• Fernando Pessoa a beaucoup écrit sur lui-même. Un singulier regard peut être vu comme un prélude à son oeuvre et le complément de son chef-d'oeuvre et livre total, Le Livre de l'intranquillité. Les textes qui composent le présent volume révèlent en effet des aspects méconnus de l'auteur à travers des textes et correspondances. Ils constituent un journal de sa vie intérieure, tout entière tournée vers l'auto-analyse.
    On trouvera dans cet autoportrait passionnant, souvent impitoyable, la lente progression d'une personnalité en pleine gestation, depuis une adolescence chaotique jusqu'à une maturité magistrale. Les écrits très intimes rassemblés ici montrent l'angoisse, la solitude et la lucidité de l'écrivain et la genèse de sa personnalité.

  • Qu'est-ce que voir? Qu'est-ce que dire ce que l'on voit? Qu'est-ce que faire voir? Qui dit ce qu'il faut voir? Cette étude tente de dégager l'économie propre à l'image dans le marché des visibilités auquel tout concourt aujourd'hui à la réduire. Toute image ne fait-elle pas le deuil de son objet? Comment se construit la légitimité et le sens du jugement portant sur des objets "iconiques" qui sont des figures émotionnelles? La passion de l'image est indissociable en Occident du destin iconique de la Passion christique. Cette passion ne s'est pas contentée d'articuler l'image à la doctrine de l'incarnation, elle a aussi fait l'objet d'un traitement institutionnel. Le vocabulaire de la chair s'est trouvé lié au lexique du corps de l'Église et, par la suite, à celui de tous les pouvoirs fondés sur l'adhésion et la soumission des regards. Décider d'une image est l'affaire d'un commerce, celui des êtres de parole qui ne cessent de faire circuler tous les signes qui produisent un monde commun. L'économie du visible est un choix politique, celui du partage des goûts et des dégoûts, donc des formes sensibles où se jouent les figures de l'amour et de la haine, donc d'une humanité qui reste toujours à construire.

  • Ce livre développe une question critique posée et reposée à nos certitudes devant l'image. Comment regardons-nous ? Pas seulement avec les yeux, pas seulement avec notre regard. Voir rime avec savoir, ce qui nous suggère que l'oeil sauvage n'existe pas, et que nous embrassons aussi les images avec des mots, avec des procédures de connaissance, avec des catégories de pensée. D'où viennent-elles, ces catégories ? C'est la question posée ici à la discipline de l'histoire de l'art, dont le développement actuel - la finesse de ses outils, son impressionnante capacité d'érudition, sa prétention scientifique, son rôle dans le marché de l'art - semble autoriser le ton de certitude si souvent adopté par les professionnels de l'art, les savants de l'image. Or, qu'est-ce qu'un savoir lorsque le savoir porte sur ce Protée que l'on nomme une image ? La question exige de mettre à jour la « philosophie spontanée » ou les modèles discursifs mis en jeu lorsque nous cherchons, devant un tableau ou une sculpture, à en tirer, voire à en soutirer une connaissance. Entre voir et savoir se glissent bien souvent des mots magiques, les philtres d'une connaissance illusoire : ils résolvent les problèmes, donnent l'impression de comprendre. Ces mots magiques, Vasari, le premier historien de l'art, au XVIe siècle, en a inventé de fameux, qui traînent encore dans notre vocabulaire. Panofsky, le « réformateur » de l'histoire de l'art, au XXe siècle, les a critiqués dans un sens, à l'aide d'un outil philosophique considérable - la critique kantienne de la connaissance -, mais il les a restaurés dans un autre sens, au nom de l'humanisme et d'un concept encore classique de la représentation. C'est du côté de Freud que l'on a cherché ici les moyens d'une critique renouvelée de la connaissance propre aux images. L'acte de voir s'y est littéralement ouvert, c'est-à-dire déchiré puis déployé : entre représentation et présentation, entre symbole et symptôme, déterminisme et surdétermination. Et, pour finir, entre la notion habituelle du visible et une notion renouvelée du visuel. L'équation tranquille - métaphysique ou positiviste - du voir et du savoir laisse place dès lors à quelque chose comme un principe d'incertitude. Quelque chose comme une contrainte du regard au non-savoir. Quelque chose qui nous met devant l'image comme face à ce qui se dérobe : position instable s'il en est. Mais position qu'il fallait penser comme telle pour la situer malgré tout dans un projet de connaissance - un projet d'histoire de l'art. Ce livre est paru en 1990.

