• « Crétin des Alpes ! » Avant d'être l'une des insultes préférées du capitaine Haddock, l'expression désigne un état prononcé de dégénérescence physique et mentale, éradiqué depuis les années 1920.
    Le crétinisme est l'objet d'un débat de santé publique essentiel au XIXe siècle, suscitant une « science de l'Alpe » qui pose exemplairement la question du « grand renfermement des corps » hantant le travail de Michel Foucault. Le crétin est aussi une victime, dont le sacrifice est un scandale silencieux. Il devient le cobaye de toute sorte d'expériences, pédagogiques et chirurgicales, généralement inutiles, et a été longtemps laissé dans un état débile et difforme.
    Sa revanche - une forme étonnante de fierté crétine - advient peu à peu par le travail de l'imaginaire collectif, qui en fait désormais l'un des emblèmes paradoxaux de l'identité alpine. C'est ainsi que les crétins ont, de multiples façons, tendu un miroir à la bien-pensance, ce que dévoile ce brillant essai d'histoire sur le pathétique ordinaire des « anormaux ».
     
    Antoine de Baecque, professeur à l'Ecole normale supérieure, a publié récemment La Traversée des Alpes (Gallimard), Les Godillots (Anamosa, Prix Lucien Febvre 2017) ou En d'atroces souffrances. Pour une histoire de la douleur (Alma).

  • Ils ont été des milliers, chaque année depuis le Moyen Age, à répondre à la voix de Compostelle. Et chaque année depuis le Moyen Age, il s'en trouve un ou deux pour raconter, étonnés d'avoir eu le courage d'aller jusqu'au bout, anxieux de transmettre les petits secrets du chemin et leur découverte du grand mystère. Leur voix est pleine de poésie, ou bien d'humour, d'autodérision ou de sagesse. Antoine de Baecque, à la fois historien et randonneur,a réunies ces voix avec art et passion pour qu'elles composent, toutes ensemble, un guide pratique et spirituel destiné à tous les amateurs de randonnée, pèlerins d'un jour ou d'un mois.
    Au sommaire, 65 textes réunis, présentés par Antoine de Baecque.

    Guides des chemins de Compostelle Récits et témoignages des pèlerins Variations sur un triomphe pédestre: chants, fictions, poèmes...

  • Une caricature paraît en 1794 : Robespierre ne serait qu'un tyran obsédé par la mort jusqu'à vouloir " se décapiter lui-même après avoir guillotiné le dernier des Français ". La France selon Robespierre, République de la Terreur, ressemble dans ces images traumatisantes

    Une caricature paraît en 1794 : Robespierre ne serait qu'un tyran obsédé par la mort jusqu'à vouloir " se décapiter lui-même après avoir guillotiné le dernier des Français ". La France selon Robespierre, République de la Terreur, ressemble dans ces images traumatisantes à un immense cimetière où se déversent des fleuves de sang. Le cadavre envahit les représentations.

    Étudier ce moment politique saisi par la terreur, voici le sens de cet ouvrage, qui réunit une dizaine d'études d'Antoine de Baecque. En observant les diverses formes de violence symbolique, physique ou mise en scène qui envahissent alors l'espace politique, l'historien fait une place à l'Hercule, cette Force armée de sa massue qui s'impose comme nouvelle allégorie de la France, prenant une place aux côtés de la déesse Liberté. Car il s'agit de donner corps à la République et d'impressionner ceux qui l'attaquent, tout en créant un corps colossal qui puisse légitimement combattre le géant monarchique en terrorisant les ennemis du peuple.

    Ce livre propose de relire et de repenser la Terreur, en montrant que la présence concrète des cadavres et la puissance de l'imaginaire morbide permettent aux révolutionnaires de prendre la (dé)mesure de la violence des bouleversements qu'ils engendrent, et justifier ainsi leur politique d'effroi.

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