Seuil

  • Sous une apparence pragmatique, la gestion constitue une idéologie qui légitime la guerre économique, l'obsession du rendement financier et qui est largement responsable de la crise actuelle.
    La culture de la performance et de la compétition met tout le monde sous haute pression : épuisement professionnel, stress, suicides au travail. la société n'est plus qu'un marché, un champ de bataille où le remède proposé aux méfaits de la guerre économique consiste toujours à durcir la lutte. face à cette mutation, la politique, également contaminée par le " réalisme gestionnaire ", semble impuissante à dessiner une autre voie.
    Peut-on échapper à l'épidémie? peut-on repenser la gestion comme l'instrument d'organisation d'un monde commun? c'est justement la piste qu'ouvre ici le diagnostic du sociologue clinicien.

  • Au cours des vingt dernières années, le monde du travail a changé de planète. Flexibilité de la main-d'oeuvre, annualisation du temps de travail, précarité des contrats, exigence de qualité totale, déclin de la notion objective de qualification au profit

  • L'histoire monétaire et financière que la France a connue dans l'entre-deux-guerres est en train de se répéter, mais, cette fois-ci, à l'échelle mondiale: l'action des grandes banques internationales dresse un nouveau 'mur de l'argent' auquel se heurte la volonté des politiques. Cet ouvrage analyse l'architecture, la construction et les dangers de ce mur.
    Il propose tout d'abord une évaluation précise de l'emprise de la finance globale sur l'économie réelle. Des tableaux inédits, exprimés dans une nouvelle unité de mesure (le téradollar, soit mille milliards de dollars), offrent une vision cohérente des flux financiers (capitaux) et des flux réels (biens et services) qui traversent l'économie mondiale.
    Il met ensuite au jour le rôle singulier que joue les plus grandes banques mondiales. Depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire: ce sont elles désormais qui dictent effectivement l'évolution des taux d'intérêt, et non plus les Banques centrales. La revendication démocratique contestant l'indépendance des Banques centrales à l'égard du politique est donc déjà dépassée. Le pouvoir est ailleurs. Et cela est d'autant plus inquiétant que ce pouvoir semble incapable de nous éviter des catastrophes financières. Un des meilleurs spécialistes français ouvre ici une piste de réflexion pour une autre régulation de la finance globale.

  • Depuis vingt ans, l´insolente prospérité de l´économie américaine et la contre-performance européenne et française nourrissent le discours à la mode des « déclinologues » : à défaut d´imiter enfin le libéralisme et la flexibilité de l´Amérique, nous resterions durablement à la traîne. Il faudrait nous en remettre à la « main invisible » du marché, et amputer la main maladroite et sclérosante de l´État. Or, ce diagnostic est un contresens total. L´auteur nous guide ici au coeur des politiques économiques américaines, et l´on découvre que la flexibilité ou le recul des régulations publiques ne sont pour rien dans une performance qui résulte, bien au contraire, d´une intervention massive de l´État qui soutient la croissance, promeut la recherche et l´investissement dans les nouvelles technologies et assure ainsi le plein emploi. On est à mille lieues de l´État minimal et du laisser-faire chers aux libéraux : toutes les interventions publiques interdites ou étroitement limitées dans l´Union européenne sont utilisées à volonté par les administrations américaines. Avec une documentation imparable et dans un style limpide, l´auteur démontre que le déclin relatif de notre économie provient ainsi de l´abandon du « vieux » modèle keynésien européen que les Américains, eux, ont su préserver ! Mieux, il montre comment certains pays de l´Europe du Nord ont pu obtenir des performances comparables à celles des États-Unis, mais sans développer les folles inégalités qui caractérisent ces derniers. Notre « modèle social » de l´État-providence n´est donc pas en crise, c´est son abandon qui nous mène à la crise.

