Seuil

  • L'idée de " réalité " nous semble une donnée évidente de notre relation au monde : nous comprenons immédiatement ce que veut dire un romancier lorsqu'il parle de son ambition de " dévoiler une dimension du réel " ou lorsqu'un homme politique accuse son concurrent d'" irréalisme ".
    Pourtant de telles expressions renvoient à un concept de réalité historiquement déterminé ; dans le premier cas, le roman apparaît comme une forme esthétique qui assigne à la fiction des ambitions qui n'auraient eu aucun sens dans le cadre de la vision antique de l'art comme " imitation " ou dans la pratique de l'épopée ; dans le second cas, la politique moderne est l'héritière d'une volonté de " réalisme " que l'on peut faire remonter à Machiavel, qui s'oppose moins à l'" utopie " au sens moderne qu'à un certain idéalisme platonicien.
    Hans Blumenberg s'attache ici à dégager une typologie des grands " concepts de réalité " qui se sont succédé et parfois superposé dans l'histoire occidentale, afin de comprendre aussi bien la place fondamentale du roman dans la conscience moderne que les liens entre une rhétorique du " réalisme " et une politique de la puissance.
    Hans Blumenberg (1920-1996). Auteur d'une bonne trentaine d'ouvrages (dont plus de la moitié posthumes), il a été professeur de philosophie à l'université de Münster. Il est notamment l'auteur de La Légitimité des Temps modernes (Gallimard, 1999).
    Préface de Jean-Claude Monod.
    Traduit de l'allemand par Jean-Louis Schlegel.

  • " Du milieu de la tempête qui me déracine, me dépossède de mon identité, je veux parfois revenir à l'origine – à mon origine. Une pente invincible me fait glisser, descendre (je coule) vers mon enfance. Mais la force qui produit ce souvenir est ambiguë : d'une part, je cherche à m'apaiser par la représentation d'un temps adamique, antérieur à tout souci d'amour, à toute inquiétude génitale, et cependant empli de sensualité ; par le souvenir, je joue ce temps contre le temps du Souci amoureux ; mais aussi, je sais bien que l'enfance et l'amour sont de même étoffe : l'amour comblé n'est jamais que le paradis dont l'enfance m'a donné l'idée fixe. "
    R. B.
    Avant-propos d'Éric Marty
    /> Présentation et édition de Claude Coste

  • Le Cours de philosophie morale de Vladimir Jankélévitch fut à l'origine professé à l'Université libre de Bruxelles en 1962. Mais il est fort différent des cours prononcés à la Sorbonne et publiés sous forme enregistrée, dont l'écrit ne saurait rendre les célèbres crescendos et le mode musical. Il s'agit ici de tout autre chose : Jankélévitch se montre d'abord très didactique et n'hésite pas à faire des références précises et nombreuses à l'histoire de la philosophie. Pour autant, il n'abandonne pas ses thèmes de prédilection. La singularité et l'intérêt de ce cours, où se rejoignent le professeur et le philosophe de la morale, résident précisément dans le croisement de ces deux «lignes» de pensée. Car, comme le rappelle Vladimir Jankélévitch, «la morale [...] tend à envahir l'existence entière [...]. Il n'est rien d'humain qui ne soit moral».

  • L'idéal serait une lecture sans scorie, sans oubli, pure, faite d'acuité, de précision, de division et de mise en perspective. Lire, ce n'est pas rêver (encore moins rêvasser), c'est s'halluciner, se droguer (au sens d'hyperprécision que ce mot a chez Baudelaire).R. B.

  • Louis Althusser concevait l'enseignement de la philosophie comme une expérience de pensée qui cherche à ressaisir le geste de quelques "hommes qui ont tenté le plus grand effort de lucidité qui soit". On trouvera ici une magistrale illustration de cette tentative pour "voir à quel prix et par quelles voies certains hommes ont réussi à dégager un peu de vérité sur les ressorts de la conduite humaine et de la société", notamment à travers un cours sur la philosophie de l'histoire - une "propédeutique nécessaire à l'intelligence de la pensée de Marx" -, un autre sur les théories du contrat aux XVIIe et XVIIIe siècles, enfin une approche très personnelle de Machiavel. Ainsi, dans la mesure où "l'histoire se confond moins avec le rappel de son passé qu'avec l'intelligence de son dépassement", Althusser s'efforce d'éclairer "les problèmes innombrables qui se posent aujourd'hui en politique, histoire, psychologie, philosophie, par le secours d'un passé mis dans un peu de lumière".