  • Rétine

    Théo Casciani

    Les lumières de la salle d'exposition avaient imprimé quelques taches sombres sur ma rétine, et lorsque je finis par dévier le regard en découvrant une silhouette en fuite, j'eus le temps d'apercevoir l'image de ses yeux vairons qui pleuraient.

  • Comme le montre la lecture de l'Hommage de Lacan à Marguerite Duras, la transmission de la clinique de l'analyste fait partie de la dynamique de la sublimation de celui-ci.

    L'hommage fait par Lacan à Marguerite Duras pour Le  Ravissement de Lol V. Stein garde son actualité 50 ans après. Il noue la problématique de la sublimation (destin d'une pulsion sans refoulement) à celle d'une fiction clinique faisant cas ; en l'occurrence, une folie féminine qui s'inscrit dans la suite de celles de Marguerite Anzieu (cas Aimée) et des soeurs Papin.

  • Dans le contexte politique actuel, qui dénie au psychisme toute participation aux difficultés autistiques, les auteurs réunis par la CIPPA rendent compte de leur pratique clinique, institutionnelle et de leurs recherches auprès d'enfants autistes et de leur famille. Cet ouvrage ne cherche pas à être exclusivement une « défense et illustration de la psychanalyse ». Au contraire, il se situe constamment dans une perspective d'ouverture et de jonction avec les disciplines cognitives et les recherches scientifiques qui sont à y associer. À l'orée des restrictions théorico-cliniques mises en perspective par le 3e plan autisme (2013/2017), il défend la richesse des complémentarités et des atouts que proposent, dans le respect d'un cadre consensuel, l'imagination, la créativité, le plaisir partagé et les vertus essentielles d'une observation fine et continue. S'inscrivant dans un partenariat constant avec les parents, il se désolidarise complètement d'une psychanalyse qui accuse ou met à distance toute articulation avec le milieu familial.

  • Les politiques nous mentent ? Apprenez à reconnaitre leurs techniques préférées !



    Oui, les hommes politiques mentent. Partant de ce constat, et plutôt que de participer au concert des récriminations ambiantes, Thomas Guénolé nous explique pourquoi et

  • Journal du regard

    Bernard Noël

    Entre la réalité et nos yeux, toujours du vocabulaire s'interpose : nous croyons voir mais ne faisons que lire. D'ailleurs le regard en lui-même n'est pas cet instrument d'information et de constat qu'il nous semble : il n'est pas qu'un aller et retour, c'est un espace, un espace sensible qui s'emplit du sentiment d'un toucher visuel.
    Le Journal du regard est donc un travail sur le regard, que l'auteur a commencé en 1970, la peinture y est souvent présente, la question toujours relancée est : que voit-on quand on voit ? Qu'est-ce que le regard ? Qu'est-ce que le visible ?

  • La psychanalyse et le cinéma, dont les naissances sont simultanées, peuvent se rejoindre dans cette interrogation commune sur le féminin et ses représentations, dont la folie fait partie : comment montrer, mettre en scène, les arcanes de la position féminine ? L'image de la féminité, qui trouve une expression particulièrement saisissante dans le cinéma, se construit à partir de représentations évoluant au cours de l'histoire, et se modifie au fil du temps et des époques. Mais la permanence et la multiplicité des représentations de cette figure du féminin avec ses interrogations, voire ses débordements quand il s'agit de la folie, n'est peut-être pas qu'un simple produit de l'histoire, ou du contexte social et culturel du moment. Derrière les évolutions et les mutations qui semblent contraindre les corps à se plier à des contingences sociales ou artistiques, il subsiste des permanences qui échappent à la mode et à ses processus, comme elles échappent également à ses supports ou à ses destinataires.

