Littérature générale

  • Plus tard, le soir, le ciel est devenu d'un profond bleu ardoise, identique à celui qui baigne maintenant la base des montagnes, et leurs sommets enneigés, avec leurs tentacules pendants, flottent dans l'espace.

    Toute sa vie durant, Nan Shepherd (1893-1981) a arpenté les montagnes écossaises de Cairngorm. Là-bas, les hivers sont extrêmement rudes, les conditions de vie précaires. La Montagne vivante raconte ses pérégrinations, ses méditations, ses « choses vues » : les rivières, la neige, la faune et la flore, mais également ses camarades temporaires, les autres marcheurs qu'elle a croisés lors de ses explorations.
    Ce récit, écrit dans les années 1940, était resté inédit pendant près de trente ans. Nous pouvons maintenant découvrir la prose poétique et exaltée d'une pionnière du nature writing : Nan Shepherd explore les résonances du coeur humain et du paysage, s'affronte à la grandeur souvent terrifiante de la nature, et nous convie à contempler l'âme du monde déployée sous nos yeux.

    « Le meilleur livre jamais écrit sur la nature et le paysage en Grande-Bretagne. » The Guardian

  • Un homme donne rendez-vous à une femme prénommée Lena dans le grand cimetière de Stockholm. Cette femme est une inconnue, mais elle rappelle intensément au narrateur la jeune femme dont il a été très amoureux il y a une vingtaine d'années. Cette dernière s'appelait Magdalena, était comédienne, elle aussi avait joué Strindberg. Après leur rupture, le narrateur a écrit un livre sur les trois années qu'ils ont vécues ensemble et il veut donner les détails à l'inconnue de Stockholm.
    Ce récit de Peter Stamm ciselé en 37 petits chapitres, dont le titre rappelle « la tendre indifférence du monde » évoquée par Albert Camus à la fin de L'Étranger, est d'une vertigineuse intelligence.
    Peter Stamm décrit avec des mots simples, étudiés, ce moment de tourbillon fondamental où le sens de notre identité vacille, un théâtre de l'intime où le trouble règne.

  • « On a souvent tendance à croire que l'imaginaire rime avec l'ailleurs, pour se détacher justement d'une réalité parfois trop... envahissante. Et s'il s'amuse à dépeindre, presque par principe, le grandiose, le démesuré, l'inédit ou le singulier, l'imaginaire aime aussi se nicher, se terrer, s'enfouir et prendre racine dans le détail et le relief du réel. C'est pourquoi La Volte vous propose de creuser votre sillon en faisant rimer imagination avec région. Dans le passé, le présent, le futur, parlez de la région de votre choix (industrielle, intacte, morne, vivante, sublime, détestable, recherchée, oubliée, et plus encore si affinités), celle que vous aimez ou détestez, mais celle qui vous inspire ! Il ne s'agit ni de prôner le retour au terroir, ni d'exalter la mondialisation. Il s'agit de surprendre, en entremêlant deux notions qui pourraient sembler antinomiques : d'un côté l'ancrage dans les spécificités et les vérités d'un lieu, et de l'autre le dépassement des frontières et du réel. » Stéphane Beauverger et David Calvo 15 janvier 2014 Quatorze territoires français saisis par l'imaginaire. Énigmes de la mémoire, mythes fondateurs, retour vers l'enfance ou basculement vers l'abîme, le terroir devient le berceau de toutes les histoires.

  • La classe de neige

    Emmanuel Carrère

    Dès le début de cette histoire, une menace plane sur Nicolas. Nous le sentons, nous le savons, tout comme il le sait, au fond de lui-même l'a toujours su. Pendant la classe de neige, ses peurs d'enfant vont tourner au cauchemar. Et si nous ignorons d'où va surgir le danger, quelle forme il va prendre, qui va en être l'instrument, nous savons que quelque chose est en marche. Quelque chose de terrible, qui ne s'arrêtera pas.

  • Calme-toi, Lison

    Jean Frémon

    C'est un monologue intérieur, Louise Bourgeois parle, se parle, passe en revue des bribes de sa longue vie, dans le désordre. Tout est ici imaginaire, ce n'est pas une biographie. Mais tout est plausible, les humeurs, les saillies, les ressentiments, les pudeurs. C'est le portrait, de mémoire, d'une femme qui a voué sa vie à son art, une vie qui se confond avec le siècle, et qui a été reconnue tardivement comme l'une des artistes majeure de notre temps. J'avais de l'affection pour elle. J. F.

  • L'île lisible

    Dominique Meens

    Du signifiant dans la nature à deux pas de chez soi.

  • Où l'on retrouve l'univers si particulier et original de Danielle Mémoire, et ce "corpus" qui en est la planète secrète, génératrice, et que la succession des livres dévoile peu à peu sans jamais l'élucider : des histoires entremêlées de famille et de littérature, des fictions qui se prennent pour objet même de leur épanouissement.

