Éditions du Noroît

  • Tout ce que Louise Warren touche devient écriture. Ici, l'essayiste déplace son atelier et se donne de nouveaux objets. À partir d'une résidence d'écriture à l'Abbaye Val-Notre-Dame, dans Lanaudière, elle entrelace les expériences du paysage, de l'architecture, de la vie intérieure et de la création. La forme fragmentaire répond parfaitement aux nombreux trajets proposés à la lecture, incluant des notations quotidiennes, des éléments autobiographiques, une interrogation de l'espace vécu, l'accompagnement d'oeuvres d'art, l'écriture de la poésie et une contribution personnelle au Nature Writing. Installée dans la «chambre de solitude», l'auteure interroge le monde des symboles et développe sa conception de l'«enveloppe invisible», qui prolonge ses réflexions récentes sur le processus créateur. À en allant toujours à l'essentiel.
    Quatre dessins de l'architecte Pierre Thibault ponctuent le livre.

  • Biographie de l'amoralité trace le parcours d'une sculptrice cloîtrée dans un atelier en compagnie de deux modèles. Animée par un désir d'absolu, elle puise dans des forces insoupçonnées pour façonner des statues qui parlent une langue d'éboulement. Au fil des poèmes, la performance devient une obsession. Pire, une condamnation à créer, coûte que coûte. À travers une incursion dans le monde de l'art, l'auteur propose une réflexion sur les conséquences d'une dévotion complète à la création. Ce livre joue avec les genres et se présente à la fois comme un traité de sculpture, une ode au hip-hop, un magazine de mode et un essai sur la morale.

  • Ces carnets sont comme le journal d'un essai qui configure la vie multiple d'un être, à mi-chemin entre fulgurance et révélation, entre esthétique et pensée, entre la vie et le scripteur qui prend forme. L'être, le poème, le lecteur, l'enseignant et l'éditeur marchent côte à côte, de front, tous happés par la vie, par l'échéance d'une durée consciente.

  • «Ratures et repentirs» est un carnet de route jalonné des questions et réflexions que je rencontre dans mon travail. C'est aussi le témoignage d'un artiste tenant à garder la main au plus proche de son esprit. On y suit la ligne comme le mot, de déchirures en repentirs pour l'une, de ratures en reprises pour l'autre. L'une et l'autre sont affaire de métier. J'y ai toujours été un artisan laborieux reprenant son trait à en épuiser son bois. Chaque jour apporte un peu plus de cohérence et de fermeté à ce qui hier encore ne s'entrevoyait même pas. Au bout de la ligne et sous le mot apparaîtra peut être ce qui ne sera plus à dire, ce qui ne sera plus à peindre.
    M. Madore

  • Cet essai cherche dans l'oeuvre mimée d'Étienne Decroux les héritages d'une parole qui s'habite et prend racine dans son mutisme, considérant que toute voix origine du silence des corps. L'ouvrage approche la transmission dans le travail artistique et intellectuel sous la forme de reprises et de répétitions, des tentatives réitérées d'approcher la matière depuis le silence, l'échec - quand on chante parce qu'on ne peut rien faire d'autre. C'est aussi une ode à la part du feu dans la transmission.

  • «Quand l'interprète de danse entre en scène, plus je me tiens près de lui ou d'elle, plus mon corps me parle d'émoi. Chair éprouvée dans le mouvement, univers sensible incorporé de l'autre. Pour le dire, il existe des mots : existe-t-il des mots?
    Plus je m'entretiens de danse, moins je prétends la rendre visible ou la déployer. Mais plus elle exige de moi que je sois précise. Et que je me tienne au plus près, dans une intelligence possible de cette existence, sur le mode de la paupière qui s'ouvre chaque matin.»

  • Être un homme et danser jusqu'à 70 ans, c'est tout sauf ordinaire. Danser et chorégraphier sont des métiers peu connus. Artiste du corps en mouvement, Paul-André Fortier a exploré, pendant plus de quarante ans, les capacités expressives du corps à titre de danseur et de chorégraphe. Cet essai propose un voyage au coeur même de la création et de l'interprétation de ses oeuvres qui, pour une grande part, se sont faites en solo. Fortier y lève le voile sur ses aspirations, ses doutes, ses échecs, ses joies et ses succès. Il y parle de collaborations glorieuses - entre autres avec la plasticienne Betty Goodwin - et de solitude aussi, tout en faisant la part belle au «Solo 30X30», qu'il a dansé 450 fois, dans quinze villes sur trois continents.

  • De ce monde ouvre sur des aspects complémentaires de l'écriture de Louise Warren, de 2004 à 2020 : la chronique brève et la prose dédiée à un thème, incluant de nombreux inédits. Chaque volet accueille les oeuvres d'autres artistes, les lieux, le voyage, le souvenir, la lecture. Ainsi se tissent les fils de son appartenance au monde, dans sa multiplicité, dans sa diversité, de la vie simple aux échos de la planète, de la création à l'amitié et à la solidarité. Traversée par une même expérience de l'intime et du langage, la réflexion s'approfondit, jusqu'aux recherches récentes sur la matière et l'incertitude.
    Cet essai inclut le texte « Au nom de la matière » qui accompagne l'exposition du même titre au Musée d'art de Joliette, présentée du 15 août 2020 au 10 janvier 2021, dont Louise Warren est commissaire.

