FeniXX réédition numérique (Grassin)

  • André Jurhiel se sert - avec bonheur - du vers lourd, pesant et monotone, mais en même temps violent, forgé par Péguy, avec, peut-être, un peu moins d'insistance dans le martellement du rythme ou la répétition des images, mais une habileté dans le jeu oratoire proche de celle de son modèle. Il progresse, dans chacun de ces « Feuillets mystiques », avec une fervente insistance, usant de rapprochements, de comparaisons et d'images, tour à tour robustes, rustiques ou naïves, jusqu'à transposer en visions réelles les sentiments et les idées qu'il expose. Ce faisant, il parvient aisément à soulever l'émotion du lecteur, et à gagner son adhésion.

  • Il nous est agréable, en ces temps troubles, de se souvenir que nous avons encore des femmes pour chanter leur premier émoi, et s'exprimer avec une âme ardente et limpide. Colette Périer-Couradin est un vrai poète ; une Marceline Desborde-Valmore du siècle XX. Pourquoi, mon Dieu, voulez-vous qu'on déchire l'âme du silence et l'âme des mots ? Une sensibilité profonde, des sentiments vrais : voici toute la poésie de cette femme qui a souffert jusqu'à écrire ce déchirement du coeur. Colette Périer-Couradin apprend aux femmes d'aujourd'hui qu'il faut souffrir pour mieux vivre et aimer. Comme limpide est cette poésie qui coule d'une source simple et calme, malgré un certain remous dans cette âme bonne et aimante. Elle a une qualité rare chez une femme qui écrit, elle a le sens de l'amitié et de la camaraderie. Je pourrais hélas ! vous citer maints exemples du contraire. Elle chante comme elle parle. Elle parle comme elle chante. Colette Périer-Couradin est poète, parce qu'elle sait s'évader du réel.

  • Poète qui murmure à l'azur des pensers exaltés, Claude Clécy, tel Demetrios, rêve une lyre d'argile. Sur cet instrument fragile, il chante les métamorphoses de la vie et de l'amour, les souvenirs d'un passé définitif et l'incertitude du devenir. Poète, il est : ...l'arbre qui pousse sans racine, allergique à l'acidité de la terre. La tristesse est l'humus, où il puise sa sève et elle l'enferme en des paysages d'illusions grises, paysages d'âme, où il se grise en un banquet de contemption morose. À travers le prisme des larmes, il contemple une création au seuil de laquelle la Mort dresse son ombre écrasante : larmes de tristesse ou de douleur, larmes de rage, larmes du ciel, larmes du souvenir, qui font renaître ce vieux présent, passé qui permet de jauger l'infini, l'insondable de notre destinée, et des lueurs de l'avenir.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Vivre ! C'est presque le premier mot du livre de Dominique Mérange. Et c'en est le mot-clé. Il faut vivre pour participer, pour admirer, il faut vivre pour être soi-même, un trait d'union entre le passé et le futur. Une goutte d'eau résume tous les nuages, un souffle toutes les brises, une herbe tous les chemins des sèves. Mais si le bourgeon devient branche morte, si le sourire innocent « d'un bouton de rose » peut se transformer avec le temps en rictus de haine, en savoir maléfique... cela n'empêche pas Dominique Mérange d'écrire d'émouvants poèmes, dont les couleurs seraient peut-être moins tendres devant une toile de fond moins noire.

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  • « Il n'est plus besoin d'image, il n'est plus besoin de mot, trouble fête est le langage », dit J.-P. Lesieur dans un de ses poèmes, pour évoquer un de ces moments ineffables où l'homme communique directement avec la nature. Mais il reconnaîtra que le poète ne peut s'exprimer sans l'aide de l'image et du mot : l'image sans lumière, l'image abstraite fausse et fière, l'image qui jaillit du mot, et sans faire appel à la magie du langage. Tour à tour, le jeune poète constate et interroge. Il s'invente une légende, se crée ses propres mythes. Il se rassure, son pas devient plus ferme, et marque la cadence d'un rythme personnel. Il a trouvé du soleil à pleines brassées. Mais J.-P. Lesieur est de ces poètes dont l'enthousiasme ne dure pas plus qu'une pluie d'été. Il y a toujours, dans son coeur, un enfant perdu qui cherche son bonheur et, dans sa tête inquiète, retentit sans répit « le cri de la conscience de l'humanité ».