    Où l'on retrouve cet esprit qu'anime une folle logique qui multiplie les abîmes et les mises en abîme, qui ne s'épargne aucun détour vers les zones les plus obscures de la pensée et de la vie.

    Où l'on retrouve ces personnages qui s'échangent, se contredisent, prétendent tous et successivement être l'auteur du fameux "corpus".

    Où l'on retrouve cette écriture inimitable qui use avec une inégalée maîtrise de toutes les ressources de la rhétorique classique et qui les manipule avec tant d'humour et de talent qu'elles en deviennent de la plus belle avant-garde qui soit.

  • Champion et Ooneemeetoo, ce sont deux frères cris nés d'aurores boréales, élevés au rythme des rires et des sabots de caribou martelant le sol de la toundra. Un jour, ils sont envoyés très loin dans le sud dans un pensionnat autochtone, où une tout autre réalité les attend. Heureusement, la Reine blanche veille sur eux. Imprégnés à la fois de la magie et de l'humour de la culture crie, et du potentiel rédempteur de l'art, les frères se fabriqueront, l'un par la musique et le théâtre, l'autre par la danse, une liberté nouvelle.

    Véritable oeuvre d'équilibriste, le roman dépeint les rêves et les écueils que vivront ces garçons écartelés entre deux univers, et livre un hommage saisissant au pouvoir des récits.

    Dans la préface inédite à cette réédition, le romancier Louis Hamelin écrit qu'«?on ne peut qu'admirer le caractère terriblement prémonitoire de ce Champion et Ooneemeetoo?» paru plusieurs années avant les excuses of?cielles du Parlement canadien pour la création des pensionnats autochtones et l'Enquête nationale sur les femmes et les ?lles autochtones disparues et assassinées.

    Publié en anglais en 1998 sous le titre «Kiss of the Fur Queen» puis en français par Prise de parole en 2004, «Champion et Ooneemeetoo» connaît un succès qui ne se dément pas. Servi par une traduction extraordinaire signée Robert Dickson, il s'agit du seul ouvrage traduit de la collection BCF, qui pérennise les classiques de la littérature franco-canadienne.

  • Le cocommuniste

    Jacques Jouet

    La scène se passe : en banlieue parisienne dans les années 1970 puis en URSS entre la mort de Lénine et celle de Staline puis dans le bassin creillois entre 1950 et 2010 puis dans une «démocratie populaire» après la destruction du rideau de fer puis en France avant Karl Marx puis en Amérique latine aujourd'hui et puis encore, pour finir, en banlieue parisienne aujourd'hui. Le communisme dans l'idée ; le communisme dans le concret. Vains dieux, la confrontation!

  • Il n'y a pas de grande île, les îles sont petites. Entourées d'eau de toutes parts, les îles sont à la taille de l'homme. L'homme est à la taille des îles. Nous sommes tous des Robinsons. Nous rêvons d'îles dont on ferait un paradis. Sans imaginer que l'on risque d'en faire un enfer. Qu'emporterons-nous sur l'île ? Alain Hervé nous emmène dans les îles de toute sa vie, tout autour du monde, de Chausey à la Polynésie, de Madère aux San Blas, d'Éléphantine à Manhattan - oui Manhattan est une île -, de Venise à la Russie, de Nantucket aux Galápagos, d'Écosse au Chili, du Japon à la Suède et encore et encore... Il raconte leurs arbres, leurs hommes, leurs instants, leurs vents, leurs bateaux, leurs marées, leur vie... jusqu'à leur donner une dimension philosophique sensible.Désertes ou hérissées de buildings, tropicales ou glaciales, volcaniques ou sacrées. Ce que Dieu a fait de mieux sur la planète Terre, ce sont les îles. Partons pour les îles.

  • Legendes

    Martin Winckler

    Les fictions qui nous accompagnent, qui nous aident à grandir et nous ouvrent sur le monde, ne sont pas seulement les livres que nous avons lus, les films que nous avons vus, ou, plus généralement, les histoires qui nous ont été racontées. Pour ne pas se dissoudre dans l´écoulement du temps, chaque homme, chaque femme, élabore également ses fictions personnelles à mensonges, fantasmes, faux-semblants, espoirs insensés, conquêtes irrésistibles, vengeances et crimes parfaits. Mais la mémoire est un monde sous-marin : aussi vivant que le corail, l´imaginaire y recouvre lentement l´épave de chaque événement, réel ou rêvé, vécu ou inventé ; peu à peu, le souvenir des fictions se mêle indissolublement à la fiction des souvenirs.

