• Que de sang et d'horreur au fond de toutes les bonnes choses.
    La Généalogie de la morale applique ce principe désacralisant : l'idéal moral (ascétique) a désormais un prix, payable non en monnaie de singe, mais en livre de chair, en unité de désir ; principe cynique, qui découvre les pieux mensonges et l'hypocrisie de la belle apparence (les bons sentiments et saintes intentions). Les hommes " modernes ", de " progrès " ont là un miroir pour leurs tabous, leurs impuissances, leurs malentendus : la mièvrerie du consensus démocratique, la moraline du troupeau, les passions tristes, émondeuses des aspérités de la vie, le tabou du pouvoir (le misarchisme), la névrose généralisée du salut, par l'art (Wagner), par la science (le scientisme), la religion (le christianisme).
    Mesurons ce que l'animal humain a perdu dans l'affaire (l'innocence et la joie de l'affirmation première de la force, la vraie méchanceté, la distance, la noblesse) et son nouvel infini : réinventer un sens fort après des millénaires de sens faible.

  • Il est d'usage, aujourd'hui, de distinguer un bon libéralisme politique et culturel - qui se situerait « à gauche » - d'un mauvais libéralisme économique, qui se situerait « à droite ». En reconstituant la genèse complexe de cette tradition philosophique, Jean-Claude Michéa montre qu'en réalité nous avons essentiellement affaire à deux versions parallèles et complémentaires du même projet historique. Celui de sortir des terribles guerres civiles idéologiques des XVIe-XVIIe siècles, tout en évitant simultanément la solution absolutiste proposée par Hobbes. Ce projet pacificateur a évidemment un prix : il faudra désormais renoncer à toute définition philosophique de la « vie bonne » et se résigner à l'idée que la politique est simplement l'art négatif de définir « la moins mauvaise société possible ». C'est cette volonté d'exclure méthodiquement de l'espace public toute référence à l'idée de morale (ou de décence) commune - supposée conduire à un « ordre moral » totalitaire ou au retour des guerres de religion - qui fonde en dernière instance l'unité du projet libéral, par-delà la diversité de ses formes, de gauche comme de droite. Tel est le principe de cet « empire du moindre mal », dans lequel nous sommes tenus de vivre.

    1 autre édition :

  • Le 21 décembre 1914, Freud écrit qu'il prépare " une théorie de la névrose avec des chapitres sur les destins de pulsions, le refoulement et l'inconscient ".
    Il commence en mars 1915 à composer ces trois essais qu'il présente, dans la lettre du 1er avril à Lou Andreas-Salomé, comme " une sorte de synthèse psychologique de ses conceptions antérieures ". La rédaction est achevée le 4 mai, en même temps que celle du Complément métapsychologique à la doctrine du rêve et de Deuil et mélancolie. Ces essais seront rassemblés en 1924 sous le titre Métapsychologie, dans le volume V des Gesammelte Schriften. Sigmund FREUD. Direction scientifique : Jean Laplanche. Direction de la publication :
    André Bourguignon, Pierre Cotet. Notices, notes et variantes par Alain Rauzy.
    Traduit par Janine Altounian, André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche et Alain Rauzy. Préface de François Robert.

  • Achevée pour l´essentiel en 1913, la Sociologie de la religion est le grand manuel synthétique qui fait pendant aux études de Max Weber (1864-1920) sur le protestantisme, le judaïsme et les religions de l´Asie. Initialement conçue comme une section de l´ensemble posthume Économie et société, cette étude fait ici l´objet d´une édition séparée et d´une nouvelle traduction annotée et commentée. Max Weber y livre les outils d´une approche à la fois systématique et remarquablement subtile des pratiques religieuses : la Sociologie de la religion n´est pas seulement une source d´inspiration pour le sociologue, l´historien ou l´anthropologue, mais aussi une leçon de tolérance par l´éducation à la finesse du regard. Dans celui de Max Weber, assoupli par un exercice savant, patient et permanent du comparatisme, une alternative comme celle des «primitifs» et des « civilisés » n´a pas lieu d´être. En rupture avec l´évolutionnisme ethnocentrique de son époque, Weber insiste moins, sans les nier, sur les différences culturelles et «inter-religieuses» que sur les lignes de conflit internes à toutes les religions. Une violente tension sociale oppose selon lui le pôle occupé par les détenteurs professionnels du «savoir» religieux, attachés à la définition de dogmes et à la préservation de la stabilité des institutions, au pôle où se retrouvent à la fois des « prophètes » et des « virtuoses » religieux en rupture avec les rites et les institutions, ainsi que des laïcs toujours soucieux de rappeler que la religion doit aussi répondre à des attentes «magiques» de bienfaits dans la vie quotidienne et de secours face à l´âpreté du destin.

