• Les trois avocats du barreau de Paris, auteurs de cet ouvrage ont adressé, il y a quelque temps, un mémoire au Comité international de la Croix Rouge. Ils y attiraient, notamment, l'attention de cet organisme sur le caractère proprement inouï de la nouvelle organisation judiciaire instituée par la France en Algérie. L'émotion provoquée par cette démarche, en France et dans le monde, n'est pas près de s'apaiser. C'est tout le principe en effet du droit dans les nations civilisées, qui est mis en cause par le décret du 12 février 1960. Verrons-nous notre législation traditionnelle céder la place à ce que M. Michel Debré a appelé un jour, paradoxalement, les droits légitimes de la colère ? La question est posée.

  • Qu'est-ce que le positivisme? Le positivisme juridique en est-il une déclinaison? Sinon, quels rapports celui-ci entretient-il avec celui-là? Du reste, faut-il « du » ou « des » positivismes juridiques? Quels sont les enjeux politiques de l'adoption de la position positiviste ou d'une position positiviste donnée par le juriste? En focalisant sur le xxe siècle où la pensée juridique a pour ainsi dire éclaté, ce livre ambitionne de répondre à ces questions par la thèse selon laquelle il n'a pas existé un, mais plusieurs positivismes juridiques, certains concevant le droit comme un fait, d'autres comme une norme; certains adoptant une position explicative ou descriptive, d'autres une position normative. Leur examen sera l'occasion d'une évaluation des tentatives d'étude du droit comme fait ainsi que d'une interrogation sur le rapport du droit à l'État. Se poseront alors la question du pluralisme juridique et de sa relation avec l'idéal de l'État de droit et celle de l'intérêt d'adopter une nouvelle grille de lecture de l'histoire de la philosophie du droit.

  • La philosophie du droit a pour fonction d'assister la réflexion sur le monde du juridique, sur « le droit qui se fait », sur la doctrine juridique et notre façon de l'écrire, et sur l'appréciation (ou l'indifférence, l'hostilité, etc.) qu'un individu distancié peut éprouver à l'égard du droit et des juristes. Elle assiste et elle participe en examinant notre façon d'opérationnaliser les sources du droit, de forger des arguments pouvant être juridiques, d'évaluer les narrations qui se présentent au droit, d'examiner la pertinence de la doctrine, notre façon de pratiquer le droit et de faire des jugements judiciaires. Elle ne réside de toute évidence pas « en haut » et elle ne « surplombe » pas l'écriture de la doctrine. Elle ne se glorifie pas en distribuant (en toute incompétence) l'étiquette de « scientificité » au bon candidat, que celui-ci soit auteur d'un article, d'un livre ou d'une théorie. Admettons plutôt lucidement que la philosophie du droit ne donne pas de certificat de « scientificité » et que toute revendication en ce « sens » n'a pas de « sens ».

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