• Ciguë

    Annie Lafleur

    Avaleuse d'eau mortelle, aux abois, tombée de la branche, elle cuve au vent son poison, son philtre, sa drogue, son remède, et retrouve au sol son frère guéri par la foudre. Le pacte est scellé et l'odyssée commence, contre la mort toute-puissante criée à l'oreille. Corps lancés, gueule ouverte, dans les forêts, les coulées, les ravins, franchissant les barrages la tête au ciel. Corps excités par une langue addictive et haletante, par une langue qui donne à la vie une soif égale à la sienne. Qui boira la ciguë, qui mourra de la soif, qui vivra verra.

  • Bec-de-lievre

    Lafleur Annie

    Le temps presse, il faut tout risquer, la mort ne vient pas. La lèvre déchirée cherche le reste du corps dans l'habit des animaux. S'il n'y a personne, il y a beaucoup de choses, à déterrer, à casser, à perdre. C'est un jeu pour agacer la fin. La langue fuit la bouche, gagne du terrain, fouille les buissons. Un filet de bave éteint un feu dans les herbes sèches. Soudain la peur, puis la tornade où lâcher des bonbons. La voix embue un petit miroir. Premier sourire. C'est le livre des lumières vivantes, de la terre et du ciel sans nuit, du visage brisé par le chant.

    De l'enfant à la vieille bête, celle qui aura tout avalé voudra tout revoir, pour une dernière marche en forêt. Le temps presse, il faut tout risquer, le coeur enterré allumé.

  • Rosebud

    Lafleur Annie

    Rosebud façonne une langue de léclosion, une écriture du happement et de lesquive, qui se diffracte en scènes éclair, en énigmes, qui cherche à contenir en appelant, là où éclore, cest tout à la fois mourir, avorter, disparaître. Si la célèbre séquence finale de Citizen Kane dOrson Welles, à laquelle fait allusion le titre Rosebud, constitue à lévidence laiguillon de ce livre, cest lobjet du désir, élusif, que les poèmes tentent de saisir, et le ravissement paradoxal dune seule image : linconnaissable.

  • Le numéro d'hiver de Spirale propose un dossier critique autour de la question de la menace. Menace pour la démocratie, pour la liberté d'expression, menace petite et menace grande, le dossier offre une variété d'approches pour une réflexion plus riche. Le portfolio et la couverture ont été confiés à Caroline Boileau qui réfléchit sur le corps et la santé en alliant dessin, vidéo, installations et performances. En arts visuels, lisez la critique de l'exposition L'hiver nous lie, puis vient le printemps de Chih-Chien Wang et celle du catalogue Mitchell/Riopelle : un couple dans la démesure paru dans la foulée de l'exposition tenue au Musée national des beaux-arts du Québec. La rubrique « essais », elle, propose des ouvrages de Michel Foucault et Michaël Trahan, et des ouvrages sur Michel Houllebecq et Violette Nozière. Puis, la chronique « Afterpop » se penche sur la tendance philopop ou quand la philosophie rencontre la culture populaire.

  • Peut-on choisir ses formes de vie ? Telle est la question au coeur du dossier du numéro estival de Spirale. Manières d'agir et d'être communes à des individus, les gestes banals que nous faisons quotidiennement sans réaliser que nous les faisons tous en même temps, voilà ce qu'interrogent les auteurs de ce dossier en se penchant sur des récits, essais et pièces de théâtre « [qui] questionnent notre capacité d'avoir prise sur les séries de gestes que nous posons tous les jours ». Pour la chronique « Afterpop », Antonio Dominguez Leiva parle de l'empire du même, de la sérialisation, de la répétition et autre itération, au cinéma et ailleurs. Le portfolio, signé par Sonia Pelletier, présente quant à lui l'artiste interdisciplinaire Helena Martin Franco dont le travail se décline à travers l'art action, la fabrication d'objet et l'art numérique. Son oeuvre Autel-corps immaculé II illustre la couverture du numéro.

empty