La première véritable guerre froide », a le plus souvent été racontée du point de vue des puissances de l'Ouest. Mais avec l'effondrement de l'URSS, dans les années 1990, l'accès aux archives soviétiques a permis de jeter un tout nouvel éclairage sur cette période. Replacées dans leur juste contexte par le travail méticuleux et acharné de Michael J. Carley, et accompagn.es de documents de sources britannique, française, allemande et américaine, dont plusieurs inédits, ces archives nous livrent le récit - décrit de l'intérieur - des premières années de l'État soviétique. En faisant une large place à l'humain, l'auteur illustre, non sans humour, le rôle essentiel d'individus comme Joseph Staline ou Léon Trotski, et leur influence sur la politique étrangère, qui se déploya dans des arènes assez éloignées de Moscou, notamment en Turquie, en Perse, en Afghanistan et, particulièrement, en Chine. Il retrace avec précision les positions et les interventions publiques - et surtout privées - des personnages de ce récit historique, et brosse un portrait vivant de la diplomatie des ann.es 1920 et des relations de l'URSS avec l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les États-Unis et la France. L'actualité insufflant un véritable regain d'intérêt pour la Russie, ce livre saura captiver les érudits comme les amateurs. Michael J. Carley est professeur-titulaire au Département d'histoire de l'Université de Montréal. Il poursuit depuis plusieurs décennies sa recherche sur les relations entre l'URSS et les pays occidentaux, notamment de 1917 à 1945.

  • Rares sont les sociétés contemporaines qui ne sont pas pluriculturelles et plurilingues, en raison notamment de l'émergence de l'anglais comme nouvelle lingua franca et de l'augmentation des flux migratoires des quarante dernières années. Dans un contexte de mutations sociales et économiques mondiales sans précédent, les défis posés par les politiques linguistiques et culturelles font désormais partie intégrante de notre quotidien. Mais quels sont leurs véritables enjeux - juridiques, politiques, culturels et symboliques - ainsi que leurs incidences sur l'éducation, la traduction ou les langues autochtones? Dans une perspective résolument interdisciplinaire, ce livre fait état de la recherche collective sur la question du plurilinguisme officiel dans plusieurs pays et de solutions concrètes à des problèmes communs. Sa pertinence et son originalité résident autant dans l'actualité que dans la ferme volonté de réfléchir aux réformes à envisager afin que chaque citoyen ait la possibilité, selon l'idéal de la diversité universelle prôné par l'UNESCO, de s'exprimer, d'apprendre et d'exercer ses droits civiques dans la langue de son choix.

  • Cet ouvrage souhaite montrer la richesse d'une ouverture géographique et thématique des recherches urbaines actuelles en présentant celles qui prennent en considération les villes situées en dehors de l'aire occidentale. Il donne la voix à de jeunes chercheurs et praticiens originaires de six pays et de trois continents qui, par leurs réflexions engagées, proposent de corriger les perceptions souvent négatives, voire catastrophiques, de l'urbanisation non occidentale. En partant du principe que tout espace urbain est aussi banal que singulier, ils aident à décentrer le regard et à envisager sérieusement l'importance de l'altérité dans la construction des représentations collectives. Ouvert sur le monde, donc, cet ouvrage montre tout l'intérêt de diversifier les approches théoriques et empiriques en urbanisme, dont le fort ancrage nord-américain ou européen empêche souvent de rendre compte des multiples réalités des villes de la planète. Docteur en géographie, Gabriel Fauveaud est chercheur invité au Centre d'études et de recherches international de l'Université de Montréal ( CÉRIUM ) et chercheur associé à l'UMR 8586 Prodig.

  • Depuis près de deux décennies, la vie culturelle en France et au Québec connaît un véritable essor - effet notable des politiques culturelles adoptées des deux côtés de l'Atlantique. Cela se traduit par des tensions et des mutations artistiques, sociales, culturelles, éducatives ou politiques. Dans tous les cas, des réflexions et un débat s'imposent qui conduisent à des choix stratégiques ou à des orientations et des recommandations s'adressant aux décideurs publics. Dans la foulée des projets de refonte et de mise à jour de politiques culturelles, des questions se posent, par exemple, sur les responsabilités des gouvernements face aux artistes, aux acteurs institutionnels et aux citoyens porteurs d'initiatives culturelles qui foisonnent en ce début de xxi e siècle. Les auteurs de cet ouvrage examinent, selon leur point de vue - savant ou praticien -, les interventions visant à lier l'offre artistique aux divers publics ; ou celles en lien avec les milieux scolaires, communautaires et municipaux, ou encore et plus largement, celles qui soutiennent la diversité des expressions culturelles et des politiques publiques en culture.

