Seuil

  • « Saisi à la gorge » par les perspectives que les conclusions du club de Rome popularisées par Mansholt ouvrent au Tiers Monde qu'elles condamnent, dans le cadre des structures actuelles, à la misère perpétuelle, René Dumont lance un avertissement : si les pays démunis risquent d'être de plus en plus affamés et dominés, nous risquons, nous, les riches gaspilleurs et pollueurs, de nous retrouver de plus en plus asphyxiés, dans nos autos privées, symboles de notre egoïsme. Les réalistes du club, industriels et savants, nous annoncent un effondrement total de notre civilisation au cours du prochain siècle si se prolongent les croissances exponentielles de la population industrielle, et la misère à perpétuité du Tiers Monde. C'est pourquoi rené Dumont propose de réhabiliter les Utopies, et cherche à dessiner, pour notre planète assiégée, les premiers traits d'une société de moindre injustice et de survie, la société sans mépris.

  • Une rumeur étrange (la disparition de jeunes filles dans les salons d'essayage de commerçants juifs) s'est répandue, sans qu'il y ait la moindre disparition, dans la ville dont le nom symbolise la mesure et l'équilibre : Orléans. Edgar Morin et une équipe de chercheurs ont mené l'enquête sur place. Pourquoi Orléans ? Pourquoi des Juifs ? Pourquoi et comment se propage une rumeur ? Cette rumeur véhicule-t-elle un mythe ? Quel est ce mythe et que nous dit-il sur notre culture et sur nous-mêmes ?Des questions se posent : un antisémitisme jusqu'alors latent s'est-il à nouveau éveillé ? N'y a-t-il pas, dans nos cités modernes, un nouveau Moyen Age qui ne demande qu'à surgir à tout moment ?

  • Nous sommes à un moment de l'Histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l'espèce humaine : pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphére et met en danger son avenir. Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d'orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C'est un défi magnifique, mais redoutable.

    Or, une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s'impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n'est animée d'aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l'idéologie néolibérale ne sait plus que s'autocélébrer. Presque toutes les sphères de pouvoir et d'influence sont soumises à ce pseudo réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroitre toujours plus la richesse.

    Cette représentation du monde n'est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l'injustice, sous-estime la gravité de l'empoisonnement de la biosphère, promeut l'abaissement des libertés publiques. Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures.

    Pour l'auteur de ces pages incisives et bie informées, on ne résoudra pas la crise écologique sans s'attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd'hui les riches qui menacent la planète.

  • Dans les innombrables débats qui ont accompagné la publication de Comment les riches détruisent la planète, une question fut inlassablement posée à l'auteur du livre : que faut-il faire ? C'est pour répondre à cette interpellation - et à cette urgence - qu'Hervé Kempf a écrit ce nouvel ouvrage. Il le fait dans le même style à la fois radical et rigoureux. À ses yeux, il est urgent de changer de modèle. Ce n'est pas l'économie de marché en tant que telle qu'il s'agit de dénoncer, mais la forme nouvelle prise aujourd'hui par le capitalisme. Une forme qui, mécaniquement, privilégie le gaspillage, le saccage de la planète, l'inégalité et la consommation ostentatoire. Cette dernière, qui est le fait des plus riches, fixe pour la grande masse des modèles de comportements désastreux. Nul ne peut espérer sauver la planète si une remise en cause drastique de ce système prédateur n'est pas engagée. Face aux périls du moment, l'écologique et le social sont tragiquement liés.

  • Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d´argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste. En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu´ont oubliée les politologues : la domination d´une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l´ensemble des citoyens.
    Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l´oligarchie pour ce qu´elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.
    Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique : l´Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète. Il n´y parviendra qu´en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante. Si nous échouons à aller vers la Cité mondiale, guidés par le souci de l´équilibre écologique, les oligarques nous entraîneront dans la violence et l´autoritarisme.
    Au terme de ce récit précisément documenté mais toujours vivant, le lecteur ne verra plus la politique de la même façon.

