• Arlette Farge présente ici des archives qui lui sont chères, des documents laissés de côté au terme de ses différents travaux et recherches, dont le pouvoir d'évocation reste vivace. Pris en tant que tels, ils permettent de regarder l'Histoire autrement.
    Comment saisir les vies oubliées, celles dont on ne sait rien ? Comment reconstituer au plus près l'atmosphère d'une époque, non pas à grands coups de pinceau, mais à partir des mille petits événements attrapés au plus près de la vie quotidienne, comme dans un tableau impressionniste ?
    Arlette Farge offre ici ce qu'on appelle les " déchets " ou les " reliquats " du chercheur : ces bribes d'archives déclarées inclassables dans les inventaires, délaissées parce que hors des préoccupations présentes de l'historien. Ce sont des instantanés qui révèlent la vie sociale, affective et politique du siècle des Lumières. Prêtres, policiers, femmes, ouvriers, domestiques, artisans s'y bousculent.
    De ces archives surgissent des images du corps au travail, de la peine, du soin, mais aussi des mouvements de révolte, des lettres d'amour, les mots du désir, de la violence ou de la compassion.
    Le bruit de la vague, expliquait Leibnitz, résulte des milliards de gouttelettes qui la constituent ; Arlette Farge immerge son lecteur dans l'intimité de ces vies oubliées. Une nouvelle manière de faire de l'histoire.

  • Larchive naît du désordre. Elle prend la ville en flagrant délit. Mendiants, voleurs, gens de peu sortent un temps de la foule. Une poignée de mots les faits exister dans les archives de la police du XVIIIe siècle.
    Evidentes autant quénigmatiques, on peut tout faire dire aux archives, tout et le contraire, puisquelles parlent du réel sans jamais le décrire. Le travail dhistorien simpose donc ici dans toute sa rigueur, sa modestie.
    Ce livre qui puise son information dans les manuscrits du XVIIIe siècle, raconte également le métier dune historienne habitée par la passion des archives. Arlette Farge invite alors le lecteur à la suivre dans son plaisir quasi quotidien « daller aux archives ».

  • Pour le peuple de Paris la rue est, au XVIIIe siècle, un espace privilégié. Elle investit l'espace urbain tout entier d'une sociabilité multiforme et souvent agressive, elle envahit l'espace privé : l'atelier, le logement. Dans la rue, le travail, l'amour, la discussion, l'attroupement, le spectacle, la mort même. À travers les agendas du guet, les procès-verbaux et les rapports des commissaires de police, les récits des voyageurs étrangers et ceux des observateurs parisiens, Arlette Farge restitue le monde sonore, coloré, odorant du Paris populaire. Mais la rue, sa violence anonyme, son opacité font peur aussi : on entreprendra de régler et d'ouvrir l'espace urbain pour le contrôler mieux. Viendra le temps où le peuple descendra dans la rue où il aura cessé de vivre.

  • Aussi attentive à la marche du monde qu'attirée par les petites choses de la vie, Arlette Farge n'a pas hésité un instant à s'exposer: dire ce que la vie signifie pour elle. Arlette Farge a le goût des autres, gens du passé, gens du présent. Aussi attentive à la marche du monde qu'attirée par les petites choses de la vie, cette irréductible fonceuse n'a pas hésité un instant à s'exposer: dire ce que la vie signifie pour elle. L'exploratrice des archives, toujours soucieuse du réel, fait ici acte d'imaginaire tout en nous offrant un de ses grands plaisirs: écrire des lettres, des vraies, avec un crayon et du papier. Prendre le temps de songer à une personne, lui faire part d'un rien joyeux, d'une émotion, d'une pensée, et d'une main vive, pétillante, chaleureuse, dessiner des phrases qui donnent sens et plaisir. Enfin, choisir un joli timbre et se rendre à la poste. C'est sa façon de faire lien, de prendre soin. Il me faut te dire est un recueil de lettres adressées à des personnes fictives - ou presque - un ami, un collègue, un petit-fils, un pauvre gars sorti tout droit de son XVIIIe siècle. Chez Arlette Farge, tout est source d'étonnement, d'émotion: paysage, film, bruits de la ville, couleurs, lectures; tout mène à l'humain, geste, parole; tout mène au partage. S'approprier les mots d'Arlette Farge, c'est lire notre propre vie ; c'est bien là tout son talent?: nous faire croire d'emblée qu'elle s'adresse à chacun d'entre nous. Née en 1941 à Charleville (Ardennes), l'historienne Arlette Farge vit à Paris. Directrice de recherches émérite au CNRS, elle a publié une trentaine d'ouvrages. En mai 2016, l'ensemble de son ouvre a été récompensé par le prix international Dan David (l'équivalent de la médaille Fields pour les mathématiciens). Arlette Farge s'est inventé un métier, une mission - explorer les archives de police et de justice et mettre à jour des existences oubliées : " Écrire l'histoire des plus déshérités au xviiie siècle est une passion, celle de donner vie et sens aux plus méconnus du siècle des Lumières, qui autrefois, ont vécu, aimé, désiré et souffert, tandis que la grande histoire traditionnelle tarde à les sortir de l'ombre au profit des grands événements sociaux et politiques. " Spécialiste par ailleurs de l'histoire des femmes, Arlette Farge poursuit des travaux de recherche sur la transmission de l'histoire. Elle collabore aux côtés d'Emmanuel Laurentin à La Fabrique de l'histoire sur France Culture.


