• Avec Les Projecteurs, mis en scène par le Cercle Molière en 1965, Guy Gauthier lance la modernité du théâtre franco-manitobain en plein coeur de la révolution tranquille qui se déroule au Manitoba. Il faudra toutefois attendre dix ans avant que la dramaturgie franco-manitobaine s'établisse. Entretemps, le jeune dramaturge passe par Montréal avant de s'installer définitivement à New York à la fin des années 1960 où il est reçu par Edward Albee, et où il écrit une vingtaine de pièces pour la scène Off-Off-Broadway qui bat son plein. Par esprit de rébellion contre l'étau de la Langue et de la Foi, le jeune dramaturge s'était exilé dans la langue anglaise. Mais à New York, il redécouvrira son attachement à sa langue natale, et reprendra l'écriture en français. Après Les Projecteurs, il compose trois pièces en français : Jeu d'orgue (1967), courte pièce sur le monde théâtral, Si jeunesse savait (1992), pièce auto-fictive, mise en lecture à Paris en 2011, et Maudite soit la nuit, (2009) drame sur la vie de Charles Baudelaire, également mis en lecture à Paris, en 2009. À part Les Projecteurs, pas une de ses pièces françaises n'a été mise en scène au Manitoba. Ce volume, publié cinquante ans après le coup d'envoi de 1965, constitue la première édition du théâtre en langue française du dramaturge et réinscrit l'auteur dans le patrimoine de sa province.

  • L'écriture de Charles Leblanc dérange. Tant de dérision, tant de provocation, tant de dépense ludique jurent avec l'idée que beaucoup, en ce début de XXIe siècle, se font encore de la poésie. Ceux pour qui le poème, souple dépositaire d'une parole sublime, capte ou signale une essence voilée de mystère ne peuvent que recevoir comme un cinglant affront à la Muse le réalisme irrévérencieux de Leblanc. Cependant, ceux pour qui le poétique déborde le poème et qui attendent d'une oeuvre - poétique ou autre - l'occasion d'une rencontre avec une voix singulière, novatrice, percutante, reconnaissable entre toutes trouveront dans les pages parfois fielleuses de briques pour un vitrail une altérité qui s'assume entièrement, n'en déplaise aux forces morbides de la société qui tirent profit du silence des hommes. Ainsi, cet enfant terrible des lettres manitobaines, voire des lettres francophones en situation minoritaire, qu'est Charles Leblanc fait preuve d'une redoutable exigence de lucidité et insiste sur l'importance de ne jamais trahir son rêve : justice sociale ou amour. Pour lui, il sera toujours vital à l'humain d'avoir « tout [un] ciel à remplir » et de trouver l'audace de construire « des pans d'avenir / à habiter comme une maison ». C'est pourquoi les briques dont il est question dans briques pour un vitrail sont non seulement des instruments de révolte pour briser diverses formes d'un sacré aliénant, mais l'essentielle et modeste composante avec laquelle - advenant la participation d'un nombre suffisant de personnes - peut se construire une maison finalement vivable pour chacun.

  • Nouvelles orphelines, première oeuvre de l'auteur franco-manitobain Robert Nicolas, offre une collection de textes inspirés de petits drames, survenant souvent dans la banalité de la vie quotidienne.
    Avec un sérieux teinté parfois d'un humour décapant, les différentes voies narratives tissent des scènes plausibles qui dérapent régulièrement, entraînant le lecteur dans des situations cocasses, hors de l'ordinaire. Souvent, un détail insignifiant, magnifié sous la loupe du narrateur, devient une invitation à réfléchir sur notre condition humaine, et si les voies narratives varient, le ludique lui s'inscrit toujours dans cette alternance entre le sérieux et le ridicule.
    Ces textes soigneusement construits permettent de découvrir l'art d'un jeune écrivain, lui-même séduit par les entrecroisements entre la fiction et la réalité.

  • Au temps de la Prairie; l'histoire des Métis de l'Ouest canadien, raconté par Auguste Vermette, neveu de Louis Riel.

    Ce texte du Métis Auguste Vermette, neveu de Louis Riel, établi et annoté par l'ethnologue Marcien Ferland, raconte la vie des Métis au temps de la Prairie, lorsqu'ils vivaient à même la prairie du produit de leurs chasses. Il constitue un document à valeur historique et ethnologique indéniable. Le texte s'appuie non seulement sur les propres connaissances d'Auguste Vermette en tant que Métis né à la fin du 19e siècle qui a grandi avec les coutumes et le parler de son peuple, mais également sur les propos de son père, authentique fils de la Prairie et témoin oculaire des événements de la Rivière-Rouge.

    À l'encontre des livres d'histoire de tout acabit, les héros métis retrouvent, sur les lèvres d'Auguste Vermette, leur dimension humaine par le truchement de son style tout empreint de réalisme.

  • POÈME PIERRE PRIÈRE. « Parfois prier est seule parole » nous dit un vers du recueil. Dans une langue sobre, essentielle, ces poèmes sont une réflexion sur le sens fondamental de la vie. Leur écriture passe par l'esprit de grands mystiques, de moines zen iconoclastes, de la pensée présocratique et d'une grande jouisseuse du début de la Renaissance. Pierre et prière constituant une anagramme, comment passe-t-on de la matérialité à la spiritualité ? Par le poème, par le dire, par la parole.

    DESS(E)IN regroupe l'ensemble reconfiguré des textes que l'auteur a écrit autour de l'oeuvre de l'artiste Tony Tascona. Par la voix du dit et du non-dit, la voie du plein et du vide, les traces de la plume et celles du pinceau émergent de la grande mer de l'encre, pour donner forme au chaos. L'intention du dessin serait, à l'origine, semblable au dessein de la poésie.

  • Le point de départ de la création de la pièce a été l'intérêt personnel passionné, pour la personne de Louis Riel, de Claude Dorge ainsi amené à se documenter en détail sur la vie de ce personnage devenu légendaire, à étudier de près sa correspondance et ses poèmes. Mais au lieu d'en faire une oeuvre d'édification, soucieuse de marquer logiquement les différentes étapes d'un destin de héros exemplaire, accomplissant une mission à la fois historique et religieuse, l'auteur nous introduit dans l'intimité psychologique du personnage. Il ne s'agit donc pas de nous présenter un Riel historique, daté et circonscrit par des repères chronologiques précis, mais de nous le faire vivre de l'intérieur, dans son humanité à la fois riche et humble.

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