• Comme certains romans d'humeur libertine, ne s'interdisant ni l'érotisme, ni les fantaisies de l'imagination, ni l'humour, celui-ci prend parfois des allures spéculatives. Dans cette vie extraordinaire d'une auto, conte philosophique et de science-fiction, c'est surtout de l'humain qu'il s'agit, face à certaines interrogations de notre époque.

  • Si le criminel récidiviste est la figure dramatique, dans le registre du pire, de l'individu qui recommence, tout être humain ne souhaite-t-il pas revivre ce qui lui a procuré de l'émotion, du plaisir, du bonheur ? Que la première expérience de l'amour ne soit pas la dernière, dans un mouvement naturel de l'éternel retour.
    À partir d'un troublant phénomène de persistance d'un épisode passé –celui d'un premier amour remontant à la période communiste –, dans la ville de Brno en Moravie, ce roman est la double histoire, en miroir, d'un criminel récidiviste qui garde le secret de ses actes et du romancier venu le trouver pour s'inspirer de son destin : ce dernier découvre alors qu'il est lui-même, sans être vraiment coupable ni tout à fait innocent, un homme qui recommence.

  • Les images - films et photographies - prises à la libération des camps d'extermination nazis, ont bouleversé notre relation à l'image en général. Elles ont constitué les preuves de ce à quoi il eût été impossible de croire sans elles. Dans Nuit et Brouillard, Alain Resnais en fait un usage exemplaire. Plus problématique est l'évocation de la Shoah dans les films de fiction inévitablement marqués par une mise en scène artistique de l'horreur, laquelle a toujours suscité de sévères critiques.

    C'est pourquoi l'accueil unanimement enthousiaste du film de Laszlo Nemes, Le Fils de Saul, qui s'expose aux mêmes reproches que La Liste de Schindler ou La vie est belle peut être interprété comme un symptôme. Un verrouillage théorique a été imposé au public, ralliant des personnalités concernées par le sujet, habituellement en désaccord.
    Si Le Fils de Saul est considéré comme le chef-d'oeuvre sur Auschwitz, faut-il comprendre qu'il est temps de s'intéresser à d'autres sujets et que la Shoah est enfin passée de l'Histoire à l'histoire de l'art ?
     
    Écrivain, cinéaste, plasticien, Alain Fleischer a publié plusieurs de ses romans, nouvelles et pièces de théâtre aux Éditions Léo Scheer, ainsi qu'une monographie consacrée à son oeuvre d'artiste, La Vitesse d'évasion (2003). 

  • Quatre voyageurs

    Alain Fleischer

    Nous sommes quatre voyageurs en mission scientifique sur la côte ouest du Nouveau Monde : un Français, un Portugais, un Irlandais et un Hongrois. Un voyage entre hommes, mais où les femmes, par bonheur, ont fait irruption...Des rencontres avec les quatre hôtes qui nous ont accueillis - le créateur d'une Rita Hayworth virtuelle, un astrophysicien dans sa nébuleuse, un biologiste entre nostalgie et science-fiction, un gorille philosophe -, nous rapportons le sentiment que le monde humain est mis en doute par ses doubles.Mais à l'heure où j'écris ces lignes, et à la veille de notre retour dans l'Ancien Monde, une peur cruelle nous étreint : aurons-nous retrouvé, demain, après tous ces transferts d'identité qui se sont superposés au voyage, le corps qui était le nôtre au moment du départ, le seul bagage qu'un voyageur ne peut perdre ou échanger sans un risque fatal ?

  • Si ce livre peut être considéré comme un roman, c'est dans la mesure où toute initiation, toute expérience formatrice, entre en dialogue avec l'imagination dès le moment vécu, puis dans le souvenir et tout au long de l'existence.Dans ce récit strictement autobiographique, tout l'effort consiste à retrouver et à restituer avec leurs composantes contradictoires les circonstances, l'état d'esprit, les états de corps, les sentiments, les sensations, les pulsions, d'une aventure amoureuse et sexuelle qui est celle de la première fois. Cela se passe à Londres en juillet 1957, alors que l'auteur, âgé de treize ans, séjourne dans une famille pour apprendre la langue anglaise. Pendant quelques jours, cohabitent violemment dans le même être le désir érotique pour une jeune fille de sept ans son aînée, et la volonté farouche de rester un petit garçon en culottes courtes, attaché à son univers d'enfance. Alain Fleischer interroge le mystère d'une relation et d'événements dont la force a déposé une empreinte d'une précision insoupçonnée, que seule l'écriture, dans sa fonction archéologique, permet de faire émerger des sables de la mémoire.

