Littérature générale

  • Cette édition numérique réunit en un unique volume les deux tomes papiers de l'intégrale. « Vous ferez l'affaire. Sans conteste. - L'affaire pour quoi ? » Everard se pencha ; il sentit son pouls s'accélérer. « Pour la Patrouille. Vous allez devenir une sorte de policier. - Ouais ? Où ça ? - Partout. Et en tout temps. Préparez-vous à une surprise... Voyez-vous, notre société, quoique légale, ne constitue qu'une façade... et une source de fonds. Notre vraie fonction, c'est de patrouiller le temps. » L'homme a inventé le voyage dans le temps et, pour l'humanité, rien ne sera jamais plus comme avant. D'ailleurs, « avant » veut-il encore seulement dire quelque chose ? Si cette révolution promet des perspectives phénoménales, c'est aussi la porte ouverte à toutes les dérives, tous les dangers. Des dangers qui sont la raison d'être de la Patrouille du temps : préserver notre Histoire (et donc, notre présent), mais aussi mieux la connaître... Bienvenue dans le tourbillon des siècles ! Accrochez-vous à votre sauteur temporel et suivez Manse Everard, jeune membre de la Patrouille, dans les premiers chants de son épopée formidable ! Poul Anderson (1926-2001) est un des monstres sacrés de la science-fiction américaine. Sept fois lauréat du prestigieux prix Hugo, trois fois du Nebula, il est l'auteur de près de deux cents ouvrages, dont certains des plus grands classiques du genre. À commencer par La Patrouille du temps, le plus célèbre de ses cycles, développé sur quarante ans et réuni ici en deux volumes d'une intégrale exceptionnelle, définitive et de référence, enrichie de commentaires, présentations et éclairages inédits.

  • Aujourd'hui maman m'a appelé monstre. Tu es un monstre elle a dit. J'ai vu la colère dans ses yeux. Je me demande qu'est-ce que c'est qu'un monstre. Aujourd'hui de l'eau est tombée de là-haut. Elle est tombée partout j'ai vu. Je voyais la terre dans la petite fenêtre. La terre buvait l'eau elle était comme une bouche qui a très soif. Et puis elle a trop bu l'eau et elle a rendu du sale. Je n'ai pas aimé. Maman est jolie je sais. Ici dans l'endroit où je dors avec tout autour des murs qui font froid j'ai un papier. Il était pour être mangé par le feu quand il est enfermé dans la chaudière. Il y a dessus FILMS et VEDETTES. Il y a des images avec des figures d'autres mamans. Papa dit qu'elles sont jolies. Une fois il l'a dit. Et il a dit maman aussi. Elle si jolie et moi quelqu'un de comme il faut. Et toi regarde-toi il a dit et il avait sa figure laide de quand il va battre. J'ai attrapé son bras et j'ai dit tais-toi papa. Il a tiré son bras et puis il est allé loin où je ne pouvais pas le toucher. Aujourd'hui maman m'a détaché un peu de la chaîne et j'ai pu aller voir dans la petite fenêtre. C'est comme ça que j'ai vu la terre boire l'eau de là-haut... Richard Matheson Journal d'un monstre

  • Le clapotis de l'eau me réveille.
    Cette nuit encore, j'ai rêvé de mon père : j'étais une de ses victimes - consentante, comme d'habitude. Ma couche tangue presque à verser alors que j'étire ma carcasse trop souple. Une légère odeur d'algues et de vase assaille mes narines, irrite mes ouïes. Sans même avoir besoin d'ouvrir les yeux, je sais que j'ai trop dormi, que la marée haute remonte peu à peu mon hamac de kevlar vers la cuisine. Je fais craquer ma nuque dans l'obscurité. Des larmes brisent les fleurs de sel qui collaient mes paupières. Ma langue sépare mes lèvres, glisse sur mes dents tranchantes. Je me sens desséchée, jusqu'à la douleur. J'ai dormi trop longtemps, d'un sommeil presque chtonien qui ne me réussit guère. Je déséquilibre mon hamac au point de me livrer aux flots, doucement, sans éclaboussures. Les vaguelettes me caressent, me réhydratent. Après quelques mouvements de nage, je saisis les premiers barreaux de l'échelle - particulièrement glissants à cause des algues. Je progresse péniblement jusqu'à la cuisine. M'man dort toujours ; le sas de sa chambre close nous sépare. Hier au soir, elle écoutait encore la télé quand je suis descendue me coucher.
    Ma présence dans la cuisine déclenche la domotique. Une douce lumière jaillit des bouquets de fibre optique qui parasitent les murs. Au fond de la pièce, une phrase clignote sur mon portable : Le cynisme est la plus élégante des formes d'agression. Quelques mots que je connais par coeur, qui me lient à mon coéquipier.
    Je libère le message de Piør d'une simple caresse sur l'écran. Pendant que ma bécane télécharge l'ordre de mission de la journée - un rendez-vous, au sec, à 9 h 00, sur Kinkerstraat dans Oud West - , j'attrape des Demoiselles du Mékong dans l'aquarium, prépare une poêle. L'épuisette jette les animaux agités dans le beurre brûlant. Le crépitement des pattes et des antennes de ces gigantesques crevettes à l'agonie s'accompagne d'une bonne odeur de beurre chaud, de poivre et de marée.

