Champ social

  • "Ce récit de rencontres avec des sujets psychotiques est le pari difficile, toujours risqué, d'une articulation de la théorie à partir de la clinique. La symptomatologie présentée, de la plus discrète à la plus exubérante, loin de manifester un déficit, exprime un effort original de créativité que le psychanalyste doit accompagner pour en favoriser l'issue. Se laisser imprégner par la « touche de réel », unique pour chacun, doit permettre de mieux entendre les notions théoriques et d´en mesurer la pertinence. Nous avons préféré mettre en évidence leur adéquation aux dires du patient dans leur émergence, au cas par cas, plutôt que de les rassembler dans un corpus abstrait."

  • La « violence des jeunes » est un thème qui occupe l´actualité de façon quasi quotidienne. Il alimente des discours généralement alarmistes sur le rajeunissement et la violence des mineurs délinquants, surtout ceux issus des quartiers populaires. D´origine essentiellement politique, ces discours sont fortement amplifiés par les journalistes dont certains n´hésitent pas à verser dans le sensationnalisme et à relayer sans explication le moindre fait divers. On sait finalement peu de choses sur les infractions à caractère violent commises par les jeunes. De quoi s´agit-il exactement dans la vie quotidienne ? Ces phénomènes sont-ils pour partie nouveaux dans la société française ? Comment peut-on les mesurer et se faire une idée de leur évolution ? Quelles sont les caractéristiques des auteurs et des victimes de ces infractions ? Comment la police et la justice les poursuivent-elles ?Écrit par deux spécialistes, ce livre apporte des réponses précises à toutes ces questions à partir de données historiques, statistiques et d´études de dossiers judiciaires. Dans un langage accessible à tous, il démonte la plupart des idées reçues et offre à son lecteur les moyens de se faire une opinion d'avantage éclairée.

  • Le 24 novembre 2009, le Parlement français a voté une loi pénitentiaire présentée par la Garde des Sceaux comme la « source essentielle d´un droit pénitentiaire clarifié, modernisé, en phase avec les attentes de notre démocratie ». En faisant de l´individualisation des peines et de la lutte contre la récidive les deux piliers du service public pénitentiaire, cette loi était censée poser les jalons de la modernisation tant attendue des conditions de détention. Et pourtant... La France essuie toujours de sévères critiques sur l´état de délabrement de son parc pénitentiaire. Le nombre de suicides en détention se maintient à un niveau élevé. Les condamnations de personnes souffrant de pathologies psychiatriques avérées ne fléchissent pas. La construction de nouvelles prisons se poursuit, les peines s´allongent et continuent de punir les plus pauvres. Le credo des promoteurs de ce système tient en une phrase : il faut protéger la société contre les dangers représentés par certains de ses éléments. Et pourtant... Par-delà ses réformes successives, la prison ne change pas : c´est une cocotte-minute, travaillée de l´intérieur par des logiques paradoxales qui lui donnent le visage intemporel d´un lieu a-démocratique. La prison n´est ni un instrument de défense sociale, ni un outil de réhabilitation : elle est l´un et l´autre à la fois, porteuse d´une mission paradoxale, contenir et réinsérer, maintenir sous écrou et faire émerger un projet post-carcéral. Les tensions sont constitutives de l´institution carcérale : elles en forment l´armature quotidienne et le fondement politique. C´est munis de cette grille de lecture que onze contributeurs, sociologues, juristes et politistes, livrent ici le fruit de recherches empiriques originales.

  • Qui sont ces somatisants qui semblent produire une maladie comme argument discursif dans le cadre d'un conflit avec leur environnement ? Cet ouvrage rend compte du fait qu'une lésion corporelle puisse venir attester la parole de l'individu sans être pour autant ni le texte conversionnel de l'hystérique, ni la manifestation mutique des agirs hors-symbole. Comment en rendre compte ? Le cancer de Tristane qui lui ôte la vie quelques jours avant une épreuve longtemps attendue par son père ; celui d´Electre qui stoppe son évolution maligne, sans aucune chimiothérapie, à la mort de sa mère ; les poussées d´eczéma de Florence chaque fois qu´elle rend visite à ses parents ; le psoriasis de Jehane si évidemment porteur du signe de l´horreur de l´histoire familiale et tant d´autres encore ! Somatiser devient parfois la seule façon de faire acte de présence en tant que sujet parlant. Sujet-limite, oscillant dans la turbulence de l´éphémère, mais sujet quand même, à n´importe quel prix, fut-il celui, paradoxal, de la mort même.