  • Les soulèvements populaires en Tunisie et en Égypte, avec la chute de Ben Ali et de Moubarak, ont produit un effet de démonstration des défauts de la cuirasse de régimes apparemment forts. Leurs succès ont favorisé une propension à l'action dans d'autres pays arabes, au sein de sociétés dont les revendications et les régimes ne sont pas forcément identiques. Ils ont ainsi ouvert un cycle de mobilisations qui, pour l'heure, n'est pas clos.
    Mais peut-on parler vraiment de révolution ? De ces affrontements ont surgi de nouvelles façons d'envisager les rapports de pouvoir, et c'est sans doute là que réside la principale « révolution » : une transformation en cours dans les relations politiques, qui place l'ensemble des protagonistes des scènes politiques arabes sous le signe de l'incertitude.
    Les auteurs s'appuient sur une connaissance de première main des terrains étudiés et prennent en compte la diversité des contextes pour expliquer ces événements et leurs répercussions au-delà de la rue.

  • Les perceptions publiques de la jeunesse semblent se cristalliser autour de deux figures bien distinctes: d'un côté, une jeunesse ordinaire, dont on dit souvent qu'« il faut bien qu'elle se passe ». Elle est certes parfois turbulente, ou même politisée, mais ses désordres semblent transitoires et, du moins aux yeux d'une partie de la société, légitimes. De l'autre côté, une jeunesse menaçante, issue des classes populaires, qui met en échec les instances traditionnelles de socialisation et ne semble répondre qu'aux exigences de la rue, du quartier ou du gang. Si cette seconde figure n'est pas nouvelle, sa perception s'est sensiblement modifiée et le fossé s'est creusé entre les deux polarités. À la représentation des déviances comme des séquences prévisibles et presque inévitables de la vie des jeunes (hommes le plus souvent) d'origine populaire s'est substituée l'image de déviances ancrées, accompagnées de violences incontrôlées, menant de la petite délinquance à la grande criminalité, ou - ultime menace de notre époque - aux radicalisations les plus terrifiantes. Cet ouvrage met en lumière le fonctionnement des dispositifs de contrôle et les processus de typification qui contraignent en partie la jeunesse stigmatisée à ne pouvoir exister qu'à l'intérieur de cadres forgés pour elle. La multiplicité des territoires investigués, de la France au Brésil, en passant par le Québec et les États-Unis, permet de présenter une grande variété de cas et de dégager certaines tendances d'ensemble.

  • Qu'est-ce qu'un zombie ? Un « paradoxe ambulant » précédé d'une odeur nauséabonde, selon certains ; un « héros culturel de l'ère néobaroque », selon d'autres. Parfois comique, le plus souvent terrifiant, cet être putride possède un insatiable appétit pour la chair fraîche et, occasionnellement, le sexe.

    Le monstre a envahi depuis longtemps la culture populaire : cinéma, bande dessinée, télévision, littérature et jeux vidéo regorgent de sa répugnante présence, qui commence aussi à infester le monde universitaire. À preuve, ce livre où des spécialistes de diverses disciplines se penchent sur le phénomène des morts-vivants, et posent des hypothèses pour mieux comprendre leur incroyable vitalité dans la psyché collective.

    Bernard Perron est professeur titulaire au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal.
    Antonio Dominguez Leiva et Samuel Archibald sont tous deux professeurs au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal.