  • Paris comme vous ne l'avez jamais vu, à travers le quotidien des Parisiens du XVIIIe siècle ! Une plongée vertigineuse dans le dédale des rues de la capitale.

    Comment vivaient les Parisiens au XVIIIe siècle ? Comment se logeaient-ils, s'habillaient-ils, se nourrissaient-ils, se divertissaient-ils, loin des fastes de la vie de cour ? Et quel français, au juste, parlaient-ils ?
    Grâce à cette nouvelle façon d'écrire l'histoire, dans un style baigné des odeurs, des bruits et des couleurs de la vie populaire de l'époque, Arlette Farge nous transporte dans un Paris méconnu. Ici, une lavandière des bords de Seine frappe son linge avec un battoir, là un cabaretier propose une chopine de vin pour trois sols.
    /> Nous projetant dans notre réalité d'aujourd'hui, l'auteur décrit les lieux de sociabilité nés sur le pavé du XVIIIe siècle : les cafés, les restaurants, et raconte les émotions et les concepts qui ont façonné notre monde moderne : l'intimité, la séduction, l'opinion...
    Ce livre est une plongée vertigineuse dans le dédale des rues de la capitale, ses lieux de vie bruyants, encombrés et envahis par les animaux, entrecoupés de majestueuses promenades : le Palais-Royal, les Tuileries, les Champs-Élysées, où se croisent alors toutes les classes sociales. C'est un envers du décor, qui nous livre une vision intime et humaine du XVIIIe siècle, à l'ombre des Lumières.

    1 autre édition :

  • Quelque chose se passe au XVIIIe siècle qui permet au peuple d'exister en politique. Le goût pour l'information, la curiosité publique se développent dans un espace urbain qui met les individus en position de « savoir sur l'autre ». Le public vit entre le vrai et le faux, l'information et le secret, la rumeur et la publicité, le possible et l'invérifiable ; ses incertitudes, aiguisées par les manipulations politiques et policières, renforcent encore sa soif de savoir. Car le menu peuple veut connaître les ressorts qui animent les rumeurs sur l'assassinat du roi, ou encore les affaires du diables, de poisons, d'alchimie et d'autres magies.Dans ce livre, Arlette Farge montre comment se construit une parole publique que les autorités craignent, pourchassent et incitent tout à la fois. Elle observe quelles sont les tactiques d'approche de la chose publique pour ceux qui en sont les exclus.Avec Dire et mal dire, Arlette Farge nous donne un livre sur un sujet inédit qu'elle déchiffre dans les archives : l'opinion publique au XVIIIe siècle.

  • Cet ouvrage part de l'idée, qu'au XVIIIème siècle comme aujourd'hui, on comprend mieux les individus et les communautés en observant les relations que ceux-ci entretiennent avec les objets qui les entourent, et plus largement le lien qui uni l'humain au non-humain, l'animé à l'inanimé. Il sera donc question ici des objets divers qui encombrent la rue au XVIIIème siècle, des animaux omniprésents aussi. Des objets enfermés, sacrés, parfois traités comme une personne, comme la "châsse", les objets qui portent la mémoire des événements qui se sont produits à côté d'eux comme la fontaine, les objets de la voierie, ceux qui servent à voir et à savoir, les objets des supplices aussi. Sans souci d'exhaustivité, Arlette Farge revisite cet aller-et-retour entre les êtres et les choses, sur l'aptitude des hommes à se servir des objets ou à s'en tenir éloignés, à être dans le consentement ou la résistance. Ce sont ces rapports sociaux et politiques qui font l'histoire.

