Sciences humaines & sociales

  • La contestation et les débats au sujet des relations de Rimbaud et de Verlaine ont fait couler des fleuves d'encre ; deux camps se sont opposés, l'un soutenant la thèse de l'amour platonique, l'autre la thèse de l'homosexualité pure et simple. Lorsque la publication du dossier de l'affaire de Bruxelles, conservé aux archives de la police, a fait triompher la deuxième opinion, un point final sembla mis à la polémique. Tout le monde se désintéressa d'une histoire désormais classée. Françoise d'Eaubonne ne rouvre pas la lice à cette vieille controverse ; elle considère qu'il faut, au contraire, prendre la conclusion comme un point de départ et aller plus loin pour la connaissance psychologique et littéraire de ce célèbre « cas ». « Alors, tout s'explique », se sont écriés en choeur les rimbaldistes et verlainiens, quand la preuve des relations physiques des deux poètes fut apportée. « C'est maintenant que le véritable problème se pose » leur réplique l'auteur de cet essai. Auteur de deux biographies, l'une consacrée à Verlaine, l'autre à Rimbaud, Françoise d'Eaubonne se rendit à Charleville et en Belgique sur les traces mêmes des deux poètes et y découvrit l'origine, jusqu'alors inconnue, de certaines inspirations fort célèbres de Rimbaud, ainsi que les vestiges encore vivants de certains mensonges de Verlaine. En consacrant à cette affaire une étude aussi approfondie que révolutionnaire, elle a voulu prouver que le véritable mystère Rimbaud-Verlaine avait échappé aux partisans de la pureté comme à ceux de l'homosexualité des deux Maudits. En réalité, leur tentative d'évasion, tant de l'espace géographique que de la sexualité courante, fait étroitement corps avec leur pathétique tentative d'évasion du Réel, à savoir avec leur poésie ; elle n'est que le reflet d'une angoisse qui les implique, les dépasse, et s'épanouit aujourd'hui dans la littérature contemporaine : le souci d'échapper au social et l'impossibilité d'y parvenir. L'auteur de cet éssai ne recule devant aucune audace. Son livre peut scandaliser ; il ne peut laisser indifférent.

  • Elles volent, elles tuent, elles éveillent les passions les plus brûlantes, sombrent dans la débauche et la perversité ou subissent la haine et l'injustice. Coupables ou victimes, elles sont scandaleuses. « Les vies scandaleuses, écrivait Marcel Aymé, sont pour la plupart des vies de femmes. Il n'y a là rien qui doive surprendre, car un homme se conduit toujours assez bien s'il n'est pas un Barbe-Bleue. Les femmes sont plus exposées ; dans une histoire d'adultère ou d'enlèvement, c'est leur faiblesse qui suscite la réprobation. » La morale, en effet, a donné aux scandales des significations aussi diverses que contradictoires. Chez les femmes, elle a réprouvé toutes les audaces, poursuivi les marginales, imaginé les sorcières et, dans le viol, frappé de honte les victimes. Avec ce nouveau livre, Françoise d'Eaubonne compose, en de multiples anecdotes, une étonnante histoire du scandale au féminin.

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