  • Le passage des objets d´amour familiaux à l´investissement de l´environnement introduit le rôle du social dans l´accompagnement de la traversée adolescente. À l´adolescence, les jeux sont-ils faits, comme on le prétend parfois, ou est-ce une seconde chance offerte à l´enfant en difficulté ? Une pédagogie bien pensée est-elle de nature à aider l´adolescent lorsque sa vie pulsionnelle le déborde ? Peut-elle l´aider à élaborer sa sexualité, sublimer ses conflits ? L´éducation ne se résume pas à la question de l´autorité ; elle nous interroge sur les moyens dont nous nous dotons pour penser la souffrance présente dans la relation entre adultes et adolescents. En effet, cette relation, dans les structures éducatives comme dans les lieux d´apprentissage, se heurte parfois à des malentendus provoquant violences et traumatismes réciproques. Nous proposons de réfléchir sur les rapports d´intrusion comme de séduction au sein de cette rencontre afin de déplier la trame fantasmatique qui organise et donne sens au lien éducatif. Cet ouvrage propose la traduction de textes inédits des principaux pédagogues-analystes des débuts de la psychanalyse, au regard de leur commentaire critique par des auteurs actuels. Il reprend le débat sur les rapports entre éducation et psychanalyse à l´aune de leur constant retour dans le champ clinique et social, pour une nouvelle distribution des cartes en faveur des adolescents.

  • Parents et adolescents en crise

    La crise adolescente n´appelle pas une gestion sécuritaire normative. Elle somme bel et bien les parents, les éducateurs et les soignants de faire preuve de répondant, mais les convie pour cela à une dialectique de la reprise et du changement, de la surprise et de la création.

  • Quadrillage des quartiers populaires, vidéosurveillance omniprésente, contrôle accru des communications et des déplacements, chasse aux marginaux et aux sans-papiers, inflation des gardes à vue et des incarcérations, alourdissement des peines, généralisation des mesures de sûreté : nous sommes entrés dans un processus révolutionnaire de radicalisation du contrôle social et de mutation du droit pénal. Il débute avec la rédaction du rapport Peyrefitte, se poursuit avec la politique de la ville des années 80 et la « guerre » contre les violences urbaines des années 90, trouve son apogée avec la profusion des lois liberticides de la décennie 2000 pour se stabiliser provisoirement avec le retour de la gauche. Comment expliquer cette escalade ? L´option sécuritaire n´est pas une réponse à une prétendue montée de la délinquance mais au délitement du tissu social et économique. Le recours à l´option punitive est un moyen pour l´État de reprendre la main en réaffirmant sa souveraineté face à une crise qui le met en échec d´autant plus crûment que les politiques économiques échappent à son contrôle en s´internationalisant. L´autoritarisme est ainsi le pendant de la libéralisation de l´économie et de l´érosion de l´État providence que connaissent nos sociétés occidentales depuis la fin de la période keynésienne. Il est le versant obscur de la mondialisation du capitalisme.

  • Cet ouvrage de Sylvie Canat propose une lecture des troubles du comportement et du caractère et de ses expressions dans le lien éducatif et pédagogique. les enfants troublés demandent une attention très particulière car ce type de présence au monde et à l'institution déstabilise encore plus les professionnels que tout autre type de handicap. Quelles lectures institutionnelles et subjectives du trouble scolaire et psychique peuvent aider l'enseignant à comprendre et à installer une autre pratique? Quels besoins scolaires spécifiques et quelle attention particulière requièrent les enfants souffrant de troubles de comportement et du caractère?




