FeniXX réédition numérique (Presses universitaires de Vincennes)

  • Plus qu'une catégorie, le grotesque désigne d'abord une question qui habite la réflexion esthétique, et qui la hante. Cette question forme ici l'objet d'un livre s'attachant à explorer, de la Renaissance à Kayser, du romantisme à Bakhtine, les configurations à chaque fois nouvelles tissées autour de la notion de grotesque : à travers le remodelage incessant des termes de l'évaluation, c'est en réalité le principe d'innovation dans les arts qui se trouve à la fois désigné et circonscrit. Ainsi ne cesse de se réécrire un chapitre inachevé de l'interrogation esthétique, ancien et nouveau en même temps ; retraçant le texte, sans cesse en mutation, d'un imaginaire aux figures innombrables, mais aux traits par définition indécidables.

  • Racontant des histoires, Flaubert sonde le langage : il écrit l'histoire des langages de son temps (ceux de la science, de la religion, du politique, ou de la conversation quotidienne), et dit leur faillite ou leur vide désespérant. C'est cette étrange fable, dispersée dans le récit, qu'on a voulu reconstituer. Travail critique, cette étude se veut également contribution à une poétique du dialogue. La réflexion théorique, privilégiant des catégories du récit comme la description, a jusqu'alors négligé la parole des personnages. On tente ici d'en cerner la construction, la manière dont elle s'inscrit dans une écriture qui la parasite : le dialogue de la fiction se double d'un dialogue entre le narrateur et le lecteur. L'écriture fait parler. Dans la singularité de cette pratique réside le mystérieux et paradoxal plaisir du texte flaubertien : le dialogue, où s'exhale la méfiance de Flaubert à l'égard du langage, témoigne pour le lecteur de la réussite d'une écriture, sublimant la parole bête. Ce livre convie donc aussi, en compagnie de M. Homais, de Bouvard et Pécuchet, guides infaillibles, aux enchantements de la sottise.

  • La correspondance de Flaubert tire son intensité de ses liens multiples, continus, avec l'oeuvre de son auteur. Journal d'un travail en cours, reflet de la longue durée dans la création, les lettres de Flaubert sont d'abord l'espace où s'expérimentent, avec Louise Colet en particulier, les traits profonds d'une écriture. Mais elles permettent aussi de suivre, à la lettre, l'effort propre de l'écrivain pour dire une tension, qui lui apparaît toute nouvelle, entre critique et création. La correspondance devient ainsi, peu à peu, l'oeuvre de l'oeuvre. C'est ce double mouvement que l'on a retracé ici, tout en reliant l'étude aux problèmes soulevés par l'édition d'une telle correspondance. Une très large bibliographie (éditions, traductions, études critiques) est présentée en fin de volume.

  • Faisant jouer divers éclairages, ce livre s'attache à mettre en perspective la pensée de l'image et le tissu complexe de ses relations avec le texte littéraire : comment l'image a été et se trouve aujourd'hui réfléchie dans son rapport au réel, au visible comme à l'invisible, comment elle-même réfléchit à sa manière lorsqu'elle nous envoie un message le plus souvent chiffré. Silencieuse et éloquente, bavarde dans ses représentations emblématiques, parfois muette dans les peintures qui veulent se borner à émouvoir sans rien dire, toujours étrange, l'image, qui n'est point si sage, est aussi l'art de dissimuler ce qu'elle simule. Sans méconnaître la spécificité du texte et de l'image poétique, ni celle des arts visuels et de la peinture, sans masquer les différences entre le dicible et le visible, on a tenté d'évaluer, à différents moments de l'histoire et dans différents types de dispositifs, les relations instables et précaires entre ces soeurs jumelles, et rivales en mimésis, que sont la poésie et la peinture, ennemies intimes, alliées familières.

  • Finir, ne pas finir... le point final, le mot de la fin, comment et pourquoi faire une fin ? En ce lieu stratégique tout écrit met en jeu à la fois sa cohérence, son rapport au monde et sa lecture. Programmée ou non, assumée ou déniée, la fin est inéluctable, et la rhétorique en a fixé depuis toujours les protocoles et les topoï. Pourtant, chaque texte doit inventer sa fin, c'est-à-dire simultanément la construire et la déjouer, sans parler de ceux qui, par nature, ne sauraient avoir de fin. L'étude des fins, comme celle des incipit, relève de la génétique autant que de la poétique et de la sociocritique. C'est en croisant ces trois approches qu'on explore ici cette problématique d'une écriture des fins, à partir des manuscrits et à travers quelques exemples majeurs empruntés à différents genres, de Balzac à Beckett, de Michelet à Ponge, de Flaubert à Zola et à Sartre.

  • 1842 : La Comédie humaine, OEuvres complètes de M. de Balzac... Ecce Balzac : sont donnés comme une évidence la stature d'un auteur et le profil d'un lecteur idéal. Mais ce double titre révèle un coup de force, sinon une fuite en avant, à la fois un défi et un déni, l'aveu déguisé d'une dépendance à l'égard du marché et l'affirmation souveraine d'une autonomie, à contretemps : la conjoncture, le moment engageait la librairie romancière au partage avec le journal, à la pratique du feuilleton, aux effets publicitaires. Le moment imaginaire fut aussi un tombeau. Ci-gît Balzac, dans sa gloire et son malheur.

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