Arts et spectacles

  • « À quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier ? Vous devez tracer des sentiers vers l'inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? » 
    Henry David Thoreau (1817-1862) quitte à vingt-huit ans sa ville natale pour aller vivre seul dans la forêt, près du lac Walden. Il a pour habitude de marcher au moins quatre heures par jour. Avec cet éloge de la marche, exercice salutaire et libérateur, Thoreau fait l'apologie de l'éveil à soi par la communion avec la nature.

  • Dieu et l'Etat Nouv.

    Le peuple n'a que trois moyens de s'en sortir :  « Les deux premiers,  c'est le cabaret et l'église,  la débauche du corps  ou la débauche de l'esprit ;  le troisième, c'est la révolution sociale. » 
    Dieu et l'État est le texte fondateur de la pensée socialiste libertaire de Mikhaïl Bakounine. Sa critique violente à l'égard  de toute autorité se révèle  toujours aussi inspirante.

  • « Faites déchargez, maladroits ! Détendez les arbalètes, car devant la "rondelle", vous êtes démâtés. Du faux inverti et de l'épongeur abritez-vous, apprentis fouteurs. »
    Écrites entre 1456 et 1461, les onze « ballades en jargon » de François Villon sont ébouriffantes, virtuoses, audacieuses. La grossièreté se marie avec le courtois, la gouaille avec la délicatesse, la farce avec le tragique.

  • Après Stirner, Proudhon et Bakounine, Pierre Kropotkine poursuit le grand rêve libertaire : ce prince russe devenu géographe de renom se fait le généalogiste d'une morale anarchiste qui dénonce les fausses morales imposées depuis des lustres par « le prêtre, le juge, le gouvernant ».Avec La Morale anarchiste (1889), livre virulent et raisonné, il montre que seul l'instinct d'entraide est le dépositaire des valeurs humaines à construire.

  • Balzac, jeune romancier tirant le diable par la queue, ne peut mener la vie selon le train qu'il souhaiterait. Sous peudonyme, il publie roman sur roman, écrit traités et feuilletons dans la presse. Ainsi, en 1830, donne-t-il au journal La Mode son Traité de la vie élégante. À l'heure de l'avènement de la bourgeoisie d'affaires, dans les premiers temps du règne de Louis-Philippe, il n'échappe pas à Balzac qu'une nouvelle société est en train de se former, qui cherche à se donner des codes de reconnaissance.En fin philosophe, il étudie les règles qui régissent la vie de la nouvelle classe dominante et définit l'esprit qui bientôt fera toute la réputation de l'élégance parisienne...

  • Conseiller de Néron après avoir été son précepteur, Sénèque est l'un des détenteurs du pouvoir impérial. Lorsqu'il rédige ce court traité, vers 58 après J.-C., il adresse une réponse à tous ses détracteurs, envieux de sa fortune, qui voient en lui un stoïcien de luxe.Comment douter que son aspiration au souverain bien et à la vertu soit sincère ? Comment ne pas entendre l'avertissement adressé à tous ceux qui se laissent gouverner par la débauche et la recherche du plaisir ?

  • Avant de condamner les principes du plaisir, qui gouvernerait le monde, il faut lire Epicure (341-270 avant Jésus-Christ), en particulier son éloge du bonheur. Un texte fondamental d'une grande modernité, écrit par un vieux sage.

  • Maître de la pensée invectivante, Nietzsche ne cherche pas à démontrer, il assène, tranche, cogne. L'enjeu est de taille : il s'agit de réveiller un Occident englué dans plus de deux millénaires d'épais fourvoiement moral et philosophique. "Ecce Homo", "Voici l'homme", titre le plus insolent de l'histoire de la philosophie. "Voici le plus homme des hommes, Nietzsche en personne, ou Dionysos, son double, son modèle, son frère, et cet homme s'est construit la plus redoutable des santés."

  • Au travers de son expérience exceptionnelle, Sénèque cherche comment prolonger la vie humaine en la débarrassant des mille futilités qui l'encombrent sans lui apporter de richesse supplémentaire. Il nous aide ainsi à évaluer ce qu'est une vie vraiment vécue.

