• Libre-échange mondialisé, développement des nouvelles technologies financières ou culturelles, juridictions nationales contre Cour européenne, mais aussi recours d'ouvriers licenciés contre des plans sociaux, actions collectives d'actionnaires ou procès d'irradiés pour mise en danger de la vie d'autrui : il n'est de jour où se produisent, sous nos yeux, des mutations contemporaines du droit. Or la situation du droit est des plus paradoxales : pratique qui vise à ordonner les rapports sociaux et les échanges économiques, son importance pour le fonctionnement des sociétés et pour sa compréhension conduit trop souvent encore la Faculté à enseigner le droit comme un savoir strictement clos sur lui-même, qui se construit théoriquement en s'interrogeant seul sur sa propre rationalité et ses fondements. Le droit serait, en surplomb des sociétés, une norme. Chaque jour, mobilisé au coeur de la société pour faire avancer des revendications ou atténuer des obstacles à la libre circulation des biens, le droit est une source, dont s'inspirent, par exemple, citoyens ou lobbies pour faire triompher leurs causes. En ce sens, nul ne peut échapper désormais à la question : à quoi aujourd'hui sert le droit ?

  • En quelques dizaines d'années, l'engagement professionnel des femmes est devenu un phénomène massif, et vraisemblablement irréversible. En même temps, les femmes continuent d'exercer d'importantes responsabilités familiales. D'un côté, le travail, de l'autre, la famille : mettre en relation ces deux univers n'est jamais évident, et le premier mérite du livre de Jacques Commaille est de montrer comment les femmes s'y appliquent, comment elles gèrent les demandes, les incitations et les pressions qui pèsent sur elles de toutes parts.
    S'appuyant sur un volume considérable de recherches et d'études, Jacques Commaille propose dans cet ouvrage un bilan des connaissances disponibles, mais aussi beaucoup plus. Il dégage les deux logiques contradictoires qui traversent aussi bien les femmes elles-mêmes que les débats intellectuels et politiques, et les institutions publiques : le "familialisme" de ceux et celles qui entendent maintenir et promouvoir le rôle domestique des femmes s'opposant au "féminisme" lorsque celui-ci valorise avant tout le travail et l'insertion professionnelle. Et l'on ne s'en sort pas en se contentant de formules mythiques plaidant pour une meilleure articulation des orientations.
    Mais les termes du débat sont-ils convenablement posés par ceux qui l'étudient ? C'est un autre intérêt du livre de Jacques Commaille que de nous inviter à sortir des sociologies fermées sur elles-mêmes - sociologies du travail, de la famille, des femmes, des politiques publiques - pour aborder la question sous l'angle de la mutation culturelle, politique et sociale, dans laquelle notre société redécouvre la notion de sujet et apprend à redéfinir la place du "privé" et celle du "public".

  • Est-il encore possible pour le juriste et l'homme politique de produire des lois dans nos sociétés? Rien mieux que le thème de la filiation et celui de la famille ne pouvaient permettre de susciter une telle question et de développer une réflexion sur ce qui apparaît comme une véritable transformation des modèles de production législative. Une analyse sur les relations entre légalité et politique.

  • Le politique ne disparaît pas, mais sa position dans la construction de l'ordre économique et social s'est profondément altérée. Quel sens donner à ces métamorphoses de la régulation politique? Cet ouvrage atteste que chacune des grandes matières, du droit à l'économie et à la gestion, de la sociologie à la science politique, peut être mobilisée dans cette entreprise.

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