  • Table des matières
    Introduction
    Les participants
    1. Le choix du métier
    2. La formation
    3. Le métier, les valeurs professionnelles, la mission
    4. Le cadre de vie, l’architecture
    5. La collectivité
    6. Les relations entre professionnels
    7. Les rythmes de travail
    8. Le fonctionnement général de l’établissement
    9. La mission, l’identité de la collectivité
    10. La violence
    11. Les relations avec l’extérieur
    12. Les enfants accueillis
    13. L’espace relationnel entre les professionnels et les enfants accueillis
    14. La mesure de placement
    15. Les familles
    16. L’avenir
    Pour conclure
    Bibliographie




  • Extrait
    Introduction
    L’école fait en France l’objet de multiples débats, qu’ils concernent les programmes, les rythmes ou les performances.
    Les quartiers populaires, les fameuses « cités » sont de même l’objet d’innombrables reportages, enquêtes, déclarations et analyses, particulièrement dans les moments de crise, quand un fait divers est venu marquer l’actualité.
    Tout cela est intéressant. Mais subsiste un point d’ombre, celui du quotidien, du banal, de l’ordinaire : ordinaire des écoles, ordinaire des cités.
    Travaillant de longue date ( depuis 1999 ) en tant que «  maîtresse G » de RASED ( Réseau d’Aides Spécialisées aux Enfants en Difficulté ) implantée sur le quartier populaire de la Source, à Orléans, et intervenant à ce titre dans plusieurs écoles maternelles et primaires de ce quartier, j’ai eu envie de prendre le pari d’additionner ces deux ordinaires.
    Il me fallait pour cela, au fil des jours, prélever les anecdotes qui me semblaient les plus marquantes et les plus significatives. La mise en forme s’est étalée sur cinq années, de 2006 à 2011, années au cours desquelles une série de chroniques a été rédigée. Nombre d’entre elles ont été publiées par le quotidien La Croix, dans ses pages Parents et Enfants du mercredi.
    Chacune de ces chroniques est un instantané : une scène que j’ai pu observer ; un propos qui m’a troublée ; une réflexion qui m’est venue en tête. Au fil du temps, et à mesure que la pile des chroniques s’épaississait, j’ai ressenti l’envie de relier, de tisser, de mettre en relation ces instantanés : l’idée, c’était de chercher à offrir non plus des clichés en rafale mais une vue panoramique des écoles d’une part, de la cité d’autre part et des liens que les unes entretiennent avec l’autre.
    La prise de vue n’est pas celle qu’aurait effectuée un enseignant en charge de classe exerçant à temps plein dans une seule et même école : l’une des caractéristiques du travail des membres des RASED, c’est en effet que leur intervention s’effectue sur plusieurs groupes scolaires ; groupes scolaires qui, en dépit de leur proximité géographique, présentent entre eux des différences souvent assez considérables.
    Une autre caractéristique du travail des membres des RASED, c’est qu’ils interviennent auprès d’enfants en difficulté, difficultés essentiellement cognitives pour les « maîtres E », essentiellement comportementales pour les « maîtres G ». Les « maîtres G », dont je suis, ont, à l’instar des psychologues scolaires, à s’entretenir longuement et régulièrement avec les parents des enfants dont ils assurent le suivi : le lien qu’ils nouent avec les familles n’est donc pas tout à fait de même nature que celui que tissent les enseignants en charge de classes et les directeurs d’établissement. 
    L’angle de vue est en conséquence tant soit peu singulier. Le regard n’a pas, quant à lui, la prétention d’être neutre ni de faire le tour de la question. Il a en revanche celle d’être honnête, c’est-à-dire de ne pas falsifier intentionnellement les faits : si les prénoms ont pu être modifiés, si quelques données biographiques (en particulier les pays de provenance) ont pu parfois être changées, c’est uniquement pour préserver l’anonymat des personnes, enfants aussi bien que parents.

