Fayard

  • Histoire de Gaza

    Jean-Pierre Filiu

    • Fayard
    • 25 Avril 2012

    La ville de Gaza - dont le nom apparaît dans la Haute Antiquité égyptienne - est le produit d´une longue histoire, qui en fit à la fois une place convoitée et mise à l´écart : coincée entre le désert (Néguev et Sinaï) et la mer Méditerranée, elle constitue un double verrou pour les empires qui se disputent l´Orient et l´Egypte (Fatimides, Mamelouks, Francs-Croisés, Ottomans), et une charnière maritime avec son port, entre la vallée du Nil et la côte levantine jusqu'au nord de la Syrie. Elle est aussi le point d´aboutissement des caravanes venues de la Péninsule arabique. Extrémité sud du Pays de Canaan de la Bible, considérée comme n´appartenant pas à Eretz Israël, ce territoire est christianisé au IVe-Ve siècle avant que le calife Omar ne le soumette à l´islam en 637. Gaza entre à nouveau dans l´histoire avec le protectorat britannique sur la Palestine, mouvement qui se précipite après la conquête israélienne du Néguev en 1948 : les réfugiés palestiniens se massent dans la bande de Gaza, territoire par défaut dont n´ont voulu ni Israël ni l´Egypte. Gaza devient alors ce réduit enclavé, bientôt fermé, où le nationalisme palestinien s´est développé en vase clos. La bande se retrouve au coeur de l´histoire palestinienne et en scande les fractures au fil de trois cycles de vingt ans : affirmation de l´OLP sur les ruines du nationalisme arabe, en 1967, approfondissement de la dépendance envers Israël, avant le soulèvement de 1987 en faveur de l´État palestinien, rêve brisé par la rupture de 2007 entre le Fatah et le Hamas.

  • La révolution syrienne a débuté en mars 2011. A la différence des précédents pays arabes, dont le dictateur a été chassé par des manifestations de rue, la Syrie de Bachar el Assad a connu une longue période de contestation du régime sans que celui-ci ne tombe, avant d´entrer dans une terrible guerre opposant la population civile aux milices du régime. Cette transformation de la dynamique révolutionnaire en Syrie est inhérente à un grand nombre de facteurs (dont le facteur temps, qui laisse la possibilité pour certaines forces contre-révolutionnaires de limiter le résultat d´une révolution déjà victorieuse) ; mais surtout elle traduit la spécificité de l´enjeu que constitue la Syrie, à la fois le « coeur de l´arabité », héritière d´une longue histoire culturelle et politique, et pivot d´une région géographique, le Moyen-Orient, qui a été construite de toutes pièces par les puissances coloniales à la veille de la chute de l´Empire ottoman. C´est là, cent ans après la Syrie mandataire, au début du XIXe siècle, que fait rage l´une des grandes batailles qui reconfigure le monde : le peuple syrien veut reprendre son destin en main, achever un processus d´émancipation politique qui n´a pas pu être mené à bout. Et dans le même temps s´y déploie un nouveau « grand jeu », où s´exercent des influences et des guerres par procuration, mettant aux prises la majorité des acteurs régionaux (Qatar, Arabie saoudite, Iran, Russie, Chine, E.U. etc.). Quelle que soit l´issue des bras de fer en cours, entre le régime et la population, entre les puissances qui se disputent une influence locale, l´An II de la Révolution arabe aura été déterminant.

