Passés Composés

  • L'opération Barbarossa, qui s'ouvre le 22 juin 1941, ne ressemble à aucune autre dans l'Histoire. Elle met aux prises les deux systèmes militaires les plus puissants et les deux régimes les plus brutaux. Les plans sont ineptes, les armées bien en dessous de leurs missions. Dans le combat comme dans l'occupation, la Wehrmacht conjugue la logique exterminatrice du nazisme avec celle de sa propre culture militaire, qui pousse la terreur à son paroxysme. L'Armée rouge se vide de son sang, prise entre les feux d'un ennemi affranchi de toutes les normes humaines et la répression sauvage du bolchevisme stalinien. Dix millions d'hommes s'affrontent lors de batailles aux proportions monstrueuses : les plus gros encerclements, les percées les plus spectaculaires, les retournements les plus improbables aussi. Le résultat de cette moisson de superlatifs est la création d'un brasier de proportions inouïes. Combats, exécutions, exactions, famines délibérées tuent en 200 jours plus de 5 millions d'hommes, de femmes et d'enfants, de soldats et de civils.  Ce semestre d'une densité extrême, le plus létal de la Seconde Guerre mondiale, méritait sa fresque. C'est à la brosser que se sont attachés Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, passant du Kremlin au QG du Führer, des états-majors des Fronts à ceux des groupes d'armées, du NKVD aux Einsatzgruppen, des unités en marche aux usines et aux fosses d'exécution. Une somme unique et exceptionnelle. Prix du Guesclin 2019  

  • Et si Napoléon ne devait pas seulement sa gloire à ses conquêtes, mais à son extraordinaire bravoure face aux dangers ? David Chanteranne nous raconte ces douze moments méconnus, où le plus célèbre des empereurs s'est imposé en héros immortel face à ses contemporains en échappant de peu à la mort : une épidémie de peste qui décime son armée en Égypte en 1799 ; un attentat à la bombe dans les rues de Paris, la veille de Noël, en 1800 ; une balle perdue qui l'atteint lors de la bataille de Ratis-bonne en 1809 ; un homme qui voulait le poignarder à Vienne la même année ; un suicide manqué au château de Fontainebleau en 1814 ; ou encore son miraculeux sauvetage par les soldats de sa garde à la bataille de Waterloo en 1815. À la faveur de ces spectaculaires mises en abîme, ce livre revisite, autour de Sainte-Hélène et sous une forme totalement inédite, l'existence d'un des plus grands héros du XIXe siècle et de la France.  

  • L'Antiquité reste-elle d'actualité ? C'est la question à laquelle un de ses plus éminents spécialistes répond dans ce livre. En une succession de courts chapitres, il montre la proximité entre les civilisations grecque et romaine et la nôtre. À bien des égards, nos problèmes les plus contemporains furent également les leurs. Brexit, enseignants mal payés, déserts médicaux, sport business, technocratie, manifestations de rue : ce qui nous apparaît comme « l'enfer » de la modernité n'est qu'une forme de répétition de l'Antiquité classique. Ainsi découvrira-t-on que Donald Trump n'est pas l'inventeur des fake news, mais que l'Athénien Thémistocle ou Philippe II de Macédoine y ont eu recours bien avant lui, en dignes héritiers d'Ulysse ; qu'avant Notre-Dame, un autre lieu de culte illustre, le temple d'Apollon à Delphes, périt dans les flammes et provoqua un émoi international ; Delphes où bien avant l'ONU, une instance supranationale siégeait, l'Amphictionie. À travers ces exemples riches en anecdotes, curiosités et révélations, François Lefèvre fait revivre d'une plume alerte le monde antique et nous invite à réfléchir sur le nôtre, tant il est vrai que le passé, fût-il aussi reculé, éclaire le présent.

  • Pour les historiens arabes les plus lucides, ce que nous appelons les croisades entre dans le récit plus vaste de l'effondrement de l'Empire islamique, la grande offensive des «?Francs?» en Méditerranée constituant l'une des deux mâchoires de la tenaille qui prend en étau l'Islam aux XIIe-XIIIe siècles. L'autre mâchoire, de loin la plus redoutée, se resserre à l'est avec les invasions mongoles.

