Seuil

  • Figures IV

    Gérard Genette

    Comme le suggère sans doute un titre dont la constance ne doit (presque) rien à la paresse, on trouve ici des pages aussi diverses par leur âge que par leurs thèmes, et dont la mosaïque ne se recommande que par cette diversité.Leur propos est d'esthétique en général, de poétique en particulier, de musique parfois, de peinture souvent, mais le plus spécifique en apparence y a souvent trait au plus universel, et, comme il va de soi, réciproquement. Leur disposition, quoique nullement aléatoire, n'exige aucun respect de la part du lecteur, qui s'en affranchira même assez pour négliger, s'il veut, telle ou telle étape : sauter des pages est un droit qu'on acquiert avec chaque livre, et qu'on ne saurait exercer avec trop d'ardeur, puisque - l'étymologie nous l'assure - lire, c'est choisir, et donc, bien évidemment, ne pas lire. Quelques-uns de ces objets pourtant - Stendhal, Proust, Venise - insistent, et signent.

  • Les études qui composent ce volume s'articulent en une suite rigoureuse : Critique et poétique, Poétique et histoire, La rhétorique restreinte (ou métaphore et métonymie), Métonymie chez Proust (ou la naissance du Récit), enfin Discours du récit (pour une technologie du discours narratif) qui est un essai de méthode «appliqué» à la Recherche du Temps perdu. Discours dont la dualité de démarche se veut exemplaire : «La spécificité proustienne est irréductible, elle n'est pas indécomposable. Comme toute oeuvre, comme tout organisme, la Recherche est faite d'élémcnts universels qu'elle assemble en une totalité singulière. L'analyser, c'est donc aller non du général au particulier, mais bien du particulier au général. Ce paradoxe est celui de toute poétique, sans doute aussi de toute activité de connaissance, toujours écartelée entre ces deux lieux communs incontournables, qu'il n'est d'objets que singuliers, et qu'il n'est de science que du général ; toujours cependant réconfortée, et comme aimantée, par cette autre vérité un peu moins répandue, que le général est au coeur du singulier, et donc - contrairement au préjugé commun - le connaissable au coeur du mystère.»

  • PalimpsestesUn palimpseste est un parchemin dont on a gratté la première inscription pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout à fait, en sorte qu'on peut y lire, par transparence, l'ancien sous le nouveau. On entendra donc, au figuré, par palimpsestes (plus littéralement : hypertextes ), toutes les oeuvres dérivées d'une oeuvre antérieure, par transformation ou par imitation. De cette littérature au second degré, qui s'écrit en lisant, la place et l'action dans le champ littéraire sont généralement, et fâcheusement, méconnues. On entreprend ici d'explorer ce territoire. Un texte peut toujours en lire un autre, et ainsi de suite jusqu'à la fin des textes. Celui-ci n'échappe pas à la règle : il l'expose et s'y expose. Lira bien qui lira le dernier.

  • Potocki, Nerval, Gautire, Villiers de l'Isle-Adam : Tzvetan Todorov nous introduit d'abord au plaisir de les relire en nous enseignant à construire les limites d'un genre : dans l'hésitation non résolue du lecteur entre le naturalisme de l'étrange et le surnaturel du merveilleux. Puis il nous conduit au repérage de deux grands groupes de récits fantastiques que commandent respectivement le rapport du personage au monde et son rapport à autrui : ce n'est pas dans un attirail thématique, mais dans un réseau sous-jacent que s'organise le fantastique. Ainsi comprend-on que le fantastique soit du XIXe siècle très précisément.