  • A l'heure du loup

    Thomas Day

    Venu du nord-ouest, Dernier Frêne a longtemps marché pour arriver en vue du col de Saigneterre. Soixante jours durant, il a contemplé les vestiges de l'Ancien Monde : ponts effondrés, immeubles décapités, champs en friche, usines et centres commerciaux éventrés et lourds de silence. Que de villes. dont il ne reste que quelques murs, quelques rues - des flaques de goudron jonchées de restes automobiles, circonscrites ou percées par des touffes d'herbe et de jeunes arbres en bouquets.
    Au cours de ce voyage en solitaire dont il ne reviendra pas, plongé des heures durant dans les flots de la mémoire et du ressassement, Dernier Frêne a souvent évoqué les mots prononcés par Orme Vénérable lors de l'Assembée, la veille de son départ :
    « Tu es une créature du Nouveau Monde et le règne de l'Homme a pris fin. Seule la fanaison nous obligera à t'oublier, mon fils. D'ici là, tous nos voeux de réussite t'accompagnent. » Et voilà que le périple touche à sa fin. Plus qu'un col à passer et il sera arrivé dans le pays tiède où il a décidé de planter ses racines. Une belle mort : des décennies d'agonie, un ou deux siècles peut être, durant lesquels l'esprit ira s'amenuisant et le tronc grandissant.
    L'homme-arbre retire son grand chapeau de paille et l'utilise pour s'éventer. Derrière lui et légèrement sur sa gauche, chauffant ses épaules noueuses, le crépuscule commence à rougeoyer : ivresse floue d'un soleil bien décidé à rejoindre les profondeurs de la terre, non sans avoir, au préalable, ébroué ses lumières - orange et incarnat - sur le ventre des nuages.

  • Un vent glacial venu du nord s'engouffrait et sifflait dans la chambre 27 du Tamd'huin Hotel, jouant avec les trois billets de dix livres coincés à mi-longueur dans le tiroir de la table de nuit. Ce blizzard surnaturel n'incommodait en rien Loki : depuis l'Âge des Ombres, l'air froid avait tendance à tiédir au contact de sa peau.
    Après s'être collé une sucette goût fraise dans la bouche, laissant l'emballage virevolter dans l'espace grand ouvert de la chambre, le démon dépoussiéra grossièrement ses cuirs avec le dos de la main ­- pantalon et veste qu'il enfila dans la foulée sans passer de sous-vêtement. Une fois sa virilité remise en place - difficile de ranger autant de viande chaude et de magma dans si peu d'espace - , il s'assit sur le lit pour enfiler ses chaussettes Courtney Love. Ne pouvant s'empêcher de sourire - ligne fine et aiguisée des lèvres jointes - il évoqua l'ex-chanteuse de Hole et accessoirement ex-femme de Kurt Cobain désormais trop vieille et trop laide (excès d'alcool, excès de tabac et excès de drogues ; une conflagration d'abus et d'outrances qu'une pratique pourtant assidue de la baise n'avait pu contrebalancer). Après avoir changé sa sucette de côté, Loki se glissa dans ses bottes Harley-Davidson, grognant sous l'effort, puis il se tourna vers la pute qui n'avait pas bougé du lit, ne pipant mot depuis plusieurs minutes, se contentant de produire des bruits de gorge profonde. Toujours en état de choc, la prénommée Cindi (avec deux i) avait remonté les draps à la propreté douteuse et la couverture mitée sur ses seins pareils à des poires blettes. Bien qu'emmitouflée jusqu'au nez, la fille aux yeux pochés par le gin de mauvaise qualité continuait de trembler et de pleurer. Maculant le froncement quasi simiesque de ses traits fatigués et mobilisés par d'incessants reniflements, son maquillage avait coulé en larges traînées noires et pourpres. Partiellement accrochée à l'oreiller crasseux, telle une méduse posée sur son cercueil de sable mazouté, sa perruque blonde la couronnait de travers, laissant apparaître pour partie ses cheveux noirs crépus saccagés par un apprenti coiffeur.