  • Les combats pour la liberté de la presse sont vieux comme le monde - comme la presse, en tout cas. Mais qu'est-ce que la liberté de la presse, sinon la liberté des propriétaires de journaux ? Et qu'est-ce qu'un propriétaire de journal, dans bien des cas, sinon le représentant d'un groupe d'affaires dont les intérêts ou les opinions peuvent différer, pour un temps, de ceux du pouvoir, mais dont les conflits avec le gouvernement n'intéressent pas forcément l'intérêt général ou les libertés publiques ? Au-delà de cette liberté abstraite aux yeux du plus grand nombre, il y a celle, plus concrète, qu'exercent ou que devraient exercer les journalistes - de la presse écrite, de la radio, de la télévision. Plus encore que de liberté, c'est de dignité qu'il s'agit alors. Tel est le sujet de ce livre de Jean Schwoebel, fondateur de la fédération des Sociétés de rédacteurs qui prétendent assainir la presse et les divers moyens d'information, en assurant à ceux qui la font un droit de regard et de contrôle sur l'entreprise. A un moment critique, l'action des rédacteurs du Monde a permis de sauvegarder l'indépendance et la qualité de ce journal ; les droits qui ont été reconnus depuis lors à leur Société, que préside l'auteur de ce livre, lui permettent de contribuer efficacement au maintien de cette indépendance. La dignité de la presse, c'est la dignité du public, des citoyens, la vôtre, qu'elle concerne : si le journaliste n'est pas toujours « l'instituteur des temps modernes » que déclarait être l'un d'eux, votre journal quotidien est votre fenêtre sur le monde. Ce livre s'efforce de montrer comment on peut en rendre la vitre plus claire...

  • OGM : les trois initiales d'" organisme génétiquement modifié " signalent désormais qu'une technologie nouvelle n'est pas nécessairement accueillie à bras ouverts par une population avide de progrès. Car, comme le montre bien Hervé Kempf dans cette enquête exemplaire, ce sont d'abord les firmes agro-alimentaires américaines qui profitent de ce progrès, avant les utilisateurs et les consommateurs du blé, du maïs ou du soja transgéniques. Face à une question qui ne s'était encore jamais posée et aux réactions exacerbées des " anti-OGM ", la balance judiciaire s'affole, oscillant entre apaisement et sanctions pour l'exemple. La loi, elle, reste muette devant l'incroyable empoignade que se livrent les lobbies de l'industrie et de la politique. Un scénario haletant dont le dernier chapitre viendra peut-être de l'Est : les OGM ont été boutés hors d'Europe ; envahiront-ils la Chine ?

  • Pascal Bruckner s'attaque avec vigueur au malaise qui consume les sociétés occidentales : le « tiers-mondisme » qui repose surtout, derrière la solidarité affichée, sur la haine de soi. Cette idéologie oppose un Sud radieux, peuplé d'agneaux et de martyrs, à un Nord rapace, habité de loups et de nantis. Une vision trop simpliste et culpabilisante qui trouve ici un lumineux contrepoint.Né en 1948, Pascal Bruckner a écrit de nombreux romans et essais, dont L a Tentation de l'innocence (prix Médicis de l'essai 1995) et Les Voleurs de beauté (prix Renaudot 1997). Il est également l'auteur de Lunes de fiel et co-auteur de La Plus Belle Histoire de l'amour, disponibles en Points.« Un styliste qui cogne, un puncheur qui signe des pages étincelantes, servies par une culture historique et philosophique solide. »La Croix

  • Sur la terre, aucune liberté ne s'obtient sans souffrance et sang versé. Là réside une des lois les plus constantes de l'histoire humaine. Mais aucune liberté ne se gagne sans amour agissant, sans une solidarité profonde entre les peuples. Ce livre tente