  • Analyse critique des théories d'Aristote et de saint Augustin, de Tacite et de Quintilien, et de Du Marsais et de Condillac, de Diderot et de Lessing, de Goethe et des frères Schlegel, de Freud et de Lévy-Bruhl, de Saussure et de Jakobson, Théories du symbole n'est pourtant pas une histoire de la sémiotique.Il y est certes question de sémiotique. Ou plutôt d'un ensemble de disciplines qui, dans le passé, se sont partagé le domaine du signe et du symbole : sémantique, logique, rhétorique, herméneutique, esthétique, philosophie, ethnologie, psychanalyse, poétique.N'est-ce pas de l'histoire, d'autre part, que de reconstituer ces systèmes conceptuels et de chercher les lois qui ont gouverné le discours sur le discours ? Peut-être, mais à cela près qu'"histoire" et "sémiotique", loin d'être des données immuables permettant de circonscrire un projet, sont à leur tour parmi les notions que l'enquête va mettre en question.Restent : de l'histoire, la crise, par où s'opposent "classiques" et "romantiques"; et de la sémiotique, l'unité, peut-être trompeuse, du signe et du symbole. A travers leur étude s'affirme, comme une tierce voie, une pensée de la différence non valorisée; du pluriel et de la typologie.

  • Le pacte autobiographique Point de croisement d'interrogations multiples, l'autobiographie se présente d'abord comme un texte littéraire. Philippe Lejeune met au premier plan le mécanisme textuel qui produit l'oeuvre et examine le statut de la notion de genre en général. Une écoute analytique vient transformer et enrichir l'appareil de la poétique. Réflexion théorique, ce livre est aussi un travail de lecture, où Rousseau côtoie Leiris, et Gide, Sartre : « Le choix des textes s'explique par "le désir critique" de l'interprète. [...] L'interprétation délibérée, comme la lecture naïve, est un processus de transformation de texte. J'ai voulu que cette transformation se fasse en toute clarté, sans dissimuler le jeu ni le plaisir de l'interprète : c'est manière de le contrôler, d'éviter qu'il ne tourne au "bon" plaisir, c'est-à-dire à l'arbitraire. » Philippe Lejeune Universitaire, co-fondateur de l'Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA), il est notamment l'auteur de Signes de vie. Le Pacte autobiographique 2 (Seuil, 2005).

  • Cet essai explore le nouveau paradigme de la forme dramatique qui, apparu dans les années 1880 (avec Ibsen, Strindberg, Tchekhov), s'est perpétué dans les dramaturgies les plus contemporaines (Heiner Müller, Jon Fosse, Valère Novarina.). Il met en évidence la dimension rhapsodique de la forme dramatique : le drame nouveau ressortit à une forme ouverte et profondément hétérogène où les modes dramatique, épique et lyrique, voire argumentatif, ne cessent de s'ajointer ou de se chevaucher. Loin de souscrire aux idées de " décadence " (Lukács), d'obsolescence (Lehmann), ou encore de mort du drame (Adorno), J.-P. Sarrazac dessine les contours, toujours en mouvement, d'une forme la plus libre possible, mais qui n'est pas, à l'instar de la rhapsodie en musique, l'absence de forme.

  • On considère habituellement qu'il y a d'un côté la littérature, de l'autre la critique : d'un côté l'écrivain, de l'autre le commentateur. Pour cette raison, s'il existe de nombreuses études sur l'art du romancier, du dramaturge ou du poète, il n'en existe guère sur celui du critique. On envisagera ici, au rebours d'une telle tradition, la critique comme de la littérature.
    Si la critique littéraire est un genre parmi d'autres, il n'y a plus aucune raison de se priver du plaisir (car c'en est un) de porter sur elle un regard de poéticien : on cherchera ainsi à forger une poétique de la critique – " poétique " devant s'entendre comme théorie générale des formes, et " critique " comme commentaire d'un texte particulier. On explorera ainsi les procédés d'écriture et de réécriture propres au discours critique, en laissant à d'autres, s'ils le souhaitent, le soin de se prononcer sur leur validité.
    D'Homère commenté par Zoïle ou Aristarque, jusqu'à Proust commenté par Barthes, Richard ou Starobinski, des scolies antiques et médiévales jusqu'aux recommandations du Monde des livres, des manuscrits grecs, byzantins ou chinois jusqu'aux réseaux sociaux, on arpentera tout un domaine jusqu'ici fâcheusement délaissé par la poétique.
    Il en résultera peut-être quelques conséquences imprévues – car, dès lors que la critique est envisagée comme une écriture, au même titre que son objet, il est bien possible que les textes critiques nous parlent autant d'eux-mêmes, si ce n'est plus, que des textes derrière lesquels ils prétendent généralement s'effacer.