    L'Empire islamique est ainsi le lieu où se confrontent trois constructions impériales?; à l'est l'histoire chinoise domine pour un petit siècle, le coeur de l'Empire mongol se trouvant à Pékin. À l'ouest, Saint Louis s'impose comme le fondateur de l'Empire franc, dont le centre est à Rome, après la vague des guerriers fondateurs que sont Godefroy de Bouillon, Baudouin, Amaury ou Roger de Sicile.

    C'est donc à un décentrement du monde que nous invite Gabriel Martinez-Gros. À travers une réflexion profondément originale, nourrie de ses précé-dents travaux sur la question impériale, l'histoire de l'Islam et la pensée historique arabe, l'auteur propose une fascinante nouvelle lecture des croisades, de l'Empire islamique et de la puissance mongole.

  • Louis XIV domine son époque. Sur le plan international, il étend les frontières du royaume, établit des colonies en Amérique, en Afrique et en Inde, et contribue à faire de son petit-fils le roi d'Espagne. Il est l'un des plus grands mécènes de l'histoire européenne - Molière, Racine, Lully, Le Brun, le Nôtre travaillent pour lui, Versailles et ses satellites à Marly sont jalousés. Partout Louis encourage la danse, la chasse, la musique, la conversation, en particulier avec les femmes, dont le pouvoir est l'un des thèmes les plus originaux de ce livre. Obsédé par les détails du gouvernement, Louis XIV fut un roi politique, même si ses choix de ministres et généraux se sont avérés désastreux, notamment après la mort du très compétent Colbert. C'est de cette figure hypnotique bien qu'imparfaite, incarnation idéale du grand monarque, que Philip Mansel brosse le portrait, en s'appuyant sur les toutes dernières recherches tant en France qu'en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il porte une attention particulière à la culture de cour et à la politique étrangère du roi, réintroduisant dans l'histoire européenne puis mondiale un roi de France aux prétentions universelles.

  • Le 22 mai 2020, deux statues martiniquaises de Victor Schoelcher furent brisées. Mais le bruit provoqué par ces destructions fut vite couvert par le fracas médiatique suscité par la mort de l'Afro-Américain George Floyd tué à Minneapolis, par la police, le 25 mai. Les images de son agonie agirent comme un catalyseur et déchaînèrent dans le monde des actes iconoclastes contre les statues glorifiant de « grands hommes » blancs, dont l'action est condamnée à divers titres (esclavagisme, colonialisme, racisme). Comme d'autres pays, la France, où tout avait donc commencé un peu plus tôt, fut touchée. Pour mieux comprendre la réalité et les enjeux du débat, et après avoir rendu compte de la situation sur plusieurs continents, Jacqueline Lalouette étudie le cas de la France ultramarine et continentale, où diverses statues liées à l'histoire de l'esclavage et de la colonisation furent contestées, vandalisées et, pour certaines, détruites. L'auteur s'interroge ensuite sur les solutions préconisées, de leur retrait à la réalisation de statues de nouveaux héros. Elle donne au final les clés de compréhension de ce débat passionné, en lui-même révélateur des oppositions mé-morielles, parfois violentes, qui traversent la France.  

  • Le 22 septembre 1822, quatre sergents sont guillotinés à Paris. Trois d'entre eux avaient appartenu à la Grande Armée de Napoléon. Déçus par la monarchie restaurée de Louis XVIII, ils s'étaient laissé séduire par un projet d'insurrection fomentée par la Charbonnerie, société secrète où on retrouve des libéraux, et à la tête de laquelle est le célèbre général La Fayette. Découverte à La Rochelle en mars 1822, la conspiration donne lieu à un procès auquel échappent les chefs de file. Seuls sont condamnés des seconds couteaux. Les royalistes ultras désormais à la tête du pays ont voulu faire un exemple. L'indignation est générale. Pendant un siècle et demi, du jour de l'exécution à la Seconde Guerre mondiale, le martyr des quatre sergents de La Rochelle sera répété, raconté, révéré, employé comme un argument définitif contre une monarchie abusive, par les bonapartistes, bien sûr, mais aussi par les républicains de toutes les sortes. Jacques-Olivier Boudon dévoile non seulement les coulisses d'un des plus fameux complots du XIXe siècle, mais aussi celui d'un mythe fédérateur des oppositions au roi, au pouvoir arbitraire, à l'oppression, trente ans à peine après la Révolution française et la prise de la Bastille.