  • De plus en plus souvent dans l'hémishère Sud les conflits armés, révoltes, contradictions sont d'essence culturelle. Le choc de la modernité - celle de la rationalité marchande et technicienne ou celle de la révolution matérialiste - ébranle en profondeur des sociétés traditionnelles hier encore cohérentes. Et celles-ci résistent plus farouchement qu'on aurait pu l'imaginer. Elles se savent porteuses d'une cohérence, d'une chaleur, d'un sens que nous avons, le plus souvent, perdus. D'où la violence de leur refus et l'échec répété des modernisateurs.Au Nicaragua, la raison révolutionnaire des sandinistes échoue devant la raison autonome des Misquitos, barricadés dans leur spécificité. A Cuba, le castrisme d'origine hispanique et blanche n'a pas vraiment su intégrer la culture "nègre" pourtant majoritaire, mais entachée du soupçon d'opposer un frein au progrès. En Ethiopie ou dans les Républiques musulmanes d'URSS, la logique du socialisme scientifique se heurte à la même résistance culturelle. Au Burkina-Faso ou dans les îles du Cap-Vert, conscients des embûches de l'unilinéarisme des modèles de "développement" et sans doute favorisés de ce point de vue par la pauvreté des ressources de leur pays et leur manque d'attrait aux yeux des nouveaux colonialistes, les dirigeants cherchetn à fonder leur politique sur les valeurs ancestrales qui ont permis à leur peuple de survivre et de créer des sociétés originales.Apparemment pourtant, presque partout, un contradiction profonde et grave oppose le désir de déracinement, de la dilution de toute identité culturelle. Et c'est sans doute ce type de contradiction - culturelle plus qu'économique - qui dominera l'histoire de l'hémisphère Sud dans les années à venir.Sur cette question, Jean Ziegler, spécialiste et homme de terrain, propose ici tout à la fois un grand reportage sociologique et un essai flamboyant.

  • Une forme spécifique de revendication démocratique serait-elle à l'oeuvre en Chine ? La « protestation », en se généralisant, y amorcerait-elle un processus aux conséquences imprévisibles ? Telles sont les questions que soulèvent les auteurs de cette saisissante étude. Elle porte sur une réalité largement méconnue. Depuis 1951 existe là-bas un dispositif intitulé « Administration des Lettres et visites ». Créé par Mao Zedong, il était destiné à recevoir les plaintes, protestations et doléances des particuliers. Cet ouvrage raconte comment cette administration, souvent instrumentalisée idéologiquement, n'a cessé de s'étendre et de se codifier. Mais aussi et surtout comment elle a autorisé un espace de parole qui est devenu le lieu d'une contestation du réel massive et inattendue.L'immense collection de doléances ainsi recueillie - tant par voie écrite (les lettres) qu'orale (les visites) -, qui raconte en creux l'histoire de la Chine moderne, n'avait jamais été examinée. Les auteurs ont pu avoir accès à des centaines de ces lettres et enquêter sur la pratique (très réglementée) des visites, jusqu'alors inconnue du dehors, pour essayer de comprendre qui s'exprime au sein de cet espace ; auprès de qui ; pour dire quoi ; et comment.Le résultat de leur travail est inédit. Il montre comment ceux qui, depuis des décennies, adressent lettres et visites aux autorités font état d'attentes morales et politiques souvent ignorées mais qui relèvent bien d'un processus d'invention démocratique.Isabelle Thireau est sociologue, directrice de recherche au CNRS et directrice d'études à l'EHESS.Hua Linshan est historien, chercheur associé au Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine. Ancien Garde rouge, il a publié au Seuil, en 1987, un « livre événement », Les Années rouges, qui racontait de l'intérieur, et pour la première fois, ce qu'avait été réellement la Révolution culturelle des années 1960.

