Littérature générale

  • À l'issue d'une rupture amoureuse, le narrateur de Mon temps libre quitte Paris pour s'installer à Berlin,
    une ville qu'il connaît déjà pour y avoir passé un hiver fantomatique. Ainsi s'ouvrent les quatre saisons d'une vacance, d'un temps libéré des contraintes mondaines et qui aiguise la perception du monde. Le jeune homme fait l'expérience d'une étrangeté et d'une solitude radicales, qui sont aussi celles d'un entre-deux-langues. Berlin nous apparaît ainsi sous un jour inédit. Loin des clichés contemporains d'une ville créative et frénétique -?qui surgissent parfois en négatif et à distance?-, cette odyssée en mineur nous confronte à sa météorologie, sa flore et sa faune, à ses lieux périphériques, à ses rebuts et ses personnages secondaires. Mais au retour de ce voyage presque immobile, grâce auquel le narrateur interroge les preuves de son existence, quelque chose semble s'être déplacé.

  • Vivre le confinement comme un voyage, c'est apprécier le temps qui est offert pour revenir à l'essentiel : faire une promenade, ce petit voyage autour de chez soi, porter un regard nouveau et sensible sur un paysage de tous les jours, écrire pour réfléchir sur soi, pour témoigner de sa vie confinée, entrer dans un livre pour s'oublier et s'envoler vers un nouveau monde. Quand il est vécu comme un voyage, le confinement nourrit l'âme et fait glisser les heures dans la sérénité...

  • Angèle rencontre Ueno Takami. Comme prédestinés, ils se remarquent d'abord dans une galerie d'art, puis se retrouvent au parc ou à l'imprimerie, chez Rinella, où Ueno confectionne un livre d'art. Leur relation prend très vite une profondeur saisissante, libérant « un sentiment de blancheur transparente », et se déploie à la cabane de Ueno, surplombant Setting Lake, « le lac qui se couche ». Le soleil du lac qui se couche invite à la découverte d'un Manitoba inattendu, au contraste des identités, à la contemplation de beautés totémiques - la beauté de l'incomplet, de l'imparfait, de l'impermanent. L'histoire d'Angèle et de Ueno - jeune métisse et vieux Japonais - tinte « aussi clairement qu'une cloche dans le ciel vide ».

  • Croire ou savoir ?

    Gerard Santarini

    Un monde meilleur ? Tout le monde en rêve, plus ou moins... Mais il semble que le chemin soit encore long et pénible ! Ne serait-ce pas, entre autres, parce que les difficultés de la route sont souvent mal identifiées et les parades pour surmonter les obstacles méconnues ? Le monde souffre encore de tant d'obscurcissements, de tant d'emprisonnements intérieurs et extérieurs. La connaissance n'a pourtant jamais été aussi répandue et sa puissance aussi grande et disponible. Mais son pouvoir de libération reste encore largement ignoré, voire dénigré. La science est aujourd'hui très forte mais la conscience est encore très faible !
    Cet essai se veut une contribution à la réflexion sur les multiples résistances à l'avancement vers plus de liberté, de fraternité et de bonheur et sur les moyens de les vaincre. Il n'apporte, bien sûr, aucune réponse définitive, mais il livre quelques pistes.
    Réquisitoire contre les effets pervers des religions, nationalismes, patriotismes et autres communautarismes plus ou moins latents ou plus ou moins avoués, il est aussi un plaidoyer pour la connaissance universelle ainsi que pour le doute et la recherche qui permettent d'y accéder. Hymne à la vérité, il exhorte à l'ascèse de la compréhension, à la pratique de l'émerveillement, à l'éveil des consciences.
    L'auteur y livre son propre témoignage et propose un chemin vers une spiritualité ouverte, adaptée à notre époque et compatible avec les merveilleuses découvertes de la science.

  • Entre ville et village s'écoule une année où l'on accueille les jours avec ce qu'ils apportent de tremblements et d'envols. Une année où la bêtise qui tapisse les médias remplit les esprits. Une année où passent des saisons transformées par leur disparition imminente. Une année où l'on tricote les retrouvailles avec la perte, l'apaisement avec la colère, le chatoiement avec l'obscurité. Une année pourtant porteuse de lumière, où l'on s'étonne des moments où l'apesanteur soulève les bagages. Car malgré les deuils et en dépit des images radioactives qui s'immiscent par les fenêtres et les écrans, le coeur a toujours douze ans au seuil d'un jardin d'hémérocalles et il s'entête à chercher le dernier chaman qui sache encore danser.

  • Philtre Nouv.

    Écrire est une possession est une dépossession. On vit on meurt traversés d'orbes, soumis à des gravités prodigieuses aussi bien qu'insensées. Où on voudrait en maîtriser les forces, ce qu'on saisit ou écarte échappe, ravit encore.
    Dans son âpre lucidité, le poème rougeoie des influences qui déportent, recomposent et détruisent, il tend au merveilleux.
    Tout commence dans la violence : une gravitation impérieuse d'avoir été active dans l'inconnu affleure. Alors le philtre est déjà bu ; le sort opère, comme de tout temps.
    Ces poèmes aspirent dans une succession de fenêtres qui réfléchissent, tremblant encore de sa présence, les visages sombres d'une aimée : voix initiante, foyer de la course, douceur des gerbes. Dans la buée d'un crime ancien. Est-ce d'écrire ?
    Où les mots scellent la profondeur de l'union, - du sacrifice -, de la fraîcheur émane l'entame : un couple se décuple, les horizons se multiplient.
    Dans leur sillage, un amant nage dans le verre, tendu dans l'attraction, sans trêve, et revient, pénétrant d'autres feux, d'autres seuils.

  • Remarquée pour sa musicalité, son lyrisme ample et expansif, la poésie de Serge Patrice Thibodeau prend dans ce recueil un tout autre tournant. Loin des fresques symphoniques auxquelles le poète nous avait habitués dans ses recueils antérieurs, Que repose se rapproche davantage des suites pour violoncelle seul ou des petits ensembles de musique de chambre propres au langage intimiste et contemplatif. Le vers est ici à peine murmuré, au bord du chuchotement, la strophe courtise l'ellipse. Le ton colérique, mélancolique ou tourmenté, que l'on connaissait au poète depuis des années, laisse la place au désir d'articuler une parole poétique délivrée de la révolte, de la tristesse et de l'indignation. Il en résulte une tension adoucie visant à la joie, sereine plutôt qu'exaltée, émanant du repos du corps, de l'esprit, de l'âme et surtout, du coeur.

  • En plein jour, au coeur de l'ordinaire le plus confortable, se révèle graduellement un gouffre immense, l'échappée de tout sens qui vide le corps de son sang, l'espace d'un instant. Immobile dans l'appartement, en attente de rien, une paume ouverte reçoit la chaleur toute intime d'une étoile incroyablement distante. Celui qui fait face à ces ouvertures blanches dans la trame des jours cherche à les traduire, mais le bourdonnement de sa conscience, où les hantises volètent comme des papillons de nuit, lui fait entendre une autre voix. Dans un murmure, elle l'invite à apprivoiser le gouffre, à doucement imaginer sa propre disparition.

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