  • L´expérience relatée dans cet ouvrage s´inscrit dans un esprit et dans une démarche collective et institutionnelle qui n´étaient pas encore devenus ceux de l´entreprise. Le projet d´éducation ou de soin ne pouvait se penser sans une prise de conscience politique profonde de l´aliénation sociale. Ce qui impliquait de mettre en place les conditions d´un acte éducatif, de soin ou d´accompagnement, dégagé des systèmes autoritaires ou des rapports de subordination et de domination, et dans lesquels les professionnels se sentent responsables de leur acte et les usagers acteurs de leur propre processus d´émancipation.

  • Voici le récit de la lutte victorieuse menée par les Uzégeois pour sauver leur lycée. En 1974, l'établissement comptait 75 élèves et son existence semblait indéfendable. Aujourd´hui, 735 élèves le fréquentent. Ce combat exemplaire dura 6 ans (1974-1980), son dénouement a reposé sur la volonté et l´action collective de ces citoyens gardois. Preuve qu´il n´y a pas de « fatalité administrative » dès lors que l´on dépasse les limites des partis et des clans, en rassemblant le plus grand nombre et en laissant place à l´imagination et à l´audace.

  • Ce livre est un montage des contributions des groupes actuels de pédagogie institutionnelle. Il vise à montrer des pratiques de la classe, de l´école, qui ouvrent un réel espace social d´apprentissage pour la société de demain, en carence de démocratie, de relation, de savoirs partagés. Une démocratie d´apprentissage.

  • Lorsque surpris au bord d'une route, au détour d'une phrase ou d´un geste, se manifestent les profondeurs d'une émotion ou d'une conviction, mots et images se rencontrent, photos et textes se parlent, se répondent, se heurtent. Là tient le propos de « Regard clinique » : une suite de tableaux, photos, images ou dessins qui tous parlent du Sujet, d'une clinique psychanalytique, de l´inconscient. L´approche est originale, les photos et la simplicité du propos introduisent le lecteur dans un domaine souvent réservé. Pour peu qu´ils aient à coeur de lever les voiles, initiés ou néophytes ne manqueront pas de ressentir les résonances de cet ouvrage éminemment juste, où les folies ordinaires et l´anodin rejoignent parfois la poésie et toujours tendent vers l´essence de l´être.

  • Actes du Colloque National organisé par le Collège de Psychologie et des Psychologues du Centre Hospitalier Charles Perrens. L´ouvrage retrace la dynamique du Colloque, à travers la reprise des interventions sur le thème du nouveau dans la profession

  • C´est un fait de discours contemporain dont il convient de prendre la mesure : en ce début de XXIe siècle marqué par l´extension du libéralisme dans divers domaines de l´économie humaine, les ITEP accueilleraient des enfants de plus en plus difficiles. S´agit-il de nouveaux symptômes ? Ou l´expression symptomatique a-t-elle gagné en intensité ? Toujours est-il que ces enfants et ces adolescents présentent des troubles perturbant gravement leur socialisation et l´accès aux apprentissages. Ils tissent des liens où les conflits agis et le passage à l´acte témoignent d´un trouble dans les échanges symboliques, quand, en particulier, les paroles qui pourraient les arrêter se révèlent inefficientes. Comment, dans les ITEP, les éducateurs, enseignants et psy conjuguent-ils leurs interventions pour se faire partenaires de ceux qu´ils accompagnent et de leurs parents ? Quelles réponses nouvelles ont-ils à inventer, qui soient au plus près de la singularité de chacun de ces enfants et adolescents ? À nouvelles expressions symptomatiques, nouvelle clinique ? C´est à déployer ces questions et à travailler quelques éléments de réponses que les XIIes Journées d´étude, de recherche et de formation de l´AIRe ont convié près de 550 participants du 12 au 14 décembre 2007 à Nancy.