  • Il est préconisé ici de réformer la pensée pour réformer l'enseignement et de réformer l'enseignement pour réformer la pensée.Dans le sens de la réforme de la pensée, Edgar Morin propose les principes qui permettraient de suivre l'indication donnée par Pascal : « Je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties... » Ces principes conduisent au-delà d'une connaissance fragmentée qui, rendant invisible les interactions entre un tout et ses parties, brise le complexe et occulte les problèmes essentiels ; ils conduisent également au-delà d'une connaissance qui, ne voyant que des globalités, perd le contact avec le particulier, le singulier et le concret.Ils conduisent à remédier à la funeste désunion entre la pensée scientifique, qui dissocie les connaissances et ne réfléchit pas sur le destin humain, et la pensée humaniste, qui ignore les acquis des sciences pouvant nourrir ses interrogations sur le monde et sur la vie.D'où la nécessité d'une réforme de pensée, qui concerne notre aptitude à organiser la connaissance et permettrait la liaison des deux cultures divorcées. Dès lors pourraient réapparaître les grandes finalités de l'enseignement qui devraient être inséparables : susciter une tête bien faite plutôt que bien pleine, enseigner la condition humaine, initier à vivre, affronter l'incertitude, apprendre à devenir citoyen.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les Français souffrent et ne le disent pas.Comment faisons-nous pour tolérer le sort réservé à ces chômeurs et ces «nouveaux pauvres» dont le nombre ne cesse de croître ? Et comment parvenons-nous, dans le même temps, à accepter sans protester des contraintes de travail toujours plus dures dont nous savons pourtant qu'elles mettent en danger notre intégrité mentale et physique ?Christophe Dejours, spécialiste du travail, découvre à l'origine de ce consentement et de cet étrange silence la peur ; puis la honte quand, pour faire fonctionner la machine néolibérale, nous finissons par commettre des actes que pourtant nous réprouvons. Il révèle comment, pour pouvoir endurer la souffrance (subie et infligée) sans perdre la raison, on se protège.Marquer ses distances par rapport aux victimes du système est un bon moyen pour nier la peur en soi et débarrasser sa conscience de sa responsabilité vis-à-vis d'autrui.A la lumière du concept de distorsion communi-cationnelle de Jürgen Habermas et surtout de celui de banalité du mal de Hannah Arendt, Christophe Dejours, patiemment, met au jour le processus qui fonctionne comme un piège. Alors la souffrance devient pensable. Et une autre conception de l'action possible.

  • Dix ans ont passé depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il a aujourd'hui soixante-dix-sept ans. Il est donc normal qu'une question obsède ses partisans et hante ses adversaires, conditionne notre vie politique et oriente à l'extérieur tous les calculs concernant la France : après de Gaulle, qui ? Ce livre ne prétend pas fournir, en guise de réponse, un nom, ni même une liste exhaustive et définitive. Il propose simplement au lecteur une manière de catalogue dans lequel le destin et les hommes feront leur choix. Il offre surtout des éléments d'information, de débat, voire de réflexion : les portraits des trois principaux prétendants à la magistrature suprême, le « dauphin » Georges Pompidou, le « challenger » François Mitterrand, l'« outsider » Valéry Giscard d'Estaing, un bilan de leurs atouts et une description de leur entourage ; puis les silhouettes de quelques suppléants éventuels et des « caciques » des formations politiques ; enfin des croquis de personnages qui, à des titres et des degrés divers, peuvent peser sur la succession, orienter les électeurs, et compter dans l'après-gaullisme. Certes, notre histoire n'est pas faite seulement par les hommes : des forces moins visibles agissent en profondeur. Mais le style politique de la Ve République et le nouveau système de scrutin présidentiel tendent à la personnaliser comme une compétition sportive. Pierre Viansson-Ponté, qui de son poste d'observation du Monde, jette un regard attentif et sans complaisance sur les princes du régime et leurs adversaires, était bien placé pour écrire cette histoire de demain.

