Littérature générale

  • Où va l'autobiographie ? Alors qu'elle évolue entre les genres, entre les cultures et les langues, ainsi qu'entre les nouveaux moyens de capter et d'archiver la vie, on remarque qu'elle constitue plus que jamais un lieu d'expérimentation et d'innovation pour les auteurs d'expression française. Cet ouvrage se propose dès lors d'examiner plusieurs des formes d'écriture de soi qui ont marqué ces dernières décennies. Parcourir des oeuvres d'auteurs et de cinéastes reconnus avec des spécialistes de l'autobiographie, c'est se donner une chance de saisir certaines évolutions et de mesurer la vitalité d'un genre pour lequel l'intérêt critique et populaire n'a fait que croître depuis les premiers travaux de Philippe Lejeune (qui signe l'arrière-propos de ce volume) dans les années 1970. On trouvera ici des contributions de chercheurs qui répondent au commun désir de développer de nouveaux cadres théoriques permettant d'apprécier à sa juste valeur la remarquable diversité de la production autobiographique contemporaine.

  • Au printemps 1930 Henri de Régnier visita l'Espagne pour la première fois, plus particulièrement Madrid, Tolède, Avila, L'Escurial, Burgos. Cette même année, entre la mi-octobre et la mi-novembre, un deuxième voyage allait suivre : l'écrivain parcourut cette fois-ci la Catalogne et Majorque. Un troisième tour dans la péninsule, à l'automne 1932, mettait fin au périple espagnol de l'auteur : de Barcelone il descendit jusqu'en Andalousie pour s'arrêter à nouveau à Madrid avant de rejoindre Paris.
    Sous le titre général En Espagne les récits de ces voyages furent publiés par la Revue des Deux Mondes (quatre livraisons entre novembre 1933 et octobre 1935). Nous présentons aujourd'hui au public un voyage qui n'a jamais été publié en livre et dont le dernier chapitre, « Tarragone - Saragosse - Valence », conservé parmi les papiers de Mme Tremblot-Bougeneaux, qui aurait accompagné l'écrivain au cours de ces voyages, est inédit.
    Ces pages découvrent aux lecteurs un voyageur raffiné qui savait jouir de chaque moment du voyage, un grand amateur d'antiquités et d'art particulièrement épris du Gréco, un écrivain toujours en quête du mot juste, d'un lyrisme simple et sans artifice.

  • Nés et morts pratiquement en même temps, René Daumal (1908-1944) et Daniil Harms (1905-1942) ont vécu simultanément les mêmes moments-clés dans leurs cheminements artistiques et philosophiques. Cet ouvrage évalue des oeuvres de ces deux écrivains si éloignés géographiquement, cadets de deux grands mouvements modernistes du XXe siècle (le surréalisme français et le futurisme russe) et démontre l'évolution organique de l'avant-garde européenne dans les années 1920-1930. En s'appuyant sur une lecture critique de l'image courante d'une avant-garde libératrice, révolutionnaire et athée dans son culte du progrès, l'auteur met en lumière l'existence de cette autre avant-garde, métaphysique et même religieuse, anti-révolutionnaire dans sa résistance au progrès, et finalement, dans un sens plus large, « antimoderne ». La poésie métaphysique, la vision du monde contemporain comme un « contre-monde », le sens de l'absurde et les projets sotériologiques, c'est là l'ensemble des questions abordées dans cet ouvrage. Il met en évidence cette face cachée de l'avant-garde telle que l'expriment ces deux écrivains dans leurs oeuvres respectives, qui continuent aujourd'hui à susciter l'intérêt de leur lointaine postérité au-delà de tous les pessimismes et optimismes du XXe siècle.

  • Ce recueil d'études, ce Festschrift, fête l'oeuvre de Béatrice Bonhomme et en même temps en fait l'analyse critique. Depuis vingt ans Bonhomme nourrit la poésie française de sa contribution d'écrivain, de professeur de lettres à Nice et d'éditrice de la revue Nu(e) où elle accueille les meilleurs poètes de notre temps. Cet ouvrage reflète entre autres les rapports et les correspondances qui relient son travail à celui d'autres artistes, autant visuels que poétiques. Il s'emploie à saisir la créativité multiple du poète architecte et archéologue de la parole et à exalter ce qui, dans son verbe, évoque la fouille et la fresque, le chant orphique et la toile abstraite, la cisaille et la musique syncopée. Il présente un modèle détaillé de la théorie poétique actuelle comme elle s'élabore dans l'oeuvre de Bonhomme. Chaque chapitre cible un des thèmes dominants de son oeuvre poétique. Tout en se servant d'approches diverses, leur trait d'union et point culminant est leur appréciation d'une écriture personnelle et courageuse, traitant sans arrière pensée de l'amour et de l'enfance, des mots et de la mort.

