Minuit

  • L'urgence, qui appelle l'impulsion, la fougue, la vitesse - et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l'effort. Mais elles sont pourtant indispensables l'une et l'autre l'criture d'un livre, dans des proportions variables, des dosages distincts, chaque crivain composant sa propre alchimie, un des deux caractres pouvant tre dominant et l'autre rcessif, comme les allles qui dterminent la couleur des yeux. Je conseille la lecture du recueil de textes de Toussaint L'Urgence et la Patience, en particulier tous ceux qui rvent d'crire. [...] Le romancier nous rvle ses manires de procder, ses rgles, ses trucs, ses manies, les contraintes qu'il s'impose, les joies qu'il connat, et, comme la lecture est insparable de l'criture, son exprience de lecteur de Proust, Kafka, Beckett, et, bien sr, de Dostoevski. (Bernard Pivot, Le Journal du dimanche) Ce recueil est initialement paru en 2012.

  • Football

    Jean-Philippe Toussaint

    Jamais, comme pendant la Coupe du monde au Japon en 2002, je n'ai prouv une aussi parfaite concordance des temps, o le temps du football, rassurant et abstrait, s'tait, pendant un mois, non pas substitu, mais gliss, fondu dans la gangue plus vaste du temps vritable. C'est peut-tre l l'enjeu secret de ces lignes, essayer de transformer le football, sa matire vulgaire, grossire et prissable, en une forme immuable, lie aux saisons, la mlancolie, au temps et l'enfance.

  • De Joachim du Bellay à Marguerite Duras, les plus grands écrivains de notre littérature ont connu des moments de faiblesse et ont raté certaines de leurs oeuvres. Histoires aberrantes, personnages inconsistants, style boursouflé, vers boiteux ? ces textes plongent tout lecteur sensé dans la consternation.
    Comment ces auteurs en sont-ils arrivés là ? Tenter de répondre à cette question conduit à interroger, avec l'aide de la psychanalyse, les mystères de l'acte créateur. Si l'oeuvre parfaite, en effet, isolée dans sa plénitude, n'offre souvent que peu de prise à la réflexion, l'oeuvre ratée, par son échec même, dévoile une partie des mécanismes du génie.
    Soucieux d'être constructif et de tirer toutes les conséquences de ses hypothèses théoriques, cet essai propose aussi des améliorations concrètes. Changements de forme, variations dans les intrigues, déplacements de personnages d'un livre à l'autre permettent d'imaginer, entre rêve de perfection et délire de réécriture, ce que ces oeuvres auraient pu être dans des mondes littéraires différents.

  • Le Titanic fera naufrage

    Pierre Bayard

    • Minuit
    • 3 Octobre 2016

    À l'image du romancier américain Morgan Robertson, qui raconta le naufrage du Titanic avec quatorze années d'avance, les créateurs semblent disposer d'un accès privilégié vers l'avenir, qui leur permet d'anticiper les guerres, les dictatures ou les catastrophes naturelles. Prendre la mesure de cette capacité prémonitoire ne devrait pas seulement inciter à leur confier des responsabilités politiques et à les associer aux recherches de la science, mais aussi à remettre en cause notre lecture des oeuvres ainsi que notre représentation de l'histoire littéraire et artistique. Ce livre est le troisième volume d'une trilogie qui comprend également Demain est écrit et Le Plagiat par anticipation.

  • Qui a peur de l'imitation ?

    Maxime Decout

    • Minuit
    • 12 Janvier 2017

    De Montaigne à Perec en passant par La Fontaine, Voltaire ou Stendhal, les plus grands écrivains de notre littérature ont imité d'autres oeuvres. Ils ont utilisé, parfois sans le dire, parfois sans en avoir conscience, l'oeuvre des autres pour écrire la leur. Car personne n'écrit à partir de rien. Personne ne prend la plume sans avoir à ses côtés un bagage plus ou moins chargé de livres. Une bibliothèque intérieure, parfois partiellement oubliée, parfois bien présente à l'esprit, parfois directement présente à portée de main, ce qui donne la tentation de l'ouvrir. L'imitation est l'un des phénomènes les plus naturels de la création littéraire. Et malgré cela, les écrivains ont souvent ressenti une gêne, une peur diffuse ou une terreur violente à se sentir ainsi dépossédés de leurs propres mots. Écrire sous influence, tremper sa plume dans l'encrier du voisin : de tels gestes menacent les rêves de singularité absolue et d'originalité qui président à notre manière d'évaluer les oeuvres. Comment les écrivains ont-ils réagi à cette peur ? Essayer de répondre à cette question amène à se pencher sur les différents paradoxes que les auteurs ont développés pour résoudre l'antagonisme qui oppose l'imitation et l'invention. Ils ont cherché à nous prouver qu'on pouvait guérir l'imitation par l'imitation, penser une imitation sans modèle ou devenir inimitable en imitant. La peur de l'imitation conduit ainsi à sonder les mystères de la création, à s'interroger sur les notions d'originalité et d'identité, à percevoir l'aspect collectif, pluriel, de toute écriture, sans céder aux illusions du génie et de l'inédit. Plus largement, l'angoisse de l'imitation renvoie à la question fondamentale de la littérature, celle qui se pose aux auteurs, aux éditeurs et aux lecteurs : qu'est-ce qui est spécifique dans mon oeuvre ? qu'a-t-elle à dire en propre sur le monde, sur Moi et les autres ? qu'apporte-t-elle en regard d'une histoire littéraire déjà copieuse et où tout pourrait déjà avoir été dit ?

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