  • La perception que nous avons de l'espace ne constitue pas tout à fait une donnée naturelle. Elle est fortement influencée par notre environnement culturel.À l'espace homogène que nous percevons aujourd'hui, où seules varient les distances, s'oppose l'espace hétérogène du Moyen Âge, senti comme de nature différente selon qu'il est proche ou lointain. De cette distinction, illustrée par les arts figuratifs, la cartographie, la littérature, le langage même, découlent des conséquences qui embrassent notre civilisation entière : celle-ci, en dix siècles, glisse d'un modèle à l'autre, au prix d'un bouleversement de ses valeurs sensorielles et symboliques.Paul Zumthor retrace cette histoire de quatre points de vue convergents : par rapport à l'idée de « lieu » et de stabilité, à celle de « dimension » et de mouvement, à celle d'inconnu désirable et de « découverte », enfin dans les représentations imagées. Le moment critique, où l'on bascule du monde ancien à la modernité, n'est pas identique dans ces diverses perspectives. Du moins une période tournante se dessine-t-elle entre 1450 et 1550 : emblématiquement, l'équipée de Christophe Colomb en marque le centre.

  • Quel est le point commun entre Sixième Sens et Desperate Housewives, entre Le Superbe Squelette d'Alice Sebold et L'Attentat de Yasmina Khadra, entre La Douane de mer de Jean d'Ormesson et les Damnés de Chuck Palahniuk, entre La Voyageuse de Dominique Rolin et Barzakh de Juan Goytisolo ? Si différentes soient-elles, ces fictions sont toutes racontées par un mort. Elles participent d'un courant important de l'écriture du moi à l'époque de l'autofiction, et d'un changement capital dans la représentation du sujet et dans l'art narratif. En effet, si les voyages en enfer, les mémoires d'outre-tombe et les apparitions s'inscrivent dans une tradition fort ancienne, un tabou aussi vieux que la littérature interdisait de confier à un défunt la totalité du récit. Depuis le milieu des années 1980, la fiction que l'on pourrait nommer, à la suite de Derrida, " autothanatographique " s'est imposée comme une forme résolument nouvelle de la poétique de la mort. Comment et pourquoi fascine-t-elle des écrivains aussi divers ? Que nous apprend-elle sur notre rapport à la mort et sur notre façon d'en parler ? Et ne confirme-t-elle pas, en dernière analyse, la mort du roman ?

  • Figures t.5

    Gérard Genette

    Sinuant à travers des thèmes aussi variés que les fonctions de la critique, la Poétique d'Aristote, la cathédrale gothique, la comédie américaine, l'Esthétique de Hegel, le western classique, le jazz, la série télévisée, le réalisme et le romanesque, le détail et l'exception, le comique et le tragique, l'humour et l'ironie, Vermeer, l'art moderne et contemporain, les Mémoires d'outre-tombe, ce volume évoque à sa façon, volontairement rhapsodique, la relation, toujours instable ou ambiguë, entre les oeuvres et les genres, littéraires et autres. Ses rubriques désignent des séquences plus ou moins continues de pages plus ou moins autonomes, et diversement enchaînées, avec ou sans transition. Davantage qu'un saut d'objet, chaque césure marque un suspens d'écriture et suggère à la lecture une pause à durée variable, entre soupir et point d'orgue.