  • Bien des choses ont changé depuis la publication de L'ethnicité et ses frontières en 1999. Le marxisme a perdu de son lustre, le tournant constructiviste s'est imposé, les recherches et revues scientifiques se sont multipliées. Mais l'ethnicité demeure un objet polémique qui attire et inquiète à la fois. Dans le domaine de la recherche, on s'interroge sur sa pertinence : penser l'ethnicité reviendrait à plaquer sur le réel des catégories fictives qui, tel un mauvais génie, sèmeraient la pagaille en ce bas monde. Dans le champ politique, l'option pluraliste bat de l'aile un peu partout en Occident. Pourtant l'ethnicité est plus que jamais au coeur des dynamiques sociétales dans un contexte caractérisé par la redéfinition des frontières et la réapparition du marqueur religieux. Danielle Juteau le montre de façon magistrale dans cet ouvrage entièrement mis à jour, en proposant une analyse constructiviste, relationnelle, matérialiste et transversale d'un phénomène historiquement construit, tout à la fois concret et idéel. Dans cette perspective, les revendications ethniques n'apparaissent plus comme les survivances d'un autre âge, mais bien plutôt comme les indices des rapports de domination qui se sont instaurés avec la modernité. Danielle Juteau est professeure émérite au Département de sociologie de l'Université de Montréal. Pionnière des études ethniques et féministes au Canada et à l'étranger, elle a occupé la Chaire en relations ethniques de l'Université de Montréal et la Chaire d'études canadiennes à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3.

  • De nos jours, on ne défend plus l'idée que les peuples autochtones conquis et colonisés étaient sans culture ou sans histoire, tout en reconnaissant néanmoins que leur histoire était obscure et leur univers culturel opaque pour les premiers voyageurs européens. Roland Viau écrit ici la rencontre entre l'Europe et l'Amerindia en donnant la parole à l'Autre. Sa perspective est globale, proche de la world history - symbiose entre les disciplines de la mémoire: ethnologie, histoire et archéologie - et loin de la vision d'un monde façonné par le seul Occident. Sans poursuivre le procès d'intention fait aux colonisateurs de l'Amérique du Nord, l'auteur dresse un portrait saisissant des Autochtones à travers le récit de leurs traditions orales, leurs cosmologies et leurs mythes. Il nous invite à penser le monde dans sa longue durée et dans la compréhension des relations souvent conflictuelles entre les sociétés dominantes du Nord et les nations encore globalement dominées du Sud. Roland Viau est chercheur-enseignant au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal et a publié, entre autres choses, cinq essais anthropologiques et historiques, dont Enfants du néant et mangeurs d'âmes, Prix du Gouverneur général, et Du pain et du sang. Les travailleurs irlandais et le canal Beauharnois paru aux PUM en 2013. Roland Viau est chercheur-enseignant au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal et a publié, entre autres choses, cinq essais anthropologiques et historiques, dont Enfants du néant et mangeurs d'âmes, Prix du Gouverneur général, et Du pain et du sang. Les travailleurs irlandais et le canal Beauharnois paru aux PUM en 2013.

  • Construite sur une séparation entre la vie publique et la vie privée, la politique moderne a façonné l'espace public comme un lieu de transition entre les deux sphères. À la première, les discussions sur les grands enjeux économiques et sociaux ; à la seconde, les conversations intimes sur les émotions et la quotidienneté. Toutefois, selon certains, le dialogue guidé par l'esprit public se serait désormais évaporé. Dans cette chronique, Caroline Patsias revêt des habits d'ethnologue et explore les questions soulevées au cours de ses enquêtes auprès de groupes de citoyens en France et au Québec. Comment ces derniers, soucieux d'améliorer la vie de leur quartier, se politisent-ils ou, au contraire, évitent-ils le politique ? Comment nouent-ils des relations avec leurs institutions ? Comment parlent-ils politiquement de la vie en commun et où le font-ils ? Pour répondre à ces questions, l'auteure a prêté une oreille attentive tant aux propos tenus en public qu'à ceux tenus en privé de citoyens « ordinaires » et de leurs dirigeants. Elle livre ici le fruit de ses réflexions qui intéresseront tous les gens attachés à comprendre les transformations de la démocratie. Professeure agrégée au Département de science politique de l'UQAM, Caroline Patsias collabore au Centre interdisciplinaire de recherche en développement international et société, au Centre d'études et de recherches sur le Brésil et au Centre de recherche sur les innovations sociales.