  • Ce livre se consacre à l'oeuvre de Marie-Claire Bancquart, poète, romancière, essayiste et critique. Habiter le monde en conscience, en y effleurant des joies, en y devinant des survies dans l'immanence, sans rien ignorer de ses violences, habiter « avec la mort, quartier d'orange entre les dents », telle est la tâche que se fixe Bancquart dans sa poésie. « Braille du vivant », la langue du poème doit permettre, avec simplicité, exigence, tendresse, d'interroger l'énigme des choses, entre présence et fragilité, parole et suspens. De la révolte des premiers recueils à la sérénité inquiète des plus récents, l'oeuvre accomplit un parcours poétique et existentiel dont les amis, poètes et chercheurs réunis à Cerisy-la-Salle pour le colloque international de septembre 2011 ont voulu montrer la singularité. Ces présentations sont réunies dans ce volume, qui est à ce jour le plus important ensemble critique consacré à l'oeuvre poétique de Bancquart.

  • Ce volume examine les différents aspects de la notion de coeur afin de mieux définir ce concept auquel il est souvent fait allusion dans différents contextes sans qu'il soit pour autant rigoureusement défini. Sans ignorer la métaphore traditionnelle de l'amour et des sentiments qu'est le coeur, les différents chapitres qui composent le volume s'intéressent également aux descriptions anatomiques du coeur ainsi qu'aux différentes manifestations de ce concept, que ce soit en tant qu'organe de vérité, source de conscience ou de vie, noyau de la structure narrative, foyer d'une intertextualité ou, encore, moment clé d'un élan créatif ou réflectif. Utilisant des approches variées, les auteurs du volume analysent la manière dont le coeur a imprégné l'imaginaire littéraire et intellectuel au cours des siècles. Couvrant des oeuvres d'époques et de natures différentes, les chapitres font référence à des mouvements aussi divers que la romance arthurienne, l'art postmoderne, les libertins de l'époque des Lumières ou bien encore la philosophie du XIXe siècle. En s'appuyant sur différentes manifestations du concept de coeur en littérature, mais aussi dans les arts plastiques, en philosophie, en histoire et en linguistique, c'est en définitive la dynamique structurelle ainsi que le processus de création même de ces oeuvres que ce volume met en lumière et cherche à sonder.

  • La réflexion de Maurice Merleau-Ponty sur le phénomène littéraire et l'oeuvre d'art a révélé de grandes potentialités pour leur interprétation. La parole muette, la corrélation des gestes du corps et des actes de conscience, la facticité des impressions dans la représentation du visuel sont des voies ouvertes à une nouvelle approche de lecture. La phénoménologie permet de saisir ces éléments dans les textes littéraires et dans un dialogue avec les autres arts. Il manquait à la théorie critique un ouvrage d'abord simple sur la valeur littéraire dans la pensée de Merleau-Ponty, qui puise dans son ontologie les outils conceptuels pour approfondir le débat du discours artistique et de l'existence. Avec un choix éclectique d'écrivains, cet ouvrage propose plusieurs avenues possibles à l'examen d'une critique phénoménologique. Huit études d'auteurs divers, de Flaubert à Malika Mokeddem, en passant par Proust et Michel Tournier, procurent de multiples résonances internes à travers les quatre grands thèmes du corps, de l'acte existentiel, de l'usage langagier de création, et des relations de l'écriture à la photographie et au cinéma.

  • Ce livre présente les trois premières sessions du projet de l'Institut international des Hautes études de Kyôto (IIAS) « Réception et créativité - Le cas de Stendhal dans la littérature japonaise moderne et contemporaine ». Visant à élucider les rapports entre la création et la réception, cette recherche réunit des spécialistes de littératures française, japonaise, générale et comparée, de philosophie, d'esthétique, ainsi que des traducteurs, éditeurs, critiques, auteurs et autres créateurs de l'art. Partant de la théorie de l'effet de vie (Marc-Mathieu Münch), elle considère le phénomène littéraire du point de vue anthropologique. C'est donc au prisme d'une double lumière, culturelle et anthropologique, que ce livre examine les rapports entre Stendhal et ses lecteurs japonais, eux-mêmes auteurs de littérature, critiques ou traducteurs.

