• Qu'est-ce qui nous fascine dans la vie « simple et tranquille » de Gervaise Macquart ? Pourquoi le destin de cette petite blanchisseuse montée de Provence à Paris nous touche-t-il tant aujourd'hui encore ? Que nous disent les exclus du quartier de la Goutte-d'Or version Second Empire ?
    L'existence douloureuse de Gervaise est avant tout une passion où s'expriment une intense volonté de vivre, une générosité sans faille, un sens aigu de l'intimité comme de la fête. Et tant pis si, la fatalité aidant, divers «assommoirs» - un accident de travail, l'alcool, les «autres», la faim - ont finalement raison d'elle et des siens. Gervaise aura parcouru une glorieuse trajectoire dans sa déchéance même. Relisons L'Assommoir, cette «passion de Gervaise», cet étonnant chef-d'oeuvre, avec des yeux neufs.

    Edition de Jacques Dubois. 

  • L'avare

    Molière

    Harpagon, riche avare, organise pour ses enfants Cléante et Élise des mariages d'intérêt. Il se réserve quant à lui d'épouser la jeune et charmante Mariane. Mais Cléante, qui est amoureux de la jeune fille, et Élise, secrètement fiancée à Valère, refusent d'obéir à leur père.

  • Un couple de retraités parisiens vit au Havre, avec ses deux fils. Le cadet, Jean, est blond et sage ; l'aîné, Pierre, noir et emporté. Leur vie s'écoule paisible, agrémentée de parties de pêche en mer ou sur la plage quand un grain éclate. Le ciel s'obscurcit. Les vents se déchaînent, chassant le bonheur. En mourant, un vieil ami de la famille laisse à Jean sa fortune. Pourquoi à Jean seulement ? Pierre y pense nuit et jour. Il plonge dans le passé de sa mère, à la recherche du secret empoisonné.
    L'émotion intense, l'histoire cruelle et vraie, les odeurs de la mer, la lumière célèbre de l'embouchure de la Seine font de ce roman un des chefs-d'oeuvre de Maupassant.
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    Edition de Marie-Claire Ropars-Wuilleumier. 

  • Édition enrichie (Présentation, notes et bibliographie)A Paris, au début du xviie siècle, trois peintres devisent de leur art. L'un est un jeune inconnu, promis à la gloire : Nicolas Poussin. Le deuxième, Franz Porbus, portraitiste officiel de feu le roi Henri IV, est, lui, dans la plénitude de son talent et au faîte de la renommée. Le troisième, maître Frenhofer, personnage plein de mystère qui a côtoyé les plus grands maîtres et assimilé leurs leçons, met la dernière main dans le plus grand secret à un bien mystérieux «chef-d'oeuvre». Il faudra que Gillette, la compagne de Poussin, en qui Frenhofer espère trouver le modèle idéal cherché en vain depuis des années, soit admise dans l'atelier du peintre pour que, y pénétrant derrière elle, Porbus et Poussin découvrent le tableau dont Frenhofer gardait jalousement le secret. Et cette découverte les plongera dans la stupéfaction.
    Ce «conte fantastique» à la manière d'Hoffmann est aussi une méditation sur le pouvoir de l'esprit dans le domaine de l'art. Il prend naturellement sa place parmi les Etudes philosophiques de La Comédie humaine. 

  • Un de ses amis, le marquis de Croismare, s'étant intéressé au sort d'une jeune femme qui demandait à sortir du couvent où elle avait été placée contre son gré, Diderot eut l'idée facétieuse, en 1760, de lui adresser des lettres prétendument écrites par la religieuse qui lui demandait secours. Le marquis tomba dans le piège, une correspondance s'ensuivit, et l'écrivain, pris à son propre jeu, finit par composer les mémoires que Suzanne Simonin était censée avoir écrits à l'attention de Croismare. « Effrayante satire des couvents » - la formule est de Diderot -, ce roman d'une destinée malheureuse est d'une impitoyable vérité. Mais d'une vérité également engagée, car derrière la voix de Suzanne résonne celle de l'auteur lui-même, qui ne consent pas à voir l'épanouissement humain entravé par l'enfermement ni les exigences de la nature bafouées par la complaisance conjointe des familles et de l'église. Diderot y est présent tout entier.