  • Un jeune couple de Hongrois, Peter et Marta, fête ses noces dans une auberge de Transylvanie tenue par des artistes de cirque à la retraite, dans les derniers soubresauts de l'existence et du désir (on appelle rat, chez les trapézistes, ce moment d'hésitation fatale qui provoque leur chute), en compagnie des animaux survivants des numéros anciens.Noces magnifiques où la passion s'exalte, où le sexe ne connaît ni limite ni rémission. Moments vécus comme dans une anamorphose du temps à venir, de l'amour qu'il faudra toujours déployer jusqu'aux confins de l'être et de l'extase. Vers la déchéance, l'extinction, la mort et la nuit.A la fin de ce songe d'une nuit d'été, à leur retour à Budapest, Sandor, le frère jumeau de Marta et l'ami d'enfance de Peter, va les aider à survivre, sur un mode radical et cruel et jusque dans les abîmes de l'absurde, à ce qu'ils ont vécu si intensément et comme en trop.Dès lors, trois destins se construisent, se déroulant dans le temps ordinaire, et dans cet espace géographique traversé par le Danube, qui pousse irrésistiblement ses personnages vers l'ouest : vers Vienne, Paris, l'Amérique...Ce grand roman d'amour si tragiquement lyrique, au flot ample parsemé de sombres remous, traverse ces paysages où l'exaspération des sentiments, l'obstination farouche des caractères et l'humour désespéré donnent à l'Europe centrale un flamboiement crépusculaire particulier.

  • Une langue fantômeDeux syllabes suffisent - même une - et la prononciation d'un seul mot pour révéler, derrière la langue parlée, la présence d'une autre langue. Cela s'appelle un accent.Depuis mes premiers souvenirs de la voix de mon père s'exprimant en français dans le cercle familial - plus précisément encore lorsqu'il s'adressait à moi -, et jusqu'à ses dernières paroles, j'ai entendu dans chaque syllabe qu'il prononçait la mémoire, l'empreinte, le fantôme, non seulement d'une autre langue que le français, mais aussi d'un autre monde et d'un autre temps. Si j'ai commencé ce livre en écrivant que deux syllabes suffisent, c'est en pensant à la façon dont mon père, répondant au téléphone en français, prononçait le simple mot « Allô ».

  • Roman hant comme le sont les chteaux et les forts, "Imitation" offre, en revisitant le cauchemar du pass europen, la cl des intrinsques contrefaons de notre monde contemporain. Toujours circulaire, Alain Fleischer signe une fiction sur l'imitation - imitation de fiction - littralement rvolutionnaire, pleine d'invention et de prudences, d'enseignements et de magie. Un merveillement.

  • Si les conférences sont traditionnellement des exercices de passage de l'écrit à l'oral, celles de ce livre sont comme marquées par la fatalité d'un passage du sérieux au risible, des savoirs académiques à la connaissance par le rire. On pourrait dire que les situations délicates dans lesquelles se trouvent l'un après l'autre nos conférenciers sont autant de scénarios de films burlesques. C'est l'occasion de rêver à ce qu'aurait pu être une collaboration entre Chaplin et Kafka.