  • Le volume constitue les actes d'une journée d'étude organisée en 2011 à l'université de Paris-Sorbonne en hommage à Sergio Cigada (1933-2010). Suivant sa méthode analytique, qui est une véritable redéfinition en acte de la philologie, après les deux textes introductifs dus à Joëlle Gardes Tamine et à Marisa Verna, les auteurs des contributions s'intéressent aux questions « linguistiques », au sens large, issues du texte littéraire. Ils ont fouillé de préférence le corpus de prédilection de Sergio Cigada : Charles Baudelaire, Rimbaud et les auteurs du Symbolisme (Jean Lorrain). Mais, en témoignage d'une méthode fructueuse, qui du détail s'ouvre à une perspective plus vaste, la poésie du XXe siècle est loin d'être négligée (Saint-John Perse). La critique littéraire ici proposée est donc fondée sur des faits de langue : une herméneutique ouverte, qui nécessite de la collaboration entre linguistique et littérature.

  • Ce volume réunit des travaux axés prioritairement sur le français innovant sous toutes ses formes, dans tous les styles communicatifs et dans toutes ses variétés diatopiques. La thématique de la variation et du changement en langue est appréhendée à travers des approches théoriques dans l'interface sémantique - lexique - syntaxe. Ces dernières sont mises à profit pour aider à éclairer, sous un angle parfois inédit, divers aspects du diasystème français.

  • Comment reconnaître le poète en Georges Bataille - à côté de l'écrivain et du penseur? A partir d'une lecture détaillée de L'Impossible, ce livre met peu à peu en lumière la relation paradoxale qui s'établit dans le mouvement de l'écriture entre le langage, l'expérience et le monde. Cette approche favorise les confrontations en sciences humaines et en même temps, elle éclaire le sens de la haine de la poésie qui excède les limites de la littérature et de la philosophie. Par leur exploration du mode de référence propre à l'énonciation, ces analyses permettent aussi de questionner la place du lecteur et les enjeux de la critique du discours. On peut voir les thèmes-clés de la pensée de Bataille (souveraineté, transgression, sacré...) ordonner leur cohérence profonde autour du réel impossible, depuis l'oeuvre de la mort dans le texte. D'une poétique nouvelle, cette écriture augure une éthique à venir.

  • Georges Hérelle (Pougy-sur-Aube, 1848-Bayonne, 1935) a contribué par ses traductions à la diffusion en France des oeuvres de Matilde Serao, Antonio Fogazzaro, Grazia Deledda, Vicente Blasco Ibáñez, et surtout de Gabriele d'Annunzio, dont il a traduit presque tous les romans, les pièces, les nouvelles et les poèmes. Hérelle a été critique et biographe de d'Annunzio qu'il considérait non seulement « le plus grand écrivain de son temps », mais aussi un personnage à la fois singulier et de génie. Le riche manuscrit inédit intitulé D'Annunzio ou théorie et pratique de la surhumanité (conservé dans la Médiathèque du Grand Troyes), publié pour la première fois dans ce volume, est le résultat d'une minutieuse activité de recherche sur l'homme et sur l'écrivain d'Annunzio. Georges Hérelle (Pougy-sur-Aube, 1848-Bayonne, 1935) fece conoscere in Francia, con le sue traduzioni, autori come Matilde Serao, Antonio Fogazzaro, Grazia Deledda, Vicente Blasco Ibáñez, e soprattutto Gabriele d'Annunzio, di cui tradusse quasi tutti i romanzi, opere teatrali, racconti e poesie. Convinto che d'Annunzio fosse non solo «le plus grand écrivain de son temps», ma anche un personaggio non comune per genialità e modi di vita, Hérelle si interessò altresì a lui come critico e biografo. Frutto di questa intensa attività di indagine sull'uomo e lo scrittore d'Annunzio è il corposo manoscritto inedito intitolato D'Annunzio ou théorie et pratique de la surhumanité (conservato presso la Médiathèque du Grand Troyes), che per la prima volta si affida ora alle stampe in questo volume.

