Grasset

  • Godard

    De Baecque-A

    • Grasset
    • 10 Mars 2010

    Jean-Luc Godard, le cinéaste culte d´A bout de souffle et de Pierrot le fou, le chef de bande de la Nouvelle Vague, l´agitateur politique des années gauchistes, le publicitaire de lui-même, le provocateur misanthrope, l´archiviste, et enfin l´ermite de Rolle qui sera âgé de 80 ans en 2010, bref tous ces visages souvent contradictoires réunis en un seul : la première biographie en France de l´impossible M. Godard, dont Serge Daney disait qu´il y a « toujours chez lui une matière biographique, coriace et finalement mal perceptible. » On l´aime/on ne l´aime pas : qu´importe, JLG a tissé l´histoire culturelle du vingtième siècle et ses images (Belmondo le visage bleu dans Pierrot le fou, les fesses de Brigitte Bardot dans Le mépris, Johnny Halliday, Anne Wiazemsky dans La Chinoise, mais aussi un quatuor de Beethoven ou un nuage sur le lac Léman) ont marqué notre époque. Du hussard droitier, rejeton de la haute société protestante qui marche sur les mains pour épater Bardot au contestataire cinéphile qui écrit à Malraux « ministre de la Kultur » une lettre sur « la censure, gestapo de l´esprit », du réalisateur tyrannique humiliant ses acteurs à l´amoureux peintre des femmes dans Prénom Carmen, du moraliste politisé en treillis de combat au King Lear sépulcral cigare en bouche, de l´historien des images « relié au passé » au kinoclaste « shooté au show-business », défilent ici quatre-vingt années de vie, de cinéma, de travail et de passions brûlantes. « Son génie est plus fort que sa volonté d´auto-destruction » disait Daniel Cohn-Bendit. C´est aussi la résurrection d´une époque française : la cinéphilie, d´une fraternité (avec Truffaut), d´une rivalité sous l´oeil des caméras.

  • Quel symbole plus clair du gouvernement de la Terreur que la « sainte guillotine » ? Entre l'été 1791 et celui de Thermidor an II, la mort est omniprésente dans un pays qui se voit comme assiégé. Le cadavre de l'ennemi ou du républicain est au coeur des pensées de la Révolution française. Cet essai dessine, avec la couleur de l'époque et le recul de l'histoire, sept portraits de cadavres célèbres : Mirabeau (le premier grand homme de la Révolution), Voltaire (promené nu vers le Panthéon, étendu sur un char de triomphe), Louis XVI (dont les restes sont dispersés dans une fosse commune), la Princesse de Lamballe (courtisane démembrée), le républicain Geffroy, Robespierre, et Madame Necker. Sept morts infamantes ou glorieuses, à l'époque de la nuit et des tombeaux, des mélodrames gothiques et du goût du morbide. Mais aussi la description détaillée et vivace d'un cérémonial funèbre qui est l'épreuve de vérité de tout un système politique.

  • Antoine de Baecque est historien de la Révolution française, critique de cinéma, actuellement rédacteur en chef adjoint de Libération, responsable des pages Culture. Il a publié, chez Grasset : La Gloire et l'effroi (1997), Sept morts sous la Terreur (1997) ; chez Calmann-Lévy : Le Corps de l'histoire (1993) et Les éclats du rire (2000) ; et chez Gallimard une biographie de François Truffaut (Prix des Lectrices de Elle, 1996) qui fut un succès de librairie, vendue partout à l'étranger.
    En cinq ans, les deux responsables du pouvoir exécutif, Jacques Chirac et Lionel Jospin, n'ont cessé de s'opposer. Désormais les enjeux électoraux de la « présidentielle » conduisent à ce duel irréfutable. Chirac contre Jospin n'a d'autre destin que d'être un « match », de se transformer en un « duel », ce que résume, au pays des Gaulles volontiers batailleur, l'expression « combat des chefs ». Ce combat, avec ses péripéties et ses échanges musclés, ne s'arrête pas à sa seule chronique, réjouie ou désolée. Car il propose un schéma d'opposition, une représentation de la politique, qui, en France, pays où l'incarnation sensible des valeurs a toujours été très présente, est aussi une plongée dans l'histoire. Le duel se déploie comme un récit possible, une « fiction maîtresse » aisément reconnaissable. Pour tout dire : il est la cérémonie politique par excellence. Depuis deux siècles, et la naissance de la politique moderne, l'opposition au sommet est un cas de figure devenu un cas d'école des stratégies de conquête du pouvoir. Antoine de Baecque montre ici, à travers une série de portraits bifrons (c'est-à-dire : Georges Danton contre Maximilien Robespierre, Victor Hugo contre Napoléon III, Léon Gambetta contre Jules Ferry, Jean Jaurès contre Maurice Barrès, Léon Blum contre Maurice Thorez, Philippe Pétain contre Charles de Gaulle, Charles de Gaulle contre François Mitterrand, François Mitterand contre Valéry Giscard d'Estaing), combien le dernier duel en date, opposant Jacques Chirac et Lionel Jospin, est d'abord une représentation inscrite dans une histoire de la politique française. Le petit face au gros, l'homme d'action face à celui de la réflexion, l'austère face au viveur, l'homme du peuple face à celui des élites, le tenant face à l'outsider, sont autant de possibles du combat des chefs. Mais c'est précisément parce que les cartes sont brouillées (qui, de Chirac ou de Jospin, est le légitime, le sage, le petit, le riche, le bon vivant ?) que cette plongée dans l'histoire si particulière d'une cérémonie du pouvoir, peut être si éclairante.

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