Sciences humaines & sociales

  • « Les Mémoires de Serge, plus que le récit minutieux et détaillé de sa vie - qu'il ne fait d'ailleurs pas -, sont l'exposé critique des événements historiques et sociaux auxquels les hommes de ce temps ont dû s'affronter, et dont il convient de tirer des leçons pour que, plus avertie et donc plus assurée, la marche vers un objectif ou un idéal sans doute jamais assuré se poursuive. Il s'agit de rendre compte et, ce faisant, de se rendre compte. »
    - Jean Rière

  • 1914

    Luciano Canfora

    Et si l'on concevait la tâche de l'historien comme l'enquête d'un Sherlock Holmes ? Si la guerre pouvait être assimilée à un crime, les coupables se dissimulant, des alibis étant invoqués, des innocents désignés du doigt ?
    Dans cet ouvrage - ni « livre édifiant » ni « commémoration » -, Luciano Canfora aborde la guerre non comme un monument, mais comme un événement vivant qu'il s'agirait de retourner dans tous les sens pour comprendre « ce qui s'est vraiment passé ».
    L'enquête menée au fil de ces pages - puisqu'il s'agit bien d'une enquête - se déroule en une vingtaine de courts chapitres, tirés de conférences à la radio publique italienne, à lire d'une traite comme autant de petites histoires. Les idées reçues - surtout celles qui ont cours dans les pays vainqueurs - ne survivent pas à l'examen. La fin ne nous livre pas un unique coupable, mais nous laisse vaccinés contre les reconstructions apologétiques.
    C'est le livre que doit lire qui veut se faire en quelques pages une idée de la multiplicité des causes et des conjonctures qui ont conduit à la Première Guerre mondiale.

  • La bataille de Charleroi n'est ni Verdun, ni la Somme. Presque occultés par la longue guerre des tranchées qui s'en suivit, ces trois premiers jours de combat sont pourtant les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale pour l'armée française. Opposant la 5e armée du général Lanzerac à la 1re, IIe et IIIe armées allemandes entre Sambre et Meuse, Charleroi ouvre la voie à l'invasion du Nord de la France.
    En ce vendredi 21 août 1914, sous une chaleur écrasante, des milliers de soldats tout juste mobilisés et engoncés dans leurs pantalons garance vivent là leur baptême du feu. Sous la puissance de feu inédite de l'artillerie allemande, l'armée française vit les heures les plus meurtrières de son histoire ? près de 7 000 soldats français sont tués le 22 août à Charleroi, presque 40 000 entre le 21 et le 23 août sur l'ensemble du front. La violence des combats n'épargne pas non plus les civils. Pour la première fois, les combats s'engagent dans les rues, les maisons, les usines.
    Désorganisée, l'armée française recule à l'intérieur de ses frontières. Ni prévue, ni anticipée, la bataille signe l'échec du plan stratégique, tourné vers l'offensive, conçu par des généraux, dont les postures sont héritées du XIXe siècle, quand Charleroi est « la première bataille du XXe ». Cette crise du commandement trouve son épilogue dans le renouvellement massif des chefs menés par Joffre début septembre.

  • Dimanche 28 juin 1914 : l'archiduc François-Ferdinand, en visite officielle à Saravejo, est abattu d'un coup de feu. L'assassinat de l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie par un nationaliste serbe, prêt à tout pour déstabiliser la région, ne tarde pas à embraser le monde ; 34 jours plus tard, l'Europe entre en guerre.
    François-Ferdinand est devenu l'héritier de François-Joseph, sans y avoir été préparé, en quelque sorte par accident ou plus exactement dans des circonstances dramatiques : la mort de son cousin Rodolphe à Mayerling en 1889, puis celle de son père en 1896.
    Mort sans avoir eu l'occasion de donner sa mesure et de régner, François-Ferdinand se révèle une personnalité plus complexe qu'il n'y paraît. Connu pour ses coups de sang, l'homme est doté d'une incroyable énergie, affectionnant la vie familiale ? il s'est en outre mis au ban de la dynastie en épousant une jeune femme bien au-dessous de sa condition. Catholique conservateur, méfiant à l'égard des Hongrois et des Italiens, il s'est souvent prononcé en faveur de la paix, a tâché de moderniser l'armée et a suivi avec sympathie le renouveau artistique de l'époque. Enfin, il est convaincu de la nécessité de réformer la monarchie : François-Ferdinand, « l'homme qui aurait pu sauver l'Autriche » ?
    De multiples sources inédites ou mal connues du public français nourrissent ce portrait nuancé et équilibré dressé par Jean-Paul Bled, spécialiste incontesté des Habsbourg et de l'Autriche-Hongrie.