  • Leibniz écrivait à Malebranche : « Les mathématiciens ont autant besoin d'être philosophes que les philosophes d'être mathématiciens. » Il fallait sans doute être Jean Beaufret pour répondre dans sa totalité à cette recommandation de Leibniz. Car, s'il était convaincu que le philosophe a tout à gagner à s'ouvrir à l'esprit des mathématiques, riche d'idées philosophiques, il était pleinement conscient de ce qu'un mathématicien qui n'est que mathématicien risque de perdre, lorsqu'il se refuse à découvrir l'implantation philosophique de son propre savoir.Les trois conférences publiées ici ont été prononcées à l'École normale supérieure de Paris en 1979, 1980 et 1981, dans le cadre du Séminaire de philosophie et mathématiques.Jean Beaufret (1907-1982). Professeur de philosophie à l'École normale supérieure et en classe préparatoire, il a formé et profondément marqué plusieurs générations d'étudiants.

  •   Ces trois conférences ont pour objectif d´expliciter les conceptions que la physique moderne se fait de la matière, et tout particulièrement l´impact sur ces conceptions des révolutions quantique et relativiste qu´a connues le début du xxe siècle. L´accent y est mis sur la nouveauté et l´originalité de nos idées quant à la constitution de la matière plutôt que sur les propriétés spécifiques de ses constituants. Comme on le verra, la notion même d'objet physique et les concepts qui permettent de localiser, caractériser et dénombrer ces objets, puis d'analyser leurs interactions, ont subi des mutations profondes, trop souvent masquées par un formalisme mathématique ardu, totalement absent de ces leçons.

    Il s'agit au fond de présenter la pensée physique moderne de la matière telle qu´en elle-même l'a transformée un bon siècle de pratiques théoriques et techniques.
      Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien, épistémologue et essayiste, est professeur émérite de l´université de Nice et directeur de programme au Collège international de philosophie.

    Auteur de plusieurs ouvrages de réflexion critique sur la science contemporaine, il dirige la collection « Science ouverte » au Seuil, ainsi que la revue Alliage (culture, science, technique).

  • Dominique Séglard était le fondateur et directeur de la collection " Traces écrites " aux Éditions du Seuil.
    Disparu en 2010, il était aussi philosophe, auteur de nombreux textes qui portent aussi bien sur l'histoire de la philosophie sociale et politique (Rousseau) que sur ses productions plus contemporaines (J.-P. Sartre, Carl Schmitt, Michel Foucault, Hans Kelsen, Hans Blumenberg, Alexandre Kojève et Jürgen Habermas).
    Ce volume rassemble quelques-unes de ses contributions dont le fil conducteur est, dans la continuité de la démarche engagée par Michel Foucault, l'analyse des mécanismes de pouvoir et sa tentative de les conceptualiser à plusieurs niveaux : dans la sphère des interactions individuelles, dans l'ordre des représentations ainsi que dans le domaine du gouvernement et de la régulation institutionnelle des conduites.

  • Peut-on valablement étudier la notion de Nature ? N'est-elle pas autre chose que le produit d'une histoire au cours de laquelle elle a acquis une série d'acceptations qui ont fini par la rendre inintelligible ?
    Il faudrait s'attacher à l'histoire des méprises sur le sens du mot. Mais ces changements ont-ils été fortuits, n'y aurait-il pas un quelque chose qui a toujours été visé, s'il n'a pas été exprimé, par ceux qui employaient les mots ?
    La Nature est un objet énigmatique, un objet qui n'est pas tout à fait objet ; elle n'est pas tout à fait devant nous. Elle est notre sol, non pas ce qui est devant, mais ce qui nous porte.
    Disparu brutalement en 1961 à Paris, Maurice Merleau-Ponty est l'une des grandes figures de l'existentialisme français, héritier direct de Husserl et de Heidegger. Il est le fondateur, avec Sartre, de la revue Les Temps modernes.

  • "Le monde de la perception, c'est-à-dire celui qui nous est révélé par nos sens et par l'usage de la vie, semble à première vue le mieux connu de nous, puisqu'il n'est pas besoin d'instruments ni de calculs pour y accéder, et qu'il nous suffit, en apparence, d'ouvrir les yeux et de nous laisser vivre pour y pénétrer. Pourtant ce n'est là qu'une fausse apparence. Je voudrais montrer dans ces causeries qu'il est dans une large mesure ignoré de nous tant que nous demeurons dans l'attitude pratique ou utilitaire, qu'il a fallu beau-coup de temps, d'efforts et de culture pour le mettre à nu, et que c'est un des mérites de l'art et de la pensée modernes (j'entends par là l'art et la pensée depuis 50 ou 70 ans) de nous faire redécouvrir ce monde où nous vivons mais que nous sommes toujours tentés d'oublier."
    M. M-P.

empty