  • Nées du siècle des lumières, les idées de progrès social, de modernité et de développement ont suscité d'immenses espérances. Mais les avatars les plus récents du système mondial dissipent peu à peu l'espoir d'un développement durable au bénéfice de tous. La modernité nous conduit aujourd'hui vers une triple impasse économique, sociale et écologique. Pourquoi ? Les valeurs initiales de la modernité ont été trahies, sa logique dévoyée : au nom de l'efficacité, le néolibéralisme assimile le progrès social à la marchandisation généralisée et prétend gérer la complexité du monde à l'aide d'un critère unique et simpliste : l'accumulation du profit. Une vision aussi réductionniste du monde appelle d'urgence une réflexion critique sur la nature et les limites de la relation marchande, mais aussi sur les principales conséquences de sa domination : incitation à une croissance indéfinie des productions marchandes alors même qu'elle n'est ni généralisable à toute la planète ni soutenable à long terme ; creusement continu des inégalités ; exclusion et marginalisation massives ; polarisation des relations internationales sur la seule exigence de compétitivité ; impuissance des pouvoirs publics à concevoir les dimensions non marchandes de l'intérêt général. Si le monde veut préserver l'ambition légitime du progrès social, il devra refonder la modernité sur des valeurs authentiques et remettre l'économie marchande au service des hommes.

  • Les discours politiques et l'opinion publique ne remettent guère en question l'exigence de croissance économique, tant il paraît évident que l'augmentation indéfinie du produit intérieur brut ou du revenu national est indispensable à l'amélioration du niveau de vie, à la création d'emplois, à la lutte contre les inégalités et contre la pauvreté, au financement de la protection sociale et des dépenses publiques, à la dynamique générale du progrès. Cependant, une autre évidence s'impose peu à peu de manière de plus en plus claire': la croissance économique n'est synonyme ni de bien-être, ni d'harmonie sociale'; elle se révèle en outre destructrice et impraticable en longue période, en raison des limites matérielles de notre monde.
    Face à ce paradoxe d'une croissance nécessaire et impossible, n'existe-t-il pas d'autre avenir que de renoncer au progrès'? La réponse en termes de ''développement durable'' ne suffit pas à masquer notre incapacité profonde à changer le modèle de développement dominant. D'où la confrontation persistante entre les partisans majoritaires de la poursuite aveugle d'une croissance indéfinie, et l'avis radical d'une minorité qui prône l'arrêt de la croissance, ou même la décroissance systématique.
    La thèse de cet essai à contre-courant ne constitue pas un compromis entre ces positions extrêmes. Elle affirme au contraire que le progrès demeure aujourd'hui plus que jamais indispensable dans toutes les sociétés, pauvres ou riches, mais que le taux de croissance globale ne constitue pas un critère pertinent pour ces stratégies de progrès. L'exigence essentielle consiste désormais à renouveler la réflexion politique sur les finalités de ce progrès, parmi lesquelles l'accumulation de marchandises devrait céder progressivement la place à d'autres préoccupations.

  • La litanie des délocalisations semble ne jamais devoir s'interrompre... Et chacun de chercher le coupable idéal : les 'avantages acquis' ; l'ouvrier chinois ; l'État et sa fiscalité ; les patrons voyous ; les fonds de pension anglo-saxons, etc.
    Cet ouvrage propose une autre lecture. Il démontre que les délocalisations participent d'un processus plus général de réorganisation des activités économiques à l'échelle mondiale, au sein duquel le 'déménagement' d'activités vers les pays en développement pèse finalement peu. Ce processus soumet l'ensemble des acteurs à une triple dictature : dictature des coûts (où l'on apprend que la question du coût du travail n'est pas vraiment essentielle), dictature financière (où l'on constate que le fonctionnement des marchés financiers est loin d'être rationnel) et dictature des compétences (où l'on cerne les limites des politiques des pôles de compétitivité). Les effets de cette triple dictature sont ambivalents : elle est au coeur du processus de création de richesses et d'emplois, mais creuse aussi les inégalités spatiales et sociales, au profit, pour l'essentiel, des détenteurs du capital financier et de ressources spécifiques. Inutile de rechercher les 'méchants' de l'histoire, car le problème est systémique, indissociable des mutations du capitalisme dans une économie mondialisée. Mais cela n'implique en rien l'impuissance du politique. Si la dynamique du capitalisme est contraignante, les façons de répondre à la contrainte sont plurielles. C'est encore et toujours aux politiques de proposer les modèles alternatifs et aux citoyens de manifester leur préférence par leurs votes et leurs actions collectives. Le premier mérite de cet ouvrage est de dresser l'inventaire rigoureux des choix possibles.

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