  • Après la Seconde Guerre mondiale, c'est par le roman que nombre de Français choisirent de penser un conflit qui, bien que moins sanglant que la Première Guerre mondiale d'un point de vue strictement français, se révéla bien plus destructeur en termes de valeurs. Parmi les très nombreux romans abordant ce sujet dans l'immédiat après-guerre, plusieurs d'entre eux se distinguent par un immense succès public et critique, démontrant par là-même qu'ils répondaient à une certaine attente de leurs contemporains. Ce sont ces best-sellers, écrits par Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Romain Gary, Jean-Louis Bory et Jean-Louis Curtis, qui forment le socle de cette étude pluridisciplinaire se situant au croisement de l'histoire culturelle, de la narratologie et de la poétique. De bords politiques divers, ces romanciers ont tous refusé la collaboration et participé, de près ou de loin, tardivement ou non, à la Résistance. Les Allemands, les ennemis d'hier, sont évidemment omniprésents dans ces textes. Pourtant, les notions d'identité et d'altérité étant étroitement liées (puisque c'est bien l'Autre, par ses différences, qui révèle l'identité d'un individu ou d'un groupe), il s'agira moins dans cette étude de rendre compte d'une perception subjective des Allemands que de saisir a contrario comment les Français se sont eux-mêmes perçus au lendemain d'un conflit toujours très présent dans leur mémoire collective.

  • Les travaux critiques, peu nombreux, sur le locus terribilis ont toujours défini ce topos descriptif comme un simple contrepoint du locus amoenus exploré par H. R. Curtius. Les lieux hostiles détiennent cependant une place importante dans les textes narratifs français ou francophones, et leur fonction dépasse souvent celle de l'inamoenitas décorative. Les études contenues dans ce volume révisent une double typologie d'espaces : d'un côté, elles analysent les mutations de certains loci « classiques » (enfer, forêt, désert, lieux d'exil ...) ; de l'autre, elles montrent comment l'activité humaine redéfinit parfois (par sa seule présence ou par son intervention technique) les lieux de la fiction narrative, provoquant une nouvelle expérience de l'horrible. La hantise de l'hostile demeure donc accrochée à l'univers narratif et peut contribuer même à préciser les limites ou les clichés de certains genres littéraires.

  • L'étonnante diversité des possibilités esthétiques offertes par le livre comme support matériel de la fin du XIXe siècle aux expérimentations les plus contemporaines, est au coeur de la réflexion proposée dans ce livre. La page, le feuillet et le livre, l'écran aussi, débordent le cadre du codex et du livre relié (livre en éventail, leporello, recueil d'affiches, livre dressé, livre sculpté, livre éclaté, livre numérique, etc.), par l'hétérogénéité de leurs matières, de leurs formes et de leurs formats. Ils deviennent des supports actifs dans le processus de conception et de réception de l'oeuvre. Observer les processus de composition et de diffusion des oeuvres dans leurs singularités matérielles, tel est l'objet de ce livre. Cette recherche engage à prendre la mesure du rôle des différents acteurs dans la conception du livre, non plus seulement l'écrivain et l'artiste mais aussi le typographe, le relieur, l'éditeur ou le galeriste, chaque acteur pouvant lui-même être polyvalent. La porosité des frontières entre les activités, les métiers, engendre naturellement la porosité entre les genres littéraires et artistiques. The heart of the reflection in this book is the diversity of aesthetic possibilities of the book as material support, from the late nineteenth century to contemporary experiments. The page, the sheet and the book go well beyond the codex and the bound book, in the heterogeneity of their materials, forms and formats (fans, leporellos, poster collections, upright books, book sculptures, exploded books, electronic books, etc.): they are active supports in the design and reception process. This book observes the process of composition and distribution of works in their material singularities, including the role of the different stakeholders in the design of the book, not only the writer and the artist but also the typographer, bookbinder, publisher or gallery owner, each playing a multiplicity of roles. Such porous borders between roles and crafts generate porosity between the literary and artistic genres.

  • En juillet 2011, un colloque sur les lieux de culture au XVIIe siècle a rassemblé à l'université Queen Mary de Londres des spécialistes en provenance de différents pays pour présenter les résultats de leurs recherches dans ce domaine. Les études réunies dans le présent volume se composent d'un choix des communications tenues lors de ce colloque. L'objectif est d'explorer les rapports existant entre les lieux - concret ou figuré, réel ou imaginaire - et la représentation théâtrale, le pouvoir royal, la vie religieuse, le savoir scientifique, la création artistique et littéraire au XVIIe siècle. Entrent en ligne de compte les châteaux, les couvents, les collèges, les académies, les salons, les cabinets, les foires et les rues, lieux qui deviennent dans leur ensemble les témoins de la diversité culturelle du Grand Siècle.

