• Ce livre est un cri provoqué par des questions existentielles : comment faire face à la méchanceté ambiante, comment voir sa propre méchanceté sans sombrer dans le désespoir, comme tant d'écrivains qui n'ont pas résisté ? Par l'écriture, par l'ouverture à l'autre, par la compassion, il lui semble possible d'affronter la vie en croyant que, si elle reconnaît la présence du mal aussi bien en elle que dans le monde, elle pourra y répondre en se tenant debout parmi les vivants.

  • En hommage à Louise Dupré, le recueil «Moi tombée. Moi levée» esquisse l'itinéraire de corps qui tombent et se relèvent, suivant le proverbe créole qui veut que toute femme a sept sauts dans l'existence, sept stations d'un long calvaire. D'où l'exigence et la transparence qui travaillent ce recueil. Danse des mots et des visages pour que fleurisse la vie dans ce «voyage abracadabrant», si fragile mais combien humain. Le pari ici demeure cette lumière qui éclaire toute chose, les mots et les êtres qui chutent dans le vertige du verbe tomber.

  • Le titre «Le plus petit espace» définit exactement l'expérience proposée par Louise Warren, qui conduit son esthétique du peu à ses conséquences radicales : courts poèmes, vers brefs, images précises et concentrées. Sur le blanc de la page, le poème crée furtivement son espace. La reprise de ces apparitions et de ces effacements, de ces montées et de ces descentes, produit une sensation d'infini. Comme si un long poème se déroulait dans le blanc et que seuls ses accents les plus intenses transparaissaient. La composition minutieuse de ces instants inclut les nombreuses formes de cette réduction : le point, le trait, l'éclair, la lettre, le mot, la rature, le pas, le nid, la main, etc.

  • "Voix indigènes" revisite les séances de conjugaison de lenfance pour faire ressurgir le chant de figures déterminantes. Tour à tour, un pronom et un temps verbal semparent de la récitation et invoquent le mystère dune rencontre. La langue se fait rituel

  • «Plus loin que mourir» convoque le besoin irrépressible de vivre malgré la blessure du monde qui accable. Ces textes poétiques se veulent un cri de ralliement, un appel de détresse à notre âme oublieuse, devenue amnésique à l'abominable du monde. Être dans un état d'affliction et sans concession afin de rallier la lucidité; poser un regard de compassion sur la douleur: après l'étonnement et la déroute, aller vers un dépassement.
    L'auteure écrit ses textes à partir des oeuvres artistiques d'Eva Hesse, d'Andres Serrano et d'Antonio Zoran Musi?. Le poème produit une charge émotive capable de transformer cette sombre vision et de la tirer vers la lumière.

  • Comment survivre à la disparition de la mère ? Comment combler l'espace entre le monde et soi, voire entre soi et soi tant la douleur dévaste tout ? S'accrocher au paysage, bien sûr - lieu où elle a passé, où son souvenir toujours refait surface. Et l'écrire, en former des images que l'on voudrait réparatrices. Mais toujours en vain puisque, malgré sa continuité, le monde jamais n'arrive à taire le silence de la mort.

  • Après s'être penché sur les figures du Christ, de Mandelstam et de la Nuit (qui incarnait le Mal dans «La Nuit et les Enfants de la nuit»), De Facendis pose à nouveau la question éthique dans ses Fragments post-socratiques. Sous forme d'aphorismes poétiques, ces derniers offrent un regard dur sur les images et leurres que s'offre l'homme tout en pointant la nature comme source potentielle de vérité.

  • En 2013, elle a reçu un diagnostic de cancer du sein, et une partie de notre monde s'est écroulé - en 2018, nous avons appris que le cancer avait métastasé dans les os, et nous avons décidé de vivre. La théorie de l'existence est un long poème narratif sur notre amour.

    Comment parler avec justesse d'une telle histoire ? Le livre est né d'une publication Instagram : une chanson est d'abord apparue, un poème récité sur quelques accords. C'est ce rythme et quelques dissonances qui ont permis aux paroles de s'écouler et au poème de prendre forme.