  • Prolongations

    Alain Fleischer

    La vieille Europe a-t-elle fait son temps, comme on dit? Et dans son match nul contre elle-même, joue-t-elle les prolongations?
    Le narrateur, un jeune interprète franco-hongrois, vient prendre son poste dans un grand congrès européen qui s'éternise dans le dérisoire et le grotesque à Kaliningrad, une enclave russe sur la Baltique. Dans cette ville qui fut, sous le nom de Königsberg, la patrie d'Emmanuel Kant et la capitale de la Prusse orientale, il découvre une société trouble, livrée aux intrigues, aux trafics en tout genre, à la prostitution généralisée, dominée par des pouvoirs occultes et des mafias, avec de nouveaux Russes prêts à tout vendre, des Allemands de toujours prêts à tout acheter, et des filles prêtes à tout. Revenu de ses illusions, le narrateur ne peut se raccrocher qu'à des figures pourtant insaisissables : un très vieux Juif à la tête d'un cercle de survivants, spectres de l'Ancien Monde, un expert-comptable de Hambourg, chauffeur de taxi à ses heures - chacun complotant pour recommencer ou réécrire l'Histoire à sa façon -, et trois jeunes femmes qui incarnent trois perceptions du présent. Piégé dans une partie qui se joue dans un espace hors la loi, le jeune homme expérimente à ses dépens l'existence d'un temps réglementaire. Pour lui, quel refuge, quel espoir dans les prolongations?

  • Le monde que j'ai fait mien, dont je me sens à la fois l'héritier et le dépensier, et qui doit beaucoup à l'Europe centrale, centre excentrique, coeur «oublié» de notre siècle (pensons au Golem, à Kafka, à Ereud, à Stroheim, à Schiele, à Bartok) est évoqué ici par une constellation de formes brèves et variées - récits, nouvelles, fragments autobiographiques - indépendantes dans leur régime, gravitant librement autour d'un astre législateur éteint, celui du baroque, et abandonnées en somme à la nuit. La plupart de ces récits critiquent l'état des choses et la marche du monde réel, quitte à côtoyer des états critiques de la raison : des machines nous soupèsent et nous jugent, des vampires et des ogres donnent des interviews, des spectres se font servir des restes dans une auberge, des hommes parlent en sifflant, un autre en riant, une cantatrice se divise ou se multiplie dans la double voix, la double parole, que lui offrent ses deux bouches, etc. D'autres de ces récits disent les métamorphoses d'une conscience douce et douloureuse, toujours prete à me quitter et toujours de retour. Pour que chacun de ces écrits soit le reflet d'un monde, il fallait, bien sur, que chacun de ces mondes soit une écriture. Tout en y travaillant, je me répétais à moi-même, en guise de légende, leur possible sous-titre commun : Histoires de goût, façons de parler. Et toujours il s'agissait d'abus : abus de nourriture et de boisson, et abus de langage, abus de tout ce qui entre et sort du corps par la bouche, jusqu'au dernier souffle. Ivresse des mets, ivresses des mots. Mais qu'on se rassure : l'abus de la littérature n'est pas dangereux. C'est la modération qui est mortelle. Alain Fleischer

  • Vers 1933, dans une petite ville d'Europe centrale, un professeur de piano assiste de sa fenêtre aux premiers événements de ce qui pourrait bien être la fin du monde : à l'issue d'un concert, un fléau meurtrier et invisible, qui entretient un rapport de forces mystérieux avec la musique, foudroie plusieurs victimes en pleine rue. La résistance de la population est d'abord conduite par les autorités et prend successivement des formes contradictoires. Arrive le moment où l'organisation secrète d'un vieil érudit, Chamansky, ancien ingénieur en optique devenu luthier, pourrait parvenir à imposer la musique comme arme suprême pour vaincre l'ennemi. Mais on voit aussi se dessiner l'absurdité d'une prise du pouvoir politique par les musiciens. La situation de crise et de drame collectif révèle au narrateur certaines aberrations dans l'ordre apparemment réglé de sa vie privée, que hante une jeune femme prénommée Esther, présence à la fois obsédante et insaisissable.Toujours vu de sa fenêtre, le début de la fin se répète sous les yeux du même narrateur à d'autres époques (en 1944 puis dans les premières années du XXIe siècle), et dans d'autres lieux, alors que la fiction est rattrapée par l'Histoire avant de prendre à nouveau les devants, en direction de l'utopie, lorsque le pire n'a d'autre issue que dans le rire.

