Mercure de France

  • Longtemps je n'ai pas pu retourner dans le Bronx. C'était dans mon crâne comme un cri strident, ou une blessure que m'aurait recousue quelque chirurgien fou et dont je n'osais pas retirer un seul point. C'était un pays dépourvu de tout, un monde sans livres, sans librairies, sans musées, où les pères rentraient à pas pesants de la crèmerie ou de l'usine à chaussures qui les employaient, les épaules ployant sous une monumentale tristesse, où les mères comptaient le moindre sou chez le boucher... alors que leurs enfants, tous instruments du désordre, garçons comme filles, volaient, mordaient, brimaient à tort et à travers...

    Et voilà qu'aujourd'hui, au fil de treize nouvelles, Jerome Charyn revient dans ce "Bronx amer" où il est né et où il dit avoir tout appris à la dure école de la rue. Très jeune, il y a connu les guerres de gangs, mafiosi, albanais ou cubains et fréquenté des escrocs et des voyous qu'un gamin pouvait trouver magnifiques, des femmes faciles mais si séduisantes, des truands sympathiques - bref les personnages qui hantent tous ses romans.
    Mais désormais, le ton s'est durci, la tonalité est plus sombre, 'j'entends des cris de guerre au loin', nous dit-il. Ce qui par contre n'a pas changé, c'est ce style inimitable, syncopé, "jazzy" - bref la merveilleuse musique de Jerome Charyn.

  • Les avenues A, B, C et D forment une espèce d'appendice crasseux du Lower East Side de Manhattan : ces îlots à initiale sont devenus territoire indien, le pays du meurtre et de la cocaïne... Interrogés sur les origines de leur Alphabetville, les habitants répondront que le Christ s'est arrêté à l'entrée de l'Avenue A... Mais enfoncez-vous un peu plus loin dans le quartier. L'Avenue B, où tous les repères rassurants s'évaporent, arbore les couleurs de la pauvreté les plus primaires... Or c'est quasiment la civilisation comparé à la C. Avenue C, ce sont des patrouilles d'ados qui font régner l'ordre - enfin, leur ordre -, protégeant les dealers du coin et dissuadant les malfrats du nord de la ville de venir s'aventurer par là. Leur chef est une femme, Sarah, surnommée Saigon, parce qu'elle a été infirmière militaire au Vietnam. Avec Howie, son amour d'enfance, on va se laisser emporter dans des aventures qui défient l'imagination la plus enfiévrée, entre les rois de la drogue, les agents doubles, les truands de haut vol, les coups tordus des uns, les crimes des autres. Et dans le tourbillon de la langue de Jerome Charyn qui ne ressemble à aucune autre.

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