  • Des vers légers comme les battements d'un coeur de jeune fille, comme des battements de cils à l'abri d'un éventail. Des vers qui évoquent le tintement d'une pièce d'argent jetée en l'air pour interroger le destin, et qui rebondit sur le carrelage. Des vers légers comme les notes d'une guitare nostalgique, sur laquelle des doigts inhabiles jouent l'amour à pile et face.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Alain Cologan s'interroge sur le devenir des saisons et des amours, sur le pourrissement des âmes et des corps, tour à tour baudelairien, ronsardisant ou villonesque : ils reviendront chaque année comme avant L'été, l'automne, l'hiver et le printemps, Mais ta jeunesse, ta beauté, ton amour, comme la mort, resteront sans retour, ou : qu'estes vierges de mes dix ans, qu'estes putains de maintenant qu'estes femmes, qu'estes enfants... Mais imprégné du chant de voix qui se sont tues, il n'oublie pas qu'il est de notre époque et joint à leurs apports un accent plus moderne : Moi, j'ai rêvé d'une main sale qui cherchait une ombre de joie : l'ombre de la joie, c'était toi ; et la main sale c'était moi.

  • Ces rimes inspirées par les voix de la nature au milieu de laquelle il vit, Aimé Seveyrat les offre au peuple, pour qu'elles soient sa prière, son arme et sa foi. On ne s'étonnera donc pas de ne trouver, dans ce recueil, aucune prétention à des recherches de langage qui, chez nombre de poètes modernes, ont remplacé le souci plus simple d'un lyrisme sans détour, qu'ils considèrent comme désuet. De chacune de ces églogues, se dégage un enseignement que le poète, parfois, souligne comme la moralité d'une fable, mais qu'il laisse le plus souvent au lecteur le soin de découvrir, diffus dans le poème. Ces airs bucoliques nous apportent, parfumé de sagesse agreste, l'air dont nos pensées - intoxiquées par trop de science - avaient besoin.

  • André Villard-Létang n'est pas de ces poètes qui découpent, en lourdes strophes, une morne philosophie, ni de ces hermétistes qui obligent - pour les comprendre - à consulter la Kabbale ou les mythologies exotiques, ou de ces savants - ingénieurs du verbe - qu'on ne peut suivre qu'à l'aide d'une table de logarithmes. C'est un poète de tous les temps, qui dit tout simplement ce qu'il a à dire, et ce qu'il a à dire est poésie. Ses thèmes sont ceux de Ronsard, et de du Bellay, et de tant de poètes français qu'on trouve dans les greniers parce qu'ils n'avaient que leur voix pour chanter : l'amour et la nature, un amour tout simple, une nature toute simple, de tous les hommes et de tous les jours. Son inspiration vient du coeur. Sa versification, classique sans rigueur excessive, est souple et harmonieuse. Ce qu'il veut nous dire, il l'a clairement conçu, et les mots pour le dire lui viennent aisément.