  • Ce livre est composé de deux textes de nature très différente, et qui pourtant portent le même titre : La Femme couchée par écrit. Entre ces deux parties, une interface : ni une préface ni une postface, ni un texte qui ouvre ni un texte qui clôt, un texte entre-deux, central, qui distribue vers l'avant et vers l'après, et qui tente de dire pourquoi un même titre peut être donné - ou donner lieu - à deux objets littéraires différents.

    La Femme couchée par écrit est d'abord un bref essai sur le personnage de Roberte dans l'oeuvre littéraire et picturale de Pierre Klossowski. De l'autre côté de l'interface, le deuxième texte, identiquement intitulé La Femme couchée par écrit, est une nouvelle où il est question du contrat proposé aux jeunes femmes qui poseront nues, non plus pour un peintre mais pour un écrivain.

  • Le roman commence en Bohême ? sorte de retour à des lieux d´origine ? avec l´arrivée du narrateur dans une petite ville et dans la boutique d´un tailleur où il croise trop vite une jeune fille trop belle. Puis, la jeune fille parlant au téléphone avec un garçon que l´on peut imaginer être son fiancé, nous retrouvons ce dernier en visite chez sa mère en Israël. Là-bas, un réparateur d´installations de climatisation, d´origine italienne, s´apprête à revenir en vacances dans son pays, où vit sa fille. Dans un restaurant au bord d´un lac, près de Rome, on croise une belle Italienne qui se souvient des quelque nuits qu´elle passa dans un hôtel de Budapest, avec un amant hongrois, maintenant fonctionnaire européen en Afrique. Dans un petit village du Mali, cet homme s´écarte étrangement de sa mission officielle, et il fréquente maintenant une spectaculaire jeune Africaine. Sur cet homme insaisissable, un éclairage nous est donné à la faveur d´un retour du narrateur, qui se trouve être son frère. Mais ce narrateur s´éclipse à nouveau, alors que nous suivons la beauté noire à Londres, où s´apprête à la recruter une agence de mannequins. Après une soirée mémorable, parmi la bohème artistique anglaise, le maquilleur qui prépare la beauté exotique pour ses premiers essais, est un Brésilien qui se morfond d´être séparé de son amant resté au Brésil, craignant toujours ses trahisons. Un coup de fil nous fait traverser l´Atlantique jusqu´à San Paolo et l´appartement où la sonnerie retentit dans le vide, ne réveillant qu´une mouche qui s´envole, visitant d´abord la cuisine où elle fait des découvertes, puis s´échappant par une fenêtre et traversant le quartier jusqu´au grand stade de Morumbi, où se déroule une partie de football au moment critique du tir d´un pénalty...


    Par ce genre de relais, et bien d´autres, nous remonterons bientôt l´Amazone, à bord d´un rafiot emportant vers le fin fond de la jungle des aventuriers, des prostituées et un écrivain européen réputé mort depuis dix ans. Des universitaires américains venus en hydravion pour un troc avec des Indiens, nous ramèneront avec eux en Californie, puis de là, nous passerons au Canada : d´abord à Niagara, lieu mythique et décor d´un film, dont le scénario devient un épisode du roman, puis à Montréal. Au passage, nous aurons rencontré des filles au destin dramatique, un frère et une soeur incestueux dans une chambre d´hôtel de Santa Monica, près d´Hollywood, une fillette autiste qui ne parle qu´avec un perroquet... Nous aurons croisé à nouveau, dans un avion pour New York, la beauté noire devenue un top model, nous repasserons par l´aéroport de Londres, nous arriverons à Genève où un savant américain, précédemment rencontré à l´Université Stanford, se rend à un colloque auquel participe aussi l´auteur du livre... Un cheminot suisse, déprimé par le désastre de sa vie, nous conduit jusqu´au cirque où travaille son frère, et où l´on découvre un autre perroquet, frère du précédent, et vendu comme lui par un Indien, dans la jungle amazonienne. Venu d´Italie, et passant par la Suisse, le cirque se dirige vers l´Autriche, mais c´est un chien perdu qui, longeant la voie ferrée, nous conduit d´Innsbruck à Vienne : retour en Europe centrale, et rencontre avec deux vieux musiciens à la retraite, qui peuvent rappeler d´autres personnages, et qui se souviennent d´autres histoires...