  • La Nuit de l'ange

    Avelyne Peillet

    Isabelle et Richard Fontaine sont au CHR de Lille, au chevet de leur fils Romain. Ils ignorent s'il sortira du coma dans lequel il est plongé. Or, Romain se trouve précisément dans la chambre d'hôpital, pourtant il ne peut pas communiquer avec eux. Il voit et reconnaît son propre corps inerte et endormi, se trouvant juste au-dessus de lui et observant la scène du plafond. Il a conscience d'être là, pourtant ce n'est pas tout à fait lui qui assiste à la scène. Il entend les conversations, il voit clairement ses parents, mais ses yeux sont clos et son corps est endormi paisiblement. Effrayé et au bord de la panique, il crie, pourtant aucun son ne sort de sa bouche....
    /> Romain, jeune journaliste frustré par son travail et tombeur compulsif, voit sa vie basculer le jour où il se retrouve handicapé suite à un accident. Pourtant il ressortira totalement transformé de ce parcours initiatique hors normes.

  • Projet Espoir

    Charlène Gros-Piron

    Sans que vous le sachiez, chaque peur, chaque doute, chaque sentiment, pensée ou acte alimentant votre part d'ombre nourrit aussi des êtres semblables à des volutes de fumée, qui parviennent à se matérialiser lorsqu'ils ont assez emmagasiné. Seules quelques personnes peuvent voir ces formes évoluer et tuer, elles seules peuvent aussi mourir d'un simple contact avec ces choses. Les exterminer est pourtant un devoir : là où elles prolifèrent naît la guerre.
    Vous ne connaissez rien de la véritable Histoire.
    Mon nom est Daphné. Je suis chasseuse d'Obscurs et dirige, à presque 21 ans, la plus efficace des équipes de Paris. La plus jeune, aussi. Je porte un secret qui me vaudrait d'être assassinée. La nuit où mon frère Raph s'est laissé attraper par un Obscur pour me sauver, perdant instantanément la vie, ces horreurs m'ont aussi touchée, marquée. Et mon coeur ne s'est pas arrêté.

  • Plusieurs associeront le o majuscule de la page couverture à l'ovulation. Il s'agit en réalité de l'oeil de l'auteur qui se pose, scrute et dévisage en voyeur des personnages qui attendaient ses mots pour prendre forme. Le lecteur devient témoin de ces sortilèges dont le mot-piège par excellence est « rouge », qu'il s'agisse de la tuque du père Noël, des premières menstruations ou de la froidure sur la peau nue d'un enfant qui a besogné toute la nuit.

    Pour son premier recueil de nouvelles, José Claer laisse des empreintes dans la neige qui se remplissent rapidement de sang, dénonçant ainsi un imaginaire de conteur à l'écriture dense, foisonnante de moments magiques in extremis. Toujours, il nous surprend et nous déstabilise par le dernier mot du texte, qui fait une pirouette et nous laisse bouche bée et amusé.

  • Jeanne est abandonnée aux portes d'un couvent; un brave chien se transforme en loup affamé la nuit venue; un cigogneau handicapé au coeur vaillant trouve sa voie; un petit garçon sans foyer est victime d'intimidation; Sam l'oiseau dans sa tête réalise son plus cher désir; de jeunes phoques se disputent la succession du roi Blanc; une grand-maman se cache dans une banque; un petit violon très orgueilleux part en vadrouille et un ange dodu apprend la gourmandise.Ces onze petites histoires sont racontées dans la lignée du conte classique. Les personnages n'ont cependant rien à voir avec des princes et des princesses. Les héros épousent différentes physionomies et personnalités. Ils se promènent dans des mondes parfois réels mais bien farfelus.Dominée par l'imaginaire, la narration demeure cependant à proximité d'une certaine réalité. On y retrouve le désir de maintenir le contact avec la nature, les belles images et les valeurs du conte traditionnel. Les personnages qui y abondent vous attendent impatiemment et frétillent d'envie de vous entraîner là où vous ne pouvez aller qu'avec eux.

  • Trois petits coups se font entendre, peut-être trois points de suspension qui trépignent d'impatience, et le rideau s'ouvre, le Théâtre au bout des sens de Daniel Paradis devient visible et lisible pour tous les amateurs de folie douce. La première constatation d'un des personnages de l'auteur, dans la nouvelle Treize, c'est que «?l'intellect demeure à la fois effrayé et attiré par le mystère?». Dans ce livre, le lecteur demeure agréablement assis sur le bout de sa chaise devant les multiples visages du style et les facettes de la beauté, ces mots qui lèvent le voile sur les sentiments humains et où gronde parfois le souffle de l'Univers. La bonne humeur et la poésie ne sont jamais très loin derrière. Divisé en trois actes, ce recueil de nouvelles et autres histoires fait penser au regard d'un tonton original et mal rasé, mais plein d'affection. Sous la patine de l'humour, une grande sagesse imprègne le livre et vise le coeur. Après avoir bien ri ou s'être étonné de l'une ou l'autre situation, on ressent une grande chaleur tapie sous les phrases.