  • C'est par le regard et les paroles d'Apollinaire qu'Annette Becker nous fait traverser la Première Guerre mondiale. Elle suit le poète pas à pas, depuis son engagement à l'été 1914 à sa mort de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, et nous donne à voir à la fois le combattant ordinaire et l'artiste nourrissant son oeuvre de son expérience du feu. Avec lui, nous partageons l'ennui militaire, la peur en première ligne, le désarroi après sa blessure à la tête en 1916.

    À ses côtés, on croise, entre autres, Picasso et Cendrars, Duchamp, Breton, Éluard, mais aussi des engagés volontaires et des embusqués, des anonymes qui ont partagé son quotidien dans les tranchées.



    /> « Annette Becker retrace avec vivacité les années 1914-1918 du poète si fier d'être devenu soldat. Un ouvrage passionnant. » Canard enchaîné « Apollinaire aimait l'audace. Cette biographie n'en manque pas. » L'Histoire La première édition de cet ouvrage a paru sous le titre Apollinaire, une biographie de guerre.

  • Mobilisé le 3 août 1914 et affecté au 18e Régiment d'Artillerie de Campagne, le toulousain Octave Raymond Bouyssou part pour le front Nord en septembre 1915. Début d'un long périple qui le mènera successivement en Artois, Lorraine, Champagne, dans la Somme, à Verdun (à deux reprises !), puis dans l'Aisne et l'Oise.
    Trente huit mois d'un service exemplaire dévolu au transport des munitions et à l'intendance, au cours desquels il rédigera un Journal (qui vient d'être retrouvé) dont les notes aussi pointues que lapidaires restituent la réalité intime de la guerre et du quotidien du soldat.

  • Du point de vue de l'histoire comme de la science politique, les élections générales du 8 février 1871 et les élections partielles qui les ont suivies, de juillet 1871 à février 1875, présentent une grande importance et un vif intérêt. Importantes, elles le sont parce que l'Assemblée nationale à laquelle elles ont donné naissance, élue après l'armistice de janvier 1871 pour statuer sur la continuation de la guerre ou la conclusion de la paix, et composée en grande majorité de conservateurs monarchistes, a pris les options décisives par lesquelles le régime politique français, jusqu'à nos jours, a été orienté dans la voie d'une certaine forme de République parlementaire. Quant à leur intérêt, il tient en premier lieu à ce qu'elles ont constitué en France la première manifestation d'un suffrage universel à la fois libre et suffisamment conscient de lui-même et des possibilités pour que son verdict, ou plutôt, des verdicts successifs (car les élections partielles, surtout celles de juillet 1871, portant sur cent treize sièges, ont eu à cet égard autant de portée au moins que le scrutin initial de février) eussent une cohérence et une signification susceptibles d'agir de façon décisive sur l'évolution des événements. L'ouvrage de J. Gouault dresse le tableau nuancé et complet de la géographie de l'opinion politique en France au lendemain de la guerre de 1870-1871 ; il montre en même temps comment cette géographie se relie à celle du dernier plébiscite impérial, et comment les transformations qu'elle subit de juillet 1871 à 1875 annoncent celle qui caractérisera les scrutins de la Troisième République jusqu'en 1898.

  • « Bonne année ! » : c'est par ces mots traditionnels, écrits ou prononcés par des millions d'individus au même instant, que Gaston Calmette, le directeur du quotidien Le Figaro, salue l'avènement de l'année 1914 à la une de son journal. Comment pouvait-il savoir que, peu après sa brutale et tragique disparition, le monde qui l'entourait allait basculer à son tour dans les ténèbres ? Pour entrer dans une nouvelle ère, engendrée par un monstrueux chaos guerrier, annonciateur des autres brisures qui hacheront le xxe siècle.Dans une puissante Europe secouée récemment par plusieurs crises localisées qui ont menacé de dégénérer, les grands acteurs - France, Russie, Grande-Bretagne, d'un côté, Allemagne et Autriche-Hongrie de l'autre - accompagnés de leurs satellites, vont finalement en découdre. Les ferments de la guerre ? On peut les rattacher à diverses causes : prédominance du sentiment national, nationalismes exacerbés, rivalités économiques, financières et coloniales. Car il est certain que l'événement officiellement déclencheur du mécanisme fatal - l'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 - ne suffit pas à expliquer le conflit. Il convenait donc de conduire une « enquête sur une guerre programmée » que Gérard Chauvy mène ici magistralement à son terme.Un livre capital pour comprendre pourquoi l'année 1914 est restée gravée dans l'Histoire comme une « année tragique », celle de la fin d'un monde.

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