  • Les Lois sont sans doute le dernier des dialogues écrits par Platon. Dans les douze livres de cette somme législative d´une extraordinaire ambition, le philosophe se prononce sur un nombre exorbitant d´aspects de la vie humaine et civique, produit une véritable histoire politique de l´humanité, et rappelle, avec une clarté qui n´a guère d´équivalent dans les autres dialogues, les principes généraux de sa « physique » et de sa cosmologie : le bonheur du citoyen dépend de l´excellence de la cité, laquelle doit prendre modèle sur l´ordre du monde.
    Les Lois soumettent le devenir de la cité - ses ressources, les conflits qui la menacent et les remèdes qu´on peut y apporter, l´éducation de l´ensemble des citoyens, leurs comportements, jusqu´aux plus intimes, les coutumes et croyances traditionnelles - à des principes communs et intangibles. Ce code de lois écrites passe au crible d´un examen rationnel les conditions d´existence de la cité excellente : de la loi sur la date de la cueillette des fruits jusqu´à celle qui condamne l´athéisme, en passant par les recommandations relatives aux moeurs sexuelles, rien n´échappe à l´autorité du législateur.
    Le premier ouvrage de philosophie politique et de philosophie du droit est également l´un des chefs-d´oeuvre de Platon.

  • Rédigées en 1746, sans nom d´auteur, et aussitôt condamnées au feu par le Parlement de Paris, les Pensées philosophiques prennent à partie le christianisme, et au-delà toutes les religions révélées : ou la foi est compatible avec la raison humaine et les religions doivent accepter le doute et la critique et se réformer pour rejoindre « la religion naturelle » ; ou elle ne l´est pas, et comment admettre alors que Dieu exige des hommes qu´ils lui sacrifient leur raison ?
    Cette alternative, c´est celle que pose le déisme, avec la volonté de placer la raison au coeur des systèmes religieux (dogmes, croyances, témoignages, miracles, Livres saints, etc.). Si l´on crédite généralement les Lumières d´avoir posé les bases philosophiques de la tolérance et de la laïcité, on ignore le plus souvent le rôle joué par le déisme dans le combat de la foi et de la raison. Les Pensées philosophiques, livre subtil qui mobilise toutes les ressources du style pour faire du lecteur son allié, est la première oeuvre philosophique à porter sur la place publique le débat qui oppose les déistes aux tenants des religions établies.

  • L'enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes En dépit des efforts de la propagande officielle, il est devenu difficile, aujourd'hui, de continuer à dissimuler le déclin continu de l'intelligence critique et du sens de la langue auquel ont conduit les réformes scolaires imposées, depuis trente ans, par la classe dominante et ses experts en « sciences de l'éducation ». Le grand public est cependant tenté de voir dans ce déclin un simple échec des réformes mises en oeuvre. L'idée lui vient encore assez peu que la production de ces effets est devenue progressivement la fonction première des réformes et que celles-ci sont donc en passe d'atteindre leur objectif véritable : la formation des individus qui, à un titre ou à un autre, devront être engagés dans la grande guerre économique mondiale du XXIe siècle. Cette hypothèse, que certains trouveront invraisemblable, conduit à poser deux questions. Quelle étrange logique pousse les sociétés modernes, à partir d'un certain seuil de leur développement, à détruire les acquis les plus émancipateurs de la modernité elle-même ? Quel mystérieux hasard à répétition fait que ce sont toujours les révolutions culturelles accomplies par la Gauche qui permettent au capitalisme moderne d'opérer ses plus grands bonds en avant ?