  • "L'homme n'appartient ni à sa langue, ni à sa race : il n'appartient qu'à lui-même, car c'est un être libre, c'est un être moral (...). La vérité est qu'il n'y a pas de race pure, et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique est une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé!" Souvent cité mais quasiment jamais lu, ce texte publié initialement en 1869, véritable profession de foi d'Ernest Renan, reste d'une étonnante actualité.

  • Établissement de l'édition et traductionde l'anglais (États-unis) par Thierry GillyboeufAnthologie originale Henry David Thoreau (1812-1862) voulait « vivre profondément et sucer toute la moelle de la vie ». Sa vie et son oeuvre sont une école de philosophie et de spiritualité. L'auteur de Walden a pratiqué la « désobéissance civile », la « pauvreté volontaire » puis, en se retirant du monde, l'immersion dans la nature pour trouver la voie de la liberté. Ses livres les plus fameux comme ses journaux recèlent de merveilleuses formules et réflexions, élaborées la plupart du temps dans le silence plein de ses longues marches en forêt, qui portent en elles la quintessence de sa pensée et de sa sensibilité.
    Un choix original, comportant de très nombreux extraits inédits

  • Dans les premières années du siècle, Khalil Gibran, installé à Boston, collabore au journal Al-Moujaher, destiné à l'émigration arabophone américaine. En 1908, il en tire un recueil de textes, Esprits rebelles. Composé de quatre histoires d'amour tragiques, le livre pose le problème de la condition de la femme arabe et de sa position dans la société libanaise. La sanction de cette audace ne tarde pas à tomber : le livre est très sévèrement critiqué par l'Église maronite qui voit en lui une attaque du clergé et une incitation à la libération des femmes. L'ouvrage est jugé hérétique, et le pouvoir ottoman au Liban le menace d'autodafé en place publique.

  • Le livre : C´est l´histoire inédite de Caroline, le dernier modèle d´Alberto Giacometti. Caroline fut une de ces filles de bar, prostituée au grand coeur, et figure du Montparnasse des années cinquante-soixante. C´est l´histoire d´un grand amour, un amour fou, un amour noir, qui dura six ans, jusqu´à la disparition du peintre en 1966.
    À travers un récit intense, et poétique, Franck Maubert, spécialiste d´art et romancier, restitue, de façon très réaliste, la relation entre l´artiste et son modèle, entre les amants, sur fond d´un monde trouble où se croisent le milieu et le milieu de l´art... L´auteur relate avec justesse et émotion sa rencontre avec Caroline dans son studio-vue sur mer, à Nice. Au fil du récit, le mécanisme du souvenir affleure par vagues et ainsi se découvre, avec une grande force émotive, le portrait d´une femme fragile et blessée, ainsi apparaît la face cachée de Giacometti, l´artiste le plus cher de tous les temps.

  • Édition établie par Jean-Paul Morel Recueil inédit.
    Nicolas Poussin (1594-1665) est le premier peintre dont ait été conservée une correspondance aussi abondante : plus de deux cents lettres nous sont parvenues, échangées avec ses mécènes et amis, tant français qu´italiens.On y découvre un artiste, normand d´origine, ayant choisi de vivre en Italie, à Rome, soucieux de son indépendance, et de se préserver des intrigues de palais. Mais le peintre dut céder à l´invitation pressante du roi de France, Louis XIII, qui le rappelle à Paris, en 1640.C´est autour de son séjour parisien, de 1640 à 1642, que Jean-Paul Morel a construit ce choix de lettres. Ces écrits donnent à voir non seulement les activités du Premier Peintre du Roi, notamment sa décoration de la Grande Galerie du Louvre, mais aussi sa conception du travail, ses préoccupations esthétiques propres et ses désaccords avec les autres peintres et architectes de la Cour. On découvre un Poussin bien éloigné de l´image de l´artiste académique que l´on en voudrait faire, et qui nous attache par sa profondeur et sa liberté.

