Langue française

  • Le matérialisme que ce livre interroge et construit n'est pas une « philosophie », mais la condition de possibilité et l'outil de la connaissance objective.
    Historiquement, il se confond avec l'élaboration de la science moderne s'affranchissant graduellement des contrats de parole qui l'asservissaient à la métaphysique et à la théologie. Comment, d'une part, cette émancipation s'est-elle effectuée en des temps où une croyance instituée imposait a priori la limite de l'Inconnaissable ? Comment, d'autre part, une métaphysique résiduelle impose-t-elle toujours aux artisans de la connaissance objective, sans qu'ils s'en doutent, des cadres, des frontières, des démarches et des représentations ?
    Ce livre montre qu'une analyse savante des complexes de discours dans l'histoire permet de comprendre et d'améliorer ce qui constitue aujourd'hui l'acte de connaître. De redéfinir la « conscience ». De sortir des leitmotivs exténués sur le « hasard ». De penser plus authentiquement la singularité émergente du vivant. De s'éloigner d'un modèle strictement nécessitariste du « déterminisme ». De sortir des impasses du réductionnisme. De résoudre les contradictions entre matérialisme et morale, ou entre déterminisme et conduites autonomes. D'entrevoir l'origine du symbolisme. De comprendre la nature fondamentalement politique de la religion. De penser l'articulation évolutive entre « nature » et « civilisation », et un lien cohérent et critique entre sciences de la nature et sciences de la société. D'identifier les comportements discursifs récurrents de ce que l'on nomme l'« idéologie ». Et d'édifier sur de nouvelles bases une histoire naturelle et sociale de la liberté.
    Revenant sur une part essentielle de son oeuvre, Patrick Tort invite ici à une véritable réforme logique de l'initiative de connaissance, et, simultanément, à instruire la méthode capable d'éclairer les mécanismes qui la favorisent ou qui la combattent dans l'univers infini des discours.

  • La parution rcente du livre posthume de Louis Althusser, L'avenir dure longtemps suivi de Les Faits (ditions Stock / IMEC, 1992), m'incite noter, comme en marge, quelques souvenirs et rflexions sur une priode et un homme que j'ai connus la fois de trs prs et de trs loin. De trs prs, car j'tais, de 1961 1965, lve l'cole normale suprieure et, comme philosophe, directement en contact avec Althusser qui assurait, assez "thoriquement" il est vrai - non au sens althussrien mais au sens courant du terme - la prparation au concours d'agrgation de philosophie. De trs loin, car j'tais compltement indiffrent l'effervescence intellectuelle qui rgnait alors l'cole et autour de la personne d'Althusser, dont je dcidai immdiatement de "scher" les cours, moins par mpris de ceux-ci que par refus instinctif de m'associer au petit groupe de ceux qui les suivaient. L'alliance, chez Althusser, de la plus extrme lucidit et de la plus totale folie - alliance "contre nature", j'y reviendrai, qui fait d'Althusser un cas, au sens o l'on parle d'un "cas Wagner" ou d'un "cas Nietzsche" - m'a paru digne de rflexion. Ce cas est en effet doublement instructif, clairant d'un mme coup de projecteur ce qu'il peut y avoir de plus raisonnable et de plus insens dans le fonctionnement du cerveau humain. Clment Rosset Cet essai est paru en 1992.