  • Elle avait dit : « Il faut protéger les circuits du coeur et de l'intelligence qui nourrissent la folie du non-réel en nous. La littérature en dépend tout autant que le plaisir d'exister. » C'est ce à quoi Gérald Gaudet a toujours tenu en recevant les écrivains dans l'entretien.

    Lire, c'est comme aimer, nous y mettons du sens. Nous tenons à ce qu'il y en ait. Et c'est parce que l'oeuvre de Nicole Brossard donne ultimement des raisons de vivre, de vivre avec les livres, avec la pensée qui vient des livres, avec celle qui comme l'émotion vient des mots, qu'on sait cette oeuvre nécessaire - pour soi et pour les autres.

  • J'élève des soleils est un long poème adressé à une mère où le je est la fille du tu, et où le dessin est un sujet inénarrable. Or, installée à la table des réparations, de la faim, cette enfant de la mouise pratiquera l'art de la conversation aux couleurs salées et orangées. Débusquer sa mère, c'est ce qu'elle tentera de faire.

    J'élève des soleils est le septième livre de Louise Marois.

  • L'espace caressé par ta voix est construit en forme de diptyque, chacun des deux volets s'adressant à une femme. Dans le premier, la destinataire, L., est une petite fille appelée à devenir une jeune femme dans un siècle lourd d'incertitudes et d'angoisses. Outre la célébration de l'enfance, l'enjeu est celui de la transmission d'une sagesse, d'une manière d'habiter le monde, tandis que le poète envisage sereinement la perspective lointaine de sa propre disparition. Le second volet du diptyque, qui s'adresse à C. et a pour titre «Intervalles», est une grande suite amoureuse qui se déploie sous le signe de l'espace, de ce qui s'ouvre dans le désir : intervalles entre les choses, les lieux, les corps; éclats de vie et de voix. Les «trous dans le paysage» sont autant de percées vers la lumière, une façon d'accéder à la chair du monde.

  • Nul si découvert est le récit des craquements qui apparaissent à la
    veille de la grande débâcle amoureuse. Ces mots couverts de braise,
    ce papier peint qui s'étiole sur le coin de la bouche, les post-it de mots
    précieux qui ne collent jamais au frigo; comme des signaux de fumée
    annonciateurs de l'incendie qui fait rage en dedans. Le pyromane, c'est
    lui. Tout y passe, le hurlement avale la lumière et prend les corps sur son
    passage, rompt les engagements. C'est sur la fine poutrelle qui le mènera à
    lui qu'il trouvera les ancrages du pardon. Nul si découvert est un dilemme
    impossible, c'est la quête d'un homme emmêlé dans les cordages de sa
    parole et qui advient en décoffrant une à une les poupées russes du silence.

  • Je suis allé voir l'aube quand le clair n'était pas encore. Je trouve le présent, cette seule connaissance utile. La couleur nommée, la main pose la nécessité de l'instant et la survie des identités. Le trait illumine, dispose l'oeil à la disparition de l'habituel. Ici commence le parcours. Une infinie tendresse. Au premier pas, je prends congé des mémoires. Je porte le jour comme une fidélité au présent, le seul moment qui soit. Je préfère à l'étroit ce qui advient au regard. Pour tracer le matin il me manque les mots jamais rencontrés. Je me refais près du corps. Une joie avance au bout du champ. On dirait des paupières traçant l'éternité. Comme le théâtre Nô, quelque chose arrive et gagne la proximité. Aujourd'hui tout se fait rare, les choses sans nom, l'envers, l'endroit. L'étrange c'est plus sûr. L'éphémère, de l'autre côté de l'oeil. L'aube c'est bleu, parfois jaune et ocre.

  • Il y a la mort des uns et son impact sur ceux qui restent. Dans Aucun mot n'est tenu au miracle, la voix narrative qui s'élève ne cherche pas à explorer un thème, à relater une histoire ou à rétablir le fil de la mémoire. Elle recueille de petites éternités de lieux, de désir, de langage, de moments qui échappent au temps. On pourrait dire de ces moments qu'ils constituent de petites archives du «vivant». Les mots reviennent en force pour s'écrire en marge du corps et en marge de la mort. Les poèmes eux-mêmes semblent prêts à s'envoler, à quitter tout ce qui pourrait autrement les retenir.
    Ils habitent en quelque sorte cette fragile et délicate frontière qui sépare ce qui a été de ce qui ne saurait s'effacer. L'écriture répond
    ici au désir sauvage de laisser les images et les mots repeupler le fragile territoire de vivre.