  • L'argent

    Emile Zola

    Edition enrichie (Préface, notes, repères chronologiques, dossier, lexique des termes boursiers, bibliographie)
    Dix-huitième volume des Rougon-Macquart, L'Argent est le premier grand western financier des temps modernes : bilans falsifiés, connivences politiques, fièvre spéculative, manipulations médiatiques, rumeurs, scandales, coups de Bourse et coups de Jarnac, lutte à mort entre les loups-cerviers de la finance qui déjà rôdaient chez Balzac.
    S'inspirant de quelques faits divers retentissants, Zola décrit le culte nouveau du Veau d'or, la vie secrète de son temple, l'activité fiévreuse de ses desservants ; il dénombre ses élus et ses victimes.
    A l'heure des conflits économiques planétaires, il faut revivre cette croisade et cette épopée du Capital.
    A l'heure où les audaces de la technologie bancaire nous font frémir, il faut relire cet hymne à la vie.

  • En 1669 paraît un recueil de cinq lettres signées d'une religieuse portugaise : elle s'adresse, éperdue, à son amant infidèle, qui l'a abandonnée. Le succès est immédiat et immense - d'emblée, le livre s'impose comme un modèle de correspondance amoureuse. Pendant longtemps, cependant, la polémique fait rage : s'agit-il d'une fiction, comme le soutient Rousseau, ou de lettres authentiques ? Il aura fallu presque trois siècles pour que le texte soit rendu à son genre, le roman épistolaire, et à son véritable auteur, le poète et diplomate Guilleragues. Lamento de l'amour pur, les Lettres portugaises ont marqué et intrigué d'innombrables écrivains, de Saint-Simon à Guy Goffette, en passant par Stendhal et Rilke, qui les traduisit en allemand et en fit l'éloge suivant : « Les paroles de cette religieuse contiennent le sentiment tout entier, ce qu'il a d'exprimable et ce qui est en lui indicible. Et sa voix est pareille à celle du rossignol, laquelle n'a pas de destin. » Dossier : 1. Roman ou réalité ? L'épineuse question de la réception 2. Suites et réécritures 3. La lettre, une poétique féminine et galante 4. Lettres de femmes abandonnées

  • " Se réunir en troupeaux de quatre cent mille hommes, marcher jour et nuit sans repos, [...] pourrir de saleté, coucher dans la fange, vivre comme des brutes dans un hébétement continu, piller les villes, brûler les villages, ruiner les peuples, puis rencontrer une autre agglomération de viande humaine, se ruer dessus, faire des lacs de sang, des plaines de chair pilée mêlée à la terre boueuse et rougie, des monceaux de cadavres, avoir les bras ou les jambes emportés, la cervelle écrabouillée..." Telle est, selon Maupassant, l'effroyable réalité du conflit franco-prussien de 1870. Ses nouvelles de guerre ne parlent pourtant que de commerçants héroïques, de prostituées patriotes et de paysans vengeurs : ce sont autant de vérités individuelles qu'il dresse contre la mort.