  • La Chine semblait se rassembler, silencieuse et tendue, toute à son effort de correction des expériences de 1958 à 1964. En cinq ans, le nombre des bouches à nourrir avait cru de 80 millions, sans qu'augmente beaucoup le revenu national. A la fin de 1965, il n'y avait plus place, en apparence, que pour l'effort aride, la mise en valeur rationnelle, les comptes et la discipline. Soudain éclata cette « Révolution Culturelle » qui, selon Lénine, a pour objectif de donner au prolétariat le contrôle des institutions sociales. Ceux qui provoquèrent, déclenchèrent, entretinrent, théorisèrent ce prodigieux bond en avant historique, étaient, autour de Mao Tse-tung, une minorité. Mais cette minorité l'emportait par la conviction que la transformation totale des relations de production est le premier devoir des révolutionnaires, que le parti ne saurait être un simple agent de transmission d'une autorité centrale et a une tâche primordiale : apprendre au peuple à être responsable. Négligeant le pittoresque et les aspects théâtraux de la révolution exploités par la presse occidentale, Jean Esmein, que sa connaissance du chinois aida à en suivre, à Pékin, les diverses péripéties, étudie tour à tour le rôle joué par les cadres politiques et militaires, par les paysans et les ouvriers, par les intellectuels, les étudiants, les gauchistes - car la « Révolution Culturelle » elle-même eut les siens... C'est en plongeant au plus profond de cet océan de contradictions sociales, économiques, idéologiques, que l'auteur retrouve, avec une sorte de simplicité sereine, la rationalité d'une Chine beaucoup plus proche de nous que le veut la légende.

  • Depuis le 6 octobre 1973, le monde s'interroge sur « ce qui a changé chez les Arabes ». Est-ce l'aptitude à combattre ? Personne ne pouvait douter du courage d'un peuple qui, une fois, a conquis le monde connu. Est-ce la capacité de manipuler les instruments de la technologie avancée ? Chacun savait que les fellahs du Nil sauraient un jour créer leur Novosibirsk. Ce qui a changé, n'est-ce pas plutôt l'aptitude à mesurer le réel, à s'inscrire dans le possible, à substituer à l'âge de la prédication, de l'invective et de l'épopée celui de la politique, de la stratégie et mieux encore de l'analyse ? De cette maturation, rien ne témoigne mieux que le livre de Mahmoud Hussein. A propos d'un événement de l'histoire du monde arabe qui en d'autres temps aurait suscité des torrents de lyrisme, il garde le ton de l'analyse politique et de la critique historique. Ayant, sur le champ de bataille, perdu l'obsession de la défaite, les Arabes sont-ils prêts à aborder un règlement de paix durable avec Israël ? Pour cela, répond Mahmoud Hussein, il faudrait qu'Israël, restituant les territoires conquis sept ans plus tôt, se réconcilie avec une Palestine arabe enfin arrachée à l'exil et à l'oubli, et opte pour la fusion avec l'Orient plutôt que pour la croisade aux côtés de l'Occident.

  • Le fascisme ne s'est pas imposé à la France comme à l'Allemagne et à l'Italie - ou, sous des formes bâtardes, à l'Espagne ou au Portugal. Il lui a fallu l'occupation allemande pour se saisir par effraction d'une partie du pouvoir. Mais il n'a presque jamais cessé depuis quarante ans de faire peser sur notre vie publique la menace obsédante de la violence suicidaire et de l'intoxication collective : faisceau, cagoule, croix celtique, plastiquages... Qu'est-ce donc, en France, que le fascisme ? Une invention des antifascistes en quête de thèmes de regroupement pour un front populaire ? L'exacerbation d'un nationalisme découvrant des alliés et des thèmes d'inspiration dans la classe ouvrière ? La perversion d'un socialisme cabré contre le machiavélisme soviétique ? L'aventure de quelques écrivains assoiffés de délires communautaires ? De Georges Valois à Marcel Déat, de Doriot à Bardèche, de Drieu La Rochelle à Susini et aux hommes de l'O.A.S., Jean Plumyène et Raymond Lasierra recensent, à travers un demi-siècle d'histoire de France, les effectifs, les techniques et les thèmes du fascisme français. Sans céder aux commodités du conformisme antifasciste ils décrivent ici les avatars d'une idéologie.