  • Le poète attentif à ce qui l'entoure est autant fouineur de ruelles qu'observateur sensible aux effets de lumière. À l'affût des moindres turbulences du vent, il s'imprègne des plus légers murmures tapis dans la mélopée des oiseaux piailleurs.
    Ainsi va-t-il, le corps en mouvement, prêt à capter l'infini colori des vagues dans le silence rageur que la nature lui offre. Le poète séduit par la lente marche des saisons, se nourrit d'aventures au hasard de la route et des chemins de travers.

  • Au travers d'un dialogue avec Pablo Neruda et en écho à son livre «L'Espagne au coeur», «Un refuge au milieu des flammes» explore une faille tragique de l'histoire : la barbarie.

    Ce long poème évoque les ruines du passé, sur lesquelles se sont érigées nos sociétés, peut-être même nos civilisations. Ce que nous appelons «progrès» a-t-il un sens quand il se réalise aux dépens de masses humaines sacrifiées, au nom de croyances devenues aveugles? Tant qu'il y aura du sang dans les rues, pourrons-nous prétendre que nous sommes une société humaine? Et si, au fond, la barbarie était une composante indissoluble de toute culture?

    La Guerre civile espagnole, venue du fond des âges, apparaît comme une anticipation vertigineuse des temps modernes et annonce les fosses communes ou s'enlisera plus tard l'Histoire contemporaine. Échappant à toute espagnolade ou nostalgie poétique, l'ouvrage illustre le désir de mort qui traverse les siècles jusqu'à aujourd'hui, de Guernica jusqu'à Alep.

    En écho à cette première partie de l'ouvrage, «L'Ange de l'Histoire» rappelle l'éternel et intolérable combat des hommes et des femmes contre la Terreur. Quand l'Histoire tourne le dos au passé, quand celui-ci lui fait horreur, il s'interdit de créer les conditions du progrès. Le salut réside alors dans cette foi du prochain pas, alors même que la course furieuse de l'exil reste le dernier espoir des oubliés.

  • Dirigé par Catherine Cyr, le dossier de ce numéro est consacré aux corps atypiques. Le corps « normal » est une fiction. Au carrefour des discours sociaux et des représentations imaginaires, entre le corps standardisé du monde de la mode et celui, supposément neutre, de la médecine, s'érigent des morphologies plurielles, composites. Sont notamment évoquées les démarches de Romeo Castellucci et Sébastien David. Parmi les créateurs à qui on donne la parole, mentionnons Debbie Lynch-White, Menka Nagrani et Catherine Bourgeois. Hors dossier, on trouve notamment des textes de Dave St-Pierre et de René-Daniel Dubois, ainsi qu'un entretien avec le metteur en scène torontois Chris Abraham.

  • Dirigé par Philippe Couture et Christian Saint-Pierre, le dossier de ce numéro s'intéresse aux frontières linguistiques, celles qui séparent les créateurs et divisent les publics, mais aussi, plus largement, celles qui éloignent les communautés, les cultures, les imaginaires, les esthétiques et les méthodes. Les textes portent essentiellement sur les rapprochements, au Québec et au Canada, entre le français et l'anglais, mais on jette aussi un oeil du côté des pratiques étrangères ainsi que du côté du cirque et de la danse. Parmi les articles hors dossier, mentionnons la réflexion de Pascal Brullemans sur la présence de l'auteur en salle de répétition, un portrait du Moulin à Musique et une carte blanche au danseur Marc Boivin.

  • Dirigé par Raymond Bertin, le dossier de ce numéro aborde le sujet de la création et de la diffusion hors des grands centres par le biais d'exemples qui viennent confirmer ou infirmer le cliché de la région comme désert culturel. Entre autres organismes et manifestations à l'étude, notons la Danse sur les routes, le Festival de théâtre à L'Assomption, le Théâtre du Bic et le Théâtre français du CNA. À lire hors dossier, un hommage à Huguette Oligny, une réflexion sur l'objet et la violence en danse contemporaine et un panorama des théâtres africains contemporains.