  • Composition

    Michel Charles

    La composition d'une œuvre désigne à la fois son élaboration, ses parties et leur agencement, autant dire son tout, mais vu sous un angle particulier : comme un assemblage. Or, elle règle aussi et surtout les allures : le lecteur est emporté, pris dans le défilé des lieux et des scènes ; il subit la scansion des affects, les changements de régime, les variations de vitesse et de lumière ; il éprouve dans le temps la forme du texte. Comment traiter de la composition sans rien perdre de ce mouvement ?
    Afin de pimenter la chose avec des mises à l'épreuve un peu fortes, on a privilégié, pour l'irrégularité du genre, des textes romanesques. Mme de Lafayette, Prévost, Stendhal, Balzac, Flaubert, Proust apportent des éclairages particuliers aux questions générales : la construction d'une forme au fil du texte, l'opposition lecture de loin/lecture de près, la coexistence de cohérences multiples, le détail. Des points sensibles de l'art du roman sont examinés : les ouvertures, les descriptions, les transitions, la gestion de l'information, l'usage d'architectures modulaires.
    Hypothèses théoriques, lectures pas à pas, expérimentations diverses, changements de point de vue et d'échelle, on propose des instruments capables de décrire les configurations mouvantes du matériau, fausses pistes et vraies surprises. On n'a pas cherché à effacer les traces de ces itinéraires aventureux, mais à composer un livre qui associât le lecteur à l'enquête.
    Michel Charles a enseigné la littérature française et la théorie littéraire à l'École normale supérieure. Il dirige la revue Poétique. Il est l'auteur, dans la même collection, de Rhétorique de la lecture (1977), L'Arbre et la Source (1985) et Introduction à l'étude des textes (1995).

  • La musique est un art peu considéré par la philosophie et l'esthétique, spontanément poéticistes et picturalistes. Trop vague, trop louche, trop rebelle au concept : comment penser ce que l'on ne peut que si mal décrire ? L'expérience musicale est pourtant, sous ses deux aspects (le jeu, l'écoute), susceptible d'une approche rigoureuse. Dans les deux cas, le corps est primordial : producteur de musiques, il est aussi soumis aux pouvoirs de la musique qui règle ses mouvements (danse) ou qui les dérègle (transe). La musique nous révèle quelque chose du corps et de la corporéité ; elle nous révèle aussi quelque chose du temps. Le temps musical est un temps non narratif, un temps extérieur ou antérieur à l'ordre humain du récit. On rassemble ici ces diverses puissances de la musique sous un concept, celui d'altération. L'altération musicale se déploie dans la construction et la vie des codes musicaux, dans l'interprétation et l'histoire des oeuvres, mais, d'abord, dans l'oeuvre elle-même, qui n'est pas objet mais processus : rythme, non-redondance, polyphonie, immanence et retour. Le philosophe a quelque chose à apprendre de la musique, s'il veut bien l'écouter.

  • La rhétorique classique définissait la métalepse comme la désignation figurée (métonymique) d'un effet par sa cause, ou vice versa , et plus spécifiquement la métalepse "de l'auteur" comme une figure par laquelle on attribue au poète le pouvoir d'entrer en personne dans l'univers d'une fiction dont, comme auteur, il est bien la "cause", comme lorsqu'on dit que Virgile "fait mourir Didon" au IVème Livre de l'Énéide , en feignant de croire qu'il a lui-même allumé le bûcher de la reine de Carthage. De ce qui n'était guère qu'une façon de parler, la narratologie moderne s'est autorisée, depuis quelques années, pour explorer sous ce terme les diverses façons dont le récit de fiction peut enjamber ses propres seuils, internes ou externes : entre l'acte narratif et le récit qu'il produit, entre celui-ci et les récits seconds qu'il enchâsse, et ainsi de suite et dans tous les sens.
    ''''''''''' Dans Figures III' et Nouveau Discours du récit , Gérard Genette avait rapidement évoqué ces divers types de pratiques transgressives. Il leur consacre ici une étude plus frontale et plus approfondie, qu'il étend maintenant au champ beaucoup plus vaste des divers arts "représentatifs" , comme la peinture, le théâtre, le cinéma, la télévision... Il montre comment les figures sculptées d'un bouclier peuvent s'animer et prendre la parole, comment un tableau peut quitter son cadre, un personnage sortir de la scène ou traverser l'écran, comment un romancier au travail peut voir son bureau envahi par les "formes vaporeuses" de ses héros, et comment il peut lui-même encombrer, tel Gulliver à Lilliput, tout le vaste paysage de son roman. D'Homère à Giono, de Sterne à Calvino, de Pirandello à Woody Allen, les artistes ont rarement résisté à cette tentation de mettre en scène et en jeu les moyens et les effets de leur représentation du monde, et d'entraîner leurs propres lecteurs et spectateurs dans le vertige qui résulte de cette sorte de mise en abyme.
    ''''''''''' Par sa composition capricieuse et souvent digressive, ce petit volume nous attire à son tour dans le tournoiement, tantôt désinvolte, tantôt inquiétant, des diverses fantaisies créatrices que désigne désormais le terme de métalepse.