    .../...














    Nous sommes encore loin d´avoir épuisé la série des courts-circuits et d´avoir bouclé la boucle. Il y aura encore d´autres relais, d´autres péripéties, d´autres pays, d´autres villes, d´autres filles, d´autres scènes d´amour, tendres ou violentes... Mais au bout du compte, après l´avoir croisé quelques fois, comme par hasard, on finira par retrouver le narrateur, on reviendra dans la petite ville de Bohême où tout a commencé. La jeune fille trop belle, que le narrateur a trop vite quittée, en se laissant entraîner par d´autres histoires, est à nouveau là, à la merci de son imagin

  • Londres, juillet 1957 : dans la famille où il apprenait l'anglais, le jeune Alain, treize ans, était devenu un amant en culottes courtes.Londres, janvier 1964 : chez sa tante et son oncle, Alain fête ses vingt ans. Dans l'hiver et le fog semble se jouer la fin d'un été ancien.

  • Comment vivre ambitieusement le désaveu que la société vous manifeste, alors que vous refusez avec tant d'obstination les apparences de la réussite qu'elle aurait tant voulu vous imposer?C'est ce paradoxe qui va pousser le jeune Léo Tigerman, promis à une brillance carrière, à n'accepter qu'un obscur poste d'attaché culturel au Pérou. Il y rencontrera un écrivain d'origine hongroise, réputé mort depuis dix ans, Deszö Krauss, qui vit sous un faux nom et qui tient un hôtel louche, le Transylvania, au coeur de l'Amazonie, en amont d'Iquitos.Avec Krauss, Léo aura, en pleine jungle, trois conversations décisives: sur la mort et le pourrissement, sur la toute-puissance de la nature contre la vanité des entreprises humaines, sur l'amour ou le commerce des femmes, et l'usage qu'on doit en faire. Ce sont désormais le reniement des ambitions sociales et le goût pour la déchéance qui vont gouverner sa vie. En effet, Miss Fawcett, la petite Indienne Aya, Marika -son seul amour de jeunesse, qu'il contraindra, pour la dégoûter de lui, à de sinistres débauches -, puis, de retour à Paris, Isa, la jeune prostituée, ne seront que les facettes intempestives du grand jeu qui se dessine: la quête inassouvie du roman des origines, qui liera à nouveau Léo à sa soeur Mina, pour le pire, disons...Dans ce roman d'apprentissage à la profusion baroque, qui prend les grandes espérances à contresens, la fascination du naufrage implique l'existence d'un îlot salvateur: mais Léo saura-t-il à temps y prendre pied?

  • Les angles morts

    Alain Fleischer

    Pour célébrer le trentième anniversaire de leur baccalauréat - promotion de 1943 -, des Hongrois, depuis lors dispersés à travers le monde, se retrouvent à Budapest. En dépit du temps passé, de la séparation et des calamités de l'Histoire, les affinités électives jouent à nouveau. Un quatuor d'anciens amis se reconstitue, auquel manque pourtant l'un des frères jumeaux Wildenstein, que représente sa fille, la jeune Gabriela, amenée là par l'autre frère, son oncle.Les quatre personnages - trois hommes mûrs, dont le narrateur Mór Steinberg, et la jeune fille - prolongent la fête des retrouvailles par un voyage dans la puszta hongroise, sous la conduite de celui d'entre eux qui est resté au pays : Jakub. La ferme perdue, où ils vont passer quelques jours et quelques nuits au coeur de l'été, est comme une porte qui s'ouvre sur la continuité des steppes, jusqu'à des espaces qui contiennent certains replis du temps. Peut-être est-ce là que, chaque jour, la jeune Gabriela disparaît pour ne réapparaître qu'à la nuit, et entraîner le narrateur, qui fut l'amoureux malchanceux de sa mère, dans une initiation réclamée à l'homme mûr, à qui elle offre ainsi cette revanche du destin.Mais la grande plaine de l'Europe centrale est aussi le lieu d'autres phénomènes, où nos voyageurs sont les témoins d'une résistance de l'ancien monde à sa propre disparition. Ce roman, qui se joue des époques, projette sur les lieux du désastre des ombres où ce qui fut détruit trouve une étrange lumière pour réapparaître.