  • Avec ce numéro, la revue JEU se présente à vous sous une toute nouvelle forme. Dirigé par Christian Saint-Pierre, le dossier concerne l'engouement que ressentent certains créateurs de théâtre québécois pour la capitale allemande. On lira les lettres d'amour de Marie Brassard, Daniel Brière, Evelyne de la Chenelière, Martin Faucher, Sarah Lachance, Catherine De Léan, Éric Noël et Marie-Lyne Rousse. En complément, le traducteur Frank Weigand explique pourquoi, selon lui, la pratique théâtrale berlinoise fascine autant. Hors dossier, on trouve notamment des textes de Justin Laramée et de Jean-Philippe Lehoux, ainsi que des entretiens avec le jeune metteur en scène français Julien Gosselin et la directrice sortante du FTA Marie-Hélène Falcon.

  • Dirigé par Catherine Cyr, le dossier analyse quelques-unes des formes que revêt aujourd'hui la mise en action du spectateur au théâtre. Alors qu'Anyssa Kapelusz aborde le passage de la « participation » au « participatif », Gilbert Turp analyse la fragile relation qui unit l'acteur au spectateur. Certains textes posent leur éclairage sur une pratique ou une oeuvre en particulier, comme un parcours ambulatoire créé par Sophie Cadieux et Alexia Bürger ou une pièce présentée dans un hôtel abandonné de New York. On trouve aussi dans ce numéro un portrait du dramaturge Jean-Paul Quéinnec et le compte rendu d'un colloque consacré aux enjeux du son au théâtre.

  • Dirigé par Christian Saint-Pierre, le dossier prend sa source dans une soirée du Festival du Jamais Lu 2011 placée sous le signe de l'urgence. Dix textes tirés de ce spectacle ont été choisis pour leur diversité et l'acuité de leur prise de parole. Parmi les auteurs, mentionnons Fanny Britt, Philippe Ducros, Emmanuelle Jimenez, Catherine Léger, Jean-François Nadeau et Marcelle Dubois. Hors dossier, on trouve notamment des entrevues avec Daniela Nicolò et Enrico Casagrande, Bruce Gladwin et Louise Lecavalier, une réflexion sur la figure du couple en danse contemporaine québécoise et une carte blanche au scénographe Max-Otto Fauteux.

  • Quel sort réserve-t-on aux artistes et aux oeuvres appartenant au passé théâtral québécois? Voici la question à laquelle une poignée de collaborateurs - Paul Lefebvre, Gilbert David, Alexandre Cadieux, Lucie Renaud, Hélène Jacques, Gilbert Turp et Marie-Claude Verdier - ont humblement accepté de proposer des fragments de réponses. Hors dossier, il est question d'un ouvrage à propos de la compagnie Danse-Cité, du centenaire du Sacre du printemps, du Théâtre Populaire du Québec, du regretté Patrice Chéreau, de l'écriture pour bébés, des pièces « injouables », de l'autoreprésentativité en performance et des défis de l'opéra contemporain au Québec. Aussi, des échos européens proviennent d'Avignon, de Grèce et d'Italie du Sud.

  • À travers les diverses sections de ce livre, Louise Warren poursuit sa réflexion sur la création en interrogeant et en parcourant - grâce à l'aisance du flottement - les lieux où l'écriture surgit et où elle s'exprime : le paysage, la maison et ses espaces, mais aussi le corps, le poème et la pensée elle-même. Ce projet se distingue par son hybridité : l'auteure avance en effet dans l'essai avec la poésie, elle en varie les tons et les formes, elle multiplie les façons d'occuper la page, dans une architecture fondée sur les échos et le déroulement intuitif. La recherche porte sur l'expérience de soi et l'expérience des formes, les voyages, les rencontres, les lectures, dans une quête constante de la formule juste, de l'équilibre visuel et sonore, se modifiant d'un fragment à l'autre. Ainsi s'élaborent concrètement la pensée du poème et le poème de la pensée.

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