Éditions du Noroît

  • Entre ville et village s'écoule une année où l'on accueille les jours avec ce qu'ils apportent de tremblements et d'envols. Une année où la bêtise qui tapisse les médias remplit les esprits. Une année où passent des saisons transformées par leur disparition imminente. Une année où l'on tricote les retrouvailles avec la perte, l'apaisement avec la colère, le chatoiement avec l'obscurité. Une année pourtant porteuse de lumière, où l'on s'étonne des moments où l'apesanteur soulève les bagages. Car malgré les deuils et en dépit des images radioactives qui s'immiscent par les fenêtres et les écrans, le coeur a toujours douze ans au seuil d'un jardin d'hémérocalles et il s'entête à chercher le dernier chaman qui sache encore danser.

  • Philtre Nouv.

    Écrire est une possession est une dépossession. On vit on meurt traversés d'orbes, soumis à des gravités prodigieuses aussi bien qu'insensées. Où on voudrait en maîtriser les forces, ce qu'on saisit ou écarte échappe, ravit encore.
    Dans son âpre lucidité, le poème rougeoie des influences qui déportent, recomposent et détruisent, il tend au merveilleux.
    Tout commence dans la violence : une gravitation impérieuse d'avoir été active dans l'inconnu affleure. Alors le philtre est déjà bu ; le sort opère, comme de tout temps.
    Ces poèmes aspirent dans une succession de fenêtres qui réfléchissent, tremblant encore de sa présence, les visages sombres d'une aimée : voix initiante, foyer de la course, douceur des gerbes. Dans la buée d'un crime ancien. Est-ce d'écrire ?
    Où les mots scellent la profondeur de l'union, - du sacrifice -, de la fraîcheur émane l'entame : un couple se décuple, les horizons se multiplient.
    Dans leur sillage, un amant nage dans le verre, tendu dans l'attraction, sans trêve, et revient, pénétrant d'autres feux, d'autres seuils.

  • En plein jour, au coeur de l'ordinaire le plus confortable, se révèle graduellement un gouffre immense, l'échappée de tout sens qui vide le corps de son sang, l'espace d'un instant. Immobile dans l'appartement, en attente de rien, une paume ouverte reçoit la chaleur toute intime d'une étoile incroyablement distante. Celui qui fait face à ces ouvertures blanches dans la trame des jours cherche à les traduire, mais le bourdonnement de sa conscience, où les hantises volètent comme des papillons de nuit, lui fait entendre une autre voix. Dans un murmure, elle l'invite à apprivoiser le gouffre, à doucement imaginer sa propre disparition.

empty