Langue française

  • Truismes

    Marie Darrieussecq

    Difficile d´écrire son histoire lorsqu´on habite dans une porcherie et, qui plus est, lorsqu´on est devenue une truie. Car telle est l´extraordinaire aventure de la narratrice de cette fable terriblement sensuelle, qui se métamorphose sous les yeux stupides de son ami Honoré, prend du poids, se découvre une soudaine aversion pour la charcuterie, se voit pousser des seins surnuméraires, et finit, bien obligée, par quitter la parfumerie dont elle était l´hôtesse très spéciale...
    Tantôt humaine, tantôt animale, elle erre dans les égouts et dans les jardins publics où elle se nourrit de débris végétaux, elle met bas ses porcelets, devient l´égérie du futur président de la République avant d´être la maîtresse d´un très séduisant loup qui se nourrit de livreurs de pizzas et manquer finir sa vie dans l´assiette de sa propre mère.
    Derrière ces aventures porcines se profile une société aux prises avec un extrémisme obsessionnel de la vie saine mais de fait corrompue, une vaste ferme des animaux où les achats se règlent en Euro ou en Internet Card, où charlatans et fous mystiques se disputent le pouvoir.
    Le récit de cette modification se double donc d'un conte moral où l'oeuvre d'imagination affiche ses intentions de satire sociale. Se plaçant d'emblée sous l'égide de Knut Hamsun, de la glèbe et de la sauvagerie attenante à l'humain, la narratrice, truie endiablée, permet au lecteur de renouer avec des plaisirs de lecture qui viennent de très loin.

  • Clèves

    Marie Darrieussecq

    Clèves raconte l'éveil à la vie amoureuse et sexuelle d'une petite fille, en province, il y a une trentaine d'années environ... Les trois parties du livre respectivement intitulées « Les avoir » (les règles), « Le faire » (l'amour), « Le refaire » (l'amour, encore, bien sûr : une seule fois ne suffit jamais, surtout en l'occurrence), donnent bien la temporalité et la dramaturgie de ce huitième roman de Marie Darrieussecq.

  • Voie négative

    Valère Novarina

    Un jour de septembre, il y a assez longtemps, après m'être nourri pendant quinze mois du théâtre de Stéphane Mallarmé - théâtre que l'on ouvre de ses mains ; scènes que l'on ressuscite ; lettres à qui nous redonnons vie en les respirant - je lus, dans mes initiales : Voie négative et pensai donner un jour ce titre à un livre... Le voici. Quatre textes, ou plutôt creusements, quatre variations sur une idée fixe.  
    Écrit dans l'air, récit d'une rencontre avec huit acteurs venus d'Haïti. L'acte de la parole, descente dans notre langue jusqu'au latin et parfois bien plus bas. Niement, suite de notes prises au cours de quatre promenades dans la montagne. Entrée perpétuelle, version théâtrale, orchestrée (et pythagoricienne ?) du Vivier des noms.

  • Walla Walla

    Elsa Boyer

    À Walla Walla, au milieu du béton, en plein sur les écrans, un pasteur fait usage de techniques d'agitation. Il s'agit de reconstruire, emmurer, armer. Il connaît tous les business, ravit les cervelles.
    Au même moment, on poursuit les relations de voisinage, on pratique les rapports familiaux. Les pelouses sont sous contrôle. Le Psychotek recommande une séance de méditation.

  • « Il est dans lun et lautre paysages à la fois, là à la même place, sans remuer. Il les sent tous les deux, les sent bien dans son corps tous les deux, tout autour de son corps, aussi loin quil puisse appréhender le monde.

    Pour une fois !

    Lunivers soffre à lui dans une dualité insoupçonnée, séductrice, jusquà ce jour celée dans la coïncidence.

    Limpression est universelle.

    Cela dure un bon moment.

    La métamorphose se prolongeait, le randonneur se sentait pris au jeu et jouissait sans retenue de la faculté nouvelle à lui octroyée pour prix de sa disponibilité.

    De son désir derrer, sa jouissance à ségarer, se perdre.

    Est-ce là un monde ancien ? je laurai vu sur les ?gravures, songeait-il, les contes figuraient ce trouble sur les scènes lointaines où lon jouait.

    Cet éclat modulé, troublant, lintense tension de lêtre et lémerveillement.

    Cette splendeur dans lherbe.

    Ce qui aurait pu passer au regard dautrui pour une aimantation extraordinaire de la contrée sest effacé dun coup, dédoublement des lignes comme gommé dun clin dil. »

  • Un autre

    Aiat Fayez

    Je m'étais toujours dit que mon identité me faisait tort. Le jour où j'ai su que j'allais pouvoir rencontrer Anna, une étoile montante du tennis russe, j'ai décidé de me métamorphoser. De fond en comble. Devenir un autre. Pour tenter de la séduire.

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