Tallandier

  • Il y a près de soixante ans maintenant, l'armée française livrait, à Diên Biên Phu, la dernière bataille rangée de son histoire. Cinquante-six jours durant, des combats acharnés opposent les troupes de l'Union française aux soldats de l'armée populaire vietnamienne. Depuis lors, ces trois syllabes sont synonymes de courage et de sacrifice.
    Côté français, cette bataille perdue, qui se solde par la chute du camp retranché de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, précipite la fin de la guerre d'Indochine. Elle provoque aussi un réel traumatisme en même temps qu'une prise de conscience de l'opinion publique française, qui s'interroge sur les raisons qui ont conduit à l'anéantissement de 17 bataillons, parmi les meilleurs, et à la perte de 15 000 hommes ? morts, blessés, prisonniers ? commandés par le général de Castries.
    À l'appui d'archives et de témoignages inédits, Ivan Cadeau donne à voir une autre réalité de cet événement capital, notamment à travers la chasse aux responsables qui s'est ouverte dès 1955 et qui fait encore débat aujourd'hui. Il montre encore que, comme l'écrira le général Ely, « si par une chance inespérée, Diên Biên Phu n'était pas tombé, si seulement la place avait été dégagée par une intervention aérienne américaine, le choix fait par le général Navarre ne serait-il pas considéré encore aujourd'hui comme un trait de génie ? »

  • La bataille de Charleroi n'est ni Verdun, ni la Somme. Presque occultés par la longue guerre des tranchées qui s'en suivit, ces trois premiers jours de combat sont pourtant les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale pour l'armée française. Opposant la 5e armée du général Lanzerac à la 1re, IIe et IIIe armées allemandes entre Sambre et Meuse, Charleroi ouvre la voie à l'invasion du Nord de la France.
    En ce vendredi 21 août 1914, sous une chaleur écrasante, des milliers de soldats tout juste mobilisés et engoncés dans leurs pantalons garance vivent là leur baptême du feu. Sous la puissance de feu inédite de l'artillerie allemande, l'armée française vit les heures les plus meurtrières de son histoire ? près de 7 000 soldats français sont tués le 22 août à Charleroi, presque 40 000 entre le 21 et le 23 août sur l'ensemble du front. La violence des combats n'épargne pas non plus les civils. Pour la première fois, les combats s'engagent dans les rues, les maisons, les usines.
    Désorganisée, l'armée française recule à l'intérieur de ses frontières. Ni prévue, ni anticipée, la bataille signe l'échec du plan stratégique, tourné vers l'offensive, conçu par des généraux, dont les postures sont héritées du XIXe siècle, quand Charleroi est « la première bataille du XXe ». Cette crise du commandement trouve son épilogue dans le renouvellement massif des chefs menés par Joffre début septembre.

  • « Jusquau Têt, les Américains pensaient quils pouvaient gagner la guerre, mais à partir de là, ils savaient quils ne le pouvaient pas. » Le général Giap, ministre de la Défense nord-vietnamien, ne sy trompe pas : loffensive du Têt, lancée fin janvier 1968, constitue bel et bien le tournant de la guerre du Vietnam.

    Le 30 janvier 1968, à la veille du Nouvel An lunaire vietnamien, le Têt, les vietcongs lancent des assauts simultanés sur Saigon, les positions de larmée sud-vietnamienne (ARVN) et les installations américaines. Soutenus par larmée nord-vietnamienne, ils espèrent ainsi provoquer le soulèvement de la population, alors sous contrôle du régime de Saigon, et entraîner la chute de ce régime et le départ des troupes américaines. Passé leffet de surprise des premières attaques, Américains et Sud-Vietnamiens combattent vaillamment, notamment à Hué et lors du siège de Khe Sanh, et repoussent leurs ennemis lors de combats acharnés qui durent jusquà la fin mai 1968.

    Si les Nord-Vietnamiens et le Vietcong ont perdu une bataille (et la moitié des effectifs engagés), le gouvernement américain a perdu, lui, la confiance de sa population et in fine la guerre puisquest alors décidé larrêt des bombardements sur le Nord-Vietnam, louverture de négociations, ce qui jette les bases du succès final du Nord-Vietnam en 1975.

  • Bien avant la victoire des troupes allemandes contre les Russes en septembre 1914 eut lieu la première bataille de Tannenberg (Grunwald). Cet affrontement, l'un des plus importants de l'Europe médiévale, prend place dans la « Grande Guerre », qui, de 1409 à 1411, oppose la Pologne chrétienne et la Lituanie païenne à l'Ordre teutonique. Le 15 juillet 1410, durant sept heures, des milliers de combattants s'affrontent sur un terrain restreint, aveuglés par la cohue et la poussière, dans un vacarme étourdissant. Mieux entraînés, mais moins nombreux, les Teutoniques lancent plusieurs charges violentes dans la plaine de Grunwald. C'est sans compter l'habileté stratégique du roi de Pologne Ladislas Jagellon. Après des heures de combats au corps à corps, le Grand Maître de l'Ordre Ulrich de Jungingen est tué. Au soir de la « Grande Bataille », les armées polonaise et lituanienne ont remporté une victoire décisive, qui sonne le glas de l'invincibilité teutonique. Le souvenir de la bataille se perpétua jusqu'à nos jours : pour les Allemands, 1914 vengeait 1410 ; Tannenberg effaçait Tannenberg. Après 1945, le parallèle entre les nazis et les Teutoniques fut l'un des éléments constants de la propagande communiste. En Pologne, les commémorations de la bataille de Grunwald sont toujours empreintes d'un fort sentiment patriotique.

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