  • Les frontières entre fait et fiction, réalité et imaginaire, ont la réputation d'être désormais brouillées. Pourquoi les défendre ? Parce qu'elles sont une nécessité cognitive, conceptuelle et politique ; parce que leur disparition élimine le plaisir de passer d'un monde à l'autre. Françoise Lavocat propose ici de repenser les frontières de la fiction dans la littérature, le cinéma, le théâtre et les jeux vidéo.
    La première ambition de son livre réside dans le bilan très complet qu'il dresse des controverses anciennes et récentes sur le statut de la fiction dans les domaines de la théorie littéraire, du droit, de la
    psychanalyse et des sciences cognitives. À la faveur des ces éclairages multiples, l'ouvrage prend notamment en compte le phénomène du storytelling, l'histoire des rapports entre Histoire et poésie, la
    question du blasphème. Le parti pris de distinction qu'il adopte, tout en défendant l'idée d'une hybridité essentielle de la fiction, en constitue le second intérêt et la stimulante nouveauté. Les conditions de possibilité d'une culture de la fiction sont interrogées, ainsi que ses limites. Le point de vue défendu renouvelle entièrement les termes du débat : l'auteur s'emploie en effet à définir la fiction comme un monde possible possédant son ontologie propre, en concentrant l'intérêt sur la relation aux personnages, la question des paradoxes et de la métalepse, cette figure qui confirme la frontière entre les mondes en donnant l'illusion de la franchir.
    Françoise Lavocat est professeur de littérature comparée à l'université Paris 3-Sorbonne nouvelle et membre de l'Institut universitaire de France. Elle a déjà publié de nombreux ouvrages et récemment dirigé La Théorie littéraire des mondes possibles (CNRS Éditions, 2010) et Interprétation littéraire et sciences cognitives (Hermann, 2016).

  • Le penseur russe Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) a mené sous le régime soviétique une existence marginale, mais ses travaux, publiés en partie après sa mort, sont aujourdhui traduits et discutés dans le monde entier. Ils portent sur lhistoire de la littérature russe et mondiale, avec en particulier les livres sur Dostoïevski et Rabelais, mais aussi sur la théorie du langage, des genres littéraires, du psychisme humain, de la culture et de la connaissance, pour culminer dans une anthropologie philosophique.La question à laquelle revient inlassablement Bakhtine, à travers ces différents thèmes et approches, est celle de la nature profondément dialogique des humains : « Etre signifie être pour autrui et, à travers lui, pour soi. »Première introduction à luvre et la pensée de Bakhtine, le présent livre se situe à mi-chemin entre lanthologie et le commentaire, et il permet dentendre à nouveau la voix de Bakhtine : pour que le dialogue puisse se poursuivre. Il contient également quatre textes des années vingt, issus du cercle de Bakhtine et jamais auparavant publiés en français.