  • Cet ouvrage présente l'image du Togolais au temps pré-colonial, colonial et post-colonial à travers l'oeuvre romanesque de Félix Couchoro. Il explore la question de l'évolution du colonisé non pas dans un rapport conflictuel avec le colonisateur mais dans un esprit d'acceptation passive des apports de la colonisation. Ce livre réunit des données anthropologiques, ethnologiques, historiques, sociologiques et linguistiques exploités par le romancier Félix Couchoro. Il ressort l'idéologie assimilationniste défendue par le romancier avec conservation des pratiques traditionnelles moins gênantes et l'abandon de celles jugées obsolètes dans un monde en évolution. En outre, cet ouvrage réalise les contours de la vie syncrétique de l'évolué. La question de la marginalisation de la femme africaine, de la littérature africaine, au moment où était en vogue le mouvement de la négritude, y est soulevée. L'écriture migratoire de l'écrivain, située entre l'ostentation et le populaire, est aussi soigneusement analysée. Cet ouvrage présente l'histoire des ex-colonisés, une histoire écrite dans les romans de Couchoro, une histoire revisitée.

  • Toujours en cheminement (« comme frères mineurs vont leur chemin faisant ») vers un insaisissable point, « éternel tiers » ou « ici-loin », Beckett ne cesse de nous prévenir, comme Pascal en son temps, de deux erreurs fatales : « 1 prendre tout littéralement. 2 prendre tout spirituellement ». En acceptant l'inconnaissable, l'écrivain a su convertir l'esprit trivial irlandais - cette lande ironique, quoique parfois mystique - en chair spirituelle, en langue (a-)visuelle. Le travail beckettien - pas seulement textuel, lorsqu'il est théâtral, radiophonique, télévisuel... - oeuvre à la « transsubstantiation » de la matière en lumière, relie le concret à l'abstrait, bien que la lumière puisse encore être de l'ordre du phénomène, en tant que vestige d'un big-bang esthétique inédit. Pour Beckett, face à la mise en doute de « l'être-là » comme de « l'au-delà », l'auteur a préféré employer la notion d'« autre-là ». Car « il n'y a rien ailleurs », tout est dans « l'autre-là » d'un passage luminescent, d'une trace, d'un mirage, ou d'une réelle lucidité. La solution paradoxale d'un réalisme mystique, d'une spiritualité sans dieu, sans religion, sans évidences, ouvre au « dépaysement », à la glissade - ou à l'élan - « vers l'inconnu en soi », ce « hors-sujet » indiscernable, encore une fois cet « autre-là », à la fourche des voies.

  • Le lecteur des huit cents pages du Voyage en Orient de Gérard de Nerval peut difficilement concevoir les étapes de la constitution de ce riche et long récit. Initialement publié dans divers périodiques entre 1840 et 1850, puis « reconstruit » en 1851, l'ouvrage comporte nombre de variantes. Dans les publications antérieures à 1850, Nerval n'a pas donné immédiatement à ses chroniques tout le sens de la version finale. La critique nervalienne a donc souvent pu souligner la nécessité d'une recherche approfondie sur ces variantes. Cette étude tente de combler cette lacune en proposant au lecteur de scruter pas à pas l'élaboration d'une des plus belles invitations au voyage qui soit. En mettant à jour les étapes de la transformation du Voyage en Orient de feuilletons en livre, des variantes des premiers jets aux recompositions ultérieures, l'auteur de cette étude décèle et déploie, sur les traces du voyageur, la naissance progressive de l'écrivain, tout en dégageant la logique interne qui a déterminé son texte définitif.