  • Si elle est intensément ancrée dans la mémoire collective des Français, la prise de la Bastille ne fut que la première d'une série de « journées » au cours desquelles le peuple parisien en armes fit basculer les régimes, les hommes et les hiérarchies, imposant sa volonté par la force. De l'invasion du château de Versailles en octobre 1789 à celle du palais des Tuileries en mai 1795, en passant par le renversement de la monarchie et la proscription des Girondins, ces épisodes majeurs au déroulement similaire - rassemblement puis marche des émeutiers, réaction des autorités, attitude des troupes, invasion des lieux de pouvoir, combats, massacres - rythment la grande épopée révolutionnaire pendant près de six ans. Au coeur de la Révolution française elle-même, ils sont en outre la matrice de bien des épisodes insurrectionnels de l'histoire mondiale. Délaissant une lecture strictement chronologique des événements pour adopter une démarche résolument comparative, à travers une narration remarquablement incarnée, Antoine Boulant met ainsi à jour le mécanisme des journées révolutionnaires et nous en offre une vision profondément originale.

  • Révolution et religions ; le peuple français reconnait l'être suprême et l'immortalité de l'âme Nouv.

    La décennie révolutionnaire fut le théâtre d'un conflit politico-religieux passionné dont l'histoire ne retint souvent que les outrances, celles de prêtres pourchassés, d'églises vandalisées et d'un catholicisme malmené et banni. S'il n'a pas lieu de le nier, la question religieuse pendant la Révolution est néanmoins trop ambiguë pour amalgamer antireligion et anticléricalisme. Un gouffre opposa en réalité le fanatisme de quelques-uns de ceux qui dénonçaient les conséquences néfastes de l'intrusion du clergé aussi bien dans le domaine public que privé. Reste qu'en s'attaquant de front à l'Église catholique de France pour la mettre au pas, les révolutionnaires ont froissé une partie de la société en ne prenant pas le poids de l'attachement populaire à l'institution et à ses hommes. Leur volonté de contrer l'influence et la puissance cléricales déboucha sur une crise d'une ampleur rare dont Christine Le Bozec livre, en historienne, les tenants et les aboutissants.  

  • Voici une histoire totale et inédite des instants où le monde manqua être détruit par la bombe atomique. Des explosions nucléaires au Japon en 1945 à la récente escalade entre l'Iran et les États-Unis, en passant par la crise du détroit de Formose entre Taïwan et la Chine populaire (1954), Dien Bien Phu (1954), celle des missiles du Cuba (1962) ou encore la guerre du Kippour (1973), Jean-Marc Le Page dévoile les coulisses des moments où l'humanité retint son souffle. Au cours de cette enquête sans précédent, on croise les principaux dirigeants des soixante-dix dernières années - Truman, Staline, Mao ou encore de Gaulle - mais aussi des femmes et hommes des services secrets, James Bond méconnus et géniaux qui ont parfois permis d'éviter le pire. Odyssée glaçante et fascinante, ce livre est aussi une contribution sur les doctrines nucléaires, lesquelles éclairent de façon décisive les tournants de l'histoire de la seconde moitié du XXe siècle.  

