• L´Apocalypse n´est pas un événement visible, parce qu´elle frappe individuellement. Ainsi, la narratrice se plie à l´ordre de l´Ange annonciateur : Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. Elle s´attelle au récit d´une certaine Fin des Temps, celle des valeurs patriarcales et normées, incarnées par le couple hétérosexuel. Modifier le réel est l´unique solution, mais l´usage de la fiction se complique lorsqu´il engendre le suicide au sein de son propre lectorat.
    Par-delà son exercice de déconstruction, ce livre est un roman d´amour. Chloé, Igor, la Clef, une femme un homme une femme, quelques possibilités. Tenter des formes de vie alternatives, c´est toujours se heurter à une remise en cause de son identité. Au lecteur de choisir, et peut-être d´inventer ce qui doit arriver ensuite. À l´héroïne, comme à lui-même. Le hasard n´existe pas, alors autant s´organiser.

  • Marges de philosophie

    Jacques Derrida

    • Minuit
    • 16 Août 2018

    « Ample jusqu'à se croire interminable, un discours qui s'est appelé philosophie - le seul sans doute qui n'ait jamais entendu recevoir son nom que de lui-même et n'ait cessé de s'en murmurer de tout près l'initiale - a toujours, y compris la sienne, voulu dire la limite. Dans la familiarité des langues dites (instituées) par lui naturelles, celles qui lui furent élémentaires, ce discours a toujours tenu à s'assurer la maîtrise de la limite (peras, limes, Grenze). Il l'a reconnue, conçue, posée, déclinée selon tous les modes possibles ; et dès lors du même coup, pour en mieux disposer, transgressée. Il fallait que sa propre limite ne lui restât pas étrangère. Il s'en est donc approprié le concept, il a cru dominer la marge de son volume et penser son autre... » (J. D.)
    Introduits par les descriptions d'un Tympan, inédits ou repris dans une nouvelle version, dix textes s'enchaînent ici pour élaborer ou déplacer ces questions, en interrogeant tour à tour Saussure et Rousseau, Kant, Hegel, Nietzsche, Husserl et Heidegger, Valéry, Austin ou Benveniste, etc. Selon une certaine désorientation active et méthodique, ils déploient aussi la recherche engagée dans La Voix et le phénomène, L'Écriture et la différence, De la grammatologie, La Dissémination. Ils réaffirment, contre les facilités et régressions de l'idéologie dominante, la nécessité d'une déconstruction rigoureuse et générative.

    Ce livre est paru en 1972.

  • Écrire la vie de Jacques Derrida (1930-2004), c'est raconter l'histoire d'un petit Juif d'Alger, exclu de l'école à douze ans, qui devint le philosophe français le plus traduit dans le monde, l'histoire d'un homme fragile et tourmenté qui, jusqu'au bout,

  • Prenant pour point de départ le séminaire inédit « Le parjure et le pardon » de Jacques Derrida, cet essai propose une lecture des trois séances qu'il a données à l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris, en 1998- 1999. Après avoir rappelé les principales apories du pardon élaborées par le philosophe, Ginette Michaud souligne les implications performatives de ce geste d'« offrande oblique » du point de vue du témoignage poétique auquel le pardon doit se mesurer, ainsi que l'importance des enjeux de traduction à l'endroit de l'idiome du pardon. Elle analyse en profondeur la question de la différence sexuelle et du genre dont Derrida a traité en s'attachant non seulement à la question spécifique du viol, mais également à celle du témoignage et, au-delà, à la violence extrême, la « pire violence ».

    Ce séminaire ouvre aussi de nouvelles perspectives sur le texte testamentaire de Jacques Derrida du 16 août 2004, où il accorde une place déterminante à la parole des femmes - de Sarah Kofman et Antjie Krog en passant par celles qui ont témoigné devant la Commission Vérité et Réconciliation jusqu'à la figure de la Justice aux yeux bandés de la cathédrale de Strasbourg - pour penser autrement la question du pardon.

  • Entre justification et explication, entre dire et faire, la destruction.

    Est-ce une chose ou un événement ? Un geste, une oeuvre ou une opération ? Un thème ou un titre ? Est-ce même bien un mot ? Qu'appelle-t-on, ce sera là ma question, destruction ?

    Avec Heidegger, Derrida en appelle à la destruction. Oui, à la destruction. L'a-t-on entendu ? Comme Heidegger (et c'est aussi ce « comme » qu'il s'agira d'examiner ici), Derrida nomme et renomme la destruction. Il lui donne le temps et le nom, une renommée. Il la surnomme - déconstruction, par exemple, ou, plus tard, « mal d'archive ». Comme Heidegger, Derrida travaille, traduit et retraduit la destruction, faisant parfois comme si tous ses mots, tous les mots et les phrases qu'il propose et déploie sur et à propos de la destruction, entretenaient des rapports sans rapport, rapports déjà trop clairs, ou encore bien obscurs.

    Qu'appelle-t-on destruction ? Après Heidegger, Derrida s'y est attardé, lui qui parlait, encore et encore, de destination et de destruction, lui qui nous a rappelé si souvent à la destruction qui arrive, partout où elle arrive. Posons que c'était l'un de ses combats, l'une de ses longues guerres (avec luimême, d'abord, et avec la destruction). Sera-ce finalement la nôtre ? Est-il aujourd'hui temps de penser - après Heidegger, avec Derrida -, temps de combattre aussi peut-être, au moins d'écouter, la destruction qui vient ? Est-il encore temps de témoigner de la destruction qui croît ?

  • En dépit de l´hétérogénéité des pratiques et des esthétiques, la cartographie de la production narrative contemporaine à laquelle s´emploie la critique depuis quelques années met au jour des modalités inédites d´instauration et de contestation du pacte romanesque. Toute l´adhésion au raconté se trouve ainsi délibérément mise en procès dans le roman contemporain, au gré de formulations diverses qui touchent tant les propositions thématiques que leurs expressions figurales.

    Peut-on tenter de systématiser les mécanismes qui engagent une telle problématisation de la transmission narrative ? Dans cette perspective, et afin d´approfondir l´examen des modalités formelles du paradigme narratif, la question est étudiée sous divers angles théoriques par une vingtaine de chercheurs du Québec, du Canada, de la France et des États-Unis. L´étude de romans parus depuis 1990 permet d´explorer la diversité des stratégies qui réinventent la transmission narrative en jouant de la séduction d´une voix, de la déstabilisation de l´autorité narrative, ou de la déconstruction plus ou moins subreptice de l´adhésion.

    Avec des textes de : René Audet, Yves Baudelle, Bruno Blanckeman, Emmanuel Bouju, Jean-François Chassay, Robert Dion, Frances Fortier, Bertrand Gervais, Barbara Havercroft, Pierre-Luc Landry, Francis Langevin, Andrée Mercier, Jean Morency, Warren Motte, Christine Otis, Marilyn Randall, Pascal Riendeau, Pierre Schoentjes, Phillip Schube-Coquereau, Nicolas Xanthos.

empty