  • Alma Zara

    Alain Fleischer

    • Grasset
    • 11 Février 2015

    Pendant l´été 1944, un garçon de 7 ans, Damian, vit caché, avec d´autres enfants, dans une maison isolée, au fin fond de la Transylvanie. Il voit son salut dans l´apprentissage de la langue française, avec pour maître des significations, Abba, un vieux sage, et pour maîtresse des prononciations, Alma, une jeune violoniste de 20 ans, d´une énigmatique beauté. A cet épisode, tout ce qui suit ne cessera de faire retour.
    La suite de cette formation se situe à Paris, où le jeune orphelin, recueilli par une tante, elle-même une survivante, devient un petit Français comme les autres. Sept ans après l´été de leur rencontre, alors qu´il est lycéen, Damian voit réapparaître Alma dans sa vie : elle devient sa maîtresse, dans l´autre sens de ce mot en français. Désormais, le destin donnera à Damian, tout au long de son existence, programmée ou accompagnée par les mots du vocabulaire, des rendez-vous avec celle qui, rescapée du pire et mystérieusement fixe dans sa jeunesse, ne le retrouve que pour lui offrir le meilleur : l´éternel retour de la passion.
    Ce roman ne pourra être qualifié de baroque que par l´excès de sa réponse à une forme classique : l´abécédaire. Sans doute peut-on y voir l´empreinte et l´accent de l´ancienne culture d´Europe centrale dans une oeuvre de la littérature française d´aujourd´hui.

  • À partir de cette intuition que L'Origine du monde (selon Courbet) est aussi l'origine des images photographiques en même temps que leur visée ultime, cet essai - très libre dans sa forme et sans autre programme - interroge, explore, analyse ces images maudites, bannies, où le fond, la béance en question s'étalent à la surface, s'y déploient, s'y exhibent, dans les combinatoires et les déclinaisons que des corps humains peuvent offrir à cette figure.
    Les photographies pornographiques apparaissent finalement plus franches, et peut-être plus rigoureuses dans leur projet avoué, que bien d'autres images aujourd'hui massivement et ouvertement diffusées, qui ne disposent entre le fond - toujours le même - et la surface lisible, qu'un mince voile, qu'un hypocrite effet de perspective.

  • Ce numéro 138 de Les écrits nous fait pénétrer dans l'univers de Gérard Titus-Carmel, écrivain et peintre français de renommée internationale, et dans celui des Éditions de l'Hexagone qui célèbrent cette année leur 60e anniversaire. Tandis que le premier conjugue l'écrit et le peint « d'un même mouvement, en parallèle, sans conflit ni concurrence » (Antoine Émaz) et témoigne d'un parcours singulier, les seconds se font l'écho d'une pluralité et d'une diversité étonnantes, à l'image d'une littérature aussi jeune maintenant qu'elle ne l'était dans les années 50. Les oeuvres de Titus-Carmel se mêlent ainsi aux essais et aux poèmes et proses qui lui sont dédiés, puis elles accompagnent les multiples voix qui ont marqué les Éditions de l'Hexagone, telles que Jean Royer, André Brochu, France Théorêt et Michel Gay, pour ne nommer que ceux-ci.

  • Les mots et les images dans Les écrits ne font pas que se côtoyer : ils se compénètrent, s'imprègnent les uns des autres, s'impriment l'un sur l'autre, s'influencent, se contaminent, les premiers devenant l'ombre portée des seconds et inversement... C'est d'autant plus vrai dans le présent numéro, dont l'iconographie a été confiée à l'artiste-écrivain Alain Fleischer qui, en plus de nous offrir une quarantaine d'images, nous a donnée un texte d'une grande force, Le bain de Diane, où il met en relation pour une très rare fois ses deux passions, pour la littérature et les arts visuels. Puis, des textes de Jacques Henric, Antoine Volodine, Christian Thorel et François D. Prud'homme accompagnent ou analysent les imaginaires de l'oeuvre de fleischerienne. Ailleurs dans ce numéro, un hommage à la traduction ainsi que les contributions de Martine Audet, Diane Régimbald, Paul Chanel Malenfant, Louis-Philippe Hébert, et plusieurs autres.