  • Cet ouvrage explore les discriminations liées à l'origine des gens dans le système de santé. À partir d'un terrain spécifique - la Guyane française, terre d'outre-mer au passé de colonie esclavagiste -, l'auteure, dont l'expertise dans ce domaine n'est plus à démontrer, étudie le décalage entre les cadres institutionnels et la réalité d'un contexte précis. Elle vient combler une brèche dans les savoirs lacunaires sur les pratiques discriminatoires dans les systèmes de santé et analyse les processus sociaux et politiques qui y conduisent. Immigration, culturalisme, racisme, inégalités sociales, droit aux soins : autant d'enjeux universels qui sont ici décryptés de façon limpide. Estelle Carde, professeure au Département de sociologie de l'Université de Montréal, a suivi une formation en médecine et en sciences sociales. Elle travaille sur les inégalités sociales de santé en Guyane française, en France métropolitaine et au Québec.

  • Considérée comme paria du fait de l'apartheid et de sa politique agressive en Afrique australe, l'Afrique du Sud a longtemps été isolée de la scène internationale et africaine. Toutefois, depuis la fin de ce régime, elle a connu une évolution inédite : abandon du programme nucléaire, mise sur pied des commissions vérité et réconciliation, réconciliation nationale, réformes du secteur de la sécurité, abandon d'une politique sous-régionale belliqueuse et surtout définition d'une nouvelle identité politique progressiste. Ce parcours historique a une grande influence sur la manière dont l'Afrique du Sud post-apartheid aborde les questions de paix et de guerre. Son implication dans le règlement pacifique des conflits est tout à fait récente. Comment se manifeste son engagement ? Quels en sont les tenants, les forces et les limites ? Cet ouvrage apporte, sous plusieurs angles, des éléments de réponses à ces interrogations en étudiant le rôle croissant que l'Afrique du Sud exerce dans la gouvernance mondiale, notamment en matière de paix et de sécurité. Moda Dieng est professeur adjoint à l'École d'études de conflits de l'Université Saint-Paul à Ottawa. Ses recherches portent principalement sur la politique africaine, le règlement des conflits et les relations internationales.

  • Un bilan rigoureux et incontournable de la croissance des inégalités et un avertissement salutaire quant à la pertinence et aux limites du modèle québécois (Alain Noël, professeur de science politique, Université de Montréal). En analysant l'évolution du 1% le plus riche au Québec, Nicolas Zorn montre bien comment les institutions jouent un rôle crucial dans la modération ou l'élargissement des inégalités, bien davantage que l'innovation technologique ou la mondialisation. Ce livre est important pour ceux qui se préoccupent de l'accroissement des écarts de revenus et il explique ce que nos sociétés peuvent accomplir pour s'en prémunir (Emmanuel Saez, professeur d'économie, UC Berkeley). Ce livre fournit la description la plus complète et la plus claire sur le 1% québécois, et est porteur d'une leçon essentielle : l'augmentation des inégalités n'est pas inéluctable, c'est avant tout un choix politique (Gabriel Zucman, professeur adjoint d'économie, UC Berkeley). Nicolas Zorn est analyste de politiques à l'Institut du Nouveau Monde et doctorant en science politique à l'Université de Montréal. Spécialiste des inégalités économiques, il a écrit plusieurs études sur le sujet.

  • De 1850 à 1950, le Québec transite d'une société rurale vers une société en voie d'industrialisation qui s'installe peu à peu dans la modernité urbaine. Dans cet important ouvrage, l'auteur observe ce passage et propose aux lecteurs de mieux comprendre l'histoire du Québec à partir du traitement que l'on a fait aux enfants. Il éclaire de manière tout à fait originale les questions difficiles à affronter, comme celle des orphelins de Duplessis, de l'adoption des filles, de notre rapport très ambigu avec l'éducation. Cet ouvrage s'inscrit dans une perspective précise, réintroduisant le passé dans le présent ; il porte au jour ces idées de jadis qui aiguillent encore nos façons d'agir. Cela place l'enfance québécoise dans une position en apparence contradictoire : un pied dans la modernité, l'autre dans certaines pesanteurs de la société agraire qui subsistent malgré tout. Au moment où l'homme a tendance à être de plus en plus présenté, ou rêvé, comme un être isolé, autonome, responsable, guidé par sa raison, opposé à la collectivité contre laquelle il défendrait son « authenticité » ou sa « singularité », les sciences sociales ont plus que jamais le devoir de mettre au jour la fabrication des individus. L'auteur de ce livre s'attelle à cette tâche avec brio.

    André Turmel est professeur associé au Département de sociologie de l'Université Laval. Il poursuit depuis des années des recherches en sociologie de l'enfance.