  • Les Lois sont sans doute le dernier des dialogues écrits par Platon. Dans les douze livres de cette somme législative d´une extraordinaire ambition, le philosophe se prononce sur un nombre exorbitant d´aspects de la vie humaine et civique, produit une véritable histoire politique de l´humanité, et rappelle, avec une clarté qui n´a guère d´équivalent dans les autres dialogues, les principes généraux de sa « physique » et de sa cosmologie : le bonheur du citoyen dépend de l´excellence de la cité, laquelle doit prendre modèle sur l´ordre du monde.
    Les Lois soumettent le devenir de la cité - ses ressources, les conflits qui la menacent et les remèdes qu´on peut y apporter, l´éducation de l´ensemble des citoyens, leurs comportements, jusqu´aux plus intimes, les coutumes et croyances traditionnelles - à des principes communs et intangibles. Ce code de lois écrites passe au crible d´un examen rationnel les conditions d´existence de la cité excellente : de la loi sur la date de la cueillette des fruits jusqu´à celle qui condamne l´athéisme, en passant par les recommandations relatives aux moeurs sexuelles, rien n´échappe à l´autorité du législateur.
    Le premier ouvrage de philosophie politique et de philosophie du droit est également l´un des chefs-d´oeuvre de Platon.

  • Si l'expression, « Que faire ? », résonnait jadis de manière exclamative, annonçant l'amorce d'une réflexion stratégique pour un ordre nouveau, l'expression individualiste : « Oui, mais, qu'est-ce que je peux faire, moi... ? » soustrait à son énonciateur de tout espoir d'agir. « Qu'est-ce que je peux faire, moi ? » Cesser de s'indigner et passer à la question suivante, travailler sans fin à une synthèse des causes valables, s'organiser au-delà des esprits de chapelle et des replis sectaires, moquer l'idéologie, réduire à des objets de la pensée les termes que la propagande cherche à inscrire au siège de la subjectivité, transcender les modalités d'organisation hégémoniques, et s'essayer à des formes instituées qui nous ressemblent. Radicalisez-vous !

  • Toute science, admet-on, commence par détacher un objet en le rendant indépendant des sujets et des situations.
    Mais cette conception étroite de la connaissance scientifique laisse subsister des zones d'ombre. La conscience n'est pas un objet. Elle est ce sans quoi rien ne pourrait être pris pour objet. La conscience n'est pas détachable des sujets, car elle s'identifie à ce qui est vécu par un sujet. De façon analogue, en physique quantique, un phénomène n'est pas dissociable de son contexte expérimental, car il s'identifie à ce qui se manifeste à grande échelle au laboratoire.
    Que faire pour ne pas laisser ces cas extrêmes de côté? Généraliser la méthode scientifique. Ne plus la borner à définir et à caractériser des objets, mais l'étendre à la coordination directe des expériences. Telle est la révolution de pensée qu'il faut accomplir pour résoudre, ou plutôt dissoudre, deux questions-limites de la science : le problème de l'origine de la conscience et le paradoxe du "chat de Schrödinger" en physique quantique.

  • Le fait d'être humain ne procède pas uniquement de nous-mêmes, comme le fait d'être d'une culture, d'une histoire ne procède pas d'un seul autre, ou d'un seul semblable, mais de l'ensemble des autres, de tous les semblables, et plus loin encore de l'autre à venir, du dissemblable, de l'étranger, de l'autre culture, de l'autre histoire.

    Où et comment se pose la question de l'honneur à cet instant ? N'est-ce pas à cette pliure que fait courir à l'espèce le mépris, l'incompréhension, le refus de l'autre ?

    Aujourd'hui nous devons faire face. Et savoir d'instinct, savoir sans le comprendre que la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c'est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l'amour de l'autre. Voilà ce qui fonde, voilà ce qui fait la légitimité non seulement d'une existence mais de toute communauté.

