• Bad féministe

    Roxane Gay

    • Édito
    • 5 Juin 2019

    Derrière ce titre ironique, Roxane Gay développe une réflexion révolutionnaire et bienvenue sur l'état actuel du féminisme. Lassée des prises de position parfois trop clivantes de certaines organisations féministes, elle rappelle que la défense de l'égalité des sexes ne dispense pas d'assumer ses contradictions. On peut aimer la télé-réalité, se peindre les ongles en rose et revendiquer le fait d'être féministe. En se fondant sur sa propre histoire de femme noire dans l'Amérique contemporaine, elle parle de culture, de race, de sexe et de genre, d'amitié féminine. L'ouvrage regroupe les chroniques de l'auteure initialement publiées dans The Guardian et sur le site The Rumpus. Le portrait qui émerge en filigrane est celui d'une femme au regard incroyablement juste porté aussi bien sur elle-même que sur notre société

  • Cet ouvrage courageux et sans concessions est le récit autobiographique de l'auteure. Victime d'un viol collectif à douze ans, elle perd son enfance, son innocence et la substance d'elle-même. Elle grandit en taisant ce drame à son entourage, mais garder un tel secret ne se vit pas impunément. Pour survivre, elle se met à manger. Sans faim. Tout le temps. La nourriture devient son refuge, sa protection, son amie, pour combler son vide intérieur, pour cesser d'être désirable en érigeant une forteresse imprenable autour d'elle. Elle devient obèse.
    Le livre de Roxane Gay n'est pas un témoignage triomphant sur la perte de poids, parce que le combat à mener contre ce corps refuge, mais aussi prison, est incessant. Parce qu'il est des plus douloureux, physiquement et psychologiquement. Parce qu'être obèse est socialement inacceptable. Pourtant, Hunger n'en est pas moins un triomphe, car à travers l'expérience de Roxane Gay, nous apprenons une leçon fondamentale : nous devrions tous faire preuve de plus de bienveillance envers la réalité du corps des autres et nous réconcilier avec le nôtre

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