Pocket (réédition numérique FeniXX)

  • « Josette avait fait pipi dans sa culotte pendant l'élévation. Les choeurs entonnaient Gloria Deus in Excelsis ; plie, plie, ponctuait Josette s'égouttant sur les dalles. Chez nous la messe était interdite, on pourfendait les calotins, mon père y vendait Le Crapouillot et proclamait « La calotte, ça radote ». Moi j'y allais pour les chants qui crevaient les murs de l'église, pour le soleil en gloire tombant des vitraux, et pour Josette dont la chevelure rousse me brûlait la poitrine, pour cette manie qu'elle avait de s'oublier un peu partout. Après, on descendait au ruisseau. Josette lavait sa petite culotte - sa mère avait des principes. Je regardais ses fesses nues sous sa robe tandis qu'elle se penchait ; les léchais des yeux, si roses et fièrement bombées, fruits d'un autre univers qu'on n'aurait pu nommer sans outrage. Je tremblais et, la nuit, rêvais de tenir entre mes mains ces globes frissonnants, d'en mordre la peau hérissée par la fraîcheur de l'air que brasse le torrent. »

  • Chassés de leur village de Dordogne pour s'être aimés « trop tôt », les Graveille et leur fils Antoine s'installent à Bègles, bourgade de vignerons et de pêcheurs de l'estuaire. Fils de la terre, Antoine devient vite enfant de la Garonne et rêve de grand large, de voyages et de mers lointaines. À treize ans, pour aider sa famille à survivre, il devient Terre-neuva et embarque comme mousse sur L'Arbonnaise. Le rêve vire au cauchemar : il découvre l'enfer de la « grande pêche », les terribles conditions de vie à bord des morutiers et la violence des hommes, à l'image de ces mers glacées. À son retour, il apprend que son père vient de se jeter dans la Garonne, désespéré par la trahison de son meilleur ami qui lui a volé ses espérances sociales. Antoine décide de se venger... À travers la vie d'Antoine Graveille, le héros de ce roman « vrai », Gens de Garonne raconte la condition du petit peuple de l'estuaire, au tournant du XIXe siècle, sa misère et son fatalisme, son courage et ses amours, sa vie quotidienne marquée par le rythme des saisons. L'auteur, qui s'est inspiré de nombreux témoignages recueillis pendant ses huit années passées à la mairie de Bègles, recrée de manière remarquablement documentée les métiers anciens et la vie de ces « forçats de la mer », partis des mois en Terre-Neuve pour la pêche à la morue. Ce n'est pas seulement l'Histoire qui s'élabore ici, avec la prise de conscience ouvrière, c'est aussi une saga humaine sensible et pathétique, au fil des générations.

  • « Mettons tout de suite les choses au point : si certains se sont procuré ce livre pour satisfaire une curiosité malsaine, ils seront déçus. Je n'ai pas le goût du scandale et il n'est pas dans mes intentions de laisser libre cours à des propos captieux, à des images morbides, à une pensée somme toute abjecte, ignoble. Non, je cherche seulement à dire ici avec le plus de simplicité, le plus d'honnêteté possible comment je suis devenu une vache. Je tenterai d'exprimer les différentes étapes de ma transformation sans chercher une dramatisation outrancière, même si encore aujourd'hui je ne peux évoquer sans larmes la première fois que je me suis fait traire. C'était il y a quelques printemps déjà et mes pis endoloris ont pu longtemps témoigner de ma singulière expérience. » Philippe Bonneval devenu Blanchette livre ses souvenirs et ses réflexions sur Dieu, la vie, l'amour, les hommes, les bovidés, répondant tout au long de ces pages à une question longuement ruminée, mais rarement traitée par la littérature : « À quoi ça pense une vache ? »

  • En novembre 1998, un fait divers hors du commun fait la une des journaux. Une jeune Maghrébine de vingt-six ans vient de mourir de faim à Paris, dans le petit appartement du quatorzième arrondissement qu'elle partageait avec sa soeur. Celle-ci, secourue dans un grave état de sous-nutrition, va être sauvée de justesse. Comment les deux jeunes femmes ont-elles pu préférer une dignité muette à la survie ? Bouleversée par cette affaire, l'auteur a imaginé leur histoire. Leur mère, jamais guérie de son exil, organise les retours au village natal, bras chargés de cadeaux qui la ruinent. Amira, la petite, née en France, blanche de peau, se fait appeler Marie, mais perd l'appétit, aux prises avec une maladie que, là-bas, on ne connaît pas, l'anorexie. Et puis, l'accident du père... Les mots simples, dépouillés de toute dramatisation, empreints de la nostalgie et des parfums du passé, mettent en place le mécanisme impitoyable qui broie les exilés. Attirés par le mirage français, réduits à une précarité aggravée par la référence à une double culture, ils ne peuvent revenir en arrière. Ni avouer leur défaite et leur misère. Il ne s'agit pas ici d'un règlement de comptes avec la France, ou avec l'Algérie. Et, malgré l'évidente gravité du sujet, c'est avec une grande pudeur que Fawzia Zouari nous entraîne dans une réalité que la fiction transcende.

  • Si Pierre vous invite un soir à dîner, méfiez-vous car il a une spécialité : le dîner de cons. Un dîner qui a lieu une fois par semaine et dont le principe est tout simple : chaque invité doit être accompagné d'un con. Celui qui a amené le plus spectaculaire est déclaré vainqueur. Ce soir, Pierre est ravi. Il a mis la main sur un champion du monde, François. Pierre s'apprête à passer un grand moment sans se douter de ce qui l'attend. Il va vite découvrir qu'avec François, les soirées sont toujours imprévisibles.

  • Les compagnons du Tour de France formèrent jadis une espèce d'aristocratie ouvrière avec ses lois et ses rites. La plupart d'entre eux élevèrent leur métier au niveau d'un art. Le héros de Jean Grangeot, parti adolescent de Saint-Aignan-sur-Cher, sera initié au travail du bois, de la pierre et du fer par des compagnons plus anciens tout en fréquentant les écoles de Saumur, Angers et Bordeaux. Devenu ingénieur, il construira, tant en France qu'en Espagne, Rhodésie et Roumanie, des ponts et des voies de chemin de fer et participera à la célébration en 1889 du centenaire de la Révolution française, puis à l'Exposition universelle de 1900. De la fin du Second Empire aux lendemains de la dernière guerre mondiale, l'auteur, au travers d'un roman historique riche en aventures et péripéties, plonge ses personnages au coeur de tous les bouleversements de la planète.

  • Élevé aux USA dans une famille unie, rien ne différencie Tim des autres adolescents si ce n'est cette main qui lui manque : un accident de voiture dans son tout jeune âge, lui a-t-on dit. En réalité Tim est né ailleurs, en enfer dans un camp de concentration nazi. Au moment de la débâcle, en 1945, il a été recueilli par un jeune Allemand, Hans, soldat « malgré lui », qui l'a confié à un Américain, le capitaine Murray Sand. Celui-ci décide de l'adopter et le ramène aux États-Unis où sa femme Careen, stérile, reçoit cet enfant comme un don du ciel. Vingt ans plus tard, des conversations soudainement interrompues, des questions sans réponse, des silences embarrassés incitent Tim à s'interroger sur cette « version » de l'accident. Le jour où la vérité éclate, c'est l'effondrement. Qui sont ses vrais parents ? Quelle est sa vraie nationalité ? Est-il juif ? Tim veut tout savoir. Il entreprend alors une longue enquête à travers le monde : de Fairfield à Berlin, de Paris à Jérusalem à la recherche de sa véritable identité.

empty