  • Je me réveillai avec, comme seuls draps, l'odeur des chevaux. Une érection triomphante tendait la toile de mon boxer, brisait ma silhouette. J'avais la bouche pâteuse et un léger mal de crâne pressait mes tempes. J'avais abusé une fois de plus de l'arkhi - la gnole locale - et je ne me souvenais même plus dans quelles circonstances. Sans doute avions-nous discuté une bonne partie de la nuit avec Peretti et les autres journalistes. Chacun de nous connaissait des pays dont les autres ignoraient jusqu'à l'existence. Le soir, depuis quelques jours, nous avions pris l'habitude d'échanger des cartes postales éphémères, parfois imaginaires, à défaut d'autres sujets de conversation fédérateurs.
    Le soleil devait être levé depuis un bon bout de temps puisqu'il chauffait la yourte et m'avait obligé, alors que je dormais encore, à me débarrasser de ma couverture.
    À huit cents mètres d'altitude, dans ces steppes presque désertiques, les nuits estivales sont fraîches, voire glaciales, et l'on crève de chaud dès dix heures du matin.
    Sur la couche à côté de la mienne, mon interprète, Cinderella Najramandal - tu parles d'un prénom asiatique - me présentait la rotondité exquise de ses fesses, la courbe de son dos, l'abondance de sa chevelure noire. Comme moi, elle s'était débarrassée de sa couverture. Je ne pouvais m'empêcher de la regarder : elle dormait entièrement nue et ne ronflait pas. Il y avait quelque chose en elle qui me faisait penser à la naissance du monde.
    C'est elle qui, le jour de mon arrivée, était venue me chercher à Oulan-Bator avec l'hélico de l'O.N.U. J'ignorais comment elle avait été embarquée dans cette galère. Somme toute, je savais assez peu de choses sur son compte : elle était célibataire, de nationalité chinoise, en mission longue pour l'O.N.U. Elle possédait une licence de pilote d'hélicoptère, et la totale en matière de brevets de secourisme.

  • La sûreté nationale est en péril : rien moins que l'honneur de la nation est en jeu. Un honneur bien mal engagé puisque Chris Malet semble être le seul de nos agents secrets en mesure de le sauver. Et lui, l'honneur national, autant dire qu'il s'en tape. Sauf que voilà : il est l'unique détenteur de ce talent fort étrange qui lui permet de pénétrer la trame romanesque des livres... L'heure est grave. Pour cette mission capitale, c'est au coeur d'un roman gore qu'il lui faut plonger... Et le gore, il déteste.

  • Cette nouvelle est extraite du recueil L'Accroissement mathématique du plaisir

  • Number nine

    Thierry Di Rollo

    Imaginez un monde où l'argent provisionné pour démanteler les centrales nucléaires obsolètes n'est plus disponible. Un monde où le chômage n'a jamais été aussi important, où l'horreur de la contamination nucléaire est quotidienne. Dans cette Europe de cauchemar, hommes et femmes tentent de survivre. Il existe une solution absolue pour réduire le taux de radiation. Bien plus terrifiante que le mal qu'elle est censée éradiquer, cette solution gronde dans les ténèbres, pue comme un charnier ; elle a un nom, il s'agit du... Number Nine. C'est sans jamais sentir la nécessité de ménager le lecteur que Thierry Di Rollo, influencé par Philip K. Dick et Pierre Pelot, nous raconte la cavale de ses héros à travers une Europe détruite par l'apocalypse économique ; ils iront jusqu'en Nouvelle Angleterre, là où tout a commencé. Un roman impressionnant, presque traumatisant, comme fut en son temps le roman de K.W. Jeter Dr Adder.

  • Han Solo, James Bond et les Monthy Python !
    La sûreté nationale est en péril : rien moins que l'honneur de la nation est en jeu. Un honneur bien mal engagé puisque Chris Malet semble être le seul de nos agents secrets en mesure de le sauver. Et lui, l'honneur national, autant dire qu'il s'en tape. Sauf que voilà : il est l'unique détenteur de ce talent fort étrange qui lui permet de pénétrer la trame romanesque des livres... L'heure est grave. Pour cette mission capitale, c'est au coeur d'un roman gore qu'il lui faut plonger... Et le gore, il déteste.
    Gaba est un contrebandier plus ou moins débrouillard et plus ou moins poursuivi par toutes les polices de la galaxie. Aux commandes de Betty, son vaisseau déglingué passablement jaloux, il aspire à quelques vacances bien méritées au retour d'un convoyage de deux anthropoïdes velus d'Uku. Mais, lorsque le richissime Aykip D. Foot Jr. lui propose de partir en quête du mythique cimetière des astronefs pour en ramener le secret de l'immortalité, Gaba comprend qu'il est des offres qu'on ne peut refuser...

empty