  • Table des matières
    Introduction
    PREMIERE PARTIE La précarité et ses cibles. Femmes, jeunes, pauvres et immigrés en première ligne
    -I- La construction de l’« objet précaire »
    -II- Genre et précarité en France :  vers la mise en cause de l’autonomie des femmes ?
    -III- La précarité de l’emploi en Espagne est-elle une affaire de femmes ?
    -IV- Précarité et modèles de consommation : la société à bas coût
    -V- La précarité des immigrants en Espagne : la construction de la fragilité d’un nouveau sujet
    DEUXIEME PARTIE Précarité objective, précarité subjective et souffrance au travail
    -VI- L’émergence d’une « précarité subjective » chez les salariés stables
    -VII- Travail, précarité et santé
    -VIII- Les suicides liés au travail : un indice de sa précarisation ?
    -IX- La régulation paradoxale du travail et la maîtrise des volontés Amparo Serrano, María Paz Martin et Eduardo Crespo
    -X- Malaises temporels
    TROISIEME PARTIE Stratégies et pratiques de résistance des précaires
    -XI- Jeunes, syndicats et réorganisation productive : le cas espagnol
    -XII- La grève des sans-papiers en France : le salariat bridé par ses mobilisations
    -XIII- Quand la précarisation du travail solidarise.  Retour sur une expérience en industrie de process
    -XIV- Précarité et action collective dans la mobilisation altermondialiste  Réinterprétation et resignification de la vie en précaire
    Postface
    Bibliographie






  • Extrait
    Dans notre livre précédent, nous présentions le syndrome d’Harpocrate : l’ensemble des silences qui détruisent notre institution. Face à ce triste constat, nous proposions les écoles démocratiques comme alternative constructive. Aujourd’hui, nous voudrions insister sur un point : il n’y a pas de fatalité en éducation. Les éducateurs et les citoyens du monde peuvent briser le dieu Harpocrate et ainsi inverser la tendance au silence et au repli sur soi en utilisant des pédagogies de reconstruction et luttant ainsi contre l’exclusion.
    Sommaire
    Remerciements
    Avant-propos
    Boucif, notre Miloud
    La thérapie du choc
    Les élèves « bof »
    Les cellules « absentéisme »
    Les sas d’accrochage scolaire
    La colline de l’éveil
    Les classes « passerelles »  Par Daphné Clamot, Géraldine Maes et J-L Tilmant
    La classe SAS
    Le M.I.E.C. et les écoles citoyennes par Bruno Derbaix et J-L Tilmant
    Pédagogies et reconstruction personnelle par Bérengère Rousseau et J-L Tilmant
    Conclusion
    Bibliographie
    Annexes