  • Depuis la publication, en 1972, de Figures III, l'étude des structures et techniques narratives s'est largement développée dans le monde entier sur la base de ce que Gérard Genette avait proposé comme "discours du récit". Après dix ans de réflexion, l'auteur revient ici sur ses traces, proposant à la fois une relecture critique de son essai de méthode, et le bilan d'une décade de recherches en narratologie - en particulier sur le terrain crucial des rapports entre choix de mode ("point de vue") et de voix ("personne"), qui déterminent l'essentiel d'une situation narrative. Bien au-delà du modèle initial demandé à La Recherche du temps perdu, il ouvre l'enquête à tous les possibles du récit passé, présent et à venir, convaincu avec Borges que tout livre concevable, voire inconcevable, doit se trouver sur quelque rayon inconnu de l'infini littéraire. "Que vaudrait la théorie, demande-t-il, si elle ne servait aussi à inventer la pratique?" De sorte que ce Nouveau discours du récit est aussi un discours en attente de nouveaux récits : "Les critiques n'ont fait jusqu'ici qu'interpréter la littérature, il s'agit maintenant de la transformer".

  • Tenter une description systématique de la poésie médiévale en vue de l'intégrer à une Poétique générale où elle trouverait sa place spécifique - tel est le dessein que poursuit ici Paul Zumthor. Une première partie, théorique, pose les problèmes spécifiques de la «poéticité» médiévale : transmission orale, anonymat, «mouvance» des textes. L'auteur aborde ensuite de manière -descriptive et analytique les «modèles d'écriture», qui ne sont pas seulement des genres au sens classique du terme, mais de véritables types de discours : le grand chant courtois, les débuts du roman épique, les «jeux» qui sont à l'origine de notre théâtre. Le travail de Paul Zumthor met au jour la modernité de ce domaine si ancien, en dégageant cette idée-force que l'objet essentiel du discours médiéval n'est rien d'autre que ce discours lui-même, qui se fascine et se réjouit de son propre jeu. C'est ce que l'auteur appelle la circularité du Chant.

  • La vie est une longue série d'essayages et de retouches : on « bâtit » peu à peu son identité, en suivant la mode, en cherchant son style. Un des apprentissages essentiels de la petite enfance est celui de l'identité narrative : savoir dire « je », se construire une histoire, avoir ses mythes fondateurs et son système de valeurs. Au lieu d'observer cette construction de l'identité dans l'enfance, on peut la saisir dans l'écart entre les brouillons d'une autobiographie et son texte final. C'est l'objet de ce livre. Il explore d'abord les coulisses de l'acte autobiographique : l'influence des textes déjà lus, les doutes sur les souvenirs d'enfance, les rêveries sur les possibles inaccomplis et les tournants décisifs... Puis il examine en détail, brouillons à l'appui, la genèse des trois « classiques » du récit d'enfance ou d'adolescence : Les Mots de Sartre, Enfance de Nathalie Sarraute et le Journal d'Anne Franck.

  • Pages, paysages : les divers essais ici rassemblés obéissent, comme ceux qui les ont précédés, à un désir double. On y tente une lecture qui se fonderait à la fois sur l'essence verbale des oeuvres littéraires (ce qui les constitue en pages), et sur les formes, thématico-pulsionnelles, par où s'y manifeste un univers singulier (ce qui les organise en paysages). Ajoutons que, dans leurs dispositifs littéraux, leurs reliefs ou pentes d'écriture, les pages peuvent se contempler comme des paysages; et les paysages à leur tour, à travers leurs configurations sensorielles, leur logique, leur ordre secret, se comprendre, se lire comme autant de pages. témoignent ici quelques pa(ysa)ges de Baudelaire, Corbière, Laforgue, Flaubert, Huysmans, Segalen, Perse, Colette, Giono, Gracq, Ponge et Barthes. Plus un dernier texte non moins subtil : celui que tracent, à même le sol, sous les platanes, la course et le choc de quelques boules en quête d'un même bouchon.