  • Camarón de la Isla (1950-1992) est sans doute le plus grand chanteur de flamenco de tous les temps. Gitan de la Baie de Cadix et fier de ses racines, il s´est produit dès l´enfance sur les scènes andalouses. Mais c´est sa rencontre à Madrid avec le guitariste Paco de Lucia qui va bouleverser le cours du flamenco contemporain. L´Espagne du franquisme déclinant retient son souffle à chacune de leurs créations. Après la fin de la dictature, Camarón pousse encore plus loin ses audaces, chantant Garcia Lorca comme Omar Khayyam, fusionnant une galaxie d´influences jusqu´alors étrangères à l´univers du flamenco. Sa carrière internationale le conduit entre autres à Paris, pour des concerts mémorables au Cirque d´Hiver, en 1987 et 1988. Tomatito l´accompagne à la guitare dans toutes ces expériences, où il célèbre les traditions juives et musulmanes de l´Andalousie. La disparition de Camarón bouleverse l´Espagne de Felipe Gonzalez et c´est une marée humaine qui se rassemble pour ses funérailles. Camaron est depuis l´objet d´un véritable culte de la part d´une nouvelle génération d´artistes, mais aussi de toute une jeunesse urbaine, réconciliée grâce à lui avec le cante. Jamais on n´a tant écouté et interprété la musique de Camarón, visionnaire et révolutionnaire d´un flamenco sans frontière.

  • Le soulèvement populaire qui a éclaté en Tunisie, le 17 décembre 2010, a emporté le régime du président Ben Ali en moins d´un mois. La vague de protestation qui a secoué l´Égypte à partir du 25 janvier 2011 a contraint Hosni Moubarak à se retirer en moins de trois semaines. La révolution libyenne, dite du « 17 février », a pris la forme d´une insurrection armée, dont la violente répression a suscité une intervention étrangère majeure. Pas un pays arabe n´est épargné par un vent de contestation qui, à défaut d´être irrésistible, laissera partout des traces irréversibles. Ce livre représente la première tentative d´interprétation à chaud d´un des grands bouleversements de l´histoire contemporaine, dont on peut d´ores et déjà tirer les dix leçons suivantes : 1) Les Arabes ne sont pas une exception ; 2) Les musulmans sont aussi bien d´autres choses ; 3) La jeunesse est en première ligne ; 4) La révolution a été télévisée ; 5) Un chef n´est pas indispensable pour la victoire ; 6) L´alternative à la démocratie est le chaos ; 7) Les islamistes doivent trancher ; 8) Les jihadistes sont menacés d´obsolescence ; 9) La Palestine, toujours au coeur ; 10) La Renaissance n´est pas une partie de domino.

  • L'amitié de François Mitterrand pour Israël, son peuple et son histoire, est ancienne et connue. Il développera tout au long de sa carrière cette amitié exigeante au nom de la justice et des valeurs partagées. Alors comment un tel ami de l'Etat juif en est-il venu à braver l'hostilité du gouvernement israélien pour défendre l'OLP et son chef ?

    C'est ce cheminement de François Mitterrand que ce livre va s'attacher à raconter, depuis sa découverte en 1972 des camps de réfugiés de Gaza et sa rencontre, dès 1974, avec Yasser Arafat. Premier président de la République à visiter Israël, François Mitterrand ouvrira dans son fameux discours à la Knesset la perspective de l'Etat palestinien. Défenseur tenace de la reconnaissance mutuelle entre Israël et l'OLP, il verra au bout d'une décennie d'efforts cette espérance prendre enfin forme à Paris.

    En nous plongeant au coeur des crises proche-orientales, Jean-Pierre Filiu éclaire la mobilisation diplomatique et militaire de la France en faveur d'une paix durable entre Israël et la Palestine. Il détaille les différents épisodes du terrible été 1982, lorsque François Mitterrand décide de préserver coûte que coûte " l'honneur des Palestiniens " assiégés dans Beyrouth. Il nous montre la France empêchant en 1983 l'" hallali " de la Syrie et de ses alliés contre les combattants " arafatistes " encerclés au Nord-Liban. Il décrit les profondes retombées du " soulèvement " de la Cisjordanie et de Gaza et l'indignation suscitée à l'Elysée par " cette répression continue où l'homme devient un gibier ".

    Voici comment un ami indéfectible d'Israël a, par trois fois, sauvé le symbole de la Palestine.

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