  • Même avant Pearl Harbor, les Japonais vivant sur les territoires américain et canadien, qu´ils soient citoyens, naturalisés ou immigrants reçus, de première ou de deuxième génération, sont considérés comme des traîtres potentiels. La guerre déclenchée, ils seront rassemblés, déportés, maintenus en captivité dans des camps de fortune et leurs droits et libertés seront suspendus. Ce que l´on sait peu ou pas, c´est que le Canada en rajoute : séparation des familles, incarcération dans des camps où le froid et le dénuement complet rendent les conditions de vie encore plus dures, propriétés vendues de force par le gouvernement. Ce n´est qu´après la guerre que ces citoyens vont pouvoir réintégrer la vie civile, traumatisés, dépouillés de leurs biens, encore victimes du racisme ambiant.
    Plusieurs d´entre eux trouveront refuge au Québec, où ils bénéficieront d´une relative bienveillance de la population et d´un appui important de l´Église.

  • Diffusés pendant plusieurs années dans les salles de cinéma, sur les réseaux de télévision et sur Internet, des minifilms d'une durée de 30 ou 60 secondes mettent en scène des soldats canadiens en train de réaliser des opérations de sauvetage, aux prises avec toutes sortes de situations de crise, d'urgence ou de guerre, au pays ou à l'étranger. Leur public cible ? Les Canadiens de 18 à 24 ans. Leur objectif ? Inciter ces jeunes à s'enrôler dans l'armée et convaincre le grand public de soutenir cette entreprise de recrutement.
    La propagande d'État est généralement associée aux régimes totalitaires, dont l'un des traits essentiels est le contrôle de l'information.
    Inversement, la communication gouvernementale serait l'affaire des régimes démocratiques, dont la légitimité ne saurait être mise en question. Dans les faits, les deux formes de messages offrent plus de points communs qu'on aimerait le croire :
    Elles émanent des mêmes sources, sont orchestrées par les mêmes structures politiques et administratives et diffusées par les mêmes médias à destination de publics ciblés. Le gouvernement conservateur canadien en offre un exemple étonnant avec sa campagne de recrutement militaire et sa nouvelle politique en matière de défense.

  • Le 12 juin 1843 restera dans la mémoire comme le « Lundi rouge » : un jour funeste, où plusieurs ouvriers irlandais affectés au creusement du canal Beauharnois trouvent la mort pour avoir réclamé de meilleures conditions de travail. Plus de deux mille « canaliers » en grève illégale subissent la charge des troupes de la garnison qui les dispersent avec une violence démesurée devant l'hôtel où logent leurs patrons - feux, sabres et chevaux contre pelles, pioches et gourdins. Cet événement tragique marque à ce jour le conflit de travail le plus sanglant de l'histoire du Canada. L'indignation générale contraint le gouvernement à instituer une des premières enquêtes publiques du pays. Une enquête biaisée, comme le démontre brillamment Roland Viau qui examine de nouvelles pièces au dossier en faisant revivre le quotidien des familles irlandaises installées le long du canal. Il aboutit à des constats troublants, révélant l'arbitraire des tribunaux envers ces travailleurs migrants honteusement exploités et méprisés, et met à jour l'existence d'une société secrète qui préfigure le mouvement syndical. Roland Viau est chercheur-enseignant au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal et a publié, entre autres ouvrages, deux ethnographies historiques sur les Iroquoiens et une étude sur l'esclavage des Noirs au Bas-Canada.

  • Dans le monde occidental, les pays scandinaves se démarquent par des politiques sociales et de santé qui font d'eux les chefs de file des États égalitaires. De fait, on les cite souvent en exemple, car ils affichent des écarts moins grands qu'ailleurs entre les riches et les pauvres et un réel souci du bien-être du plus grand nombre. Ils présentent également une grande compétitivité économique et une efficacité environnementale très enviable. Malgré l'intérêt qu'on semble leur porter, leurs politiques de lutte contre les inégalités en matière de santé publique et d'éducation restent toutefois mal connues. Le Québec, qui partage plusieurs caractéristiques avec ces pays - géographiques, démographiques, culturelles -, pourrait prendre pour modèle les meilleures pratiques en cours dans ces sociétés. Ce livre n'a d'autre but que de les faire connaître afin qu'on puisse s'en inspirer.

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