  • À travers les diverses sections de ce livre, Louise Warren poursuit sa réflexion sur la création en interrogeant et en parcourant - grâce à l'aisance du flottement - les lieux où l'écriture surgit et où elle s'exprime : le paysage, la maison et ses espaces, mais aussi le corps, le poème et la pensée elle-même. Ce projet se distingue par son hybridité : l'auteure avance en effet dans l'essai avec la poésie, elle en varie les tons et les formes, elle multiplie les façons d'occuper la page, dans une architecture fondée sur les échos et le déroulement intuitif. La recherche porte sur l'expérience de soi et l'expérience des formes, les voyages, les rencontres, les lectures, dans une quête constante de la formule juste, de l'équilibre visuel et sonore, se modifiant d'un fragment à l'autre. Ainsi s'élaborent concrètement la pensée du poème et le poème de la pensée.

  • Port de terre Nouv.

    Les lieux nous engendrent autant que nos père et mère. Ils donnent naissance à nos façons d'être et de parler, de vivre, d'aimer, même de mourir. Trois Grands Enfants explorent dans ses recoins les plus secrets la forêt montmorencienne, dans l'arrière-pays de Beauport, leur « port d'attache », dont ils se détachent petit à petit pour épouser le grand large que les bois incarnent avec leurs défis et leurs dangers. Ils y découvrent qu'ils ne sont pas encore nés : ils s'accoucheront dans la douleur et dans la joie, sortant peu à peu de leur longue incubation grâce à la puissance de la Poésie, langue première des bêtes et des plantes qui composent le peuple des forêts, cette grand partition de la vie à l'état brut qu'ils interprètent jusqu'à la dissonance et au charivari. Entre fable et poème, mémoire et essai, Port de terre met en oeuvre toutes les ressources du langage pour raviver le grand big bang qui nous ré-enfante à chaque instant.

  • Le triangle est linstrument le plus facile à manier au sein du grand orchestre. Objet futile, simple tige de métal pliée quon pourrait presque glisser dans la poche intérieure de son veston comme une pipe ou un stylo. Des piquiers qui savancent seuls ou en rangs serrés sur la portée des percussions. Et ce timbre clair, pourtant, on dirait invasif, qui traverse les mailles les plus ténues du bruit ambiant Le triangle symbolise le mieux, sans doute, le travail du diariste, du poète qui fignole des notes dans un carnet. Un seul écart de lecture, un seul émoi intempestif, et ding! Cest lappoggiature, le contretemps, la bourde. Cest lhumiliation de linstrumentiste, immédiate, tranchante, une humiliation pire, à nen pas douter, si lon considère le caractère simplet de loutil qui produit toujours la même note lorsquon le frappe avec une tringle. Rien, dans ce bout de métal, de quoi jouer les démiurges ou les semeurs de foudre. Rien que des notes frappées, étirées de temps à autre en quintuples-croches, mais toutes consubstantielles à lorchestre, indissociables du tempo et du bercement de la mélodie qua commandés le chef.

  • «Une démarche de chat» est une lettre qu'envoie un auteur vieillissant à une jeune femme, Ariane, qui partage avec lui une passion pour l'écriture. Convaincu que le goût des lettres est une façon de vivre, il tente de persuader son interlocutrice que la pratique de la création littéraire doit s'exercer avec constance et même obstination, sans le moindre espoir de reconnaissance. Suivre son chemin, advienne que pourra. Ce qui n'empêche surtout pas de peaufiner sa démarche. L'important étant la façon dont les choses sont dites. Le vieux romancier croit avoir découvert dans les nouvelles de sa correspondante un monde dans lequel il se reconnaît. Quelqu'un prendrait le relai.

  • L'heure ovee

    Paul Savoie

    Ce recueil confronte la création en deux temps : c'est d'abord toute la genèse du monde qui se rejoue, dans les yeux d'un enfant solitaire caché à la cime d'un arbre au milieu d'une plaine. Par se seule contemplation, suivie de l'apparition d'un adulte - homme ou femme, le texte maintient le doute -, puis d'une fleur sans nom, se recrée l'infini de l'univers. Depuis ce nombril que déploie la première partie du recueil, la deuxième réalise ensuite le rêve d'Artaud : de revenir au monde avant même son apparition, dans le corps, ici, de la muse. S'instaure alors une descente à l'envers du décor, dans l'imaginaire de cette femme allongée d'abord dans un hamac, puis agenouillée dans une salle à manger, que l'auteur observe. Elle incarne le monde à naître qu'elle refuse pourtant de laisser aller, bien que cette retenue enfantera 24 tableaux.

  • Catabase

    Sadighi Bahman

    «Catabase» explore cette région où le désir d'écrire s'éveille et par laquelle le poète expérimente et vit à fond l'exaltation et la jubilation de la découverte des mots, des choses et surtout du sentiment qu'un chemin, un sens, un ressac, un dialogue, bref qu'une certaine forme de communication silencieuse s'établit entre le poète et Autrui. Ce désir invisible, ce blanc attirant, cet être sans visage à qui l'on s'adresse quand on écrit - voilà ce qui pousse le plaisir d'écrire à revenir fouiller systématiquement le mot et le sens. Balancé entre le noir et le blanc.

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