Seuil (réédition numérique FeniXX)

  • « C'était un jour de septembre 1951, vers la fin de la matinée. Sur le trottoir de la rue de Rivoli, le long des arcades entre le Louvre et la Concorde, je vis s'avancer à ma rencontre deux femmes de haute taille. Le visage de l'une, soudain, happa mon regard. Ce visage ? Mais oui : c'était bien elle ! Pas de lunettes, pas de chapeau protecteur, les cheveux sur les épaules, en grandes mèches claires, un regard marin. Déjà, je devais me retourner pour la voir. Et moi qui n'ai jamais osé suivre une femme dans la rue, enviant l'audace des héros de Morand et de Drieu, je lui emboîtai le pas le long des allées des Tuileries... » Il m'aura fallu un demi-siècle pour oser l'interpeller, comme je le fais ici... J. L.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Que le Dieu des croyants s'en soit mêlé, ou seulement celui des géologues, le fait est que les deux tiers des réserves du pétrole du monde sont enfouies de part et d'autre du long fjord d'eau chaude qui se glisse entre l'Arabie Séoudite et l'Iran, sous le soleil le plus violent, entre les terres les plus desséchées de l'univers ; ce golfe qu'on appelait persique, que d'autres disent arabe, et qu'il vaut mieux désormais priver d'adjectif. En 20 ans pour le Koweit, en 10 ans pour Qatar, en 5 pour Abou Dhabi, en 4 pour Oman, des tribus de nomades chameliers tout imbibés de la rosée originelle sont entrées de plain-pied dans l'âge des managers, de la technologie de pointe et du « recyclage des pétrodollars », sans perdre tout à fait les vertus qui, d'un point d'eau à l'autre, leur permirent de survivre sous la tente. Pour combien de temps ? « Dieu m'a donné le pétrole, il me le reprendra, murmure l'émir Zayed, d'Abou Dhabi. L'important c'est de rester fidèle à soi-même. » Fidèle ? Peut-on le rester quand, jeté sur le tapis magique, on franchit dix siècles en dix ans ? Gabriel Dardaud, qui visita les Émirats quand le pétrole n'y formait que des plaques visqueuses, Simonne et Jean Lacouture qui, à la fin de 1974, ont fait deux voyages dans le Golfe, tentent ici de donner la réponse.

  • Du 16 septembre au 15 décembre 1981, pendant trois mois, Simonne Lacouture et moi avons fait le tour de France, de Boulogne à Strasbourg, de Marseille à Saint-Brieuc, différents des "compagnons" de jadis et d'aujourd'hui en ce que nous n'allions pas à pied mais le plus souvent en train et ne visions point à réaliser un "chef-d'oeuvre", mais simplement à en rapporter un livre en forme de journal de voyage. Nous espérions y voir ainsi plus clair dans les affaires de ce pays dont nous nous sentions un peu plus responsables depuis que des hommes et des femmes que nous avions appelés de nos voeux y exercent les responsabilités les plus hautes. Notre premier objectif était de mesurer ce "changement" que la majorité issue des urnes du printemps 81 s'est donné pour tâche d'accomplir. A tous, travailleurs, chômeurs, ministres, syndicalistes, patrons, élus, journalistes, prêtres, médecins nous avons posé la question : en quoi la césure politique provoquée par ces élections modifie-t-elle la vie des Français ? Nous avons obtenu des réponses positives ici et, là, négatives, mais presque toujours inspirées d'un esprit critique libéré des fanatismes de tous bords. Très vite nous avons constaté que c'était moins en quête d'une problématique mutation que nous étions, que sur les traces d'une réalité : celle d'un pays que, journaliste longtemps confrontés aux crises de l'Asie et de l'Afrique, nous connaissions mal. J.L

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