  • Extrait
    Préface
    Ce manuscrit est une œuvre polyphonique. De très nombreuses voix s’y entremêlent pour nous donner une idée de cette expérience unique de Psychothérapie Institutionnelle, celle d’un hôpital dans le village, pensé pour le soin des enfants et des adolescents en grande souffrance psychique. En effet, contrairement à l’habitude, le récit pluriel n’est pas écrit par les seuls professionnels : le risque est pris de donner la parole aux parents des enfants accueillis et aux habitants du village pour qu’ils témoignent de la réalité de ce qui se passe, et par leur intermédiaire à tous, à celle des enfants et des adolescents eux-mêmes. Et ils le font, certains avec une grande bienveillance, et d’autres avec un esprit critique, parfois acerbe. Mais ce parti pris donne une qualité d’authenticité à ce travail qui va bien au-delà du récit manifeste, jusqu’au récit latent, celui qui donne la cohérence d’un projet par la profondeur de son arrière-pays.
    Les multiples voix qui chantent cette polyphonie le font avec les moyens à leur disposition, les uns avec une voix de soliste, et les autres avec leur voix de choriste, certains avec une profonde connaissance de la clinique académique, mais d’autres avec une connaissance incarnée dans la clinique transférentielle. Toutes ces voix sont utiles, toutes sont importantes, et toutes se côtoient sans difficultés pour nous faire entendre les entrelacs de l’harmonie et du contrepoint, à l’image de ce qui se passe quotidiennement dans cette équipe : être avec l’autiste qui ne communique pas comme les autres, être au bord du pare-excitations de l’adolescent psychotique qui s’est égaré dans les frontières du monde, être débordé, voire dépassé, par des émotions d’un ordre originel, partager les angoisses des fugues, petites et grandes, assumer la violence de quelques adolescents dissociés et délirants, en retenir d’autres qui frôlent la mélancolie, accueillir dans sa psyché, et souvent dans son corps, les passages à l’acte en se disant qu’il y aura un temps pour comprendre, autant de petits et grands événements relatés dans ce texte cousu main qui habille chaque enfant et adolescent d’une mise en récit qui participe de la vivance de chacun de ses membres.
    La psychothérapie institutionnelle est ici montrée dans sa spatialité, car les instances qui la constituent sont sises dans la géographie de la cité, mais unies dans l’histoire de leurs fonctionnalités ; les professionnels vont d’un point de ces espaces vivants à un autre, appartenant au premier mais n’y vivant pas en isolat cloisonné, assumant le partage des fonctions, la maison des adolescents par là, et la maison administrative par ici, le magasin des livres là-bas, et le bistrot par après ; l’adolescent en colère quitte sans prévenir sa maison pour foncer chez le directeur pour en obtenir une « interprétation ici et maintenant », et éclairé sur les contours de l’institution et remis dans ses règles de fonctionnement par son responsable, il reçoit une indication qui, tel l’oracle de Delphes qui ne cèle ni ne montre, mais indique, lui permet de faire son chemin dans le groupe social auquel il appartient. Pas étonnant que l’espace soit premier dans une institution qui accueille les enfants autistes et psychotiques, car sur ces projections spatiales de leurs images du corps dans le monde, se jouent leurs premiers pas d’un être-sujet. Mais l’espace n’est rien s’il n’est relié par les adultes qui y professent les métiers de psychistes, à des lois temporelles qui en rythment l’organisation et la structuration symbolique. La tablature institutionnelle des soignants vaut pour les conditions de possibilités de l’arrimage de ces enfants dans le processus d’humanisation. Sinon pas moyen de trouver un sens au passage à l’acte, ni de le transformer en « acting » (Oury), car ce sont les professionnels qui, œuvrant dans leurs réunions de travail, vont construire ces ponts de rattachement à autrui, en exprimant tout haut par leurs contre-transferts individuels, la dramaturgie que traverse à grand-peine chaque enfant soigné. Dans le cadre des constellations transférentielles des enfants et adolescents, cette mise en récit, peut aider à des proto-narrations, comme autant de bases de lancement dans le monde de ces êtres si éloignés de notre névrose commune.