  • La première partie de ce numéro, intitulée « Le mythe, le rite », découle d'une rencontre internationale qui s'est déroulée en avril 2015 et qui a réuni de nombreux écrivains étrangers, tel Antoine Volodine et Alain Fleischer, et des auteurs québécois de différentes générations qui témoignent tous d'un vif intérêt pour la dimension mythique et rituelle de l'imagination créatrice et de la mémoire littéraire. Le deuxième dossier, « Le voyage, le paysage », rassemble des textes poétiques et narratifs qui abordent le voyage comme « paysage en mouvement » et le paysage comme « arrêt sur image » dans le film de nos déplacements. La dernière section, issue de la dernière Rencontre internationale des écrivains, réfléchit au potentiel créatif de l'événement envisagé sous l'angle intime et personnel autant que dans ses aspects collectifs et historiques. - See more at: http://www.sodep.qc.ca/numero/numero-145-novembre-2015/#sthash.vPAkZ9VC.dpuf

  • « Si le destin du marquis de Sade semble pouvoir donner lieu à une oeuvre cinématographique, c´est sans doute parce qu´il est suffisamment pittoresque, riche en situations et en événements, dignes d´un film d´aventures, mais surtout parce que, étant celui d´un écrivain qui a imaginé les fictions les plus extrêmes, les plus irreprésentables, ce destin reste susceptible d´être mis en scène, à la fois comme celui d´un aventurier presque ordinaire, et comme antichambre de l´extraordinaire le plus irréductible, le plus réfractaire à la représentation. La vie de Sade est comme un paysage mouvementé, parmi d´autres du même genre, mais qui, à la différence de ces autres, conduit au bord d´un rivage, ou d´un gouffre, d´un abîme, où l´horreur indescriptible a trouvé des mots pour être sommairement consignée. Il y a toujours cet au-delà de la vie de Sade que constitue son oeuvre : si l´on ne veut s´intéresser qu´aux événements de l´existence, même lorsqu´ils sont très forts, celle-ci ne manque pas d´être perçue comme un en-deça. Sade est comme toujours en-deça de Sade, le libertin débauché plutôt banal, en-deça de celui dont l´imagination, en direction du pire, reste unique et indépassée. » A. F.




    Dans cet essai brillant, Alain Fleischer nous livre sa lecture de l´un des écrivains français les plus sulfureux. Comme il est cinéaste, Fleischer imagine un scénario possible de la vie du libertin. Il avait d´ailleurs, il y a des années, proposé le rôle de Sadeà Marlon Brando qui l´avait accepté. Le film n´avait pas vu le jour à cause des producteurs américains qui étaient réticents. C´est ce scénario même que Fleischer a retravaillé - et qu´il nous livre aujourd´hui sous la forme originale d´un essai dialogué.

  • En feuilletant un vieux carnet d'adresses, l'auteur s'efforce de dire à peu près tout ce que lui évoquent les noms de personnes dans quelques-unes de ses pages : inconnus oubliés, disparus, célébrités à peine rencontrées, partenaires d'un moment, amis de toujours.De cet inventaire, qui passe du mode intime, en quelque sorte autobiographique, à l'histoire inventée, naît une fiction : glissement de la mémoire à l'imagination, des personnes aux personnages. Au lieu d'enregistrer, d'aligner froidement des êtres les uns au-dessous des autres, Le Carnet d'adresses les désigne les uns aux autres, les lançant à la recherche d'une relation entre eux qu'ils ignorent encore.Répertoire onirique, cette enquête finit par cerner un personnage singulier, le propriétaire du carnet d'adresses, qui en est le grand absent.

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