  • Zola conteur et nouvelliste ? La réponse a de quoi surprendre : on ignore le plus souvent que l'auteur des Rougon-Macquart, tout au long de sa carrière, s'est adonné à l'écriture de récits brefs aux tonalités variées. Ce volume rassemble près de trente textes rédigés pendant ses jeunes années de bohème et de journalisme. A leur lecture, c'est un Zola méconnu qui surgit soudain : fantaisiste, lorsqu'il met en scène l'errance dans Paris d'un lion et d'une hyène échappés du zoo (Une cage de bêtes féroces) ou lorsqu'il raconte l'histoire d'un homme qui décide, un beau matin, de faire commerce de femmes laides (Les Repoussoirs), mais aussi promeneur inspiré et satiriste engagé... Qu'on ne s'y trompe pas : le romancier est déjà là tout entier. Qu'il croque le bourgeois (Villégiature) ou parodie l'engouement du public pour le roman populaire (Les Disparitions mystérieuses), qu'il s'indigne de la misère (Le Chômage) ou raille la montée en puissance de la publicité (Une victime de la réclame), le tempérament éclate à toutes les pages. Par la richesse de leur inspiration, ces petits chefs-d'oeuvre révèlent un auteur plus insaisissable et naturel que ne le laissent supposer les professions de foi naturalistes.

  • La Duchesse de Langeais (1833-1834), roman inspiré à Balzac par son aventure manquée avec la marquise de Castries, est le second volet de l'Histoire des Treize. Après avoir déployé l'éventail de la séduction pour conquérir le général de Montriveau à seule fin de se désennuyer, la duchesse de Langeais se dérobe à l'amour de son prétendant... Celui-ci, membre de la société secrète des Treize, parviendra-t-il à la faire céder ? « Souverainement femme et souverainement coquette », la duchesse, mariée, abdiquera-t-elle sa réputation et son orgueil ? Reine du faubourg Saint-Germain et obscure servante de la religion de l'amour, Antoinette de Langeais méritait, comme la princesse de Clèves, de donner son nom à l'histoire d'une passion émouvante et tragique.

  • Si les contes et nouvelles de sa jeunesse frappent par leur fantaisie, les textes rassemblés dans ce volume, parus entre 1875 et 1899, font de Zola, à l'égal d'un Maupassant, l'un des maîtres de la nouvelle naturaliste, et l'un des maîtres de la nouvelle tout court. Tantôt librement inspirées de faits divers rapportés dans la presse d'alors (L'Inondation), tantôt proches de l'étude sociale (Comment on meurt) ou de la satire pittoresque - Les Coquillages de Monsieur Chabre est un petit chef-d'oeuvre d'amoralité sur le thème de l'adultère -, ces narrations donnent à voir le romancier en vacances, libéré du poids des théories, tout entier livré au plaisir d'écrire. Le résultat est souvent étonnant : explorant la veine fantastique, Zola conte dans Angeline l'histoire d'une maison hantée ; dans La Mort d'Olivier Bécaille, ce sont ses propres obsessions qu'il dévoile, à travers l'angoissante aventure d'un homme enterré vivant... Qu'ils soient célèbres, comme L'Attaque du moulin qui figura en tête du recueil naturaliste des Soirées de Médan, ou injustement tombés dans l'oubli, ces récits constituent une lecture indispensable pour tous ceux qui croient connaître l'auteur des Rougon-Macquart.

  • Jorge Luis Borges tenait Paul-Jean Toulet (1867-1920) pour l'un des plus grands poètes français. Singulier destin que celui de cette figure haute en couleur : écolier indiscipliné, voyageur insatiable, Toulet vécut en France, à l'île Maurice, à Alger ; nègre de Willy, le mari de Colette, il fréquenta pendant ses années parisiennes Léon Daudet, Jean Giraudoux et Claude Debussy. Inclassable classique, il a su donner au madrigal, appelé par lui " contrerime ", une inquiète beauté admettant en son coeur l'ironie. Sensuels et mystérieux, anecdotiques et moqueurs, les poèmes rassemblés dans Les Contrerimes et les Nouvelles Contrerimes, marqués par leur concision, évoquent tout à la fois les haïku japonais et les quatrains d'Omar Khayam, les épigrammes antiques et la poésie d'Apollinaire. Ils nous promènent des cabarets des Halles à l'île Bourbon, du Béarn à Bénarès, de la tour Eiffel au Tonkin ; suggèrent les plaisirs de l'ivresse et de l'amour ; esquissent des paysages peuplés de nymphes libertines. Ces vers charmants firent les délices des plus célèbres poètes, de Paul Claudel, qui en loua " l'allure élégante et désinvolte ", à Jacques Réda, en passant par Paul Valéry et Philippe Jaccottet.