  • La France sera-t-elle la dernière puissance coloniale du monde occidental ? La question peut faire sursauter bien des Français de bonne foi, pour qui, après l'indépendance de l'Algérie et des pays d'Afrique noire, le « dossier colonial » français est refermé depuis longtemps. Et pourtant ! De la Réunion aux archipels polynésiens, de Nouméa à Cayenne, ces « poussières d'îles » et de territoires sont-elles autre chose que de vieilles colonies héritées du siècle dernier, en dépit du langage officiel - DOM-TOM - (département d'outre-mer, territoire d'outre-mer) ? Aujourd'hui la plupart des puissances occidentales présentes, comme la France, dans le Pacifique, l'Océan Indien ou en Afrique, achèvent leur désengagement. La France, nostalgique de l'Empire, souhaite-t-elle demeurer sur ces confettis oubliés ? Paris aurait-il une politique outre-mer ? Ce n'est pas sûr. Une France répressive, crispée sur une volonté dominatrice et dérisoire maintient sous sa tutelle quelques millions de personnes dont on se soucie fort peu à Paris. Un grand voyage autour du monde permet de découvrir le singulier visage qu'affiche encore la France outre-mer. Il permet surtout de vérifier la faillite d'une politique. Et de poser quelques questions urgentes.

  • Entre arabisme et sionisme, l'affrontement de juin 1967 dont la phase militaire se prolonge en permanents défis, ne fut que l'un des épisodes d'une histoire ouverte à la fin du siècle dernier quand apparurent presque simultanément le sionisme politique et le nationalisme arabe moderne. Dès lors que, pour rebâtir le peuple juif, les inventeurs du nouveau mouvement lui donnaient pour foyer le territoire où la Bible situe l'histoire des Hébreux, cette Palestine que les Arabes tenaient pour partie intégrante de leur nation, la longue coexistence des « cousins » sémites se muait en intolérance, puis en hostilité. La création de l'État juif par la communauté internationale, en mai 1948, exacerba le sentiment de frustration qui hantait déjà les Arabes et les rejeta dans un refus indigné, qu'ont encore accru les victoires israéliennes de 1956 et 1967. Pour les uns nécessité vitale, exigence historique et miracle technique, pour les autres simple phénomène colonial, Israël poursuit une vie triomphante et précaire au coeur d'un monde hostile où chacune de ses victoires avive un appétit de revanche que le socialisme même ne parvient guère à muer en ferveur révolutionnaire. Maxime Rodinson, qui enseigne l'ethnologie du Proche-Orient et s'est imposé comme un des analystes les plus pénétrants du monde musulman, décrit ici les mécanismes d'un conflit d'autant plus tragique qu'il oppose deux droits ressentis comme inaliénables et intéresse une terre et des peuples d'où a surgi notre civilisation.

  • Un demi-siècle après la fondation du premier État prolétarien, où en est l'Union soviétique ? Du stalinisme au khrouchtchévisme, du socialisme caporalisé au "communisme du goulash", c'est à coup de mutations brutales que se sont façonnés un pouvoir, un système de production et un type de société qui gardent, en dépit du schisme chinois, leur valeur d'exemple. Après celles que Lénine, puis Staline, puis Khrouchtchev dominèrent de leurs personnalités contrastées, une quatrième phase de l'histoire de l'URSS se déroule, marquée par une démultiplication apparente de l'autorité, par une certaine libéralisation de l'économie, par une timide intervention de l'opinion publique. Mais pour s'être dilué, le pouvoir ne tend pas encore à ce dépérissement que faisait prévoir Marx. Liberman peut ressusciter la notion de profit, Jouline suggérer le retour à une certaine appropriation paysanne de la terre, Soljenitsine et Voznessensky dénoncer les méthodes policières qui régissent encore la vie culturelle, le dégel n'est pas pour autant accompli. Serge Romensky, qui fut pendant trois ans correspondant de l'agence France-Presse à Moscou, décrit ici l'évolution de l'Union soviétique depuis la chute de "M.K." et fait le point de la situation à l'heure du cinquantenaire. Pour lui, les débats entre les conservateurs du stalinisme et les révisionnistes qui tentent de tirer toutes les conséquences de la déstalinisation, et notamment de substituer l'intérêt à la contrainte comme moteur de la production, n'ont encore abouti qu'à un système d'équilibre, celui qu'ont instauré les "révisionnistes conservateurs". Mais les mécanismes de plus en plus complexes du système de production n'entraînent-ils pas une transformation du pouvoir dans le sens du pluralisme ?