  • Orthodoxie

    Gilbert Keith Chesterton

    • Climats
    • 17 Mars 2010

    Histoire d´une âme, « autobiographie débraillée », cet essai inclassable n´a d´autre prédécesseur que son livre-frère, Hérétiques, paru trois ans plus tôt.
    Découvert par Paul Claudel, qui en traduisit l´un des chapitres, célébré par Charles Péguy, Orthodoxie est un livre touffu, foisonnant d´images et d´idées, dans lequel Chesterton expose la vigueur de sa foi à coups de paradoxes et de fantaisies. Car le christianisme excentrique de Chesterton est une quête qui conduit à l´émerveillement de l´enfance, c´est-à-dire au royaume des fées. Dénonçant l´injustice capitaliste, les thèses matérialistes et déterministes (à commencer par la théorie de l´évolution), Chesterton leur oppose une faculté irréductible de l´homme, qu´aucune machine ne pourra jamais remplacer : son rire et sa joie.

  • Ces treize textes de Kant sur le corps et l'esprit recouvrent tous les domaines explorés par le philosophe : la métaphysique, la philosophie critique et l'éthique. Ils permettent de découvrir un versant inédit de la philosophie kantienne : le thème de la maîtrise de soi, de la diététique philosophique du corps, inspiré des grandes morales antiques.

  • Une analyse se termine-t-elle ? La longueur des cures passe parfois pour le résultat des conceptions théoriques et de la pratique des analystes contemporains.
    Mais en allait-il autrement il y a quelques décennies ? Freud lui-même se plaignait, en 1937, de la difficulté qu'il y avait à écourter la durée des analyses. L'immense majorité des analyses s'interrompt, au mieux, sur un effet thérapeutique heureux, mais elles ne sont pas pour autant achevées. Son procès reste-t-il seulement suspendu dans des conditions plus ou moins précaires ? Peut-il s'interrompre à un moment d'équilibre, permettant à l'analysant d'en finir avec le lien étrange qui l'attache moins à l'analyste qu'à ce qu'il ignore dans sa propre parole ? Existe-t-il au contraire une fin logique, aussi certainement calculable que les conditions qui ont présidé à l'entrée dans la cure ? Si Freud a évoqué la question de la fin de l'analyse tout au long de son oeuvre - avant tout dans les termes d'un objectif thérapeutique plus ou moins bien rempli - il ne l'abordera dans sa spécificité qu'au terme de sa vie. Tout en montrant la continuité qui existe de Freud à Lacan, G.
    Pommier tente de dégager ce qui, dans une analyse, peut logiquement se dénouer de ce qui restera indéfini. Faire la part entre le fini et l'infini est un enjeu d'importance, qui permet de délimiter ce que l'on peut attendre de l'invention freudienne.

  • Hérétiques

    Gilbert Keith Chesterton

    • Climats
    • 14 Avril 2010

    En 1905, à trente et un ans, Gilbert Keith Chesterton réunit en un volume les articles qu´il a donnés au Daily News pendant trois ans. Ce livre, Hérétiques, allait faire l´effet d´un « coup de vent dans une pièce mal aérée ». Chesterton y attaque les maux de la modernité : la croyance au progrès, le scepticisme, le déterminisme et les paroles creuses en tous genres. Ses contemporains - Rudyard Kipling, George Bernard Shaw, H.G. Wells - sont copieusement malmenés, mais avec tout l´esprit d´un homme lucide et plein d´humour, à qui il est par conséquent égal de parler sérieusement de religion...

    Valery Larbaud, qui lui rendit visite en Angleterre, devait laisser un portrait inoubliable de celui qu´on surnommait « le prince du paradoxe » : un géant, oscillant entre l´enfance et la sagesse, à qui il tombait des allumettes des cheveux lorsqu´il secouait la tête. C´est la voix de ce géant, tonitruante et espiègle, que ce livre donne à entendre.

  • Paru en 1674,«De la recherche de la vérité», d'où est extrait le livre II«De l'imagination»fait aussitôt naître une polémique. Si, comme Descartes, Malebranche retient qu'on ne peut connaître que grâce aux idées claires et distinctes, il pense en revanche que ce n'est pas le cogito qui sert de point de départ à leur connaissance mais la lumière divine.

  • « Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l'affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l'aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune "bonne idée", la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres - il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé. Il n'y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l'incendie du Reichstag, et l'Aurore n'a encore tiré aucun coup de feu. Pourtant, l'assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir. »

  • Rock'n philo

    Francis Métivier

    • J'ai lu
    • 25 Mars 2015

    Le rock et la philosophie s'accordent-ils ? Évidemment! La première Méditation de Descartes et le « Where is my mind ? » des Pixies posent les mêmes problématiques : le réel est-il ce que je vois ? Le message des Pensées de Pascal et celui de « Smells like teen spirit » de Nirvana est similaire : le moi est haïssable.
    Cet ouvrage, associant l'analyse de textes philosophiques et de textes (et musiques) de rock, propose de (re)découvrir les auteurs classiques tout en (ré)écoutant ses morceaux préférés autrement. Il passe en revue des thèmes majeurs tels que la liberté, le bonheur, l'art, le désir, etc., à travers des artistes aussi variés que les Beatles, The Doors, The Who, Noir Désir, Bob Dylan, Bashung, Led Zeppelin, Patti Smith, Radiohead, Springsteen, Marylin Manson, Pink Floyd, Hendrix, Téléphone, Nina Hagen, Elvis,The Rolling Stones et bien d'autres encore, qui réconcilient toutes les générations.

  • Anarchiste tory, c'est-à-dire anarchiste conservateur, c'est ainsi que George Orwell se présentait parfois, lorsqu'il était invité à se définir politiquement. Mais suffit-il qu'une position politique soit inclassable pour être incohérente ? Cet essai s'efforce précisément d'établir qu'il est possible d'être 'un des analystes les plus lucides de l'oppression totalitaire sans renoncer en rien à la critique radicale de l'ordre capitaliste ; que l'on peut être à la fois un défenseur intransigeant de l'égalité sans souscrire aux illusions « progressistes » et « modernistes » au nom desquelles s'accomplit désormais la destruction du monde. En établissant la cohérence réelle de cette pensée supposée inclassable, cet essai met en évidence quelques-unes des conditions de cette indispensable critique moderne de la modernité, dont George Orwell est le plus négligé des précurseurs.
    « Orwell, anarchiste tory constitue la plus incisive des introductions à la pensée politique de l'écrivain et sa meilleure actualisation. » Le Monde

  • Après Petite géographie de la fuite, Thierry Pardo poursuit inlassablement sa recherche des espaces de liberté. Cette fois, il marche sur les pas du philosophe naturaliste Henry David Thoreau et met notre époque au défi d'une nouvelle expérience forestière, dans une maison "sans bouton". Sa démarche exploratoire interroge notre relation au monde, à la nature et au silence sans toutefois se couper des questions contemporaines. Comment participer à la poésie de notre vie sans s'abîmer dans les préoccupations de notre siècle ? Comment un petit pas de côté et un saut dans le temps peuvent relier Walden et Weedon et inventer de nouveau la vie dans les bois ?

    Dans ce bref essai poétique, Thierry Pardo nous invite à contempler le monde différemment.

  • Nous vivons dans un monde sous surveillance : plus personne n'oserait en douter.
    Mais quelle forme prennent aujourd'hui les nouveaux dispositifs de contrôle et en quoi sont-ils différents des pratiques du siècle dernier ? Comment modifient-ils notre rapport au monde et aux autres ? Vont-ils jusqu'à menacer le droit à la vie privée ? Telles sont les questions abordées dans ce livre, qui reprend ainsi un débat ancien sous un jour totalement nouveau. Car il ne s'agit plus seulement d'assurer une surveillance ciblée pour déceler les comportements déviants et les punir, mais de prévenir toute dérive en instaurant un traçage permanent et généralisé.
    Il ne s'agit plus d'observer l'espace public, mais de pénétrer les espaces privés pour accumuler des données sur chaque individu, considéré sinon comme un terroriste en puissance, du moins comme une cible marketing, ou un voisin à espionner. S'organise ainsi un scannage ininterrompu des actes et des désirs, abolissant la frontière entre surveillant et surveillé, entre monde physique et monde virtuel.
    Au moyen de procédés que nous relayons ou alimentons à notre insu - vidéosurveillance, géolocalisation, bases de données, biométrie, puces RFID, logiciels d'analyse comportementale un Big Brother désincarné, dont nous sommes à la fois victimes et complices, opère désormais en chacun de nous. Mêlant l'enquête à la réflexion, cet essai explore avec une acuité remarquable les multiples enjeux de la surveillance contemporaine, et incite chacun à réagir face au danger d'une nouvelle servitude volontaire.