  • 1775, Paris est en colère. Mme Montjean, femme d'artisan, aussi : les heures passées à coudre, à s'occuper de son foyer, des enfants... Elle veut vivre comme les aristocrates, être belle et désirable, connaître l'ivresse des sens. Mme Montjean vient de découvrir certains plaisirs libertins : pinceries, fouet et culottes déboutonnées... d'où son effervescence. Pendant deux ans, elle va faire tourner les têtes et va conduire son mari au bord de la ruine. C'est lui qui a tenu le journal sans équivalent de cette crise de conscience, prélude à la Révolution. Ce récit tragi-comique aurait pu inspirer une comédie de Marivaux. Mais, en nous plongeant dans l'intimité d'une héroïne singulière dont la révolte est toujours d'actualité, Arlette Farge, récompensée par le prestigieux prix international Dan David en 2016 pour l'ensemble de son oeuvre, nous donne un passionnant livre d'histoire, dans la lignée de ceux qui ont fait sa réputation (Le Gout de l'archive, Dire et mal dire ; Le Désordre des familles...).

  • A chaque époque, l'historien s'efforce de concilier les exigences de l'objectivité et la nécessité où il se trouve de réinterpréter le passé à la lumière du présent. Mais face à ce qui vient, que dit l'histoire ?Dans ce livre, Arlette Farge réfléchit sur la responsabilité de l'historien face au présent : penser la souffrance, la cruauté, la violence, la guerre, sans les réduire à des fatalités, c'est aussi vouloir expliquer les dispositifs, les mécanismes de rationalité qui les ont fait naître.Les sciences de l'homme ont eu tendance à considérer le champ émotionnel comme ne résultant que du physiologique, de l'irrationnel. Or la souffrance humaine n'est pas n'est pas anecdotique : l'événement singulier est un moment d'histoire. L'opinion des gens, la parole, l'événement singulier est un moment d'histoire. De même, la différence des rôles sexuels n'est pas une fatalité ; elle est soumise aux variations de l'histoire.L'oeuvre de Michel Foucault, avec qui Arlette Farge a publié en 1982 Le Désordre des familles, sert ici d'appui pour penser certains enjeux de l'écriture de l'histoire

  • Entre histoire et théâtre, La Nuit blanche raconte un fait divers de 1770. Pierre, un jeune homme de dix-huit ans, est rompu en place de Cambrai pour avoir entretenu de mauvaises rumeurs contre les notables de la ville. Et blasphémé contre le Roi.Arlette Farge, historienne du XVIIIe siècle, auteur de nombreux ouvrages sur la violence à Paris et sur l'opinion publique, a publié en 1982 avec Michel Foucault Le Désordre des familles. Elle s'est aussi intéressée à la relation intrigante que la photographie entretient avec les siècles passés.Guidée par un savoir intime des archives, Arlette Farge invente un langage pour restituer des scènes de vie ordinaire au XVIIIe siècle. La lumière, l'eau, la ville mobile et furtive sont happées par les mots de l'historienne qui recrée ainsi tout un univers visuel. Charlotte, la fiancée de Pierre, est la silhouette mutine qui accompagne la douleur de la mère et du fils.La «nuit blanche» est la nuit précédant l'exécution d'un condamné.

  • « C'est le souffle des corps anonymes et peu aisés du XVIIIe siècle qui sera retranscrit ici. Là frissonne quelque chose. Le corps des précaires possède une présence et une actualité qui en disent long sur la vie d'autrefois. Tenter l'approche historique et politique de cette partie matérielle des êtres animés confirme au corps son infinie noblesse, sa capacité à créer avec l'histoire et malgré elle. Cela coûte des rires et des cris, des gestes et des amours, du sang et des chagrins, de la fatigue aussi. Le corps, son histoire et l'histoire ne font qu'un. » A. F. Se fondant notamment sur les archives de police du XVIIIe siècle auxquelles mieux que personne elle sait rendre vie, Arlette Farge donne voix aux attitudes et aux gestes, aux paroles, aux émotions que trahissent les menus incidents de rue. Tel un peintre, elle reconstitue un tableau des petites gens de Paris qui ouvre sur une histoire du peuple en chair et en os. Auteur notamment de La Plus Belle Histoire du bonheur, du tome 3 de l'Histoire des femmes ou encore du Goût de l'archive, l'historienne Arlette Farge est directrice de recherche au CNRS. Elle enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales.

  • On le sait, l'historien expose les formes et les structures des situations sociales, en étudie les évolutions dans le temps, parfois y marque discontinuités et ruptures. Quelques chose me dit qu'il faut aller ailleurs. Car dans l'archive se lit le poids des êtres parlants, ce battement de l'histoire que l'histoire efface sous son récit officiel. Ici, dans les textes, existent des locuteurs qui racontent leurs histoires et des histoires. Aucun récit ne se ressemble, chacun ressemble autant qu'au réel qu'à de la fiction. J'essaie d'extirper du magma des sources des figures aux existences réelles avec des mots qui cherchent le rythme de vies à présent défuntes ; j'ajoute du récit au récit des textes, en décollant un peu les mots, en m'accrochant aux destins racontés, aux gestes, aux objets, aux ruses. Sans faire de glose. Avec l'absurde et obstiné dessin de hisser les paroles retrouvées. Avec la nécessité de faire histoire avec elles et d'en faire un enjeu. Dire l'autre en histoire, c'est observer un disparu en même temps que regarder son double ; et suggérer que dans les singularités qui lui appartiennent se joue un essentiel que l'on ne doit pas manquer. Arlette Farge