  • Au-delà des polémiques, que sait-on vraiment de l'assimilation et de son histoire ? La pratique qui consiste à exiger de l'étranger qu'il devienne un semblable remonte à l'Antiquité, et n'est le privilège ni d'un pays, ni d'une époque. Aucun ouvrage n'avait jusqu'ici proposé une histoire globale de l'assimilation. L'ambition de cette entreprise inédite est de donner un panorama des pratiques d'assimilation à travers l'histoire, de l'Antiquité à nos jours, de l'Europe à l'Amérique, du Japon à l'Arabie, des grands empires aux pays d'immigration. Un fait se dégage : même si elle se révèle parfois contraignante, l'assimilation est toujours associée à l'universalisme, tandis que le refus de l'assimilation a souvent partie liée avec le racisme ou la xénophobie. Loin d'être synonyme de repli sur soi, l'assimilation se révèle historiquement le propre des sociétés ouvertes. En creux, ce sont les problématiques de notre époque, marquée par les crises migratoires et la mondialisation, que ce livre cherche à éclairer, en abordant les problématiques de l'étranger et de l'immigration sous un nouveau jour. Faut-il chercher à rendre nos sociétés diverses plus homogènes ? Quel type de culture, quel rapport à nous-mêmes et à autrui voulons-nous ? Bref : à Rome, doit-on encore demander de faire comme les Romains ?    

  • Le monde des mythes révèle une pensée intimement articulée au quotidien. Omniprésents à Athènes, ils surgissent dans tous les espaces du paysage grec pour construire le passé comme le présent politique. Grâce à la mythologie, les Athéniens s'ancrent et se réinventent en permanence. Au banquet, les vases à boire circulent entre les buveurs, entrainant une cohorte d'images qui voyage de main en main. Sur les décrets de l'Assemblée du peuple, c'est Athéna qui, en image, fait écho au texte des hommes. Sur la porte de la maison, le père accroche, à la naissance de son fils, une couronne d'olivier, qui inscrit le nouveau-né dans la communauté de ses frères athéniens. Au théâtre et au tribunal, les mythes dramatisent la condition humaine face aux citoyens assemblés. Quant aux pièces de monnaie athéniennes, frappées de l'effigie d'Athéna et de ses symboles, elles véhiculent parfaitement combien il est difficile de tracer une frontière entre mythe et politique. C'est tout le propos de l'auteur, qui a choisi de retracer une histoire d'Athènes entre mythe et politique, en racontant les discours et les images qui contribuent à façonner les grands enjeux de la cité.  

  • Les élites sont aujourd'hui rendues responsables de tout. En a-t-il toujours été ainsi ? Dans ce livre à l'approche inédite, Éric Anceau retrace, de 1720 à 2020, la grande histoire des élites françaises, de la crise de l'Ancien Régime au drame sanitaire de la Covid 19, en passant par la Révolution, la tentative napoléonienne de fusion de la France monarchique et de la France républicaine, les révolutions de 1830 et 1848, l'effondrement du régime de Napoléon III, l'Affaire Dreyfus, la montée des extrêmes dans les années 1930, la Deuxième Guerre mondiale, la refondation gaullienne et, enfin, les tensions sociales des trois dernières décennies. Fresque extraordinaire de l'histoire de France, cet ouvrage est en outre une réflexion magistrale sur la na-ture de la relation entre les élites et le peuple, laquelle a toujours été frappée, selon l'auteur, du sceau de la défiance.  

  • Au début du XVIe siècle, quatre jeunes princes hors du commun montent sur les principaux trônes d'Europe. Henri VIII en Angleterre ; François Ier en France ; Charles Quint en Espagne puis dans l'Empire ; Soliman le Magnifique dans l'Empire ottoman. Ces quatre lions vont dominer la scène européenne pendant un demi-siècle. Or lorsque l'on regarde de plus près le quotidien des affaires de ces empires et de ces royaumes, c'est toute une meute de conseillers qui apparaît, pas moins féroce que le chef du clan, tant il est vrai que le jeu politique est sans doute l'un des plus violents qui existe, aujourd'hui, comme jadis. Dans le monde ultra-concurrentiel des entourages princiers, un monde rendu incertain par le règne de la faveur et désirable par les opportunités qu'il propose, ce sont l'honneur, le pouvoir, la richesse et la place dans la société qui sont en jeu. C'est donc à entrer dans la cour des lions que ce livre invite, dans ce monde des cours de la Renaissance où tous les coups sont permis, où des ascen-sions à proprement parler extraordinaires côtoient des disgrâces non moins éclatantes.