  • Couple : deux personnes de la mme espce considres ensemble.Couples en vacances avec enfants : spcimen d'un genre particulier qui attend l't avec impatience mais qui risque fort de finir la tte dans le sable.Les Bourdon et les Lafort ont lou deux appartements voisins dans une rsidence avec piscine en bord de mer. Chacun est arriv avec la mme envie : consacrer ce temps bni aux enfants, au repos, aux projets. Et tous sont rattraps par leurs obsessions propres : fuir un mari ennuyeux, gagner vite plus d'argent, faire oublier qu'on a pris dix kilos, faire semblant que tout va bien. Passe l'euphorie de l'chappe belle, ils ne tarderont pas dcouvrir que changer de vie a un prix, que la libert exige du souffle et qu'elle ne s'achte jamais bon compte.Avec un humour acide et une implacable clairvoyance, Nathalie Cte se fait entomologiste de la classe moyenne et pavillonnaire. En filigrane, elle dnonce le monde du travail, vritable machine tuer, et le monde matrialiste, qui propose vainement de se consoler en consommant crdit. On regarde ces personnages ni aimables ni dtestables se dbattre et renoncer. On les regarde, en esprant ne pas leur ressembler.

  • « Marx croit au progrès », « La lutte des classes est une pure invention de Marx », « Pour Marx, l'histoire est écrite d'avance », « Le communisme, c'est l'état omniprésent », « Pour Marx, la religion est "l'opium du peuple" », « Marx veut rendre tous les hommes égaux », « Le communisme est une utopie, il a échoué partout » ... Yvon Quiniou procède ici, d'une manière vivante et précise, au bilan d'une pensée complexe et mal connue, souvent déformée par ceux-là même qui se déclarent « marxistes ».

  • Dans son essai sur la révolte anti-puritaine dans la littérature américaine de l'Entre-deux-guerres, Nicole Guétin établit, à travers les plus grands écrivains de cette époque, le rapport entre le puritanisme des premiers colons du Nouveau Monde et les nombreux troubles de l'Amérique moderne. Dans certaines de leurs oeuvres, ces écrivains dénoncent les effets néfastes d'une mentalité qu'ils caractérisent comme figée et hypocrite. Encore aujourd'hui, dans certaines sphères sociales et politiques, l'impact de l'éthique puritaine reste vivace malgré l'attaque de ces hommes de lettres contre l'austérité et la rigueur de cet esprit qui risque de porter ombrage aux futures générations...

  • Les dieux ont créé l'univers, mais leur création échappe à leur contrôle. Hikos, empereur de la planète Pristoria s'en prend à eux.
    Kronos, dieu du temps et Vita déesse de la vie trouvent refuge sur un monde archaïque protégé de Pristoria par le pouvoir des dieux.
    Sur ce monde vivent les Mélamboméens, êtres aquatiques qui aiment vivre en collectivité, les Triolls qui aiment bien boire et manger, les Reggs qui excellent dans le façonnage d'objets toujours plus utiles et les Starks qui sont avides de connaissance.
    C'est de ces quatre peuples que va désormais dépendre le sort de l'univers tout entier !

  • Oser penser par soi-même. Voilà le mot d'ordre des écrivains matérialistes des Lumières qui n'ont pas hésité à récuser l'existence de Dieu, à mettre en jeu la réalité d'une « substance spirituelle » - oxymore absurde s'il en est - et à illustrer l'aliénation de ceux qui adhèrent à ce qui mène inévitablement au théofascisme.

    Si Dieu est une chimère et les religions des « folies humaines », la matière, en revanche, existe par elle-même, travaillée par des forces qui rendent compte du monde tel qu'il existe. Du « frayage » des particules élémentaires au transformisme, en passant par la théorie des probabilités, les thèses matérialistes ont pu éclore parce que des « philosophes » ont abandonné le paradigme mécaniste au profit d'une conception complexe de l'organisme, fondée sur l'irritabilité et la sensibilité du tissu animal. L'auteur de Matières incandescentes analyse les conditions d'apparition et de développement des problématiques matérialistes des Lumières (1650-1780) dans une synthèse impeccable qui souligne les liens qui se sont tissés entre réflexion philosophique et avancées scientifiques.

    Professeur émérite de l'Université d'Ottawa, Pierre Berthiaume est spécialiste de la littérature française du xviiie siècle et des relations de voyage en Amérique du Nord. Sa bibliographie comprend nombre d'ouvrages et d'articles qui couvrent les deux domaines de recherche.

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