  • Anglais Subversive Words

    Arlette Farge

    • Polity
    • 19 Mars 2018

    This important and original book addresses the nature of public opinion, the relation between rulers and ruled, and the role of popular rumours in eighteenth century France. Arlette Farge draws on chronicles, newspapers, memoirs, police records and newsheets to show that ordinary Parisians had definite opinions on what was happening in their city.

  • Cohorte silencieuse et grise, les vieilles filles et les veuves du passé sont restées en marge de l'histoire, vouées à l'inexistence collective, réduites à un stéréotype. Des historiens, femmes pour la plupart, s'attachent ici à démontrer le poids démographique des femmes seules, à repérer les limites de leur existence juridique, leur importance dans la vie professionnelle ainsi que leurs relations particulières au travail et à la société. Illustrations de situations multiples et contradictoires, ces itinéraires de femmes vagantes hors du modèle traditionnel du couple et du mariage, éclairent un présent où se développent les situations de solitude revendiquée ou subie.

  • Les idées reçues ont le cuir dur : la lettre de cachet, sous l'Ancien Régime, passe aujourd'hui encore pour l'exemple même du bon plaisir royal servant à enfermer nobles infidèles ou grands vassaux désobligeants. Symbole de l'arbitraire, elle serait un acte public cherchant à éliminer l'ennemi du pouvoir sans autre forme de procès - au point que l'histoire a fait d'elle le symbole de la prise de la Bastille.Mais de la mémoire se sont enfuies les innombrables lettres servant à tout autre chose qu'aux affaires d'État. Il y a celles pour affaire de police, instrument le plus simple pour enfermer discrètement et secrètement la forte tête qui crée du désordre dans l'atelier, mais aussi les prostituées, les voleurs à la tire, les filous ou les comédiens - tout un monde de migrants, mouvant, fugitif.
    Plus encore, il y a les lettres de famille, lorsque le comportement d'un conjoint ou d'un fils paraît troubler l'ordre intime dont la tranquillité participe à l'ordre public.Arlette Farge et Michel Foucault nous proposent une lecture différente des Archives de la Bastille : où l'on n'avait voulu voir que la colère du souverain, ils dévoilent les passions d'un menu peuple ; où l'on était obnubilé par l'ordre monarchique, ils discernent, entre parents et enfants, dans les disputes des ménages, la trame fine de la vie privée et le désordre des familles.

    Édition revue en 2014

  • La vie ne vaudrait d'être vécue, dit-on, que si elle apporte le bonheur. Mais que signifie être heureux ? Y a-t-il des recettes au bien-être ? Où se niche le bonheur ? Dans l'argent ? La réussite personnelle ? La santé ? Les plaisirs ? L'espérance d'un jour meilleur ? Est-il dans ce que nous avons ou dans ce que nous sommes ?
    Le bonheur n'est pas une idée neuve en Europe, il a lui aussi une histoire qui, depuis des millénaires, colle à nos désirs et à nos désillusions. C'est cette longue aventure qui est racontée ici, avec les regards croisés du philosophe, du croyant et de l'historienne. De la pensée antique à nos frustrations modernes, en passant par l'invention du paradis, on verra comment l'idée du bonheur a évolué au fil du temps, et combien son histoire mouvementée peut nous aider à mieux vivre aujourd'hui.

  • Sur la pratique de la séduction, c'est-à-dire de l'entre-deux du conflit ou de l'union, de la domination ou de l'égalité, là où les corps parlent, où l'on murmure, où l'on se rapproche, s'effleure, se fascine, il n'y avait pas d'histoire. Pourtant, c'est bien là où se joue l'image de soi, là où les places assignées peuvent se renverser. La séduction est donc un possible objet d'histoire, entre les lignes, entre les mots, les gestes, les regards, entre tout ce avec quoi, d'ordinaire, les historiens travaillent. Et si la séduction, dans ses diverses manifestations et modalités historiques, représentait un point d'accès privilégié à une histoire « vraie » de la mixité sociale ?Le groupe d'histoire des femmes, réuni autour de Cécile Dauphin et Arlette Farge,, poursuit sa réflexion entamée avec De la violence et des femmes, sans être dupe de la séduction même de son nouvel objet. Pas d'autre solution que d'explorer un des moments de tension paroxystique entre femmes et hommes pour, aux côtés des oeuvres littéraires, mesurer les chances d'une reconnaissance mutuelle.

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