  • Par une éclosion d'images audacieuses, la poète nous entraîne dans sa roseraie secrète où, sous le couvert de trente-trois masques, la rose revêt des visages surprenants, émouvants, contemplatifs. Ne sont-elles pas nos miroirs, ces fleurs qui, d'instinct, transfigurent la noirceur et s'élancent vers la lumière ? «j'ai des épines d'encre dit-elle et mon abîme nourricier est une roseraie de blessures de plantes-ruines aux yeux rougis aux fleurs sans masque ni défense» Des oeuvres de l'auteure accompagnent les poèmes.

  • Ce livre est placé sous le signe d'une obsession unique. Du plus profond d'un ordre, où la réalité primitive de l'enfance et un imaginaire à l'origine indéfinie se confondent, des images surgissent qui dessinent les paysages d'une géographie intérieure peuplée d'êtres et de formes hantantes. Aussi bien dire que la mémoire et l'oubli sont l'objet véritable et constant de ces textes. La forme du poème est ici en prose, comme si seule une certaine composition syntaxique pouvait rendre compte de ces paysages profonds, seule à pouvoir accueillir, au bout du compte, les personnages et les récits qui habitent le poète.

  • Un chômeur sombre dans l'itinérance alors qu'il est habité d'un singe, sorte de parasite imaginaire semblant déborder de lui ; à Montréal, un homme et une femme se rencontrent dans une ville secrète creusée sous la ville souterraine ; un jeune chercheur de l'Université McGill retrouve en rêve un primatologue soviétique habitant l'Abkhazie en guerre après la chute de l'URSS ; des écrivains ratés vivant à Yamachiche voient leurs imaginaires contaminés par ceux de Kafka et de Beckett ; une enfant arrivée aux portes de l'adolescence adopte un chien sans tête qui l'aide à affronter ses incertitudes et ses peurs...
    En brouillant les frontières entre l'humain et l'animal, le réel et le fictif, le passé et le futur, les douze nouvelles de «Dormir sans tête» semblent échapper au réel, mais proposent un portrait du temps présent où transparaissent nos angoisses et nos craintes.

  • Couvrant les années 1950 à 1980, les récits nous transportent, entre prose et poésie, entre réel et imaginaire, du Québec à Haïti, et de la France au Vietnam. De la cime d'un grand pin au trou d'un cimetière; d'un camping en bord de mer au béton d'un HLM, ou encore d'un balcon-prison jusqu'à la scène, côté jardin, de l'Académie Saint-Paul, ce sont autant d'images fortes, choc, qui se révèlent ici et trouvent leur juste place dans ce recueil d'histoires d'enfances plurielles, chacune étant unique, comme toute enfance.

  • Vas-y embarque /
    conjugué·e à ta guise /
    tous les temps sont bons /
    quand on vit dans sa tête /
    nous serons tes guides pour la journée /
    une journée emplie de fabuleries de pleurs /
    de lieux assez petits pour mettre dans ton hamburger /
    et de lieux assez grands /
    pour mettre dans le hamburger d'un géant. //

    La visite sera triste par bouts /
    rieuse par d'autres /
    c'est la vie on suit le manuel /
    on promet rien /
    que le siège et le verbe /
    pour aller de là à là /
    pour ce qui est du reste /
    il y a toujours l'amour et le pardon.//

    Verdunland est une visite guidée dans un Verdun parallèle et fantasmé, dont on ressort indemne après la lecture.

  • Très affecté par le décès de sa femme survenu lors de la fameuse épidémie de grippe espagnole de 1918, Armand Boisvert reçoit un jour une lettre de son frère Edmond. Ce dernier lui propose de s'installer avec ses quatre enfants à Sainte-Anne-du-Nord, un village agroforestier naissant de l'Abitibi. La plus vieille, Éva, a quinze ans et tente tant bien que mal de remplacer sa défunte mère. Rapidement obligée par le curé de la paroisse de se marier au séduisant, mais taciturne Omer - elle qui voulait pourtant prendre le voile -, Éva devra se transformer peu à peu en une femme forte et fière pour survivre dans cet environnement difficile, voire hostile.

    Comme toutes les pionnières de cette époque, elle se révélera une femme de devoir, une mère courageuse et une épouse dévouée, et cela, peu importe les malheurs et les tragédies qui s'abattent sur elle ou son entourage. Et au seuil de sa vie, Éva ne regrettera rien, malgré les événements parfois douloureux qui ont pavé sa route. Elle a fait du mieux qu'elle le pouvait, tout ce que son créateur attendait d'elle.

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