  • Trois ans séparent Coeur double, recueil de contes à l'humour grinçant, du poétique et prophétique Livre de Monelle : par-delà leur différence de ton, ces deux oeuvres incarnent le goût de Marcel Schwob pour le mystère irréductible de l'être. Dans chacun des récits qui composent Coeur double (1891), cet écrivain inclassable - dont la légende dit qu'il avait horreur des miroirs - met en scène un personnage aux prises avec un étrange et épouvantable double surgi du réel... À cette galerie de portraits grotesques succède, dans Le Livre de Monelle (1894), un unique personnage, celui d'une petite prostituée : Monelle livre sa sagesse au narrateur avant de céder la parole à ses onze soeurs - l'Égoïste, la Voluptueuse, la Perverse, la Fidèle, l'Insensible... -, et de disparaître dans la nuit. Évoquant tout à la fois les Psaumes et Les Nourritures terrestres de Gide, Le Livre de Monelle constitue, selon Maurice Maeterlinck, « les pages les plus parfaites qui soient dans notre littérature, les plus simples et les plus religieusement profondes qu'il nous ait été donné de lire ».

  • Le regard des historiens latins sur Rome et son empire, parfois sévère, plus souvent admiratif, nous donne la mesure des transformations qui ont permis à une modeste bourgade du Latium de devenir la maîtresse du monde. De Jules César au prêtre Orose, en passant par Salluste, Tite-Live, Tacite, Suétone ou encore Florus, Justin et Ammien Marcellin, tous ont été témoins et parfois acteurs des faits qu'ils rapportent, ou bien héritiers d'une riche tradition dont il ne nous reste que des fragments épars. Leur point de vue reflète les préoccupations de leur époque, au premier rang desquelles l'octroi de la citoyenneté et les problèmes de l'intégration. D'une oeuvre à l'autre, reviennent les clichés qui ont marqué la mémoire collective des Romains : l'humiliation des Fourches caudines, la prise de Rome par les Gaulois, l'occupation de l'Italie par les troupes d'Hannibal, l'incendie du Capitole, l'horreur des guerres civiles mais aussi la célébration des triomphes et les cérémonies en l'honneur des dieux. Longtemps favorisée par la Fortune, la Ville a fini par subir l'invasion des hordes barbares. Mais elle doit à ceux qui ont écrit son histoire, outre le sentiment de sa propre grandeur, la reconnaissance de sa mission culturelle et civilisatrice.

  • Le Roi Pausole, souverain débonnaire, indécis et rêveur, mène une vie paisible à la tête de son harem de trois cent soixante-six femmes, jusqu'au jour où sa fille Aline s'enfuit avec une jolie danseuse déguisée en prince charmant.
    Accompagné de Giglio, page séducteur, et du Grand-Eunuque Taxis, qui incarne l'ordre moral et cite la Bible à tout propos, Pausole se lance sur les traces de la jeune femme... Ultime roman paru du vivant de Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole (1901) est aussi la plus fantaisiste, la plus malicieuse, la plus drôle de ses ?oeuvres. Raillant tour à tour la bureaucratie, l'autorité injuste et le puritanisme, Louÿs, qui fut l'un des écrivains les plus subversifs de son temps, y propose une vibrante exaltation du plaisir et de la sensualité.
    Utopie libertine, conte satirique et récit autobiographique tout à la fois, cet incroyable petit roman fut salué à sa sortie par Alfred Jarry et par Claude Debussy, qui en fit l'éloge : " Ça vous a une façon hautaine de garder ses distances, qui me plaît infiniment. C'est surprenant de délicatesse ".

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