  • Ce livre retrace, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nombre de mutations d'ordre politique, stratégique, psychologique et démographique dont l'actualité ne peut rendre compte, à commencer par la transformation de la guérilla en guerre révolutionnaire ou la naissance d'un tiers-mondisme pulvérisant le mythe de la supériorité raciale. Dans le même temps, l'Union soviétique dépérissait devant les avancées américaines, tandis que l'Europe restait divisée sur le plan politique et impuissante sur le plan militaire. Ainsi, depuis la guerre américaine menée au Vietnam, l'auteur de ce livre n'a, pour l'essentiel, assisté qu'à une série de reculs occidentaux, ponctués par nombre d'échecs de tentatives révolutionnaires mal pensées et de guérillas mal organisées, dont il porte ici témoignage. Pour mieux comprendre cette séquence historique passionnante, matrice du XXIe siècle, Gérard Chaliand offre 50 ans d'expériences de terrain et de réflexions académiques, à travers des textes originaux et d'autres plus anciens, mais ici rassemblés dans une perspective de longue durée. « Gérard Chaliand jette un regard lucide et décapant sur les interventions militaires occidentales », Hubert Védrine.  

  • À l'automne 1600, Tokugawa Ieyasu, l'un des plus fascinants personnages de l'histoire du Japon, sort vainqueur de la plus grande bataille de samouraïs jamais livrée. L'enjeu est de taille puisqu'il ne s'agit rien moins que de l'empire tout entier, enfin pacifié. Le suzerain de la maison Tokugawa sera le troisième des Unificateurs du pays. Avant de parvenir à engranger les dividendes de la paix, il aura pourtant fallu tout risquer une ultime fois sur le tapis vert des rizières de Sekigahara, mince vallée sise en plein coeur de l'archipel. La suprême querelle se vide au matin du 21 octobre 1600, mettant aux prises les meilleurs capitaines et les plus vaillants champions de leur temps. Épreuve du gigantisme, près de 170 000 combattants s'y sont taillés en pièces, laissant 30 000 d'entre eux sur le carreau. Il faudra attendre l'épopée napoléonienne, deux siècles plus tard, pour voir se lever des effectifs similaires sous nos latitudes. À la charnière de deux siècles que tout oppose, Sekigahara bruit également du chant du cygne qu'entonnent malgré eux les guerriers de jadis. A l'issu de la bataille, le temps des seigneurs de guerre, des samouraïs et des citadelles est révolu. 

  • Le 28 septembre 1865, le steamer l'Etna arrive en baie de New York en provenance de Liverpool. Débarque au Pier 44 un jeune médecin français de vingt-quatre ans, Georges Clemenceau, sans objectif précis. Il restera finalement aux Etats-Unis quatre années, durant lesquelles il est « notre correspondant aux Etats Unis », pour le journal Le Temps. Les 100 articles que publie alors Clemenceau ont été jugés si remarquables par les Américains qu'ils sont, en 1928, pour soixante-quatorze d'entre eux, traduits en anglais et publiés. American Reconstruction 1865-1870 and the impeachment of President Johnson devient immédiatement une référence et le reste jusque aujourd'hui. Tirés des archives pour la première fois, ces 100 articles de Clemenceau sont rassemblés et mis à la disposition des lecteurs, en français - leur langue d'origine - et dans leur entièreté. Ils sont introduits par Bruce Ackerman et présentés par Patrick Weil et Thomas Macé et montrent qu'en se confrontant à la démocratie et à la politique américaine Clemenceau pensa une politique qui eut un grand impact sur le cours de la démocratie en France.