  • Ce volume s'intéresse à un phénomène très ancien mais qui a pris une grande ampleur de nos jours : la présence de langues ou dialectes autres que la langue de base du texte littéraire (ici le français). Les douze essais réunis dans ce volume analysent les différentes formes (alternance, assemblage, superposition de codes, etc.) et fonctions (ludique, comique, satirique, parodique, réaliste, esthétique, identitaire, revendicative, etc.) de l'hétérogénéité langagière à l'intérieur d'un même texte littéraire. Ces études s'intéressent à des textes français ou francophones appartenant à des époques différentes, qui vont des textes narratifs et dramatiques du XIIe et du XIIIe siècles jusqu'à des romans d'écrivains nés dans le dernier tiers du XXe siècle. D'autres chapitres analysent l'oeuvre de Rabelais, la comédie du XVIIe siècle, un récit de voyages du XVIIIe siècle, un roman populaire du XIXe siècle, les romans policiers de Fred Vargas, une pièce inédite d'Hélène Cixous, des romans d'Albert Cohen, d'Ahmadou Kourouma et de Laura Alcoba, ainsi que deux pièces dramatiques de Jean Marc Dalpé.

  • Le présent volume vise à questionner la place qu'entretiennent les textures dans le champ de l'expérience esthétique. Dans une image, un texte, un mouvement quelque chose se trame, achoppe, râpe, se défait et se déforme ; une couleur, une tache, une ligne, un tracé, une rupture syntaxique, un bégaiement, un bruit, un gros plan ouvrent à de multiples bifurcations sensorielles. Ainsi quelles techniques d'inscription, de composition - de tissage - sont à l'oeuvre en peinture, au cinéma, en musique, au théâtre, en vidéo, en performance et dans les lettres ? Comment les définir, les saisir, les approcher dans leur singularité ? Les articles ici rassemblés cherchent à décrire et rendre sensible la manière dont les textures forment-déforment-reconfigurent-réactualisent non seulement les objets dans lesquelles elles s'engagent, mais aussi nos manières d'être. Si la problématique des textures jouit d'une certaine actualité dans les domaines de la création et de la recherche, reste pour nous la nécessité de cartographier cette notion, et d'en proposer une constellation dans le ciel du présent.

  • L'enjeu de cet essai est d'entrer dans la poétique de Baudelaire par la voie du langage, spécifiquement par l'analyse d'une figure rhétorique dont la fréquence témoigne d'une nouvelle attitude poétique : la périphrase. Célébrée en tant que source du sublime par Aristote et Longin, mais successivement délaissée, au fil des siècles, en tant qu'instrument anodin de l'ornatus, la figure assume une dignité nouvelle sous la plume de Baudelaire : figure d'expansion par excellence - lexicale, syntaxique et sémantique - la périphrase est exploitée en tant qu'outil propice à l'extension des confins de la poésie, au niveau de forme comme du contenu. La fréquence et la pertinence de la périphrase chez Baudelaire donnent à voir l'essence de la quête littéraire moderne, à savoir l'aporétique recherche de l'Inconnu. Intimement liée au faire (poïein) poétique, elle conduit à nous interroger sur le sens du langage, ou plutôt sur la question du sens que le geste artistique laisse en suspens. Comme l'écrit Michel Deguy, en introduisant notre parcours par une préface, « la poésie (la périphrase) nomme, appelle périphrastiquement l'Inconnu. Elle y plonge, dit Baudelaire ».

  • Depuis les années 1960, maintes générations d'étudiant(e)s et de nombreux collègues ont pu apprécier les qualités humaines et scientifiques de Giuseppe Bernardelli. Ce volume d'hommage se propose comme une preuve d'un dialogue toujours vivant, sur les deux côtés de la littérature et de la linguistique, autour de cette passion pour « les mots », manifestée par l'enseignement et par les études que Bernardelli a toujours menées avec finesse et acribie. D'où le titre de ces mélanges : « Tout le talent d'écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots » (Gustave Flaubert, À Louise Colet, 22 juillet 1852)

  • Arc-en-ciel pour présenter toutes les teintes des couleurs poétiques de la francophonie, celle de Madagascar, du Maroc ou du Sénégal ; celle de Haïti et de Cuba ; celle d'Espagne et de Suède. De la violence torturée chez Abdellatif Laâbi au deuil fervent de Jean-Luc Raharimanana, de la mythologie maori chez Victor Ségalen à la colère biblique chez Pierre Jean Jouve, des paysages urbains de Paul Verlaine et de Pierre Mac Orlan à la nature sauvage de Bruno Doucey et de Tomas Transtrmer, du chant érotique de Béatrice Bonhomme et de René Depestre. L'angle d'approche de ce livre, avant d'être critique et conceptuel, se veut enthousiasme, voire gourmandise : il se module en une disponibilité à se mettre à l'écoute de l'autre et de soi pour s'ouvrir sur le secret toujours latent de chaque oeuvre.

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