  • Mexico 1968. Pour des millions et des millions d'Européens, d'Américains ou d'Africains, cette date est celle des XVIe jeux Olympiques. Dans l'histoire du Mexique, elle restera plutôt comme celle d'un divorce soudain entre un pouvoir apparemment stable, puissant, respecté, et une opinion publique depuis longtemps dépolitisée. Une semaine exactement avant l'ouverture des Jeux, les autorités avaient en effet déclenché une répression qui mit un terme brutal à un long été de fièvres révolutionnaires. Cette agitation avait été déclenchée, comme en France, comme en dix autres pays, par les étudiants. C'est à eux surtout que, pour évoquer cette crise qui ouvre peut-être un nouveau chapitre de l'histoire du Mexique, les auteurs de l'ouvrage ont donné la parole. Mais leurs propos ont été complétés par ceux de dirigeants politiques ou syndicaux, d'artistes ou d'écrivains qui parfois les contestent, souvent les recoupent. Ainsi se dessine, par touches inégales, une sorte de film de l'octobre mexicain. Livre ou simple dossier ? Contribution, en tous cas, à la connaissance d'un peuple et d'une situation où si beaux que soient les Jeux, c'est le pain qui compte le plus.

  • Le mois de mai 1968 restera, dans notre histoire, marqué par un mouvement sans précédent, parti de l'université, saisissant les usines, ébranlant le pays jusqu'en ses profondeurs, manquant d'un souffle d'abattre le régime gaulliste. Un mouvement qui est peut-être à la source d'une vraie révolution, sociale et culturelle. Quels furent les inspirateurs, les organisateurs de cet assaut sans exemple, quelles organisations y participèrent, et au nom de quelles idéologies, avec quels objectifs ? C'est ce que disent ici les animateurs de la révolte étudiante.

  • Que le Dieu des croyants s'en soit mêlé, ou seulement celui des géologues, le fait est que les deux tiers des réserves du pétrole du monde sont enfouies de part et d'autre du long fjord d'eau chaude qui se glisse entre l'Arabie Séoudite et l'Iran, sous le soleil le plus violent, entre les terres les plus desséchées de l'univers ; ce golfe qu'on appelait persique, que d'autres disent arabe, et qu'il vaut mieux désormais priver d'adjectif. En 20 ans pour le Koweit, en 10 ans pour Qatar, en 5 pour Abou Dhabi, en 4 pour Oman, des tribus de nomades chameliers tout imbibés de la rosée originelle sont entrées de plain-pied dans l'âge des managers, de la technologie de pointe et du « recyclage des pétrodollars », sans perdre tout à fait les vertus qui, d'un point d'eau à l'autre, leur permirent de survivre sous la tente. Pour combien de temps ? « Dieu m'a donné le pétrole, il me le reprendra, murmure l'émir Zayed, d'Abou Dhabi. L'important c'est de rester fidèle à soi-même. » Fidèle ? Peut-on le rester quand, jeté sur le tapis magique, on franchit dix siècles en dix ans ? Gabriel Dardaud, qui visita les Émirats quand le pétrole n'y formait que des plaques visqueuses, Simonne et Jean Lacouture qui, à la fin de 1974, ont fait deux voyages dans le Golfe, tentent ici de donner la réponse.

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