Seuil (réédition numérique FeniXX)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les mutineries récentes ont attiré l'attention sur des situations intolérables. Cet ouvrage vise plus loin : le système carcéral lui-même, dans ses structures et son fonctionnement. Ce n'est pas par hasard qu'il part du plus concret : la nourriture et l'excrétion. La prison est d'abord une machine à briser et à avilir les corps, et la régression anale qu'elle provoque souvent répond à sa structure sadique. La prison est aussi construite pour produire la ségrégation en chaîne (détenus - surveillants - monde extérieur) et la rétraction de l'individu cantonné dans un espace restreint et voué à la promiscuité. Comment prétendre qu'elle puisse améliorer, re-socialiser les délinquants alors qu'elle les contraint à vivre selon les valeurs les plus conventionnelles ou les plus caricaturales, - qu'elle puisse les rééduquer, les rendre autonomes alors qu'elle les pousse au conformisme et à la servilité ? La prison appartient à un monde horrible et condamné : celui de l'exclusion, - celui des camps de concentration et des asiles. Si le milieu fermé ne change pas, il finira par corrompre aussi le milieu ouvert. La réforme est illusoire. Il faut imaginer une société sans prisons.

  • Faut-il voir dans l'explosion de Mai 68 un psychodrame, un mime de la révolution, ou bien l'annonce d'une ère nouvelle ? L'auteur et son équipe ont voulu se placer au coeur de cette problématique de l'imaginaire ; des rôles, des situations ont été « joués », mais ce jeu révèle un nouveau mode d'action où se projette une image sociale que la réalisation relaye et relance dans une sorte d'explosion en chaîne. On ne peut davantage séparer le politique et le culturel que le réel et l'imaginaire. L'individu cherche la « retotalisation », la libération, la communication dans le brouillage des pistes anciennes (« détournement », « collage », etc.) et dans l'anticipation instantanée du bonheur utopique. Dans ce livre, acteurs et observateurs prennent successivement la parole avant qu'intervienne le sociologue, qui réfléchit, questionne, et relie ces nouveaux phénomènes à des mouvements culturels dont la signification s'éclaire aujourd'hui : Dada et le surréalisme qui proclament le droit de l'imaginaire à devenir la réalité quotidienne, le free jazz, qui allie la spontanéité inventive à la protestation politique, le cinéma de Godard et le Living Theatre, qui mêlent vie, culture et politique en un seul et même spectacle que les spectateurs sont conviés à compléter. Dans cette perspective on comprend que ce qui échoue comme révolution politique peut devenir culture - au sens le plus large du mot : mentalités et relations nouvelles, vie inventée, vie changée.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • "Faire monter le niveau de l'humanité... j'étais payé pour ça." C'est le proviseur d'un lycée qui parle ; il a décidé d'y changer l'ordre des choses, car le "normal, c'est la liberté". Un jour, donc, le proviseur propose un cessez-le-feu général : fin de la discipline répressive, mais aussi du chahut et des brimades ; le nouveau lycée reposera sur l'adhésion et la coopération. Réunions hebdomadaires avec des responsables élus ; parrainage des petits par les grands ; développement de l'information, du sport et des loisirs culturels ; appel à l'honneur, à la responsabilité, au goût du risque et du jeu... C'est la fin du lycée de Napoléon. Hélas ! non. "La grande connivence" a duré moins de cinq ans. L'histoire de cette révolution devient l'histoire d'un échec. Une nouvelle espèce de potaches apparaît, qui ne songe qu'à exploiter le relâchement des contraintes. Le milieu, les institutions ont été les plus forts : démission des parents, veulerie ambiante, vandalisme moutonnier qui traduit un profond malaise de la jeunesse, gonflement des effectifs... et une psychologie vulgaire qui justifie tous les laisser-aller : "Je me suis fait tuer en première ligne, envoyé au massacre par une pédagogie de faiblesse qui discrédite l'effort et calomnie l'émulation." Le récit passionnant de cette révolution manquée pose le problème central de la société française : comment faire reculer l'autoritarisme et la routine ? En tout cas, ce ne sera pas par la facilité.

  • Pour les uns la classe ouvrière se radicalise. Pour d'autres elle s'embourgeoise ; d'autres encore attribuent à telle de ses fractions, qu'ils situent tantôt en bas, tantôt en haut de l'échelle, la capacité de porter une revendication novatrice... Cette étude nous conduit à des conclusions différentes : la classe ouvrière française est hétérogène et les groupes qui la composent entretiennent des rapports complexes et changeants ; c'est de cette dynamique, de cette dialectique que jaillit la revendication. La crise de mai-juin 68 a provoqué un ébranlement dont l'importance et les conséquences apparaissent clairement dans cette entreprise de la région parisienne qu'on appellera Bulledor et qui emploie 250 personnes à la mise en bouteilles de l'eau minérale ; trois semaines de grève avec occupation et une phase d'autogestion font prendre conscience aux ouvriers du lieu réel du pouvoir dans l'entreprise et de la force collective qu'ils représentent. Un an plus tard, en mars 1969, ils sont passés aux actes : une grève dure les oppose à la direction générale ; les syndicats la soutiennent plus qu'ils ne la dirigent, tandis qu'une minorité combative formule les revendications et anime le mouvement. Cette sociologie concrète et vivante doit être connue de tous ceux qui parlent de « la classe ouvrière » sans bien la connaître.

  • La vie et le travail des ouvriers sont changés ; des sociologues l'assurent. Mais sait-on ce qui se passe dans les usines ? Pour une fois, c'est un ouvrier qui parle, et d'une usine dont la taille et le rôle social sont particulièrement importants : Daniel Mothé est fraiseur chez Renault. A partir de son expérience de délégué syndical, il décrit les rapports nouveaux qui se sont établis entre la direction, les syndicats et la masse des travailleurs. Ainsi le fonctionnement bureaucratique de l'usine est passé dans les moeurs des syndicats. La reconnaissance du syndicalisme transforme souvent les militants en fonctionnaires. Quant à la masse, elle a tendance à prendre les organisations syndicales pour des bureaux de bienfaisance et les militants pour des bonnes à tout faire. Aliéné dans son travail, le militant s'aliène aussi dans son organisation. Luttant pour la responsabilité, il sombre dans le conformisme, et le syndicalisme finit par reproduire le vice fondamental de la société qu'il combat : la division entre ceux qui savent (et commandent) et ceux qui ignorent. Daniel Mothé croit que "l'ablation de la responsabilité" est le mal principal, et que le syndicalisme, pris au piège de la société de consommation, ne peut revivre qu'en reprenant sa revendication ancestrale : l'autogestion. Il le dit avec une franchise qui balaye les prudences tactiques et n'a pas honte de se proclamer révolutionnaire.

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