  • Tout bougeait au xvie siècle : les institutions les plus anciennes vacillaient, les royaumes se disloquaient, l'Église explosait. Dans cet univers chaotique des guerres de Religion, les apparences trompeuses, les mensonges et les ruses furent souvent nécessaires à la survie. Pour mieux le comprendre, cet ouvrage propose une plongée dans les tensions qui marquèrent la noblesse française dans le second xvie siècle. Il examine ainsi, à travers les portraits d'hommes et des femmes de pouvoir - Guy de Lanssac, les Guise, Mme de Montpensier, Anne de Joyeuse, etc. - les différentes formes de contestation de la légitimité politique et d'Henri III. L'auteur retrace ainsi les étapes de la construction des principales forces d'opposition à l'autorité du monarque, qu'il s'agisse de la nébuleuse constituée autour du duc d'Anjou ou des associations catholiques radicalement opposées à l'idée qu'un hérétique puisse prétendre à la couronne. À l'issue de ce parcours, c'est bien le fascinant portrait kaléidoscopique d'un royaume que dessine Nicolas Le Roux.

  • En 1808, Napoléon ordonne la construction du palais d'Orsay pour accueillir son ministère des Relations extérieures. Dès le début du chantier, les problèmes commencent : terrain marécageux, budget englouti par les guerres, etc. À la chute de l'Empire, en 1814, les murs ne s'élèvent que de quelques mètres. Délaissé sous la Restauration, l'édifice est sauvé, trente ans après la pose de la première pierre, par Louis-Philippe. En mai 1871, il est victime des incendies de la Commune. Le monument résiste aux flammes et sa restauration paraît possible, mais les tergiversations de la IIIe République le condamnent à des décennies de ruines. En 1898, il devient une gare bientôt baptisée « Orsay », ancêtre du musée que nous visitons aujourd'hui. Hélène Lewandowski peint à fresque la toute première histoire de ce symbole d'un temps où la démesure rimait avec modernité. Elle montre que le palais d'Orsay est l'objet d'admirations de grands écrivains, Victor Hugo, Emile Zola ou encore Théophile Gautier ; mais est aussi l'objet des rêves de Napoléon Bonaparte, des ambitions de Louis-Philippe, des atermoiements de la IIIe République et se confond finalement avec l'histoire du XIXe siècle.

  • Cet essai en quatre actes s'ouvre sur un dialogue entre Achille (la force) et Ulysse (la ruse) en présence d'un Hector (l'humilité) venu en observateur les voir s'invectiver sur les ambivalences de la victoire du Néolithique à nos jours. Que signifie « gagner une guerre » dans l'histoire ? A quand remonte justement la dernière guerre victorieuse ? Les Vietnamiens contre la France et les Etats-Unis entre 1946 et 1975 ? La guerre de l'OTAN contre le Kosovo en 1999 ou encore l'intervention de la France au Mali en 2013 ? En second lieu, Hector et Achille écoutent le stratège Ulysse leur expliquer où se situe la notion de victoire sur la matrice guerre-paix et négociations-conflictualités. Dans un troisième temps, Hector et Ulysse se tournent vers le guerrier Achille, qui revisite nos trois dernières décennies d'hubris et s'explique sur ces impossibles victoires lors des guerres onusiennes ou des interventions humanitaires souvent ratées. Enfin, dernier acte de cet échange, Hector s'adresse pour la première fois à Achille et à Ulysse pour leur démontrer que la plus efficace des manières de « gagner une guerre aujourd'hui » consiste d'abord à renoncer à la puissance et à la ruse ; ensuite à endosser l'éthique d'humilité. Un livre ambitieux au propos fondamentalement original, extrêmement fécond, et appelé à devenir un incontournable des études sur la guerre et la paix. 

  • Wagner est célébré pour le génie de sa musique. Le Festival de Bayreuth est de renommée mondiale et réunit chaque année toujours autant de mélomanes. Ce que l'on refuse pourtant souvent d'analyser, à propos de l'auteur de L'Anneau du Nibelung, ce sont ses textes et essais polémiques et profondément antisémites. Or cette oeuvre en prose est considérable : pas moins de dix volumes de textes esthétiques ou philosophiques et politiques, que Wagner lui-même a pris soin de rassembler dans ses OEuvres complètes.