  • PORNITHORYNQUE : Mammifère salopare d'Australie, dont les moeurs sexuelles sont assez surprenantes.SALOPARE : Animal qui se reproduit malproprement. Directeur marketing passionné de littérature et de jeux d'écriture, Alain Créhange forge des mots-valises hilarants, dignes de Jarry ou de Queneau. Il a rassemblé dans un dictionnaire délirant quelque 670 mots mariés entre eux, pour donner naissance à des définitions surprenantes, coquines ou poétiques..."Et n'allez pas croire ceux qui vous diront que le pornithorynque est un salopare : quand les mots se reproduisent, c'est uniquement pour le plaisir."

  • Un fabricant de pots de chambre rêve de décrocher le marché du siècle : fournir les armées ! Les stratagèmes pour conclure l'affaire lui réservent bien des surprises. Tout cela parce que bébé refuse d'aller sur le pot.On purge bébé ! (1910) est caractéristique de la dernière manière de Georges Feydeau, de ces pièces en un acte où le comique ne repose plus seulement sur les recettes classiques du vaudeville, mais aussi sur la peinture - au vitriol - des caractères : la médiocrité, la mesquinerie et l'hypocrisie petites-bourgeoises sont impitoyablement épinglées.Cette pièce, régulièrement montée au théâtre, est l'une des plus échevelées et des plus brillantes des « farces conjugales » de Feydeau.

  • Comment se marier en évitant à coup sûr l'humiliation du cocuage? Don Pèdre, riche gentilhomme de Grenade, fort bien fait et plein d'esprit, est le célibataire à marier du moment. Lors d'un périple de dix-sept ans à travers les plus grandes villes d'Espagne et d'Italie, don Pèdre sera confronté aux trahisons et infidélités des élues successives de son coeur. Le sexe faible ne lui épargnera aucune déconvenue.Scarron, l'époux bien laid de Mme de Montespan, aimait à animer de son esprit vif et impertinent les salons parisiens. Première des Nouvelles tragi-comiques, recueil publié en 1655-1657, La Précaution inutile inspira, entre autres, L'École des femmes à Molière (1662) et Le Barbier de Séville à Beaumarchais (1775).

  • Où donc situer le beau dans le passage du moderne au postmoderne ? La question ne s´arrête pas à l´abstraction. Une mutation s´est opérée. Selon Antonio Negri, créer n´a plus aucun lien avec quelque Nature que ce soit, ce n´est pas non plus une sublimation, mais une démesure (« excédence ») qui découvre des formes instituées comme surplus de la production. Dans un monde global à tendance impériale, créer et générer deviennent des gestes de résistance, réinventant constamment des singularités (objets, signes) prises dans le commun : c´est la multitude.


    Antonio Negri, philosophe, essayiste et dramaturge, a participé aux luttes politiques et sociales des années 1960-70 en Europe. Longtemps professeur de sciences politiques à Paris, il est l´auteur de nombreux ouvrages de philosophie parmi lesquels Marx au-delà de Marx (Bourgois, 1979), L´Anomalie sauvage, Puissance et pouvoir chez Spinoza (PUF, 1982) et, en collaboration avec Michael Hardt, Empire (Exils, 2000). Trilogie de la différence (Stock, 2009) rassemble ses pièces Essaim (2004), L´Homme plié (2006) et Cithéron (2007).

  • « Or çà, mes hôpitaux de ces dernières années, adieu ! Sinon au revoir ; alors, salut ! En tout cas ; j'ai vécu calme et laborieux chez vous. »Ruiné depuis la mort de sa mère, souffrant de nombreux maux (ulcères, syphilis...), Paul Verlaine (1844-1896) vit ses dix dernières années entre l'hôtel et l'hôpital. Il y multiplie les séjours, commence par Tenon, finit par Bichat, fréquente entre-temps Cochin, l'asile de Vincennes, Saint-Antoine, Saint-Louis, préfère Broussais. Dans ses chroniques de la vie hospitalière, le poète se mue en prosateur d'un quotidien rugueux.