    Dans ce processus, les deux jambes décrites par Tosquelles, la psychanalytique et la politique, sont bien présentes en permanence pour consolider le collectif, machine abstraite d’une pensée groupale toujours menacée de déshérence et d’individualisations entropiques. La formation continue y joue un grand rôle et on sent au fur et à mesure du texte, que chaque professionnel, quel que soit son statut, y va de sa propre recherche intellectuelle et psychoaffective avec les autres de l’intérieur des Goélands, mais aussi de l’extérieur. Ici pas besoin d’insister sur les différents métiers des soignants, sur leurs diplômes, sur leur culture. La simple lecture de leurs témoignage ouvre sur cette invention réactivée par une formation incessante, et que ce soient les poètes qui écrivent ou les femmes de ménage, les psychologues ou les psychanalystes, le médecin ou les coiffeurs du village, ou plusieurs fonctions en une personne, l’expérience relationnelle rapportée ne trompe par un récit en faux self qui dénierait toute authenticité à l’ensemble : Non, c’est précisément ce qui en fait la force, chaque écrivain a son style et il n’est pas question de copier un style plus autorisé ou plus « in ». Les récits sont d’ailleurs touchants par leur apparente absence de réflexions psychopathologiques, telles qu’on peut les retrouver dans les revues spécialisées : histoire du cas, puis analyse psychopathologique. Ici la psychopathologie suinte dans le récit, pas besoin d’en faire un plat, elle est présente partout, elle irradie dans la clinique, elle transcende l’institution.
    Mais si ce phénomène rare est présent dans cette aventure peu commune, c’est, me semble-t-il, en raison d’une pensée profondément démocratique des rapports humains entre les personnes. On l’oublie trop souvent, si la démocratie ne peut être érigée en modèle direct pour poser les indications de soins, conduire une prise en charge et guérir un patient, rien de ces étapes du processus de soin ne peut être réalisé aussi bien que quand elle imprègne les esprits de ceux qui y concourent, et surdétermine leurs rapports intersubjectifs. Le respect des personnes entre elles, au-delà ou en deçà des statuts, ne peut être décrété, il en va d’une éthique soutenue par la liberté de pensée et la force du désir ; un psychanalyste ne peut s’arroger en vertu de sa position le droit d’interpréter, mais en revanche, il en est parfois le facilitateur ; un directeur ne peut s’appuyer sur son autorité statutaire pour décider seul en toute connaissance de cause, il réunit les personnes avec lesquelles prendre la bonne décision ; un employé chargé du ménage ne peut se prétendre psychothérapeute, mais parfois, seule sa présence et son engagement peuvent parvenir à déclencher un travail psychothérapique chez un enfant. Ainsi, les mécanismes du fonctionnement institutionnels apparaissent pour ce qu’ils doivent être, les témoins d’un fonctionnement démocratique enveloppant, et à mes yeux, ce fond de décor permet la reconnaissance des phénomènes transférentiels et leur utilisation dans la cure en institution.
    Mais plus avant, l’expérience de l’hôpital dans le village, à la base d’une pensée citoyenne du monde, permet aux enfants, portés par l’implicite partagé par les professionnels engagés dans cette ruralité hospitalière, de recevoir les clés concrètes du rapport avec le principe de réalité. En pédopsychiatrie, cette question de la sortie de la toute puissance infantile, qu’elle soit due à une carence éducative parentale ou à des maladies qui en compliquent la construction, est essentielle ; dans cette expérience, la qualité des rapports avec l’environnement, la réalité des bords rapidement rencontrés dans la vie quotidienne, la grande sensibilité de tous les professionnels à cette chance de vivre et travailler à Spy, font de la rencontre avec le principe de réalité non pas une malchance, mais un gage de progrès en humanisation. On oublie souvent que la découverte du principe de réalité par un enfant habitué au seul principe de plaisir-déplaisir n’est pas l’entrée dans le cauchemar de la vie terrestre, mais bien une avancée dont il s’agit de prendre toute la mesure. Sinon à quoi bon tenir sur les castrations symboligènes ? Que ce soient les enfants autistes et psychotiques ou que ce soient les autres, la proximité de la rencontre avec cette catégorie fondamentale du principe de réalité est élevé au rang d’une chance écologique de l’esprit humain. Et les soignants des Goélands n’arrêtent pas de se livrer à ce combat fondamental de la pédopsychiatrie. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Sans un groupe d’hommes et de femmes d’une telle qualité, et formant institution, pour accompagner ces enfants sur le chemin de l’existence, semé de multiples souffrances psychiques, la douce campagne proche de Namur n’y suffirait pas. L’aventure des Goélands est d’une toute autre étoffe, celle dont on fait les histoires authentiques. Et tous les enfants et adolescents qui ont eu et ont la chance d’y passer, en savent quelque chose.
    Pierre DELION