  • Si le lecteur se pose la question Est-il je ?, c'est que le romancier la lui souffle en combinant dlibrment deux registres incompatibles : la fiction et l'autobiographie. Il donne au hros des traits d'identit qui lui appartiennent en propre. Il sme le paratexte d'indices contradictoires. Il cultive l'ambivalence des citations, des commentaires et des mises en abyme. Il raconte des souvenirs improbables, tantt la premire, tantt la troisime personne. Il se reprsente en enfant, en adolescent, en crivain, en voyageur, en amant, en dpression, au tribunal, au confessionnal ou sur le divan... sans jamais dire qui il est.Cette stratgie de l'ambigut est constitutive d'un genre littraire mal connu qui fut d'abord nomm roman personnel, puis roman autobiographique, avant d'tre rebaptis rcemment, et htivement, autofiction. On tente ici non seulement d'inventorier les procds qu'il met en oeuvre mais aussi de retracer son histoire, d'expliquer son infortune critique et de comprendre comment il fonctionne. Avec la conviction qu'il dtient une part de notre avenir littraire.

  • Siècle d'un subit essor de la presse et de l'entrée dans l'ère médiatique, le XIXème est aussi celui de l'invention de l'écriture journalistique. Paradoxalement, en France, la littérature se trouve au c'ur de cette invention : parce que les rédacteurs des journaux sont essentiellement des hommes de lettres, ils vont puiser dans ce seul réservoir de formes poétiques disponible qu'est la littérature. Ainsi, c'est nourris par l'inventivité de la matrice littéraire et informés par les exigences propres à la communication médiatique (l'actualité, la périodicité, le lectorat collectif, notamment) que de nouveaux genres apparaissent dans le journal : éditorial, chronique, fait divers, grand reportage, interview' Or, même si le journal passe peu à peu du régime de la ' chose dite ' à celui de la ' chose vue ', valorisant le témoignage plutôt que le récit, il conserve tout le siècle un rapport étroit à la fiction, plongeant toute la population française dans un imaginaire essentiellement littéraire, et contribuant, dans un retour dialectique, à l'habilitation du roman comme genre didactique mais également à la plupart des grandes mutations littéraires du siècle, depuis l'invention du réalisme jusqu'à la naissance d'une poésie du quotidien. C'est là tout l'intérêt de cette étude qui fait apparaître, textes à l'appui, la profonde circularité entre littérature et écriture journalistique, et témoigne avec optimisme de la capacité de la littérature à se réinventer, y compris dans un environnement médiatique prégnant et contraignant.

  • À quoi servent les fenêtres en littérature ? Comment et à quelles fin encadrent-elles si souvent les aventures des personnages de fiction ou les contemplations des poètes, depuis le courtois Moyen Âge jusqu'aux plus urbains XIXe et XXe siècles ? Seuil à double sens entre l'intérieur et l'extérieur, mais aussi entre le sujet et le monde, la fenêtre rapporte l'identité individuelle au surgissement de l'altérité ; en même temps qu'elle ouvre l'espace fini d'une représentation, elle facilite l'accès à la connaissance.Par ses multiples fonctions, la fenêtre est ici conçue moins comme un objet référentiel ou un thème littéraire que comme un objet théorique, défini par la notion d'hypersigne : c'est-à-dire comme un noyau de la représentation, qui préside au système de signes instauré par l'oeuvre, opérant une densification du sens et fondant les modèles herméneutiques de son déchiffrement. Le pari de cet ouvrage consiste à proposer une vision renouvelée du concept de représentation, par la définition d'une approche inédite, appelée « sémiologie historicisée », susceptible de conjuguer la théorie et l'histoire de la littérature.

  • L'objet de la poétique n'est pas le texte, mais l'architexte, c'est-à-dire l'ensemble des catégories générales, ou transcendantes - types de discours, modes d'énonciation, genres littéraires, etc. - dont relève, chaque texte singulier.Depuis Aristote, la

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