A.M.L./M.E.O

  • Livre pionnier, fondateur d´une véritable histoire littéraire, le travail de Juvénal Ngorwanubusa ouvre les portes d´une Francophonie parmi les plus secrètes et les plus méconnues. Une Francophonie dont le passage des grandes traditions orales à l´écriture en français commence à s´opérer dès la fin du XIXe siècle, au moment même où la tutelle coloniale allemande cherche à se mettre en place mais doit faire face à la résistance farouche du roi Mwezi Gisabo. Une Francophonie dont la réalité sera dès lors plus lente à se faire connaître et reconnaître que dans d´autres aires francophones. Livre-histoire et livre-anthologie, La Littérature de langue française au Burundi explicite bien les trois grandes phases de cette histoire littéraire. Le travail de collecte et de transcription des grandes traditions poétiques et proverbiales par des ecclésiastiques européens, puis africains, a constitué le premier socle mémoriel en français d´un peuple. Le moment Kayoya marque ensuite l´émergence d´une littérature à part entière - et ce, à l´heure du retour du pays à l´Indépendance. Cette émergence se produit à travers le poétique d´une part, l´inscription de la tension interculturelle de l´autre. Les 40-50, dernières années, enfin, voient franchir progressivement une nouvelle étape, celle de la reprise par la fiction des contradictions et avancées de l´Histoire et de la constitution, au début du xxie siècle, d´une amorce de champ littéraire spécifique.

    Un livre qui vient à son heure. Un livre qui démontre, une nouvelle fois, le pluriel et la singularité des Francophonies culturelles.

    Ngorwanubusa, né en 1953 à Kiganda (Kanyami) en province de Muramvya (Burundi), est docteur en Philosophie et Lettres (Philologie romane) de l´Université catholique de Louvain. Professeur à l´Université du Burundi, il a occupé les fonctions de doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines, de conseiller du recteur chargé de la Coopé-ration et de titulaire de la Chaire Unesco en Droits de l´homme et résolution pacifique des conflits. Il a été ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Sécurité sociale. Il est par ailleurs l´auteur d´un récit Les Années avalanche paru dans la même collection.

  • Au coeur de la veillée, dans l'ombre, une voix s'élève, gardienne de la mémoire du monde.
    C'est l'heure du conte. Après les légendes de nos contrées, voici, sous les regards croisés de Belges que fascina la découverte du continent noir et d'Africains soucieux d'en préserver l'inestimable patrimoine oral, des fables du Congo, du Rwanda et du Burundi. Récits des origines, bestiaires humoristiques ou satiriques, légendes merveilleuses s'offrent en un florilège qui séduit tout à la fois par l'universalité de ses thèmes et par la singulière liberté d'esprit de ses traditions.
    En découvrir les saveurs originales, demeurées longtemps à l'écart des civilisations de l'écrit, est une façon de renouer avec l'histoire africaine et d'entrer au coeur du métissage des francophonies.
    (Marc Quaghebeur, extrait de la préface)

  • Premier roman, resté inédit, de la littérature francophone du Burundi, L´homme de ma colline (1970) plonge son lecteur dans le Ruanda-Urundi colonial des années 30-40. On y découvre une civilisation rurale et une société coloniale en mutation, dont les contradictions s´inscrivent dans le destin tragique du héros, le jeune Benedikto. En butte aux tracasseries d´une hiérarchie locale corrompue, tyrannique et inféodée au colonisateur dont elle tire une prétendue légitimité, celui-ci, avec l´aide de sa famille, se débrouille comme il peut avant d´être obligé de fuir en Ouganda où l´attend un sort tragique. Une singulière lumière d´humanisme transcendant haines, lucre et prétention anime ces pages d´où se dégagent, dans une langue sans apprêt mais juste, quelques figures émouvantes.

    Joseph Cimpaye est né à Mugera en province de Gitega, Burundi (alors Ruanda-Urundi). Sorti du Groupe scolaire d´Astrida comme technicien vétérinaire en 1951, il s´engage en politique dans l´ombre du Parti démocrate chrétien des fils du grand chef du Nord, P. Baranyanka, ce qui lui permet d´être nommé Premier ministre du gouvernement intérimaire en 1961. Accusé d´atteinte à la Sûreté de l´État en 1969, alors qu´il était chargé des Relations publiques à la société belge d´aviation SABENA, il est incarcéré. C´est pendant son séjour en prison qu´il écrit L´homme de ma colline. Il décède en 1972 au cours des événements sanglants qui secouent alors le Burundi.