  • Les républiques d'enfants ont existé dans des pays et des contextes politiques différents. Leurs fondateurs ont soutenu le projet de libération et d'émancipation de l'enfant dans un cadre démocratique. Aujourd'hui de telles expériences peuvent surprendre car l'enfant y est convoqué à une place de « citoyen » qui fait de lui un sujet que l'on ne se contente pas seulement d'instruire de ses droits et de ses devoirs envers lui-même et les autres mais qui prend une part active dans l'administration et le règlement de la communauté dans laquelle il vit. Le projet des républiques d'enfants anticipe d'ailleurs l'avènement après la deuxième guerre mondiale des droits de l'enfant et va beaucoup plus loin dans l'exercice actif de ces droits et de l'apprentissage de son autonomie. L' enfant en effet ne saurait être reconnu comme un citoyen, comme un sujet de droit, dans une société dont les fondements ne sont pas démocratiques mais inversement une société ne saurait se penser comme démocratique si elle n'accorde pas à l'enfant un vrai statut de citoyenneté.

  • À partir de l´analyse d´entretiens assumés dans l´école par des intervenants spécialisés des réseaux d´aides aux élèves en difficulté, cet ouvrage se propose d´interroger la pratique des professionnels dès lors qu´un enfant est signalé en difficulté. La confrontation de pratiques différentes, l´analyse des processus en jeu au cours de ces rencontres et de certains effets constatés, le questionnement concernant les objectifs visés, les dispositifs et les positionnements des professionnels, peuvent apporter des éléments de réflexion et d´élaboration dynamiques aux professionnels du champ éducatif, social et médico-social, qu´ils soient enseignants, enseignants spécialisés, éducateurs, psychologues, assistants sociaux.




  • Table des Matières
    Introduction
    Venon
    Jefferson
    Sacha Des Pokémons
    Chloé
    Mamour
    Chocolat
    Sangokou
    Rose
    Gwen
    Kerry James
    Milox
    Rose, Chocolat et Chloé, trois jeunes filles ensemble
    Le Tigre du 9.4., Naruto et Metal-Knight, les trois frères
    Princesse Italienne
    Red
    Cookiz
    Courage
    Katty
    L’inconnu
    Marine
    Dri2s
    Leona
    L’Ange Noire
    Nasser
    Zeeshan
    Fleur
    À propos de la parole des enfants






  • Extrait
    Cet ouvrage voudrait présenter une partie du modèle stratégique que nous proposons pour canaliser la violence dans nos écoles. L’école est une institution au contact de différents systèmes. Nous pensons que la violence provient de multiples variables issues de ces différents systèmes. Nous aborderons donc dans ce livre les variables et les stratégies touchant la classe ou les différents milieux de rencontre que nous nommerons le microsystème (voir chapitre 4) ainsi que les variables et les stratégies de l’endosystème, c’est-à-dire de l’école.
    En effet, une école ne peut réagir avec un minimum d’efficacité contre la violence que si elle remet en question tout son fonctionnement institutionnel.
    Avant de proposer les stratégies, nous tenons à rendre hommage à une équipe d’acteurs dont j’ai eu la chance de faire partie. Nous expliquerons que sans le travail humble et efficace d’enseignants, d’éducateurs, d’assistants sociaux et d’une direction stimulante et considérante, jamais nous n’aurions pu redonner espoir à une centaine de jeunes et jamais ces stratégies n’auraient vu le jour.
    Ensuite, nous présenterons le modèle de Bronfenbrenner qui nous sert de fil conducteur dans la présentation des stratégies mais aussi dans l’analyse de faits de violence surgissant dans les écoles.
    La violence peut exploser ou surgir dans la classe (microsystème), nous proposons neuf stratégies pour l’enrayer préventivement. Nous revendiquons une attitude préventive face à ce phénomène, « surpréventive » même, une des stratégies générales étant de garantir à l’élève un accueil de qualité, un maximum de considération et la manifestation prononcée de son acceptation dans cette matrice que constitue la classe.

  • Le maître G, la rééducation à l'école est un livre qui présente un métier de l'Education nationale somme toute assez peu connu. Ces maîtres G ou rééducateurs travaillent essentiellement dans les réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté. Les rééducateurs des réseaux d'aides interviennent exclusivement auprès d'enfants dont la difficulté scolaire a été portée à leur connaissance par les enseignants. Leur activité est donc une remédiation interne à l'école maternelle et élémentaire qui se déroule pendant le temps scolaire. Mais cette difficulté ne relève pas toujours fondamentalement du domaine des apprentissages, au contraire. Elle peut résulter de comportements inadéquats, de blocages émotionnels ou non, d'allergies à l'école, de hiatus trop prégnants entre le monde culturel de l'enfant en difficulté (sa famille par exemple) et celui de l'école, etc.

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