  • Pour Claude Cagnasso, le poète est un prisme décomposant la poésie qui, sans son intermédiaire, serait insaisissable et la rend préhensible et palpable. C'est à travers lui, qu'elle trouve à la fois son rythme et sa musique, comme son éclairage et sa configuration. Le poète est la cuve magnétique, où rêve et vie versent ensemble les éléments de la poésie, pour qu'ils s'y transforment en un seul poème clair. Disque sensible, que les images imprègnent, ou cage, où s'agglutinent les sons, le film se révèle à travers lui, dans le laboratoire de son âme et de sa chair, avant qu'il n'en livre l'unité au public, comme une rose sur un mur au premier rayon du soleil. Pour Claude Cagnasso encore : Un poète est semblable à une fleur ouverte, aux pétales de nacre et de verre fragile, qui se ferme et se meurt pour peu qu'on la respire. C'est aussi une voix, c'est un cri, c'est une conscience en alarme, car l'homme moderne est condamné à n'être plus que : L'homme qui fut poète et n'a plus de génie. Souhaitons que le souci justifié de Claude Cagnasso d'être de sa génération, ne lui fasse pas tuer, en l'homme qu'il n'est pas encore, le poète qu'il est déjà.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Maître ès-pirouettes et cabrioles, maintenant son centre de gravité entre deux rimes, sa gravité entre deux pointes d'ironie, Hélène Guze funambule sur le fil tendu de son vers. On suit ses pas au-dessus de la piste. Ça y est !... on retient un cri. Non... ce n'est pas pour cette fois ! L'inspiration progresse à cloche-pied, simule un faux pas entre parenthèses, mais l'inspirée est bien trop habile pour risquer une chute fatale. Qu'elle parte du pied droit ou du gauche, qu'elle suive le sens giratoire ou le remonte, qu'elle s'incline en dedans ou en dehors, les figures symboliques qu'elle trace ont toujours la même forme : celle d'un coeur, dans sa nudité géométrique, ou au milieu d'un lacis d'arabesques. Ce coeur flammé, ce coeur ansé, couronné d'épines ou de roses, s'offre, urne, amphore ou cassolette, saignant sous la lancette, hérissé de flèches, labouré d'une griffe inhumaine, pantelant et meurtri ou gonflé d'un sang violent, palpitant au rythme accéléré ou contrarié des sentiments.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Poète hanté par une vision colorée du monde, Guy Daney nous livre, dans toute leur discontinuité, des impressions lyriques qu'il ne cherche nullement à contrôler, sur un rythme souvent syncopé. Il est la chambre noire, de ce noir écrasant d'où jaillissent les points d'or, où les longs défilés du rêve se déroulent en tourbillons fugaces de danses vibrantes, où se développent les rêves sur fond de nostalgie, qui passent surimprimés dans le vague de l'âme. Si tout n'est pas couleur dans chaque poème, tout semble s'ordonner sans apprêt dans certains d'entre eux, autour d'une couleur : ce sont des flammes de jais, ou une mer violette, des verts de chrome irréels, ou les flammes cuivrées de l'or en feu, des arabesques d'or et de cuivre, voire la pourpre claire de l'homme. Guy Daney éprouve, pour la couleur, une passion solaire et sa Fantaisie N° 4 n'est qu'un cri d'allégresse, un hymne à la couleur : bleu, rouge, vert, jaune - Couleur, Couleur ! - Qu'il fait bon, qu'il fait beau ! - Ah, soleil, doux ami - Que je t'aime ! Bleu, rouge, vert, jaune - Couleur des cieux - Couleur des lèvres qui passent - Heureuses - Couleur des arbres du printemps - Couleur des blés - Couleur de ton or - O soleil que j'aime.

  • La profondeur, et l'exaltation, dans la tristesse des vers, trop rares, qu'offre ici Hubert Gravereaux au lecteur, font regretter qu'il soit à ce point avare de ses chants. Son « Enfant de la haine et de l'amour » fait penser à certaines phrases de M. Georges Duhamel lorsqu'il écrivait dans « Possession du monde » : « Souffrir d'abord ! C'est sûrement une des grandeurs de notre race, et nous n'aimons vraiment nos biens que pour ce qu'ils nous ont coûté de larmes, de sueur et de sang. Souffrons donc avec cette joie frémissante qui étreint la femme à l'heure où elle lance dans le monde un être neuf... Toute la souffrance est stérile, désespérée et sans rachat, qui ne sert qu'à nourrir la haine. Qu'elle est merveilleuse quand elle engendre la connaissance, c'est-à-dire la possession, c'est-à-dire l'amour. » « La douleur mesure l'homme », ajoutait-il. Il semble que le poète, torturé par les doutes, rejeté d'un amour proche de la haine à une haine proche de l'amour, à travers la connaissance, la possession de soi et l'amour apaisé, ait atteint ici sa mesure d'homme.

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