    La force du propos de Fanny Chassain-Pichon est de montrer l'influence du compositeur sur l'idéologie nazie et, plus précisément, sur la personne d'Adolf Hitler. En croisant les parcours de deux hommes au coeur de l'histoire allemande, elle analyse les profonds liens entre Hitler et la vie et l'oeuvre de Wagner. Ce livre se place donc dans le sillage des analyses selon lesquelles l'histoire allemande a pris « un chemin particulier » entre 1850 et 1950, au sein de la modernité occidentale : être Allemand impliquait de défendre la Kultur, fondée sur l'inégalité entre les hommes et le culte des valeurs terriennes ancestrales. Wagner et Hitler en furent des acteurs essentiels.

  • La 13e division SS Handschar, créée en 1943, est une troupe musulmane originaire de Bosnie-Herzégovine. Recrutée par les Allemands, elle regroupe des Bosniaques chargés de lutter contre les partisans yougoslaves. Une fois entraînés sur le territoire français, ces combattants sont déployés dans les campagnes de Bosnie et contribuent aux plus grandes violences et exactions perpétrées contres les populations civiles durant la Seconde Guerre mondiale.

    Pour la première fois, un ouvrage va au-delà des clichés qui président à l'histoire de cette division. Xavier Bougarel, grand connaisseur des archives locales, s'intéresse aux motifs réels de la création de cette division SS, au profil et aux motivations de ses combattants, à la vie religieuse en son sein, aux formes de son engagement contre les partisans de Tito, et aux raisons de sa dislocation finale. Ce faisant, il propose aussi une nouvelle lecture de la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans, marquée par l'importance des enjeux matériels, la multiplicité des stratégies individuelles de survie, et les changements incessants d'alliance et d'allégeance politiques et militaires.

  • L'histoire de france de napoleon Nouv.

    Dans son testament dicté à Sainte-Hélène, Napoléon met la dernière touche à la geste impériale en commandant à Édouard Bignon, un de ses diplomates les plus fidèles, le récit de son règne. Dès 1829-1830 paraissent les six premiers tomes d'une Histoire de France qui en compte quatorze et se clôt en 1850. Première histoire diplomatique du Consulat et de l'Empire, l'Histoire de France propose une réflexion inédite sur les années 1799-1815. Loin de l'habituelle énumération des batailles et traités, elle place la conduite des affaires étrangères au coeur du système napoléonien et démontre, avec brio, que l'absence d'une paix solide a coûté son trône à Napoléon.   Jusqu'ici indisponible, voici l'anthologie inédite d'une Histoire de France voulue par Napoléon, indispensable pour comprendre non seulement son règne, mais encore les bouleversements diplomatiques de l'Europe au début du XIXe siècle.     

  •  Il est courant d'affirmer qu'au XVIIIe siècle, les femmes étaient libres, pour ne pas dire libérées. Puis d'ajouter dans la foulée que la Révolution française les a privées de leurs droits. Pour illustrer ce propos, les protagonistes de cette représentation utilisent à l'envi l'argument des femmes tenant Salon. Au-delà de la question de la représentativité de ces salonnières, il y a là le souhait de discréditer les années révolutionnaires. 

    Toutefois, il ne suffit pas de se cantonner dans l'impressionnisme d'une telle hypothèse. Christine Le Bozec procède donc à un état des lieux de la condition féminine à l'époque des Lumières, avant d'envisager leur implication et leur rôle au cours de la Révolution française, puis de conclure sur l'Empire et la Restauration. Ses conclusions sont novatrices : le seul moment où le groupe femme (et non de rares individus) a réellement pris la parole, s'est fait écouter en investissant l'espace public, furent les années 1789-1795 ; années de conquête de droits chèrement et âprement acquis, puis difficilement conservés, avant que Bonaparte ne commence à les rogner et que la Restauration ne les supprime.

empty