  • Vers 1655, tandis que le parti dévot mène une véritable campagne de persécution morale, Paul Scarron, cet esprit frondeur qui se moque des intimidations, rédige une nouvelle totalement immorale : « Les Hypocrites ».Tirée des Nouvelles tragi-comiques, cette satire picaresque ne craint pas de montrer que le crime peut rester impuni. En compagnie de ses deux fidèles complices, la vieille Mendez et son amant Montufar, la belle Hélène parcourt l'Espagne pour extorquer de l'argent aux naïfs en se faisant passer pour un modèle de vertu.Lorsqu'il créera son personnage de Tartuffe (1666), Molière n'aura pas oublié la nouvelle de Scarron.

  • De 1872 à sa mort, Vincent Van Gogh (1853-1890) ne cessera jamais de correspondre avec Théo, son frère cadet. Misère matérielle, déceptions affectives, vocation contrariée de prédicateur évangéliste, passion naissante pour le dessin, admiration pour Millet et Rubens, lecture enthousiaste de Dickens et Zola, enchantement des couleurs : rien, de la vie douloureuse et exaltée du peintre, n'est caché dans cette correspondance, en grande partie rédigée en français. Ses dernières lettres, écrites à Auvers-sur-Oise juste avant son suicide, constituent une sorte de journal de ses derniers mois de création, un véritable testament artistique. Et le plus émouvant des autoportraits.

  • Francis Bacon : « On ne sait pourquoi certaines choses vous touchent. C´est vrai, j´adore les rouges, les bleus, les jaunes, les gras. Nous sommes de la viande, n´est-ce pas ? Quand je vais chez le boucher, je trouve toujours surprenant de ne pas être là, à la place des morceaux de viande. Et puis il y a un vers d´Eschyle qui hante mon esprit : "L´odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux." » « Francis Bacon, plus que tout autre artiste, incarnait la peinture. Mon travail de journaliste d´art, à L´Express, dans les années 1980, me permit d´envisager une rencontre avec lui. Je patientai longtemps avant notre premier rendez-vous. Trois ans. D´autres suivront. Je le rencontrai à Londres dans son atelier, 7 Reece Mews, South Kensington. Mon premier entretien, en 1982, donna lieu, peu à peu, au fil des ans, à des conversations et dialogues qui se sont poursuivis à Londres et à Paris. Ceux-ci se déroulaient en français, langue qu´il maîtrisait avec la rouerie d´un vieux dialecticien. Elles rassemblent la plupart des grands thèmes que Francis Bacon, opiniâtre, n´a cessé de ressasser sa vie durant : son travail, Picasso, Velasquez, Giacometti, ses amitiés, ses voyages, ses lectures, l´alcool... Parler l´amusait. Parler l´excitait. Parler était aussi un art pour lui. » F. M.

  • Le nom de Gobineau, depuis la publication en 1853-1855 de son Essai sur l'inégalité des races humaines, est attaché au racialisme français dont se réclamèrent les idéologues nazis. On a oublié que ce diplomate fut aussi, et avant tout, un grand orientaliste. Inspiré par ses nombreux voyages à travers la Perse et l'Asie centrale, il composa dans une veine romantique une oeuvre littéraire colorée. « Les Amants de Kandahar», tirée des Nouvelles asiatiques (i876), histoire sombre qui mêle crime d'honneur, vengeance et amour impossible, est un « Roméo et Juliette » à l'afghane.

  • Lady Margaret est une jeune fille orpheline de mère. À la mort de son père fortuné, elle est placée chez son oncle et tuteur, le sinistre sir Arthur Tyrrell, qui a une réputation de meurtrier. À son arrivée dans sa nouvelle demeure, retirée, elle se lie immédiatement d'amitié avec sa cousine Emily. En revanche, elle ne cessera de nourrir méfiance et répulsion à l'égard de son cousin Edward, individu détestable qui cherche à la contraindre au mariage.
    Elle soupçonne qu'on en veut à son héritage. On veut la tuer...

    Comment ma cousine a été assassinée (1838) est la première nouvelle de Joseph Sheridan Le Fanu (1814-1873), écrivain irlandais des plus populaires à l'époque victorienne - avec Oncle Silas, Carmilla... Dans la tradition du roman gothique, l'auteur personnifie le diable sous les traits de l'oncle, persécuteur qui se cache sous le masque de la vertu. Il met en place un suspense, en passe de devenir un classique.

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