  • Man Dlo

    Emile Eadie

    Dans la mythologie des Antilles, dans ce sacré recomposé où bestiaire fantastique et figures tutélaires des Ancêtres se côtoient, le mythème de Man Dlo occupe une place à part. Héritées des Afriques originelles, génies des forêts et des eaux, êtres surnaturels protecteurs et pourvoyeurs de grandes consciences, les Man Dlo sont Femmes. Cette féminité les rend mères, non seulement de l´ensemble de la communauté, si longue à trouver la densité heureuse de son rassemblement, mais aussi de chaque morceau, chaque arbuste, chaque puissance aquatique - faune ou flore - qui vit au coeur des règnes humides où commence l´immémoriale Vie.
    Émile Eadie, physicien mais aussi historien, spécialiste de l´Histoire des Antilles, ouvre ici la Porte des Allégories et rend un hommage constant, inquiet, questionnant et curieux, au mythe féminin qui sous-tend l´Homme. L´invention verbale, la constante vigilance à dire qu´il existe une visibilité - et une lisibilité - nègre du monde, mais aussi la confrontation de cette visibilité, cette lisibilité avec d´autres - Man Dlo ne rencontre-t-elle pas Gandhi ? - font de ce livre à la fois poétique et mythologique une puissante introduction créole au monde.
    (Extrait de la préface) Émile Eadie est né à Fort-de-France le 22 septembre 1935. Diplômé de l´ancienne Faculté des Sciences de Bordeaux, professeur de Sciences au Lycée Joseph Gaillard, à Fort-de-France, puis à l´École normale de la Martinique, docteur en Histoire des techniques puis en Histoire, il est l´auteur de nombreuses publications historiques. Des actes de colloques ont par ailleurs été publiés sous sa direction : La Route du sucre (Ibis rouge, 2000) et L´Esclavage de l´Africain en Amérique du XVIe au XIXe siècle : les Héritages (Presses universitaires de Perpignan, 2011).

  • La descente aux enfers

    Misago Aloys

    En avril 1972, des groupes armés, venant pour certains de l'étranger, massacrent des centaines de Tutsis burundais, ainsi que des Hutus qui refusent de les suivre. Les autorités se lancent alors dans une répression aveugle qui s'achèvera en juin. Des centaines de milliers de Hutus, dans lesquels sont inclus de jeunes lycéens, mais également les Tutsis qui leur sont venus courageusement en aide, sont massacrés. Ikizaest le vocable attribué à ces événements dont la mémoire a longtemps été tue et occultée. Le livre d'Aloys Misago, La Descente aux enfers, fait entrer son lecteur dans une restitution profonde et émouvante des années de sang à travers la destruction d'une famille entière et l'histoire du très jeune Ndayi. La lente et difficile assomption de ce dernier vers une attitude capable de défendre la vengeance donne tout son prix à cette fiction dont on pressent qu'elle plonge dans la mémoire hantée de morts de son auteur. Un livre qui constitue une révélation ; bouscule les clichés à l'égard du Burundi et fait entrer dans l'histoire passée et à venir de ce pays.
    Aloys Misago est né en 1958, au Burundi, dans l'actuelle province de Makamba. Les troubles que le pays a connus l'ont profondément marqué puisqu'une grande partie de sa famille, dont son père disparaît lors des tueries de l'Ikiza. L'adolescent de quatorze ans ne doit lui-même sa survie qu'à sa fuite en Tanzanie. Il fera des études de philosophie, de théologie, d'anthropologie et de sociologie en Allemagne avant de travailler à un programme sur les réfugiés en Tanzanie (1999-2006), puis de rentrer au Burundi.Dès son retour d'exil en Tanzanie, Aloys Misago rédige un journal intime consacré à ces funestes événements, où l'évocation du phénomène migratoire et de ses conséquences prend une grande place. Écrit en kirundi, ce premier texte relève essentiellement du témoignage historique. Ce n'est qu'au terme d'un long processus que l'ouvrage sera réécrit en français et sous la forme d'un roman autofictionnel...

  • Les années Bagaza puis les années Buyoya, la plongée ensuite dans le nouveau cycle de violences qui s'ouvre en 1993 au Burundi constituent la matière historique de ce roman de Juvénal Ngorwanubusa. Mêlant picaresque et réflexion, et au travers du destin de deux personnages antipodiques, Sankara et Savimbi, l'auteur nous fait entrer dans les contradictions du Burundi postcolonial où s'agitent des acteurs qui font fi de l'antique sagesse du pays. Ainsi trace-t-il le profil d'un Burundi bradé par ses élites où les occasions manquées sont largement le fruit du refus de tirer les leçons d'événements tragiques mais significatifs, qui ne pourront dès lors que se reproduire. Un livre qui constitue donc également une méditation sur le Burundi contemporain. N'y retrouve-t-on pas maints traits des histoires africaines des dernières décennies ?
    Un livre qui se veut appel à un renouveau fondé sur une mémoire réelle et qui nous y emmène en suivant les aventures de deux pseudo-jumeaux qui n'ont rien de Romulus et Rémus.
    Né en 1953 à Kiganda (Kanyami) en province de Muramvya (Burundi), Juvénal Ngorwanubusa est docteur en Philosophie et Lettres (Philologie romane) de l'Université catholique de Louvain. Professeur à l'Université du Burundi, il a occupé les fonctions de doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines, de conseiller du recteur chargé de la Coopération et de titulaire de la Chaire Unesco en Droits de l'homme et résolution pacifique des conflits. Il a également été ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Sécurité sociale. Il est par ailleurs l'auteur d'un essai, La Littérature de langue française au Burundi, paru dans la même collection et récompensé par le Prix La renaissance française, décerné par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer.

empty