Presses de Sciences Po

  • Sous le régime de Vichy, les spoliations antisémites ont concerné environ cinquante mille biens de toute nature et ont impliqué l'engagement de l'administration française, mais aussi celui de la société. Comment se met en place l'adhésion une politique d'exclusion ? Comment s'élaborent les mécanismes du rejet de l'autre, qu'il soit juif, étranger, concurrent sur le plan économique ? Plus largement, quelles relations peut-on établir entre crises économiques et crises politiques ? Quel rôle ont exercé les classes moyennes patronales ?
    Un processus réactionnaire s'élabore, se construit, se fabrique. Pour en décrire les étapes, les contours, les facteurs d'explication, Florent Le Bot prend le parti de s'intéresser au monde du cuir. Il aboutit au constat que l'engagement d'une partie des professionnels dans la spoliation de leurs confrres juifs s'inscrit dans un rejet plus ancien et plus profond des mutations de l'économie, imputées ds les années 1930 quelques grands groupes désignés comme juifs (les Chaussures André), stigmatisés comme étrangers (le groupe Bata), ou aux artisans juifs originaires d'Europe de l'Est.
    Les revendications protectionnistes, tonalité xénophobe et antisémite, les postures réactionnaires d'opposition la modernisation industrielle dessinent ainsi une ligne de continuité, des années 1930 aux années 1950, et ce malgré la réalité des restitutions de biens spoliés aprs guerre.
    En mlant histoire politique, économique et sociale, ce livre permet de comprendre les mouvements de fond de la société française la veille des Trente Glorieuses.

  • Ce livre est un récit : celui des relations que nourent en France la profession bancaire et l'État par la loi du 13 juin 1941. L'alliance alors conclue n'a pas été rompue mais réaffirmée en 1945, avant d'tre consacrée par la loi de 1984. Englobant le Front populaire et la Libération, l'ouvrage apporte des nuances au tableau de l'Occupation. travers les vicissitudes du temps, comment évaluer la part de collaboration volontaire et la dose de compromis obligé dans les relations qu'entretinrent les banquiers avec la puissance occupante ? Le premier d'entre eux, président du comité d'organisation et président directeur général de la Société générale, fut-il un collaborateur ou un négociateur contraint, un défenseur des seules grandes banques ou un protecteur de l'ensemble de la profession ? Ce sont ces questions qui constituent la trame de l'ouvrage. En montrant l'évolution, sous la Troisime République, des mentalités de droite et de gauche au regard de la réglementation, en démlant les fils embrouillés de la politique et du droit économique, en dissociant les boucliers confondus de la défense nationale et de la réaction corporative, et en signalant les points de rencontre entre la Résistance et la Collaboration, mais aussi leur opposition radicale, cette étude pas pas donne de l'Occupation l'image complexe d'un enchevtrement de noir et de blanc. C'est ce réseau de relations hétérognes et pourtant communes qui rendit particulirement ardue la tâche d'une épuration dont l'ambition reposait sur l'hypothse d'un passé simple.

  • L'histoire de la Corporation paysanne est celle de la lutte entre la profession et l'Etat, lutte de laquelle la profession sortira vaincue par un Etat français lui-même soumis aux autorités d'occupation. L'institution répondait à la fois à un des axes idéologiques majeurs du nouveau régime et aux voeux des principaux dirigeants syndicalistes avant-guerre. Ces derniers en prirent la direction, mais ne réussirent pas à créer un véritable « droit corporatif » dans lequel l'essentiel du pouvoir serait entre les mains des professions. En dépit des efforts réalisés à la Libération pour « gommer » l'oeuvre du gouvernement de Vichy, la Corporation a néanmoins laissé des traces durables dans l'organisation actuelle de l'agriculture. L'unité syndicale, depuis longtemps désirée, était enfin réalisée, et n'a pas pu être remise sérieusement en cause depuis. L'auteur a eu accès, pour la première fois, à toutes les archives publiques concernant la Corporation, qu'elles émanent de la Corporation elle-même, des ministères de l'Agriculture, des Finances, de l'Intérieur ou du cabinet du chef de l'Etat. Elle a pu utiliser également de nombreuses archives privées et recueillir les témoignages des principaux dirigeants de la Corporation et du ministère de l'Agriculture.

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