  • Dès ses premières conceptualisations, aux XVIIeme et XVIIIeme siècles, l´idée de progrès implique l´abolition des limites jusque-là imposées au savoir et au pouvoir de l´homme : l´humanité est indéfiniment perfectible, l´avenir ouvert et constellé de promesses. Maître de la nature, sujet souverain, l´homme dispose du réel qu´il imagine malléable et manipulable à l´infini.
    C´est au cours du XXeme siècle que les croyances progressistes vont être ébranlées par la découverte d´une barbarie scientificisée et technicisée. La crise environnementale, le constat des « dégâts du progrès » renforceront la vision catastrophiste d´un progrès « meurtrier ». La puissance dangereuse mais bénéfique de Prométhée s´est transformée en pouvoir de destruction. D´où le dilemme paralysant : retour impossible à l´optimisme progressiste ou fuite nihiliste dans la désespérance.
    La promesse d´une amélioration de la condition humaine demeure cependant un horizon de sens pour l´humanité. Aussi importe-t-il de repenser le progrès. Une telle entreprise suppose d´en retracer quatre siècles d´histoire conceptuelle et politique et d´en analyser les principales théorisations, mais aussi de clarifier les raisons des débats contemporains entre néo- et antiprogressistes.
    Un exercice de pensée qui se propose de rompre avec les évidences reçues. Car si le progrès a un avenir, c´est à la condition d´être « défatalisé » et « désutopisé ».

  • Nous partageons malgré nous avec les totalitarismes le rêve utopique d'une sociabilité pure, d'une société intégrale et sans histoire, dans les deux sens du terme.
    Jamais les sociétés ne se montrèrent moins violentes et plus dociles, et jamais pourtant la tranquillité, et la police qui la garantit, ne furent à ce point désirées. Le totalitarisme s'assignait pour but de produire un corps social intégral, parfaitement soudé, saturé de coutures, c'est-à-dire une société sans sujets, sans conflit ni diversité, immédiatement mobilisable dans son intégralité. Or, c'est à certains égards ce même but que la société de contrôle à laquelle nous consentons quotidiennement est tentée, en vertu de sa structure propre, de poursuivre.
    De quelle anormalité nous sommes-nous accommodés ? Quelle est la bizarrerie de notre normalité ? Quel sera l'inouï sous lequel les temps futurs, s'il y en a, percevront les temps actuels ?

  • Dans la galerie des rois de France, Louis XIII fait grise mine, coincé qu´il est entre son père, Henri IV, et son fi ls, Louis XIV. S´intéresse-t-on à son règne, c´est le nom de Richelieu, son ministre, qui fl amboie ; au point que les livres d´histoire sautent parfois sans vergogne de la mort du cardinal, en décembre 1642, aux débuts tumultueux du futur Roi-Soleil.
    C´est oublier que Louis a survécu six mois à son ministre : six mois ignorés de la postérité, mais capitaux pour l´histoire de France. Car entre décembre 1642 et mai 1643, il est à la tête d´un pays en guerre contre l´Espagne, au centre d´une Cour déchirée par les cabales. On sait le roi malade ; le dauphin est un enfant ; qui va assumer la régence ? La reine, Anne d´Autriche, le frère du roi, Gaston d´Orléans, les princes du sang et les grands s´allient, se brouillent et complotent, cependant qu´un quasi-inconnu nommé Giulio Mazarini progresse dans les allées du pouvoir...
    En sa longue agonie, Louis poursuivit un dessein unique : assurer le destin du trône de France. Et, en grand roi qu´il était, il y parvint

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