  • Une étude psychanalytique approfondie des troubles neurologiques de la représentation de soi qui s'appuie sur des observations, illustrées par des autoportraits de patients hémiplégiques. Entre neurologie et psychanalyse, le présent ouvrage est l'oeuvre d'un médecin chercheur dans un service dédié à la réadaptation après hémiplégie par accident vasculaire cérébral. Dans cet espace où la rééducation se base sur une évaluation des capacités et déficits cognitifs de chaque patient, la prise en charge au long cours permet aux réactions narcissiques, aux troubles du schéma corporel et de l'image du corps de déployer toutes leurs facettes.

  • Après avoir exercé une dizaine d'années comme psychologue clinicienne dans un service d'accueil téléphonique, l'auteure a conçu et expérimenté un dispositif d'entretien clinique à distance via internet qui s'approche le plus possible du cadre classique. Son but n'est pas de remplacer la consultation dans le bureau du psychologue, mais d'augmenter les possibilités d'une écoute clinique, dans des situations où, pour diverses raisons, elle est limitée.

    Comment adapter la consultation d'un psychologue à la relation assistée par ordinateur, tout en préservant la dimension symbolique de l'échange dans un espace tiers ? Qu'en est-il de la place du corps et du regard en visioconsultation ? Comment travailler avec la réalité psychique à distance, sans tomber dans le piège d'une relation en miroir ? Qu'en est-il des processus transféro-contre-transférentiels apparaissant dans ce cadre ?

    Lise Haddouk présente ici la méthodologie et les spécificités de ces entretiens qui allient les apports des nouvelles technologies à ceux de la théorie psychodynamique. Son travail s'inscrit dans le champ de la cyberpsychologie (psychologie du numérique) à la frontière de la psychologie cognitivo-comportementale, des neurosciences et de la psychologie sociale qu'elle enrichit en intégrant l'apport de la psychologie clinique d'inspiration psychanalytique.

  • Aussi impressionnantes qu'elles soient, les convulsions de l'Histoire et de la nature ne sont jamais que des bornes élevées de loin en loin sur notre géographie intérieure. Le regard aigu de Catherine Laratte sait voir et retenir les instants à la fois anodins et troublants, fugaces et impérissables qui façonnent notre paysage intime.

    nu-pieds dans la rosée / une fleur de trèfle se glisse / entre mes orteils

    dans la cohue / le regard d'une moniale / repartir sereine

  • Poésie du paysage et du regard ponctuée de silences qui invitent à la contemplation, Charpente matinale est empreint d'une voix délicate aux accents de terre, de ciel et de mer. Pauline Dugas franchit le cap du second recueil de poèmes d'un pas léger, comme on saute au-dessus d'une source jaillie au pied d'un arbre.

  • Cette 10e édition du Choc des générations a été mise à jour et achevée en pleine pandémie de COVID-19, un événement qui a ravivé toute la pertinence de cet ouvrage sur les générations.

    La crise sanitaire du printemps 2020 a ébranlé des certitudes, fragilisé des structures et restreint des libertés. Elle a mis en lumière des forces, en plus d'interpeller les consciences. Ses répercussions sur les générations actuelles, tout comme sur les aspects économiques, technologiques, sociaux, politiques, culturels se dessinent déjà clairement, nous enjoignant à revoir et à changer nos façons de faire afin de mieux se préparer à l'après-coronavirus.

    À travers cette passionnante enquête sociologique, Carol Allain convie à une profonde et nécessaire réflexion sur les relations entre les générations. Il partage ses questionnements, cerne les écueils et les obstacles, explore des pistes de solution, en s'adressant au citoyen, à l'enseignant, à l'employé, au dirigeant, de tous âges et de tous milieux confondus.

    Dans un monde où le temps s'accélère, où l'individualisme et l'instantanéité priment, où les rapports sociaux se « virtualisent », l'auteur rappelle l'importance de préserver nos valeurs humanistes. Plus que jamais, il est nécessaire de rapprocher les générations, d'unir le passé au présent pour progresser vers le futur. Le défi est complexe, certes, mais l'auteur entretient l'espoir de le relever, pourvu que toutes les générations prennent conscience du rôle essentiel qu'elles ont à jouer : entretenir la bienveillance et le respect entre elles. Il en va de notre avenir individuel et collectif.

  • Jean Babineau poursuit avec Vortex une exploration très originale des rapports interculturels sur le continent américain. Ce « road book » qui fait voyager l'Acadien André Boudreau de Moncton au Mexique est le lieu d'un foisonnement du langage et des cultures. Il institue des rapprochements inattendus entre l'Acadie et le Mexique où l'on pourra voir un moyen inédit de résistance au vortex aspirant de la culture états-unienne. Le narrateur y occupe une position tout aussi singulière que dans les romans précédents de l'auteur. La marginalité culturelle qui le caractérise imprègne son regard et lui donne cette conscience décalée de l'observateur en retrait, si propice à l'humour et à l'ironie. Armé de ce regard essentiellement critique, il fait de l'exclusion qui le prive l'occasion de projeter une nouvelle vision du monde, riche de l'ambiguïté et de l'implicite qui sont au coeur de la littérature.

  • Comment l'imaginaire construit-il notre regard ? Multipliant les angles d'approche, «L'observatoire» décrit des cercles autour de cette question. Par le biais de personnages habitant un dehors qui a toutes les allures d'un dedans, le recueil nourrit une réflexion sur la représentation de soi. Dans un jeu d'oscillations entre gros plans et perspectives d'ensemble, il présente les récits d'une microsociété d'ombres, d'avatars et de chimères.

  • Pour la septième édition des Assises Internationales du Roman, organisées par la Villa Gillet et le journal Le Monde, une quarantaine dauteurs du monde entier se sont retrouvés pour une série de rencontres et de débats. Cette année, les thèmes évoqués lors des différentes tables-rondes ont été les suivants : « La question de la vérité », « Le secret », « Entre le présent et léternité, faut-il choisir? », « « Le sentiment de la vie », « Comment raconter le conflit », « Le portrait aujourdhui, entre figuration et défiguration », « LIrlande des écrivains », « Le regard du promeneur », « Comment faire parler ses personnages ? ».

  • Êtes-vous conscient qu'en ce moment même vous ratez l'essentiel de ce qui se passe autour de vous, là, sous votre nez ? Pour vous en convaincre et redécouvrir la magie du monde, il suffit d'appliquer la méthode proposée par Alexandra Horowitz : arpenter le pavé - celui de New York en l'occurrence - en compagnie d'un spécialiste d'un domaine particulier, et voir à travers ses yeux des facettes inédites du quotidien.
    Partagez ainsi l'affût de ce spécialiste de la biodiversité, pour croiser les ratons laveurs et les coyotes (!) qui ont envahi la ville.
    Avec ce géologue, observez les traces des dernières glaciations dans les schistes de Central Park. Suivez les premiers pas du fils de l'auteure et repérez ces formes et ces couleurs que nous avons cessé de voir. Partez à la reconquête de vos sens guidés par cet aveugle, ce médecin, cet acousticien, etc.
    À la façon d'un Jean Claude Ameisen, Alexandra Horowitz profite de ces balades buissonnières pour décortiquer les mécanismes de la perception et de l'attention - celle qui nous fait si souvent défaut - en exploitant des expériences troublantes de psychologie et les derniers résultats des neurosciences. Poète, savante et aventurière urbaine, elle confirme son statut d'écrivain à suivre attentivement.

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